‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 78 sur 84 · GG · texte numérisé non relu

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A de très rares exceptions près, je l’ai déjà dit, les enfants admis à la nourriceric étaient atteints de syphilis héréditaire. Avant de parler de ces malades, je dois dire quelques mots des autres. L’un était né avant terme et présentait de l’œdème des nouveau-nés. On sait combien il est malaisé, Parhot. — Syphilis héréditaire. 19

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en toute circonstance, de faire vivre ces petits êtres ; celui-ci succomba, mais non sans avoir tété l’ânesse durant un certain nombre de jours. Un autre, en proie à une athrepsie des plus intenses, fut également nourri par une ânesse, et sortit guéri au bout de 20 jours, avec un gain de 260 grammes. Un troisième enfant, sans voûte palatine ni voile du palais, fut présenté au pis d’une chèvre, qu’il téta sans aucune difficulté ; et pendant 15 jours, son poids augmenta ; mais alors il fut pris de troubles digestifs qui l’emportèrent après un mois de séjour à la Nourricerie.

Parmi les enfants atteints de syphilis héréditaire, le mal se manifesta avec une intensité variable et produisit des désordres très divers. Quelques-uns n’eurent que des fissures labiales, il est vrai, la plus légère des lésions, mais sans contredit l’une des plus redoutables, parce qu’étant peu apparente, elle échappe souvent et constitue la source la plus habituelle de l’infection de la nourrice par le nourrisson. Un certain nombre présentaient des svphilides cutanées, au pourtour de l’anus, sur les fesses et les cuisses en arrière ; d’autres étaient atteints de gommes, qui chez deux ont été assez confluentes et d’un volume assez considérable pour entraîner la mort à la suite d’une suppuration intarissable. Parmi les plus âgés, il y avait déjà des rachitiques. Presque tous, ils ont été soumis à un traitement spécifique. La liqueur de Van-Swieten n’a été prise que par un très petit nombre, à la dose de 4 à 8 grammes dans les vingt-quatre heures; les autres ont été frictionnés deux fois par jour, avec 1, 2 et 3 grammes de pommade mercurielle double. Les accidents gastro-intestinaux ont été souvent la cause de la mort ; toutefois, dans un certain nombre de cas, celle-ci a dû être expliquée par une bronchopneumonie ou par une tuberculisation aiguë. Ces dernières affections ne se sont pas toutes manifestées, après la réception des enfants à la Nourricerie ; chez quelques-uns, elles existaient au moment où on les y a placés. Enfin, pour ne rien omettre, je dois dire que plusieurs, bien que très amaigris et profondément cachectiques au moment de leur admission, ont subi, aussitôt après, une perte de poids très sensible; cela pendant un nombre de jours variable. Après quelques oscillations, la perle s’est accentuée chez ceux qui ont succombé, tandis qu’il s’est manifesté un accroissement régulier chez ceux qui ont survécu. Je n’ai déclaré guéris et fait sortir de la Nourricerie que ceux dont le poids initial s’était accru de plusieurs centaines de grammes, et qui ne présentaient plus le moindre indice de syphilis.

Dans les conditions où se sont trouvés les enfants de notre Nourricerie, la supériorité du lait d’ânesse sur celui de vache et de chèvre ressort manifestement des chiffres donnés plus haut. Je vais rechercher s'il est possible d’expliquer ce fait, sans toutefois me restreindre aux cas de mon

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observation. Tout en les utilisant, j’envisagerai la question à un point de vue beaucoup plus général.

Ce n’est pas en effet parce que les sujets de la Nourricerie étaient syphilitiques, que le lait d’ânesse a été plus efficace que celui des autres animaux ; il l’eût été en toute circonstance.

Son action bienfaisante est indépendante de la maladie. Dans ce qui va suivre, je comparerai le lait d’ânesse surtout à celui de la chèvre, très préconisé depuis longtemps, pour élever directement au pis les enfants sains ou atteints de maladies contagieuses. A propos de ces derniers, qu’il me suffise de rappeler qu’en 1823, Richard, de Nancy, faisait connaître les résultats très avantageux de ce mode d’allaitement expérimenté par l’administration des hôpitaux de Lyon ; que notre collègue M. A. Fournier en a signalé de semblables ; et que M. Boudard (de Gannat) a publié un Guide pratique de la chèvre nourrice au point de vue de l' allaitement des nouveau-ncs et de la syphilis constitutionnelle.

Parmi les causes de la supériorité du lait d’ànesse, il en est une qui domine toutes les autres, c’est sa constitution chimique. Elle le sépare nettement de celui des ruminants, tandis qu’elle le rapproche beaucoup de celui de la femme. Là-dessus tous les observateurs sont d’accord ; et les différences que l’on trouve dans leurs analyses ne portent que sur des quantités insignifiantes.

Comme le lait de femme il est beaucoup plus pauvre en matières plastiques que le lait de la vache et que celui de la chèvre. Comme lui, suivant les observations de Simon et de Biedert, il se précipite en petits flocons isolés, que redissout très aisément un excès de suc gastrique ; et ne forme jamais ces masses agglomérées et d’une digestion difficile, qui sont propres au lait de vache. Or, on le sait, c’est l’estomac qui doit transformer en peptones les éléments albuminoïdes du lait; si bien que lorsqu’il n’y peut suffire, comme il advient pour le lait de vache et même pour celui de chèvre, chez un grand nombre d’enfants, l’excédent de la caséine solide passe dans l'intestin grêle qu’elle irrite; et on la trouve en grande quantité dans les fèces.

D'autre part, étant plus pauvre en beurre que tous les autres, le lait d’ânesse leur est supérieur de ce chef, surtout après la naissance ; car à ce moment, la pancréas fonctionne très imparfaitement et les matières fécajes contiennent 52 pour 100 de graisse.

Comme pièce à l’appui des considérations précédentes, je donne ici d'après noire collègue M. Armand Gautier ( Traité de chimie biologique , t. Il), pour les différents laits, la moyenne des analyses d’un grand nombre d’auteurs :

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