INTUMESCENCES OSSEUSES
trémités antérieures des côtes, qui soulèvent la peau comme feraient des noisettes, en rappelant l'aspect bien connu de ce qu'on appelle le « chapelet rachi tique » ; — soit encore sur le coude, que déforment parfois des saillies ostéophytiques.
Nous avons eu dans nos salles, il y a quelque temps, un beau spécimen de cette dernière localisation. Un de nos malades, affecté de divers accidents de syphilis héréditaire, présentait un de ses coudes considérablement déformé par une saillie ostéophytique de l'humérus et par une tuméfaction volumineuse de la tête du radius. On aurait cru volontiers, au premier aspect, avoir affaire à une luxation (1).
2° Des tuméfactions de même ordre affectent avec une fréquence au moins égale la diaphyse des os longs, notamment du tibia, du cubitus, du radius, de l'humérus, de la clavicule.
Vous trouverez signalé dans une foule d'observations ce fait d'intumescences osseuses, d'hyperostoscs affectant tel ou tel des os que je viens de citer, et témoignant h longue échéance de lésions spécifiques antérieures.
3° Quelquefois aussi, mais bien plus rarement, on rencontre une déformation globuleuse ou atrophique d'une ou de quelques phalanges. C'est là un reliquat de ces dactylites osseuses qui ne sont pas rares dans la syphilis des jeunes enfants, et sur lesquelles l'attention a été appelée, ces dernières années, par de nombreux et intéressants travaux (2).
(1) Le cas auquel je fais allusion ici a été très bien décrit par l'un de mes internes, .M. le Dr Méricamp {Contribution à l'étude des arthropathies syphilitiques tertiaires, thèses de Paris, 1882). — J'aurai l'occasion d'y revenir dans l'un des chapitres suivants.
(2; V. H. W. Taylor, On dactylitis syphilitica (The American Journal ofsypliihography and Dermatology, 1871). — Archives of scienlific and practical medicine, de Urown-Sequard et Seguin, 1873. — Syj>hiliiic lésions of the osseous System in infants and young children, New York, 1875.
Curtis Smith, On case of congénital Dactylitis syphilitica {American Journal of Syph. and Dermatology, 1872.
Wigglosworth, même recueil (analyse dans la France médic, 1873).
Morgan, The Dublin Journal of médical sciences, 1873.
Duncan Bulkley, [lare cases of congénital syphilis (Dactylitis syphilitica) New York, Médical Journal, 1874 .
G. Beauregard, Études sur la syphilis congénitale {De la dactylite syphilitique en particulier) Annales de gynécologie, 1875. - On trouvera dans cet excellent article une bibliographie très étendue et très complète de tout ce qui concerne
Mais de tous les os — ceci mérite une mention spéciale. — celui qui sera le plus utilement consulté pour le diagnostic rétrospectif dont nous recherchons les éléments, celui qui fournira le plus souvent des indices probables ou certains, c'est, à coup sûr et sans contestation possible, le tibia.
Le tibia, voilà Vos révélateur par excellence de la syphilis héréditaire, tant il constitue pour elle un véritable siège de prédilection.
Déjà je vous ai signalé la tuméfaction fréquente de son extrémité supérieure. Bien plus fréquemment encore sa diaphyse est affectée, et cela avec un ensemble de caractères qui impriment à la lésion une physionomie toute spéciale, vraiment distinctive.
Comment donc se présente cette diaphyse tibiale?
Quatre particularités, souvent associées d'ailleurs, en constituent l'aspect morbide, à savoir :
1° Tuméfaction de l'os. — C'est là, bien entendu, l'élément principal, essentiel, de la lésion. Sur une certaine étendue de la diaphyse, par exemple sur son tiers moyen, le tibia est tuméfié, épaissi, hyperostosé, bref augmenté de volume d'une façon plus ou moins notable, d'une façon plus ou moins considérable même quelquefois.
2° Inégalités et nodosités de surface. — La surface de l'os ainsi tuméfié peut être lisse et égale. Bien plus souvent elle est irrégulière, bosselée, noueuse, quelquefois aussi semée de petites inégalités tubériformes , de petits mamelons grenus.
3° Crète tibiale transformée en une face osseuse. — Ceci est remarquable et presque caractéristique. La crête du tibia, au niveau des portions hyperostosées, perd son aspect de crête,
l'histoire de la dactylitc syphilitique, eu tant que manifestation de la syphilis
héréditaire. . , , ,. ... , >«„
Notons incidemment que cette lésion, si elle n'a été bien étudiée c demie que dans ces derniers temps, avait été reconnue et signalée de vieille date. Nous en trouvons, par exemple, une mention très précise dans une observation de Baumès. relative à une jeune fille hérédo-syphilitique, qui présenta dans son enfonce, entre autres accidents, « du gonflement, de l'engorgement de quelques phalanges des mains et des pieds » {Précis théorique et pratique des maladies vénériennes, Paris, 1810, lrc partie, p. 179).