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LA MALFORMATION ACHONDROPLAS1QUE ET LE DIEU PUTAH

Cent.

Pourtour du trono au niveau.

I de la partie la plus élevée des membres supérieurs. 1 des mamelons

)de l'ombilic

des fesses et de la région pubienne

Comme on le voit, les membres, surtout les inférieurs, sont très courts et très volumineux. Les mains et les pieds sont larges. Les trois premiers doigts sont à peu près de môme longueur, ainsi que les trois premiers orteils.

Sur toutes les parties du corps, le tissu adipeux sous-cutané est très abondant. Les fesses font une saillie considérable. Et l’un des traits les plus caractéristiques de celte malformation est une ensellure très profonde qui dans le cas actuel a 0m,0754, par rapport à la verticale qui passe par la septième cervicale.

Il n’y a rien de particulier à signaler dans les différents mouvements, non plus que dans les attitudes, et la marche est aisée.

L’intelligence est un peu au-dessous delà moyenne. Le corps, considéré dans son ensemble et ses différentes parties, a, chez cette enfant, quelque chose de si caractéristique, qu’on n’en peut oublier la forme après un examen attentif. Mais il faut bien le reconnaître, une description d’ensemble est tout à fait impuissante à rendre l’impression produite par celte enfant.

C’est une naine, voilà tout ce que l’on peut en dire.

11 y a, parmi les figurines que nous a léguées l’art égyptien, celle du dieu Phtah. Les plus anciennes remontent à la dix-huitième dynastie, c’est-à-dire à une période qui s’étend du dix-neuvième au quinzième siècle avant notre ère; et l’on en faisait encore aux époques persane, grecque et romaine.

Ce dieu, qui était particulièrement vénéré à Memphis, est souvent appelé : Phtah-Embryon, OEuF-DE-PimH,et dans quelques textes on le qualifie de Nain. Il est souvent accouplé à une autre figure divine, presque toujours celle d’un épervier, et fréquemment coiffé d’un scarabée. Suivant Hérodote, il serait de la famille des Cabires phéniciens.

Lorsqu’on rapproche une de ces figurines de l’enfant achondroplasique que je viens de montrer, on est immédiatement frappé de la très grande ressemblance que présentent entre elles ces deux formes. Mêmes proportions entre les différentes parties du corps, même attitude et surtout même saillie des fesses avec l’ensellure si remarquable que j’ai précédemment signalée; même volume démesuré de l’extrémité céphalique par rapport

à celui des autres parties du corps, dont les membres, courts et gros, donnent une apparence trapue à l’individu; tout cela se retrouve d’une manière aussi tranchée, aussi typique chez le dieu Phtah que chez notre petite fille; et l’on ne peut douter que le type du dieu Phtah n’ait été pris sur un monstre achondroplasique. Pourquoi les habitants de l’ancienne Egypte avaient-ils divinisé cette malformation ?

M. Maspero, à qui j’ai fait part de ce rapprochement entre lesachondroplasiques et Phtah, et qui a bien voulu me fournir les renseignements qui précèdent sur ce dieu, n’a pu trouver aucune réponse plausible à cette question.

Voici pourtant quelques indications qu’il m’a données et qui peuvent aider à la solution du problème.

Phtah est un dieu funéraire, c’est le maître des tombeaux, on le mettait sur les morts. Or, souvent l’on donnait aux morts l’attitude qu’ils avaient avant de naître, c’est-à-dire celle du fœtus.

Est-ce pour symboliser cette pratique que Phtah, le dieu des morts, est représenté sous la forme d’un fœtus? Comme on le voit, il y a dans ces considérations quelque chose de très plausible. Toutefois, et cela n’atténue en rien leur valeur, je ferai remarquer que Phtah n’est pas la représentation d’un fœtus, encore moins d’un embryon; mais bien celle tantôt d’un enfant, tantôt d’un adolescent, tantôt d’un adulte, comme il est aisé de s’en convaincre en examinant les nombreuses figurines que possède le musée égyptien du Louvre. Et si l’on poursuit l’hypothèse faite plus haut, l’on peut admettre qu’après avoir imaginé un rapprochement entre le repos fœtal et l’éternel repos de la mort, les Égyptiens ou les Phéniciens, qui peut-être en cela les avaient précédés, ne trouvèrent rien de mieux, pour symboliser cette idée, que de prendre parmi les types qu'ils avaient sous les yeux celui qui rappelait le mieux la forme du fœtus ou du nouveau-né, et qui par conséquent semblait, après la naissance, continuer la vie fœtale. Or, il n’est aucune déviation de la forme normale qui donne à l’être humain, jeune ou adulte, une analogie plus grande avec le fœtus ou l’enfant naissant que celle produite par l’achondroplasie. La petite taille, le volume démesuré de la tête, l’ensellure, les membres courts et gras, les plis du ligament au niveau des articulations, l’abondance du tissu adipeux sous-cutané, tout concourt à affirmer celle ressemblance.

La Nourricerie de l’hospice des Enfants-Assistés.

Communication faite à I’Académie de médecine le 25 juillet 1882 (l).

La présente note a pour but de vous faire connaître les résultats obtenus à la JNourricerie de l’Hospice des Enfants-Assistés, du 24 juin 1881, date de son ouverture, au 24 février 1882; c’est-à-dire durant huit mois.

L’idée d’un établissement pour élever les nouveau-nés à l’aide du lait des animaux n’est pas neuve. Au commencement du siècle passé, comme nous l’apprend Désessartz, un magistrat philanthrope (beaucoup le sont) entreprit d’alimenter les enfants trouvés avec du lait de vache ; et dans ce but il rassembla plusieurs de ces animaux dans une maison voisine de Paris. Rien n’y manquait; et, dit le médecin que je viens de citer, « l’on ne pouvait se refuser, en la visitant, à des sentiments d’admiration et de respect pour celui qui en était le fondateur et le gouverneur ». Malheureusement le succès ne répondit pas à son zèle, à ses dépenses et à ses peines. D’autres tentatives, faites depuis, furent tout aussi infructueuses. Désessartz, qui les a enregistrées, en conclut que le lait des animaux est absolument défectueux pour les enfants du premier âge.

D’autre part, Raulin nous fait savoir, dans son livre sur la Conservation des enfants, qui parut en 1769, que les avantages retirés du lait des animaux, pour élever les enfants dans les familles, ayant fait naître le désir de les étendre aux hôpitaux d’enfants trouvés, on fit, mais sans le moindre succès, des essais dans beaucoup de grandes cités; de ce nombre furent Londres et Rouen. Pour cette dernière ville, on choisit une maison isolée, hors de l’enceinte, exposée au midi, avec une vaste cour ombragée de tilleuls. Il j avait deux salles contenant quinze enfants chacune, bien aérées, fraîches l’été, chauffées l’hiver. Après huit jours, pendant lesquels le lait de vache coupé était exclusivement donné à l’aide du biberon, on

(1) Cette communication devait trouver place ici, puisque la Nourricerie est principalement destinée à l'allaitement des nouveau-nés syphilitiques.

administrait trois fois par jour une bouillie de lait et de farine, et, dans l’intervalle de ces repas, du lait à discrétion. A trois ou quatre mois, les enfants buvaient du cidre doux ou de l’eau sucrée. Avec ce régime ils dormaient peu, criaient beaucoup, devenaient languissants et mouraient. Du 15 septembre 1763 au 15 mars 1765, c’est-à-dire pendant dix-huit mois, cent trente-deux enfants furent nourris de la sorte. Au bout de ce temps, il n’en restait que quinze vivants, parmi lesquels plusieurs étaient mourants et moururent au nombre de huit. Finalement cinq survécurent. Tout cela n’a rien de surprenant; et l’on comprend qu’à la suite de pareilles tentatives l’on n’ait pas cru devoir les renouveler. Ce qui étonne, c’est que Raulin ait pu citer comme une véritable Nourricerie celte maison homicide, où les enfants, gorgés de bouillie à la farine et de cidre, ne recevaient le lait, dans ce dangereux gavage, qu’à titre de complément.

Beaucoup plus près de nous, plusieurs médecins, vivement impressionnés par le nombre considérable et sans cesse croissant des victimes du biberon et de l’industrie nourricière, ont proposé la création d’établissements où les enfants seraient élevés au pis de la chèvre, ou avec du lait de vache vivant, c’est-à-dire sortant des mamelles de l’animal. Je signalerai, par exemple, le Projet d'une fondation municipale pour l'élevage normal de la première enfance de feu M. le docteur Coudereau (1875), et le rapport au Conseil municipal, dans lequel M. le docteur Thulié (séance du 24 février 1877) émettait le vœu que l’administration de l’Assistance publique mît en expérience l’allaitement artificiel, en l’entourant de toutes les données de la science actuelle. Après des incidents que je crois inutile de rappeler, cette intéressante question, momentanément abandonnée, fut reprise en 1878, à la suite d’une visite faite par M. Michel Môring, à l’hospice des Enfants-Assistés. Là je lui montrai un grand nombre de nouveaunés syphilitiques, condamnés à une mort presque certaine, dans un bref délai; puisque, dans l’impossibilité de les confier à une nourrice sédentaire et de les envoyer à la campagne, j’étais obligé de les faire nourrir au biberon dans les salles de l’infirmerie, où ils subissaient rapidement les atteintes de l’athrepsie. Dans cette déplorable situation, un seul moyen s’offrait à nous pour tenter d’arracher ces enfants à une mort certaine : c’était l’allaitement direct au pis d’un animal. Séance tenante, le directeur de l’hospice, l’honorable M. Lafabrègue, qui a tant fait pour la maison qu’il administre, proposa à M. Môring un plan de nourricerie et un emplacement. Très frappé de ce qu’il venait de voir et d’entendre, M. Michel Môring demanda, sur l’installation que nous lui avions proposée, l’avis de MM. Bergeron, Dujardin- Beaumelz et Blachez; cet avis fut favorable. Le Conseil de surveillance de l’Assistance publique en émit un semblable, qui fut motivé dans un excellent rapport de M. INicaise (12 mai 1879). Le Con-

LA NOURRICERIE DES ENFANTS-ASSISTÉS

seil municipal vota les fonds nécessaires ; le 1er juin 1881, la Nourricerie recevait un certain nombre d’enfants, et depuis ce jour, elle n’a cessé de fonctionner.

Construite à l’entrée du Bois, sa superficie est d’environ 150 mètres. Le bâtiment principal, disposé en parallélogramme et constitué par un rezde-cbaussée bitumé, est relié à l’étable par un couloir, donnant lui-même dans une pièce médiane servant d’office, qui divise le bâtiment principal en deux parties égales, dans le sens de la longueur. Chacune de ces parties constitue un dortoir pour dix ou douze enfants et cinq ou six filles de service. Les murailles ont 50 centimètres d’épaisseur, et les pièces 3 mètres 50 centimètres de haut. Grâce à la disposition de l’étable, les animaux, lorsque le temps le permet, peuvent être mis en liberté dans un enclos gazonné et y passer une partie de la journée.

La Nourricerie étant destinée à l’allaitement des nouveau-nés syphilitiques, à de très rares exceptions près, n’a reçu jusqu’ici que cette catégorie d’enfants. Au début et d’après la pratique courante, il y avait dans l’étable plusieurs chèvres et seulement une ânesse. Très rapidement, l’expérience m’a appris que cette proportion devait être renversée. Aujourd’hui, nous n’avons que des ânesses.

Je qualifierai volontiers d e période d'essai celle dont je viens vous rendre compte. L’éducation de tout le monde était à faire ; et je dois le reconnaître, par manque d’habitude, par suite de tâtonnements inévitables, et surtout par l’insuffisance du nombre des ânesses, les résultats n’ont pas été aussi satisfaisants qu’ils le seront désormais; néanmoins, ils doivent être considérés comme un succès et comme réalisant un véritable progrès dans la thérapeutique infantile. J’insiste sur le fait curatif, car bien qu’il ne s’agisse ici que d’un mode particulier d’alimentation, il ne faut pas oublier que les enfants que l’on y a soumis étaient tous atteints du même mal, que ce mal redoutable m’a obligé à leur donner cette alimentation ; et que sans elle il eût été difficile, sinon dangereux, d’instituer un traitement spécifique.

86 enfants atteints de syphilis héréditaire ont été allaités à la Nourricerie.

Par suite de circonstances particulières, 6 ont pris exclusivement du lait de vache à l’aide du biberon. Un seul a guéri ; les 5 autres ont succombé.

42 ont été nourris au pis de la chèvre, 8 ont guéri, 34 sont morts ; ce qui équivaut à une mortalité de 80,9 pour 100.

38 ont été nourris au pis de l’ânesse, 28 ont guéri, 10 sont morts; ce qui donne une mortalité de 26,3 pour 100.

Ces chiffres mettent en évidence la supériorité du lait d’ânesse sur celui des autres animaux; mais avant d’insister sur ce fait capital, je dois examiner quelques questions secondaires.

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS

C’est par accident, je l’ai dit, que du lait de vache a été donné à six enfants. La mort de cinq d'entre eux nous montre combien, dans les milieux hospitaliers, ce mode d’allaitement est défectueux et à quels dangers étaient exposés les petits syphilitiques lorsque, avant la création de la Nourricerie, on était réduit à les élever de la sorte dans les salles de l’infirmerie.

Tous les autres enfants, même les plus jeunes et les plus chétifs, ont été nourris directement au pis des animaux, c’est-à-dire par l’introduction du trayon dans la bouche ; et lorsqu’ils n’avaient pas la force nécessaire pour téter en quantité suffisante, la fille qui en était chargée pressait de temps en temps la mamelle, pour faciliter l’écoulement du lait.

Des pesées ont été pratiquées à l’aide de balances, toutes les vingtquatre heures, et après chaque tétée de jour. Comme on mettait les enfants au pis cinq fois, de sept heures du matin à huit heures du soir, et deux fois pendant la nuit, pour avoir le poids total du lait absorbé, j’ai supposé que les tétées de nuit étaient égales à celles de jour; en sorte qu’en prenant la moyenne de ces dernières et en ajoutant deux fois ce chiffre à leur somme, j’ai eu le poids que je cherchais. Ce calcul a été fait pour tous les enfants pendant la durée de l’observation ; mais comme l’âge a beaucoup varié, puisque le plus jeune n’avait pas huit jours, tandis que le plus âgé avait dépassé neuf mois, dans le tableau d’ensemble que j’ai dressé du poids du lait pris, à chaque tétée et en totalité, j’ai négligé les sujets les plus âgés, d’ailleurs en très petit nombre. Tous les autres ont été rangés dans trois catégories : la première comprenant les enfants de un jour à un mois; la seconde, ceux de un à trois mois ; et la dernière, ceux de trois à six mois :

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