OBSERVATION I
«Le 13 avril 1927, Mme R... (40 ans) est hospitalisée à la maternité de Saint-Antoine pour une fausse couche de 3 mois infectée.
Le 18 avril curage et curettage dans le service.
Le 20 avril, l'état général ne s'améliorant pas, on pratique une transfusion de sang de 300 grammes environ, en prenant comme donneur l’ami de la malade.
Le 7 mai, la malade sort sur sa demande, guérie.
Vers le 30 juin, elle remarque l'apparition sur le corps d'une éruption discrète en même temps qu’elle commence à
perdre ses cheveux.
LE ET. CDR
Elle vient nous revoir le 6 juillet pour ces symptômes.
À l'examen : roséole syphilitique typique, céphalée, alopécie, ganglions cervicaux et inguinaux. W + +.
En interrogeant la malade, on apprend qu’elle vit maritalement depuis 6 ans 1/2 avec son ami; elle a eu deux fausses couches de 2 à 3 mois. Elle n’a jamais présenté d'accidents cutanés.
Nous faisons revenir l’ami aux fins d'examen et nous apprenons qu'il a été traité en 1920, étant militaire, pour une syphilis secondaire, mais traité incomplètement (deux séries de noyar); depuis n’a plus suivi de traitement, Son Wassermann est actuellement positif, Or Mme R... n’a eu de rapports avec lui que fin mars avant son entrée et début juin après sa sortie,
Il semble donc indiscutable qu'il s’agit d’une syphilis par transfusion sanguine sans chancre et ce, malgré la cohabita-
tien et les fécondations antérieures ),
Cette observation, évidemment impressionnante, doit faire admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien l’existence d’une syphilis conceptionnelle (dans le sens que Fournier donnait à ce mot) ou bien la possibilité d’une surinfection syphilitique chez une femme qui n’a jamais présenté d’accidents syphilitiques, en dehors de ses fausses couches, et qui n’a jamais été traitée comme telle.