‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 14 sur 57 · DOCTRINE ET MÉTHODE · texte numérisé non relu

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l'affaire : à un chancre solitaire^ insignifiant, superficiel, peuvent succéder les accidents consécutifs les plus opiniâtres et les plus nombreux; à des chancres multiples et étendus, les symptômes les plus fugitifs.

En troisième lieu, enfin, les accidents syphilitiques, bien qu'ils se transmettent fréquemment dans leur forme, ne sont pas dans un rapport d'intensilé nécessaire avec les foyers d'où ils émanent. Un chancre simple bénin peut communiquer, selon les individus, un chancre phagédénique rebelle, et celui-ci, à son tour, provoquer chez un autre individu des ulcérations virulentes suivies de symptômes constitutionnels.

Dans tous ces cas, la maladie n'est donc pas en proportion déterminée avec l'intensité, la dose ou la nature du virus. Les effets ne sont pas adéquats à la cause.

Enfin, pendant que la prétendue cause e£Sciente disparait peu à peu, au lieu que ses efiets s'amoindrissent et cessent parallèlement, ils se montrent au contraire plus opiniâtres et plus invétérés que jamais. Ainsi, dans la seconde période de la syphilis confirmée, la contagion perd de sa constance et de son activité ; plusieurs de ses symptômes tardifs sont dénués du pouvoir contagieux. On sait aussi que, dans la troisième période, ce pouvoir manque absolument. Dès les premiers temps même, la réinoculabilité du malade fait le plus souvent défaut. Voilà bien un singulier poison I C'est au moment que le malade en est saturé qu'il lecommunique moins facilement aux autres; c'est alors que ce poison n'est plus un poison pour ceux-ci, qu'il infecte de plus en plus le premier en lui faisant parcourir l'horrible chaîne des accidents secondaires, tertiaires, et parfois même cachectiques !

Ainsi le mécanisme du virus ne saurait être identifié et

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ramené au rôle d'une cause externe. Il ne peut rendre compte, à ce titre, des effets de la syphilis. Il ne saurait expliquer sa production, en comprendre Torigine. C'est ijuo cette prétendue cause eflSciente n'est qu'un effet, un produit de la maladie. Pour créer le contage, il faut préalablement un maladeatteintde syphilis. La maladie préexiste, elle a surtout proexisté originellement au virus. « Quelques efforts d'esprit que Ton fasse, dit J. P. Tessier, on n'arrivera jamais à comprendre quel'effet d'une maladieen soit la cause. Le oui et le non, le tout et la partie, la cause et l'effet ne sont point identiques (1).» C'est la môme doctrine qu'expri^ mait M. Bazin, en 1861, dans ces termes: a Le virus est un produit, un effet de la maladie et non sa cause; pour expliquer son existence, il faut, de toute nécessité, admettre une première maladie spontanément survenue et ayant engendré un premier virus dont l'inoculation a été capable de déterminer consécutivement la maladie dont il était l'effet (2). »

Dans la transmission d'un individu à un autre, la contagion syphilitique ne joue d'autre rôle que celui d'une cause occasionnelle nécessaire, mais toujours dominée par la prédisposition, qui est la seule véritable cause prochaine, supérieure et permanente, de la maladie. Le mode contagieux affecté au virus syphilitique, — c'est-à-dire la contagion par inoculation^ — est l'instrument, l'occasion de ce déve-' loppement, comme la pierre lancée dans l'espace est l'occasion qui sollicite et met en jeu la loi de la pesanteur: le corps grave ou la main qui le dirige ne sont que les instruments du fait qui va s'accomplir; mais la véritable cause de

(1) Art médical, t. VI, p. 250; 1857.

(2) Bazin, Gazette liebdornadaire de médecine et de cidrv.rQie^ 30 août 1861 «

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la résultante reste indissolublement liëc, en définitive, à la force dominante et universelle de l'attraction.

On comprend que nous ne pouvons entrer dans tous les développements qu'exigerait Télude médicale des virus; nous en résumerons seulement ici les éléments, sous forme de propositions succinctes, pour l'intelligence de ce problème important,

1° Les virus sont des produits morbides jouissant de la propriété de reproduire par contagion des maladies identiques à celles qui les ont fournis. Ils ne constituent pas des individualités distinctes; ils ont pour support des produits matériels dont un état contre nature fomente les nouvelles qualités.

2^ Les virus sont les causes occasionnelles des maladies qu'ils produisent^ non nécessaires dans la variole et la rage spontanément développées, nécessaires dans la vaccine et la syphilis.

3* Les virus ont une période d'activité, ou, pour mieux dire, les maladies ont des périodes déterminées pendant lesquelles ils sont inoculables;

4" Chaque virus a son mode d'action particulier;

5" Chacun d'eux est spécifique relativement aux maladies et aux espèces d'êtres organisés qui en sont affectés. Ils sont particuliers aux maladies contagieuses proprement dites^ et, en outre, à telles ou telles espèces animales, spontané* ment ou par transmission ;

6® On peut préjuger qu'il existe des causes susceptibles de s'opposer à l'action des virus ;

Et 7" ces virus peuvent être étudiés comme étant chacun des moyens possibles de traitement.

A proportion que nous pénétrerons plus avant dans l'étude

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de la syphilis, nous verrons les caractères du virus qui lui est propre se dessiner davantage à nos yeux.

En attendant, concluons ^- comme résumé de la discussion précédente : — le virus n'est point la cause substantielle, externe de la syphilis. Il ne représente que la propriété contagieuse inhérente à certains produits inoculables de la maladie; ce n'est que l'instrument spécial de sa transmission. Quant à la véritable cause interne ou prochaine, elle réside dans la prédisposition morbide définie, mise en activité à l'occasion accidentelle du contage inoculé.

§ 4. — Caractères uosologiques de la Syphilis.

Ainsi considéré, le virus cesse d'être la substance ou la semence de la maladie, et, à lui seul, l'essence propre de la syphilis. Il ne représente qu'un de ses effets, et, partant, de ses caractères. Or, l'essence morbide, nous l'avons vu, se compose de l'ensemble de ses phénomèjies constituants, et non d'un seul considéré, abstraction faite des autres. A la vérité, sur le terrain d'une maladie contagieuse inoculable, la transmission est un élément considérable et hors de proportion avec chacun des autres considéré isolément. Mais ce n'est pas une raison pour sacrifier à cet unique caractère tous les autres phénomènes essentiels de la maladie.

Ainsi, par exemple, seule, l'inoculation expérimentale ne saurait Taire distinguer dans beaucoup de cas, sans mécomptes ou malentendus, la blennorrhagie de la syphilis. M. Ricord, il est vrai, a tenté autrefois de fonder, uniquement à l'aide de la lancette, leur indépendance nosologiquc. Nous n'entendons pas nier résolument la possibilité d'un tel exploit de la part d'un expérimentateur aussi habile, ni l'importance grande des résultats fournis par l'iiio-

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culation. Toutefois ces données expérimentales, d'une trèsréelle valeur, ne sont pas un critérium infaillible; el la preuve, c'est que M. Ricord se fondait, il y a vingt-cinq ans, sur les témoignages qu'il récuse aujourd'hui. Alors tous les chancres s'inoculaient sans exception sur les malades, tandis que, dans ces dernières années, un bon nombre ne s inoculent plus. Ce témoignage contradictoire de la lancette dans les mêmes mains et à quelques années seulement de distance, a causé de grands étonnements. Mais, à nos yeux, il ne convient d'accuser que l'exagération qui prête à l'inoculation des décisions, soit dans un sens, soit dans un autre, par trop tranchantes. L'expérience, — une longue expérience, — a prononcé; et Ton n'a plus de peine à convenir que l'inoculation du pus blennorrhagique ou du pus chancreux urétral sur le malade, pour distinguer ces deux affections, ne mérite plus la confiance qu'on lui accordait, il y a peu d'années. S'il n'y avait entre ces deux entités morbides, — la blennorrhagie et la syphilis, — d'autres différences que les caractères exclusivement tirés de l'inoculation, leur distinction n'eût éié évidemment ni aussi nette, ni aussi facile dans la pratique. Mais c'est parce que M. Ricord, tout en prenant pour son plus important témoin l'inoculation expérimentale , a su placer dans un parallélisme lumineux, — avec le grand sens médical qui l'élève si haut parmi les médecins spécialistes, — l'ensemble distinct des caractères et des évolutions de chacune des deux maladies, qu'il a été conduit à légitimer pleinement leur indépendance. Tel est, en effet, leur fondement nosologique, à l'abri des lacunes et des infidélités de l'inoculation. C'est en se plaçant instinctivement sur le terrain de l'essentialilé que le chirurgien de l'hôpital du Midi a trouvé plus d'une fois l'occasion de ses plus glorieux triompheSi

Indépendamment de rinoculation expérimentale, d'autres caractères, consiçlérés isolément, ont servi de base précaire et insuffisante à Tédificalion nosologique de la syphilis. Placés à ce point de vue étroit, les divers auteurs des systèmes nosologiques ont regardé cette maladie tantôt comme une cachexie, tantôt comme une affection vénérienne, ou même comme une maladie organique.

L'ensemble de ses caractères démontre jusques à Tévidence que la syphilis n'est point une cachexie — contre le sentiment de Sauvages et de Cullen. — Le premier de ces nosologistes place la maladie qui nous occupe dans le cinquième ordre des cachexies, qui contient les affections cutanées. Mais d'abord, l'état cachectique proprement dit, s'il existe parfois dans la syphilis, n'en constitue point un caractèi:e essentiel; c'est un état accidentel, exceptionnel même, et borné généralement aux périodes ultimes, phase dernière de la plupart des maladies invétérées. De même, les localisations cutanées ne sont que des symptômes accessoires, en dehors desquels la maladie subsiste fréquemment. — Quant à Cullen, qui regarde aussi cette dernière comme cachectique, en la plaçant spécialement dans l'ordre des affections impétigineuses, il ne fait que rendre plus manifestes les vices du système de son prédécesseur.

La syphilis est-elle, par essence, une maladie vénérienne^ classe qui, d'après Selle, contient deux genres : la gonorrhée et le chancre ? Les affections de source vénérienne ne sauraient constituer un groupe nosologique précis. Quanta la syphilis, elle n'a point, à beaucoup près, toujours cette provenance particulière. On la contracte maintes fois en dehors de tout rapprochement sexuel : l'allaitement seul suffit à le démontrer.

4 Peut-on regarder, avec Pinel, la syphilis comme une

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maladie organique? Mais cette classe, ou Ton trouve pêlemêle, d'après l'auteur, la gangrène, l'hypochondrie, la gale, etc., etc., est nosologiquement si arbitraire et si confuse, que cette vague détermination ne nous apprend rien.

Ce n'est, ni d'après l'ensemble ni d'après un seul de ses caractères réels, que T école de M. Ricord est fondée à considérer aujourd'hui la syphilis, — dans sa période constitutionnelle, -^ comme une diathèse. Ce mot est ici détourné de sa signification régulière, laquelle s'entend des maladies formulées par Vunité de produit morbide y avec diversité de siège. Le cancer et le tubercule en sont les types le plus énergiquement dessinés. Transportée à l'étude de la syphilis, dont l'un des caractères est la diversité des produits mor-» bides , cette application vicieuse a eu, entre autres effets regrettables, celui de faire décréter le double dogme de l'incumbilité de la prétendue diathèse syphilitique et de la non-réinfection absolue : exemple qui témoigne combien l'ignorance ou l'oubli de la langue médicale engendrent dans la pratique de fâcheuses erreurs. La syphilis n'est donc pas davantage une diathèse qu'un empoisonnement.

D'après la méthode que nous avons indiquée, pour arriver à la solution du problème sur la constitution nosologique de la syphilis, il convient d'avoir égard à l'ensemble de ses caractères et de ses évolutions : ensemble qui se résume dans le développement successif ou simultané de différents produits morbides définis, chancres, bubons, éruptions diverses, etc., elc, en diverses régions, à la suite de l'inoculation virulente ou de Tinfluence héréditaire. Diversité de produits^ diversité de siège : telle est la formule générale de la syphilis, formule qui est celle d'un groupe nosologique constitué par J. W Tessier sous le nom de maladies consti-

J02 CONSTITUTION NOSOLOf.IQUE DE LA SYPHILIS.

tutionnelles (1). Dans ce groupe, la syphilis a sa place naturelle à côlé de la scrofule et de la goutte, dont elle se distingue autant par sa physionomie spéciale que par sa capacité virulente.

Cette solution nosologiquc, obtenue sans aucun sacrifice à rhypothèse et à l'esprit de système, par le seul concours de la méthode médicale, contient des corollaires qu'il importe de déduire pour arriver à notre fin.

§ 5. — Types nosolof^iques de la Sypkills.

Chacune des entités morbides, qui composent le groupe des maladies constitutionnelles, présente un horizon singulièrement étendu. Le nombre de leurs symptômes, la nature variée de, leurs lésions, la diversité de leurs évolutions^ la multiplicité de leurs aspects, figurent plutôt, par analogie, une synthèse générique qu'une espèce restreinte. Ces maladies nous apparaissent comme des genres décomposables en espèces plus ou moins nombreuses. II semble véritablement que la scrofule bénigne diffère autant de la scrofule grave, et la goutte légère ou régulière de la goutte fixe ou anomale, que le rhume se distingue de la pneumonie. Mais ces divers types, en apparence si tranchés, d'une même maladie constitutionnelle, se rattachent, au fond, par un lien essentiel qui ne permet point de les séparer. La scrofule, qui ne se manifeste que par quelques intumescences ganglionnaires chez un ascendant, peut faire

(1) Ainsi que Ta fait judicieusement remarquer M. Jules Hélot {loc. cit., p. 13), « nous nous servons à\i moi constitutionnelles pour désigner ces maladies, parce qu'il est traditionnel dans la science, et nous devons dire qu'on ne doit y attacher ici d'autre sens que celui qu'exprime la définition du groupe. »

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