TARDIVE
Jusqu'ici, Messieurs, nous n'avons étudié que les divers signes susceptibles de révéler l'influence hérédo-sypliilitique indépendamment de toute manifestation spécifique actuelle. C'est là ce qu'on pourrait appeler la séméio tique de la syphilis Il éréditaire en puissance.
Maintenant une autre tâche va s'imposer à nous. Nous avons à envisager la maladie en action, ou, en d'autres termes, à recliercher par quels symptômes, par quelles lésions se traduit la syphilis héréditaire tardive, quelles manifestations lui sont particulièrement familières, quelle évolution elle affecte, quel pronostic elle comporte, quelles sont les erreurs diagnostiques auxquelles elle expose, etc., etc.
(les diverses questions vont nous occuper tour à tour.
Ainsi que je vous le disais au début môme de ces conférences, ce qu'on appelle la syphilis héréditaire tardive se compose de deux ordres de cas, à savoii- :
l" De cas où les manifestations qui se produisent dans un âge phis ou moins avancé (seconde enfance, adolescence, jeunesse, âge adulte) ont eu pour prélude des accidents survenus au cours du premier âge ;
2° De cas où les manifestations d'un âge plus ou moins avancé n'ont été précédées d'aucun accident dans le premier âge. Ici, la syphilis, restée muette au moment et aux environs de la naissance, fait son explosion première à échéance plus ou moins tardive, c'est-à-dire à deux, quatre, huit, douze, quinze ans, par exemple.
A proprement parler et dans la stricto acception du mot, la dénomination de syphilis héréditaire tardive ne serait rigoureusement applicahle qu'aux seuls cas de cette seconde catégorie. Mais, dans le langage courant, cette même dénomination est également employée pour qualifier les cas du premier ordre. En toutes choses l'usage fait loi ; acceptons donc ce qui est déjà consacré par l'usage. D'autant que les deux ordres de cas dont il s'agit seraient le plus souvent impossibles à différencier en clinique ;d'autant qu'ils comportent exactement les mêmes symptômes à l'époque où nous nous proposons de les étudier.
Disons seulement qu'ils sont loin d'avoir la même fréquence et de jouir parmi les pathologistes d'un égal crédit.
I. — Ceux du premier ordre sont incontestablement les plus communs et de beaucoup. C'est dire en conséquence que, dans la plupart des cas, l'évolution morbide se présentera à l'observateur sous le type que voici :
Au cours du plus jeune âge, dans les premières semaines ou les premiers mois de la vie, apparition de quelques accidents spécifiques, tels que syphilides cutanées, syphilides muqueuses, coryza, onyxis, etc. — A ce moment, intervention d'un traitement qui réprime ces manifestations, ou bien même disparition des accidents sans le secours d'aucune thérapeutique.
Puis, entr'acte morbide plus ou moins long, voire très long, pendant lequel rien ne se produit qui ait trait à la syphilis. On croit le malade guéri, si tant est qu'on ait eu conscience des premiers accidents; au cas contraire, on continue à rester dans l'ignorance de la diatlièse dont il est affecté.
Et alors, à échéance très variable, mais le plus habituellement (comme nous le verrons bientôt) au cours de la seconde enfance
liVOLUTlOiN.
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ou (le radolosccnco, explosion soudaine d'une manifeslaLion sypliililique quelconque, d'ordre lerliaire. " Ainsi se présentent les choses le plus habituellement. Quelques exemples :
I. — Un enfanl naU de parents syphiliLuiues. Quelques semaines plus tai'd il présente divers accidents secondaires aux lèvres, au visage et à la région péri-anale. Intorvienl un trailemenl qui coupe courl à l'évolulion morbide, mais qui n'est pas continué au delà de deux mois. —Vers cinq ans et demi, production d'une e.xoslose tiliiale, d'origine incontestablement spécifique. — Guérison rapide par l'iodure de potassium.
II. — Issu de père et mère sypliililiques, un enfant est affecté, dans la première semaine qui suit sa naissance, de sypbilides cutanées, de plaques muqueuses labiales, scrotales et anales, d'adénopatbies multiples, etc. — Traitement spécifique, et disparition rapide des accidents. — Puis, à sept ans et demi, invasion d'une sypbilis cérébrale des plus manifestes (céphalée, accès épilepliques, troubles intellectuels, etc.), laquelle guérit d'une façon ultra-significative sous l'influence du traitement mixte.
in. — En 1870, je fus appelé à donner mes soins à une petite fille de cinq semaines, née d'une mère syphilitique et d'un père sain. L'enfant était couverte de syphilides, notamment au niveau du visage et des fesses. Elle présentait, de plus, un état général mauvais, presque alarmant. J'eus la satisfaction de la guérir. — Or, il y a quelques jours seulement, mandé derechef près de cette malade, actuellement âgée de quinze ans, jeta trouvai affectée d'une sypbilide tuberculo-ulcéreuse, aussi typique que possible, occupant la paume des mains. — D'après les renseignements très précis que je pus recueillir de la grand'mère de cette jeune fille et du médecin habituel de la maison, aucune manifestation syphilitique ou même suspecte ne s'était produite depuis les accidents dont j'avais été témoin en 1870.
IV. — De même encore, dans un autre cas dont je vous ai déjà parlé, diverses manifestations d'une syphilis héréditaire se succédèrent de la façon suivante :
A. trois mois, syphilides cutanées, vues et trailées par le professeur Trousseau.
A cinq ans, lésions des humérus, et lésions articulaires affectant les deux coudes.
A sept ans, opbthalmie grave, prolongée, et abcès (?) ou plutôt, suivant toute vraisemblance, gomme d'une jambe.
A douze ans, lésion très grave d'un tibia, n'ayant pas exigé moins de trois à quatre ans pour guérir.
A quinze ans, jetage nasal et nécrose des fosses nasales ; — syphilide gommeuse phagédénique de la lèvre supérieure; — nécrose du maxillaire supéi-ieur; — perforation de la voûte osseuse du palais; — gomme phagédénique de la gorge; destruction du voile palatin, etc.
A vingl-biiit ans, enfin, vasle syphilide gomineuse siégeant à la face anlérieure d'une jambe.
Les cas do ce premier groupe, où la syphilis prélude par des manifestations du premier âge à des accidents d'un âge plus avancé, ne sont ni contestables ni contestés, tant ils se présentent fréquemment en clinique. Il n'en est pas de même pour ceux du second groupe, dont je dois vous parler actuellement.
II. — Se peut-il qu'une syphilis héréditaire fasse ses premières manifestations dans une période plus ou moins avancée de la vie sans avoir éfé précédée d'aucune manifeslation dam le premier âge ?
Oui, suivant les uns, et je suis du nombre; — non, suivant les autres.
A ceux qui admettent l'authenticité d'une évolution de ce genre on ne manque jamais d'opposer la fin de non-reccvoir que voici : « Que savez-vous, leur dit-on, que pouvez-vous savoir de rigoureusement précis sur les antécédents d'une syphilis héréditaire à longue portée? Vous affirmez que cette syphilis n'a pas eu de manifestations avant l'âge où vous constatez ce que vous appelez ses premiers accidents. Mais qui vous dit qu'elle n'a pas eu dans l'enfance des manifestations qui sont restées inaperçues ou méconnues? Comment pourrez-vous jamais acquérir la certitude qu'il ne s'est pas produit au cours du premier âge quelque accident léger, superficiel, éphémère, tel qu'une éruption discrète ou une plaque muqueuse, ou toute autre lésion de même geiu-e, etc. ? »
Certes, répondrai-je, l'objection est des mieux fondées. Mais prenez garde, en raisonnant de la sorte, de placer la question sur un terrain où elle restera fatalement insoluble. Si, pour admettre qu'une syphilis héréditaire peut faire ses premières manifestations dans un âge plus ou moins avancé, vous exigez de moi la démonstration mathématique que le plus minuscule accident spécifique ne s'est pas produit au cours de la première enfance, inutile d'aller plus loin et d'ouvrir une discussion condamnée d'avance à rester sans résultats. Car, pour fournir