‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 12 sur 57 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DOCTRINE ET MÉTHODE § I. — Itf» pierre »ii|^alaire de la nosolog^ie.

L'observation pure est-elle, comme on se plaît à le dire, le vrai remède à Télat d'incertitude etd'anarchie dans lequel se débat non-seulement la syphilographie, mais encore la médecine de noire temps. S'il en était ainsi, le remède ne serait pas difficile à trouver. — Mais ce ne sont pas les faits et les observations qui font défaut à l'époque contemporaine. Quel autre temps fut jamais plus fertile en ouvriers plus dévoués et assidus aux investigations minutieuses de la science? Cependant avec la multiplicité des matériaux, croît la confusion, la discorde avec le nombre des artisans.

C'est que l'œuvre manque d'unité, Tédifice pèche par les fondements. En d'autres termes, les observateurs modernes n'ont point une doctrine qui leur serve de plan, une méthode pour leur tenir lieu de levier. Aussi voyons-nous sans aucune surprise les faits se multiplier et les conjectures se succéder, pour ainsi dire, en pure perte au milieu des prétentions contradictoires. Malgré les travaux les plus dignes d'intérêt, malgré les efforts les plus consciencieux et les plus intelligents, la confusion est partout. La notion distincte des maladies s'efface. L'hippocratisme se perd dans les malaiies- fonctions y i'organicisme s'emprisonne dans lesmaladiestissus, Montpellier identifie les maladies avec les symptômes,

8 4 CONSTITUTION NOSOLOGIQCE DE Li SYPHILIS.

Paris avec les lésions. Ici ron ne voit que des altérations matérielles et microscopiques ; là, que des éléments mal définis et encore plus insaisissables.

La négation des maladies devait être la commune fin de ces systèmes : conclusion exorbitante dont l'organicisme a eu, le premier^ le singulier courage, et dont il doitporter la responsabilité. D'après cela, la maladie n'est qu'un nom, et moins encore, une chimère, une erreur. En réalité, il n'existe que des états organopathiques quelconques, variant sans cesse^ se groupant sans raison, se poursuivant sans but

Or, du moment où il n'y a pas de maladie, — c'est-à-dire d'essence morbide , indépendante et immuable^ définie dans ses caractères, dans ses évolutions , dans ses formes, dans sa durée, etc., etc., — il n'y a plus de constitution médicale, c'est-à-dire de nosographie, d'étiologie, de thérapeutique même ; il n'y a plus une science particulière de chaque maladie. Du moins, on ne peut plus appeler du nom de science une accumulation de faits incessamment variables, sans rapports évidents, sans coordination possible. Et c'est là, en efi^et, l'idéal de la médecine tel que l'organicisme l'a créé à son image : état d'arbitraire dans lequel les faits, les chiffres et les formules se succèdent uniquement pour se contredire, et où les vérités les mieux établies viennent sombrer tour à tour.

Je sais bien que guidés par l'expérience et le bon sens qui les accompagnent, surtout dans les choses de la pratique, la plupart des médecins font souvent bon marché des errements de ce système. Mais ce sont là seulement d'heureuses inconséquences, par lesquelles le sentiment de la vérité éclate et proteste contre la servitude de Terreur.

Cette servitude, la science médicale doit enfin s'en atfran-

POCTEINE ET MÉTHODE. gft

ehir, en proclamant à son tour la vérité immuable dès longtemps pressentie, qui doit devenir la pierre angulaire de rédifice, la base granitique de sa constitution. Or, cette vérité, — qui est en germe dans Tesprit de la tradition, malgré toutes les hypothèses, et dans Tinstinct des médecins^ mal* gré toutes les préventions, qui a inspiré les grands travaux dont s'honore le passé, et qui guide plus d'une fois, à son insu, les efforts de la pratique, -^ c'est le principe de I'msentialité des maladies. — « Ce principe est la base de la pathologie, comme l'essentialité ou l'immutabilité des idées est la base de la philosophie , comme l'essentialité ou Tim-» mutabilité des espèces est la base de l'histoire naturelle, comme l'essentialité ou l'immutabilité des éléments est la base de la chimie, comme l'essentialité ou l'immutabilité des figures est la base de la géométrie (1). » En étudiant le$ maladies comme des essences, — c'est-à-dire comme des modes définis y et seulement d'après leurs caractères sen«t-* Wes, — cette doctrine formule en même temps la vraie mé^ thode médicale au lieu et place de toutes les prétentions chimériques des sciences étrangères qui ont asservi la mé* decine sous prétexte de la guider. Et par là, la détermination des maladies, en tant qu'espèces, leur distribution régulière par groupes nosologiques, leur distinction radicale d'avec les lésions et les symptômes, le rôle véritable de la prédisposition et des causes, la loi des évolutions, la raison de leurs différences de l'espèce à l'individu par les formes, les variétés et les idiosyncrasies, la formule et la hiérarchie de leurs indications, toute cette grande constitution médicale devient d'une compréhension facile et claire, autant que les efforts passés furent jusque-là embarrassés et impuissants.

(1) J. P. Tessier, Études de médecine générale^ 1850, p. 163.

8b CONSTITUTION NOSOLOGIQDE DE LÀ SYPHILIS.

Tel est le foyer lumineux qui nous permet de distinguer la réalité de son ombre, c'est-à-dire la méthode d'avec les systèmes, et la théorie d'avec les hypothèses. En projetant ses rayonnements sur le champ de la syphilographie, les problèmes obscurs qui s'agitent s'éclairent d'un jour nouveau. L'essence de la maladie, le rôle de son virus, la diversité de ses formes et l'unité de son ensemble reçoivent une solution en harmonie avec l'esprit de la tradition et les progrès de notre temps.

Il est d'autant plus nécessaire d'invoquer ici ces véritables notions de l'entité morbide qu'elles sont plus méconnues, et que leur ignorance ou leur oubli est l'unique cause de la déchéance trop réelle de notre art. Gomme au temps de Sydenham, dont j'emprunte les propres paroles, cet art, le plus grand de tous, ne passe-t-il pas encore aux yeux du vulgaire pour incertain , trompeur^ mystérieux et en quelque façon inintelligible? D'où vient cela, sinon qu'il n'a pas de base assurée ?

Or, ce qui est vrai généralement pour la plupart des maladies s'applique bien davantage encore à l'étude des affections dites vénériennes. On dirait un groupe complètement en dehors de la nosographie. Cependant, la syphilis, en particulier, ne fait nullement exception à la loi générale; et c'est à tort que l'on a cherché à la soustraire à la nécessité commune. Aussi, livrée avec une indifférence par trop dédaigneuse à la merci habituelle des médecins spécialistes, elle se ressent fort de cet abandon. Elle a subi les inconvénients du régime d'exception qui lui a été imposé. On y remarque à chaque pas de singulières prétenlions à une législation originale : tout un code hérissé de lois , de formules, de sentences, de décisions, qui ne sont que trop souvent l'expression de visées particulières. Chaque syphilographe

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