A. — LÉSIONS DU VESTIBULE DES FOSSES NASALES
Les caractères des lésions de l’orifice narinaire et du vestibule des fosses nasales sont bien connues. Elles sont relativement fréquentes, aisément accessibles à la vue. Elles ne diffèrent d’ailleurs que fort peu des autre syphilides cutanées. Elles empruntent cependant parfois à la nature de la région des caractères particuliers.
Elles peuvent se présenter sous forme d’érosions. Ces: érosions occupent plus particulièrement la base du vestibule, parfois la paroi interne, plus rarement la paroi externe (face interne de l'aile du nez); elles empiètent souvent en avant sur la lèvre supérieure, plus rarement en arrière sur la partie initiale de la muqueuse des fosses nasales. Elles sont généralement recouvertes de squames, de croûtelles, ou de croûtes véritables; les croûtes peuvent même être à ce point abordantes, qu’eiles obstruent : Vorifice des fosses nasales. :
Après détersion, les érosions apparaissent sous forme d’une surface rose pâle ou rose cuivré, à peine érodée d'ordinaire, sèche ou légèrement suintante. Parfois existe une véritable exulcération qui saigne après ablation de la croûte. Durant des semaines) parfois, les malades peuvent être incommodés par ces sortes de suintement sanguin qui se renouvellent à chaque tentative d’ablation.
D’autres fois, il s'agit de fissures, de crevasses, de rhagades. Elles siégent presque toujours à l'angle postérieur, à l'union de l’aile du nez et de la base du vestibule. Elles sont généralement superficielles, peu sensibles, mais elles peuvent être profondes et douloureuses. Ici encore, se forment des croûtes jaunes, mellicériques ou rendues noirâtres par le suintement sanguin qu’elles provoquent.
Des lésions eczématiformes, avec véritable prurit, croùûtes miliaires, peuvent se rencontrer également.
Parfois, grâce aux conditions d'humidité particulières à la région, aux sécrétions incessantes venues des fosses nasales, à la malpropreté et à la misère physiologique des sujets, on rencontre ici, comme à la vulve, comme à l’anus, de véritables papules hypertrophiques, des condylomes syphilitiques, saillants, pseudo-végétants, abondamment suintants ; une croûte jaune sale ou noirâtre, souillée de muco-pus, ou bien une formation d'aspect pseudo-mem= braneux, une couenne grisâtre les recouvre. La lumière vestibulaire peut en être rétrécie très notablement.
De véritables plaques muqueuses cutanées se rencontrent aussi en cette région humide, avec les caractères mêmes qu’elles présentent aux muqueuses. Cela est vrai surtout
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chez l'enfant où elles rappellent, avec le coryza coexistant, l'aspect des lésions nasales de la syphilis constitutionnelle.
La région du vestibule, de la base du nez, du sillon naso-jugal, de la lèvre supérieure, est enfin assez souvent le siège de ces curieuses manifestations cutanées de la syphilis secondaire auxquels Brocq a donné le nom de syphilides élégantes. Elles constituent de gracieux dessins, aux lignes demi-circulaires, policycliques, dont les bords, un peu saillants et squameux, circonscrivent un champ lisse de teinte rose ou cuivrée.
À quelque forme qu'on ait affaire, il faut savoir que les syphilides secondaires du vestibule peuvent s’accompagner d’une infiltration marquée des téguments sur lesquels elles reposent et des téguments voisins (ailes du nez, lobule, lèvre supérieure): il s’agit là d'une véritable poussée lymphangitique, soit spécifique, soit sous la dépendance d’une infection secondaire. C’est le tableau de ces œdèmes Iymphangitiques vulvaires, parfois énormes, quadrilabiaux, qu’on rencontre, au cas de syphilis primaire ou secondaire, chez les femmes peu soucieuses de leur toilette intime. Les téguments sont saillants, rose pâle ou rouge cuivré.