‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 15 sur 57 · IX)CTRIN£ ET MÉTHODE · texte numérisé non relu

IX)CTRIN£ ET MÉTHODE

explosion sous forme de carreau ou de phthisie scrofuleuse sur Tun des descendants. A la goutte éphémère, se révélant uniquement par quelques fluxions à peine aperçues sur quelque gaine tendineuse, peuvent se substituer des localisalions graves, permanentes, multiples sur les principaux viscères de réconomie.

Il en est ainsi de la syphilis. Du chancre simple^ sans autre retentissement ultérieur, guérissant spontanément en quelques semaines, au chancre phagédénique, persistant des années en défiant toutes les ressources de l'art, et pouvant amener la consomption et la mort^ il y a loin. Il y a loin encore de ces deux derniers types de la maladie à celui de la syphilis ordinaire confirmée chez l'adulte, et de celle-ci à la forme héréditaire des enfants. Cependant, si dissemblables que soient ces aspects, ils ont une même nature; ils tiennent à une même racine. Dérivés d'une source commune^ l'unité en est, pour ainsi dire, le principe et la vie.

Mais, en même temps, ces prototypes de la syphilis, comme ceux de chaque maladie consiitulionnelle, présentent une originalité plus fortement accusée que dans la plupart des autres essences morbides. Et, par là, ce caractère important des maladies constitutionnelles nous donne la clef des opinions nouvelles tendant à scinder la syphilis en deux unités distinctes. Cette tendance a quelque raisond'être, chaque type de la syphilis pouvant être considéré, par analogie, comme une espèce même. Les néo-syphilographes ont entrevu la vérité dont il convient seulement de dégager l'exagération et l'erreur. La notion précise des difierences de la maladie est le dénouement de la question.

Les différences que l'observation constate dans chaque maladie ne sont pas des éléments d'égale valeur. Il y a une

hiérarchie dans la diversité de leurs caractères. Cette hiérarchie a s'établit par les formes d'abord, au-dessous des formes par les variétés^ finalement par les idiosyncrastes (1). »

Ce mot de formes n'a malheureusement, comme tant d'autres en médecine, qu'une acception arbitraire, indécise et partant variable. Les uns, comme Hunter, ont entendu plus spécialement par là la période de la maladie : forme locale et forme constitutionnelle, D autres l'ont employé comme synonyme de degré, de variété; ou même pour désigner telle ou telle lésion élémentaire des éruptions syphilitiques : forme exanthématiquCy tuberculeuse, etc. ; ou la prédominance de tel ou tel symptôme : forme serpigineuse, etc. Ce qui ne sert pas peu à augmenter la confusion.

La forme de Vessence morbide est plus que tout cela. C'est un ensemble de différences fixes, définies, flagrantes, portant sur la somme des caractères et des évolutions de la maladie, du commencement à la fin : véritables types naturels offrant chacun, dans Taspect de ses symptômes, dans la profondeurs de ses lésions, dans ses phases, dans son génie, dans sa curabilité, dans sa totalité enfin, un cachet à la fois autonome et distinct. Ce sont ces différences essentielles qui constituent pour la maladie ses formes : formes persistantes, irréductibles, — analogues à celles du sexe dans les espèces naturelles, — et dont l'existence, loin de détruire le prototype fidèle, ajoute à sa richesse et à sa fécondité. Cette notion est importante à établir, car l'image de chaque essence morbide ne se révèle que sous telle ou telle de ses formes; de même que la physionomie réelle de l'espèce humaine ne se manifeste que sous les attributs de l'un des

(1) Tessier, loc, cit., p. 333.

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sexes revêtant les lignes et les caractères propres à chacun d'eux. La maladie n'existe donc pas, dans son individualité, en dehors de Tune de ses formes définies. Par conséquent, à côté des caractères fondamentaux, génériques de la syphilis, il y a des différences spécifiques qui établissent dans son ensemble certains types irréductibles et constants.

Chaque forme elle-même embrasse plusieurs variétés, c'est-à-dire des degrés divers, soit dans la généralité, soit dans la spécialité des principaux phénomènes. Ainsi, dans la syphilis confirmée^ — depuis la variété qui consiste uniquement dans la transformation plastique de l'ulcération primitive sans autre accident — jusqu'à celle qui parcourt toutes les périodes de la maladie et se dénoue par la mort, il y a une foule de degrés intermédiaires dont les chaînons extrêmes semblent servir aux formes voisines de naturelles, transitions. Enfin, en dehors des influences de la maladie, de ses formes et de ses variétés, se trouvent encore les différences qui tiennent aux idiosyncrasies. Ce sont les réactions purement individuelles. Innées, ou acquises par le milieu, les habitudes, modifiées par mille conditions diverses, les dispositions dont nous parlons suscitent des différences plus mobiles, plus accidentelles, mais dont il faut, dans la pratique, tenir grand compte. Elles impriment plus ou moins fortement leur empreinte sur le nombre, la résistance des symptômes, par exemple, mais elles ne déplaceront pas la forme même de la maladie. C'est ainsi qu'un individu atteint de syphilis, dans sa variété la plus simple, — c'est-à-dire de chancres mous, sans autre accident, — verra se développer souvent, à la suite de fatigues ou d'excès, le bubon suppuré qu'il eût peut-être évité par un sage régime ; c'est ainsi encore qu'un traitement mercuriel intempestif ou exagéré prolongera d'anciens accidents ou en rallumera même de nou-

106 CONSTITUTION NOSOLOGIQVE DE Li SYPHILIS.

veaux dans la forme confirmée. Mais, dans la très-grande majorité des cas, ni les écarts du malade ni les erreurs du traitement ne transformeront la syphilis phagédéuique en syphilis confirmée, et réciproquement.

Grâce à la méthode médicale, nous arrivons donc, en partant de la notion générale de la maladie, à Tindividu, « terme pratique de la nosologie. » Et, sans torturer les faits, sans nous égarer dans les conjectures, nous pouvons a£Brmer la constitution nosologique de la syphilis, « embrassant le sujet tout entier, respectant son unité et ses variétés, abordant tous les détails et harmonisant le tout par une ordination régulière (1). » Maintenant, il nous sera facile de faire entendre comment cette maladie comprend des types distincts sans cesser d'être elle-même; quelle part, dans la diversité de ses formes, revient à son essence, quelle part à la susceptibilité individuelle; de quelle manière, sous ces influences combinées, les types s'engendrent, les variétés s'établissent, les transitions s'opèrent.

Ainsi, dans le vaste règne organique, on voit les espèces, distinctes dans leur forme par d'immuables lois et d'infranchissables abîmes, se rapprocher cependant dans la chaîne des êtres, — sous l'influence de circonstances diverses, telles que le climat, la culture, la domestication ou des sélections répétées, — par une dégradation harmonieuse de types dont la variabilité n'exclut point la constance. En vertu des lois supérieures dont nous ne pouvons méconnaître la haute sagesse, l'homme n'a point d'empire sur les caractères essentiels des espèces ou des sexes. Sa puissance ne peut

(1) Tessier, loc. cii.^ p. 336.

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s'exercer que sur les races ou les variélés : privilège encore considérable dans ces limites, car les variétés sont pour ainsi dire infinies. Et lorsque l'observateur veut contempler en détail les faits de la nature, — dans Tordre des essences morbides, comme dans celui des essences naturelles, — il s'arrête confondu devant la richesse merveilleuse des variations compatibles avec Tunité permanente.

Arrêtons-nous. Peut-être avons-nous trop longuement insisté. Cependant il nous a paru indispensable, pour ne pas encore augmenter la confusion, de définir nettement tous les termes des questions en litige, et pour cela de rappeler, dans leurs immédiates applications, les principes d'une doctrine médicale lumineuse et féconde, à une époque et sur un terrain où nous voyons trop souvent les pionniers de la science médicale s'aventurer sans guide et sans boussole à la poursuite des faits. C'est un grand labeur et une rare fortune d'échapper, dans ces circonstances, à d'inévitables naufrages sur les écueils de l'hypothèse, au milieu des mirages de la fantaisie.

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