B. — LÉSIONS DES FOSSES NASALES PROPREMENT DITES
Les manifestations de la syphilis secondaire au niveau de la muqueuse des fosses nasales sont parmi les plus fréquentes. Quand on les recherche on les trouve le plus souvent, à un moment variable du stade secondaire. Dans les
deuxtiers des cas environ nous les avons rencontrées chez BORD | 2
la population jeune et très spéciale de l'Hôpital Lourcine- Broca. Elles nous ont semblé un peu moins fréquentes à l'hôpital Cochin-Annexe (Ricord) et à l'hôpital Saint-Louis, qui sont peuplés de sujets adultes. Chez l'enfant atteint de syphilis secondaire acquise, elles nous semblent constantes et très marquées,
Il est de règle qu'elles se produisent au moment de l'ex. plosion des accidents secondaires, de huit à quinze jours après l’apparition de la roséole, au moment précis où se montrent le catarrhe et les plaques muqueuses de la cavité bucco-pharyngée et du larynx. Une observation de Ripault {obs. 101) tendrait à faire croire qu'elles pourraient être beaucoup plus précoces, préroséoliques. La lecture de son observation donne plutôt à croire qu'il s'agissait d’un accident primitif.
Avant d'étudier l’une après l’autre les différentes modalités cliniques, contemporaines ou successives, que revêt la syphilis secondaire des fosses nasales, disons que le mode d’évolution est généralement celui-ci :
Une jeune malade de Lourcine-Broca,—ellea 18ou 20 ans, — a contracté la syphilis il y a un mois ou un mois et demi.
Elle se présente à nous avec une roséole et de la céphalée. Les muqueuses buccale, linguale, pharyngée, laryngée, nasale, sont d'ordinaire indemnes; toutau plusnotons-nous parfois un peu de rougeur des piliers et de l’épiglotte, un léger érythème de la partie antérieure de la muqueuse de la cloison nasale.
Quelques jours s’écoulent, etvoilà qu’ellese plaint, spontanémentou parce qu'onlaquestionne,de quelques douleurs à la déglutition, d’une diminution de la clarté de la voix,
d’une gène de la respiration nasale, avec écoulement muqueux. La malade, neuf fois sur dix, dit avoir pris froid, s'être un peu enrhumée du cerveau. Parfois les phénomènes sont plus bruyants, plus marqués : la malade brusquement est prise d’un véritable coryza, avec écoulement muqueux et éternuements répétés, la voix est nasonnée, enrouée, la dysphagie est très marquée ; il existe de la toux, des picotements laryngés, un chatouillement trachéal. La malade se dit grippée. Ce mode bruyant de début est le moins fréquent, les troubles fonctionnels s'installent d’ordinaire de facon insidieuse.
A Pexamen,nous trouvons une rougeur catarrhale « universelle » des muqueuses supérieures : nez, cavum, oropharynx, larynx, avec ou sans plaques muqueuses. Mais, au niveau du nez, cette rougeur présente d'ordinaire dès le début, des caractères spéciaux de limitation, de localisation élective.
Quoi qu'il en soit, que le début ait été insidieux ou progressif, Les troubles, au lieu de s’amender au bout de quelques jours, persistent et augmentent. Alors même qu'ils sont et demeureront peu marqués, la malade les perçoit durant deux, trois, quatre semaines. À la dysphagie, à l’enrouement, à la gène de la respiration nasale se joignent des bourdonnements d'oreilles, de l’hypoacousie, qui témoignent de la progression des lésions catarrhales spécifiques vers la trompe d'Eustache et la caisse du tympan. Souyent même existe une douleur anormale à la pointe de la mastoïde, au niveau de l’antre ou de la pointe : les cellules mastoïdiennes elles-mêmes sont touchées.
L'examen nous montre, surajoutéesauxlésions catarrha-
Dire
les, des plaques muqueuses, linguales, bucco-pharyngées, amygdaliennes, laryngées ; les amygdales palatines, linguale, pharyngée, tubaires sont augmentées de volume. La muqueuse du cavum est tomenteuse ; recouverte d’abondantes mucosités. La muqueuse nasale présente endes points circonscrits des zones d’érythème très marqué, parfois même des érosions, et, presque toujours, une tuméfaction des cornets inférieurs.
Les choses demeurent en l’état pendant un temps très variable. La durée totale de ce catarrhe généralisé est d’au moins un mois, parfois de trois, de six mois et plus, avec alternatives d’aggravation et d'amélioration.
Mais, d’une facon générale, les troubles sont peu marqués; dans la moitié des cas le malade en est à peine incommodé. Parfois cependant la dysphagie, l’enrouement, l’obstruction nasale sont très gênants.
Progressivement, lentement, tout s’amende : la dysphagie, l’enrouement disparaissent complètement, la perméabilité nasale reparaît. Dans quelques cas cependant la gène de la respiration nasale persiste réalisant le type clinique de la rhinite hypertrophique chronique.
Nous avons tenu, dans cette brève esquisse, à ne point séparer des troubles pharyngés, laryngés, auriculaires, les troubles nasaux qui nous occupent. Ils ne constituent, en effet, qu’un deséléments du syndrome; ilsapparaissent, en même temps que les autres troubles, subissent de facon contemporaine des phases alternatives d'augmentation et de diminution, puis, finalement, ils régressent en même temps qu'eux. Cela s'explique aisément par la con-
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tinuité des muqueuses nasale, pharyngée, laryngée, tubaire, qui se trouvent solidaires devant les phénomènes phlegmasiques. |
Nous pouvons maintenant tout en l'y conservant par la pensée, sortir de son cadre, la rhinite spécifique secondaire et en étudier les différentes modalités cliniques. Il est difficile de subordonner les lésions les unes aux autres dans l’ordre évolutif, car, le plus souvent, elles coexistent et on ne saurait affirmer laquelle a précédé, laquelle survivra. Tout au plus, peut-on dire que la congestion et l’érythème de la muqueuse sont des manifestations du début, que les, érosions, les épistaxis, lescondylomes sont secondaires.
Etudions successivement chacune de ces manifestations.
fTuméfaction inflammatoire de la pituitaire. — C’est, à notre avis, la manifestation fondamentale de la syphilis secondaire des fosses nasales. Elle ne manque presque jamais, elle constitue parfois à elle seule toute la rhinite spécifique. Elle est plus ou moins marquée; générale ou partielle. Due à l’infiltration du derme muqueux, il est évident qu’elle sera surtout manifeste aux points où ce derme, atteint son maximum d’épaisseur, c'est-à-dire sur les cornets inférieurs. Là, en effet, existe, sous la couche épithéliale, un chorion épais, lâche, richement vascularisé, largement infiltré de cellules embryonnaires. En de certains points, surtout chez les sujets jeunes, existent de véritables follicules clos, comme l’a montré Zuckerkandl. Pour qui connaît l'importance de la réaction lymphoïde au cours de la syphilis secondaire, il est aisé de comprendre
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la tuméfaction élective des cornets inférieurs et l'importance de cette tuméfaction chez les sujets jeunes, à tissu lymphoïde abondant.
Cette tuméfaction provoque une gêne de la respiration nasale, plus ou moins marquée. Cette gêne est considérable chez le jeune enfant. La respiration buccale seule est possible, l'enfant ne prend plus le sein que difficilement et se rejette aussitôt en arrière pour reprendre haleine.
C’est surtout pendant la nuit que les malades sont incommodés ; il en résulte au réveil une sécheresse de la gorge, une augmentation de la dysphagie généralement concomitante. L’enchiffrènement est souvent unilatéral ; dans le cas où il se montre bilatéral, un des côtés surtout est géné. Ce caractère d’unilatéralité est très curieux, et particulier à la rhinite spécifique. Faitcapital, le côté obstrué demeure obstrué quel que soit le flanc sur lequel repose le malade. C’est là un caractère différentiel important avec la rhinite hypertrophique banale, qui se trouve être le plus souvent une rhinite « à bascule ».
À la rhinoscopie antérieure, la muqueuse apparaît tuméfiée, surtout sur les cornets, beaucoup moins sur la cloison. Le cornet inférieur est augmenté de volume dans toute son étendue, il peut venir au contact de la cloison, parfois il sembles’écraser contre elle. Sa partie antérieure ou tête atteint parfois le volume d’une noisette. La tête du cornet moyen est souvent, elle aussi, tuméfiée.
À la rhinoscopie postérieure, la queue des cornets apparaît le plus souvent, augmentée de volume. La mu-
queuse du cavum est tuméfiée, tomentense; l’'amygdale