Le plus habituellement les difformités crâniennes de la
syphilis héréditaire affectenl Le front.
Elles offrenl là trois variétés, lies naturellement distinctes. 1° Dans la première, relie où la difformité osseuse esl le plus
acCentuée, le fronl s,, présent.' proéminent en masse, en totalité, sur toute son étendue.
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D'une pari, il est nolablemcnl développé comme hauleur et comme largeur; — et, d'autre part, il est plus saillant qu'à l'état normal; il bombe en avant, il s'avance au delà de la verticale.
En d'autres termes, ou bien le front, au lieu de décrire une courbe depuis les sourcils jusqu'aux cheveux, s'élève droit, verticalement, et cela sur une hauteur exagérée; ou bien il se projette en avant, en formant un angle obtus avec la racine du nez.
C'est là ce qu'on appelle vulgairement le front olympien; c'est là ce que nos voisins les Anglais décrivent, moins poétiquement, sous le nom de front ventru.
Nous avons précisément dans nos salles, aujourd'hui même, un bel exemple du g-enre. Le voici :
Voyez cet enfant. N'est-il pas remarquable, au premier coup d'œil, par le développement exagéré de la portion supérieure du visage? Son front est on peut dire majestueux, tant il a de largeur et de hauteur. Il dépasse d'un tiers en toutes proportions les diamètres d'un front ordinaire. D'autre part, il s'élève verticalement à partir du nez. Enfin, autre particularité sur laquelle j'appellerai votre attention dans un instant, il présente de chaque côté de la ligue médiane une bosselure très accentuée.
Or, cet enfant est un syphilitique héréditaire. Il est né d'un père syphilitique et d'une mère syphilitique, que nous avons liai tés ici plusieurs fois, l'un et l'autre, pour des manifestations spécifiques. Il est le frère cadet d'un autre enfant qui est mort de la syphilis. Dès ses premières semaines, il a été affecté, sur la peau et les muqueuses, de lésions multiples, se rattachant incontestablement à une syphilis congénitale; et actuellement encore, à l'âge de dix-huit mois, il présente autour de l'anus des syphilides ulcéreuses. L'observation, vous le voyez, est complète et précise.
Eh bien. .Messieurs, la difformité que présente cet enfant et à laquelle, pour ne pas créer de mots nouveaux, nous conserve nuis la désignation usuelle de front olympien, est assez commune chez nos malades. Mais ne vous attendez pas à la rencontrer toujours aussi accentuée que vous venez de la voir.
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Elle a ses degrés, et souvent elle s'observe sous des formes atténuées, amoindries.
2° Une seconde variété est constituée par le front à bosselures latérales.
Celle-ci se rencontre beaucoup plus fréquemment que la précédente .
Ce qu'on observe est ceci : Sur un front normal ou proéminent, soulèvements latéraux se produisant de chaque côté de la ligne médiane, sous forme de mamelons aplatis, étalés, circulaires de contour, comparables à ce que seraient les bosses frontales physiologiques plus ou moins exagérées comme saillie.
Ces bosselures (c'est la meilleure désignation qu'on puisse leur donner, je crois) occupent la hauteur moyenne du front. — Elles sont presque toujours bilatérales, régulièrement symétriques comme niveau, et égales d'un côté à l'autre comme développement.
Bien accentuées, elles frappent l'observateur au premier coup d'œil, tandis que, dans un degré moindre, elles peuvent facilement passer inaperçues ou tout au moins ne pas attirer 1 attention de prime abord.
3° Une troisième variété - - celle-ci presque assez rare pour être taxée d'exceptionnelle - consiste en ce qu'on peut appeler le front en carène.
Ici le front est bosselé verticalement sur la ligne médiane. Il présente une saillie plus ou moins accentuée qui suit le trajet de la suture médio-fronlalr.
Par rapport à cette proéminence médiane, qui mesure en général une largeur de 1 à 2 centimètres, les parties latérales du front semblent aplaties et en retrait. Ce o'esl là du reste qu'une apparence, au moins pour la grande majorité des cas Toujours estfi qu'avec ou sans aplatissement latéral Le fronl est projeté en avant, à la façon du sternum au devant du thorax rachitique, et prend la forme dite en carène.
Un cas curieux, que j'ai observé en ville ces derniers temps, montre bien que ces diverses malformations frontales sont de
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simples variétés de môme origine. Les deux enfants d'un de mes clients, anciennement syphilitique et affecté même actuellement d'une syphilis cérébrale, présentent, l'un un front bombé, proéminent, avec bosselures latérales, et l'autre un front en carène.'
II. — Sur les parties latérales et supérieures du crâne, les difformités osseuses qui peuvent dériver de la syphilis héréditaire sont moins apparentes, tout naturellement; car, là, elles se trouvent masquées par la chevelure. A moins d'être très accentuées, elles échappent à la vue, et c'est le palper seul qui les révèle. De là, tout d'abord, cet enseignement, qu'il faut ne pas se contenter de l'inspection par les yeux pour juger de l'existence ou de l'absence de ces malformations crâniennes, mais bien les rechercher avec les doigts.
Les diverses particularités qui peuvent se présenter à l'observateur sur cette région du crâne se groupent sous quatre chefs, de la façon suivante :
1° Bosselures crâniennes. — Ce seul mot équivaut presque à une description. La lésion, en effet, est ici des plus simples et consiste uniquement (comme pour les bosselures frontales dont nous parlions à l'instant) en des soulèvements osseux, en des tubérosités, en de véritables bosses, analogues à ce qu'est la bosse d'une contusion. Ces saillies figurent de petits mamelons étalés, circulaires de contour, convexes de relief et par conséquent plus saillants à leur centre. Elles ont une dureté osseuse, sans empâtement des tissus qui les recouvrent ou qui les avoisinent. Elles mesurent, comme largeur, un diamètre variable entre celui d'une pièce de cinquante centimes et celui d'une pièce de deux ou de cinq francs.
On les rencontre de préférence sur les pariétaux, latéralement.
Le plus souvent elles sont symétriques.
De par le toucher, comme aussi de par l'inspection nécrosco-
pique, elles sont constituées soit par des hyperostoses, soit par
des dépôts ostéophytiques à la surface des os.
2° Un second type consiste dans l'élargissement transverse <l« crâne.
Get élargissement, souvent appréciable à première vue, résulte de la proéminence latérale .les pariétaux, qui sont déjetés en dehors, ce qui naturellement exagère le diamètre transverse du crâne.
En quelques cas (assez rares du reste), la disposition précé-
Fjrr. i. Crâne naliforme.
dente se complique d'une dépression plus ou moins uotable du sinciput, au niveau de la suture sagittale. Bombé el saillanl sur ses parties latérales, le crâne se présente en même temps comme creusé d'une rigole médiane supérieurement. C est là un vestige, atténué par l'âge, de cette conformation particulière
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à laquelle mon bien regretté collègue et ami le professeur Parrot a donné le nom de crâne natif orme. (Voy. fi g. 1).
3° Asymétrie crânienne. — Quelquefois encore le crâne est remarquable par un défaut de symétrie plus ou moins accentué.
C'est ainsi qu'une moitié latérale du crâne peut être notablement dissemblable de l'autre moitié, et dissemblable comme courbures, comme proéminence, comme diamètre, comme conformation générale.
Cela, direz-vous, n'a rien de spécial, rien qui appartienne en propre à la sypbilis. Oui, sans doute ; mais la syphilis, comme déjà je vous l'ai répété tant de fois, n'a pas que des lésions propres; fort souvent au contraire l'influence générale qu'elle exerce sur l'économie se traduit par des manifestations morbides d'ordre commun.
4° Crâne hydrocéphale. — Enfin, l'hydrocéphalie s'observe dans un certain nombre de cas comme conséquence de syphilis héréditaire. C'est là un fait que j'affirme depuis longtemps déjà (1), et qui est attesté par quantité d'observations éparses dans les annales de la science.
Seulement, on n'a que bien rarement — et pour cause — l'occasion de rencontrer les malformations hydrocéphaliques du crâne chez des sujets quelque peu avancés dans la vie. C'est qu'en effet l'hydrocéphalie syphilitique — à ne parler que de celle-ci, la seule en question — est presque toujours rapidement mortelle. Quelquefois cependant, et par exception singulière, elle ne tue pas, et c'est alors qu'elle apporte son appoint au diagnostic de la syphilis héréditaire.
Naturellement elle déforme le crâne à des degrés variés. Suivant les cas, le développement de la tête peut être minime ou moyen. On l'a vu considérable, mais ce n'est là qu'une exception des plus rares.
J'ai eu longtemps sous les yeux un cas de ce dernier ordre, qui mérite d'être cité. Une jeune fille, née d'un père syphilitique (lequel même est mort de syphilis cérébrale) a été affectée d'hydrocéphalie dès h; premier âge. Elle a survécu néanmoins.
(I) V. Syphilis et mariage, p. C8.
Aujourd'hui elle a seize ans et se porte bien. Or, sa tète est énorme, monstrueuse, grosse comme un melon de forte taille. Deux autres enfants du même père sont nés également hydrocéphales, mais ont succombé entres bas âge (1).