‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 16 sur 57 · APERÇU GÉNÉRAL ET DIVISION · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL ET DIVISION

Considéré dans ses rapports naturels d'association et de succession, l'ensemble des phénomènes syphilitiques ne se résume point dans la dichotomie systématique de deux groupes distincts, ou, si Ton veut, d'une forme infectante et d'une forme non infectante. Leur analyse embrasse des divi* sions plus réelles et plus multipliées.

Ces divisions, que nous allons établir et passer en revue, ne sont que le reflet des différences fondamentales dans les évolutions naturelles de la maladie. Elles sont justifiées par les données les plus certaines et les plus légitimes de la tradition. Elles reposent sur Tobservation clinique la plus rigoureuse. Nous pourrions, au besoin, les étayer sur le témoignage imposant des faits que nous avons recueillis avec le plus grand soin, pendant notre internat à Thôpital de Lourcine (1) en 1844, dans le service de M. le docteur

(1) Ces faits, qui dépassent le nombre de trois cents, ont été recueillis sur des malades soumis à un examen journalier, en présence des

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Cullerier, à une époque libre des controverses qui se sont élevées ultérieurement, et, par conséquent^ dans un esprit complètement dégagé de tout intérêt comme de toute prévention dans le débat. Il serait pour le moins superflu de reproduire ici la plupart de ces exemples, qui ne difi'èrent en rien, d'ailleurs, de ceux que l'on trouve partout, ou de rééditer ceux que nous avons déjà publiés en d'autres occasions ou pour d'autres besoins (i ). Dans cette esquisse tracée à grands traits, en nous arrêtant seulement aux points qui méritent davantage notre attention, il nous sufiSra de citer quelques exemples pour motiver les distinctions qu'il importe d'établir.

La syphilis se transmet et se développe par contagion ou jinr hérédité. De là, deux groupes de faits généraux, trèsdistincts non-seulement par le mode de transmission de la maladie, mais encore par les symptômes, les lésions, la marche, la durée, la gravité, etc. L'un comprend la syphilis acquise^ l'autre la syphilis héréditaire. Chacun de ces groupes, que M. Diday a très-judicieusement distingués dans la syphilis des nouveau-nés, représente une distinction fort naturelle qui doit s'appliquer à tous les âges.

Cette première distinction générique comprend diverses

élèves du service. Dans beaucoup de cas, Ils ont été écrits, séance tenante et au moment même de l'exploration objecUve^ sous notre dictée, par ces derniers. D'autres ont été observés à l'hôpital Saint- Antoine ou dans notre clientèle privée. Nous puiserons, au besoin, dans la riche collection clinique formée par F. Gabalda pendant son internat dans les hôpi« taux Saint-Louis et du Midi, collection dont l'héritage scientifique nous est échu.

(1) Un certain nombre figurent dans notre Mémoire sur les plaques mu- (lueuses {Arch. gén. de médecine. Paris ^ 1845), basé sur 284 observations, dont 102 nous appartiennent en particulier.

formes , qui constituent elles-mêmes des variétés importantes.

§ 1. La con^a|7iOM syphilitique a pour caractère essentiel de se développer par voie d'inoculation.

La condition la plus favorable à Tinsertion et à la pénétration de la matière contagieuse est sans contredit l'acte vénérien. L'allaitement est encore entre les nouveau-nés et les nourrices une cause banale de réciproque contamination. En quelque région de Téconomie que siège la lésion productrice du pus virulent, ce dernierpeut s'inoculer parle contact le plus imprévu et le plus accidentel, et provoquer l'explosion de la maladie chez toute personne qui s'y expose imprudemment, avec une facilité et une énergie en raison directe de la prédisposition individuelle d'une part^ et de certaines conditions inhérentes au produit virulent d'autre part.

La bouche est^ après les organes génitaux^ la voie la plus fréquente de la contagion^ non-seulement d'une manière immédiate par les embrassements et l'allaitement, mais par l'usage en commun de certains ustensiles de ménage, ou certaines habitudes de profession, comme chez les verriers. M. RoUet a cité là-dessus de très-curieux exemples.

Les divers instruments de chirurgie ont servi plus d'une fois à cette contamination involontaire {\), En revanche, les accoucheurs et les sages-femmes sont très-exposés à recevoir l'infection. Des vêtements d'origine suspecte ont pu la communiquer également à des vieillards. Bien que son très-ordinaire et très-actif pourvoyeur, l'acte vénérien n'est donc pas, à beaucoup près, la porte d'entrée exclusive de la syphihs.

(1} Les journaux ont rapporté récemment des faits de contagion syphi< litique opérée par le cathétérisme de la trompe d*Eustache.

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Les accidents syphilitiques acquis revêtent, dans nos climats, — chez Tadulte, pris pour type, — Tune des formes suivantes :

Forme bénigne, ou syphilis simple,

Forme maligne, syphilis phagédénique,

Forme grave, ordinaire, syphilis confirmée.

Ces formes acquises, définies par l'intensité des accidents et la diversité des évolutions de la maladie, remontent aux premiers temps de la tradition. Elles sont déjà nettement aperçues par Gabriel Fallope : a Gallicœ cariei tria sunt genera, Unum est quod continet cariem benignam, gaUicam tamen. Secundum mediocrem includit. Tertium est quod habet malignam à quo Deus omnes fidèles christianos liberet, p Après avoir donné les signes de ces trois catégories, il ajoute : a Has species oportet distinctissime cognoscere et diligentissime tractare; benigna enim moderate tractamus, et non timemus. Et de duobus reliquis formidandum de varia infeciione (1). »

Nous verrons, en effet, que les signes diagnostiques et pronostiques, comme les indications thérapeutiques, varient suivant les formes delà maladie. Il serait facile de citer encore d'autres témoignages, pour montrer la banalité même de cette division, dès les premières descriptions traditionnelles de la syphilis; mais il est juste de reconnaître que, circonscrit à T ulcération primitive ou au virus, au lieu d'être appliqué à l'ensemble des accidents morbides, le sentiment de cette distinction n'avait point encore reçu son extension nécessaire. La doctrine de l'essentialité des maladies en pouvait donner seule la formule scientifique et en faire jaillir ses conséquences pratiques multipliées*

(1) LoCi cit., til, p. 814i

g 2. Transmise par hérédité^ la syphilis se présente sous deux formes différentes :

La forme congéniale des nouveau-nés; La forme héréditaire des adultes.

g 3. Enfin, s'il est vrai, suivant la juste opinion de Rosenbaum, de Halle, que « l'histoire d'une maladie est l'exposition génétique de son développement, de sa formation complète dans le temps, » il faut ajouter aussi « dans l'espace )> avec le traducteur (I) de l'illustre historien ; c'est pourquoi nous aurons à examiner si l'épidémie du quinzième siècle et les diverses endémies observées dans certaines contrées ou campements géographiques ne doivent pas être rapportées à une forme particulière de la maladie syphilitique.

Ainsi, voilà six formes distinctes dont il importe d'étabhr les caractères nosologiques.

Commençons par exposer les cas les plus simples ; ils nous conduiront successivement par les nuances progressives aux cas les plus compliqués.

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