‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 19 sur 57 · SYPHILIS SIMPLE OU BENIGNE · texte numérisé non relu

SYPHILIS SIMPLE OU BENIGNE

Observation m. — Syphilis simple : Chancres mous et solitaires de la vulve et de l'utérus; inoculation par mégarde au jarret. Absence de bubon,

Sophie Tournul, dix-neuf ans, brunisseuse, entre le 20 fëmer 1844 à Lourcine^ salle Saint- Alexis^ n^ 25 (service de M. Cullerier).

Scrofuleuse. Affectée pour la première fois de maladie vénérienne. Depuis un mois, chancre unique à la commissure supérieure des nymphes, près le clitoris ; pvalaire, grisâtre, siège de vives démangeaisons. Rien aux aines. Ulcération chancreuse, circulaire, rougeâtre au col utérin.

Huit jours après le développement du chancre, un petit bouton est survenu au creux du jarret gauche. Aujourd'hui, trois semaines après son début, il se présente sous forme d'une ulcération arrondie, de la dimension d'une pièce de vingt sous, à bords taillés à pic, dentelés, légèrement renversés en dehors, à fond grisâtre, sanieux. Le pus de ce dernier ulcère, porté sous l'épidernae de la cuisse droite par la lancette, donne lieu à la formation d*un bouton ecthymateux caractéristique déjà le surlendemain,* celui-ci ouvert, le pus est inséré à la cuisse gauche et s'inocule pareillement. Ces ulcérations, cautérisées trois ou quatre fois avec le nitrate d'argent, ont persisté assez longtemps, sans déterminer jamais toutefois le moindre gonflement ganglionnaire... •

Le pus chancreux avait été transporté dans le creux poplité par les mains de la malade, ce qui résulte de ses déclarations.

Dans tous ces faits on ne trouve aucune trace de bubon. Voici maintenant un exemple de bubon indolent accompagnant un chancre mou :

Observatios IV. — Syphilis bénigne : chancre mou, bubon indolent.

Catherine Grabin, vingt ans, couturière, entre le 16 novembre 1844, salle Saint-Bruno, n^ 25, malade pour la première fois.

Elle porte : 1® Un chancre solitaire à la fourchette, inégal, peu circonscrit, grisâtre, superficiel, bords un peu végétants^ cou-

pés à pic^ sans dureté, et tendant à la cicatrisation. Il remonte à un mois de date environ (cautérisation, pansement au vin aromatique} ; 2° un engorgement de Taine, unilatéral, gros comme une noix^ un peu dur, uniforme, indolent (catapl.)-

Le chancre^ cautérisé à diverses reprises, reste mou et se cicatrise sans dureté vers le 15 décembre.

Le bubon augmente un peu de volume sans devenir douloureux (emplâtre de Yigo, le 6 décembre) . Il entre en résolution et disparait le 18 décembre. La malade sort de l'hôpital ne présentant plus aucun vestige de maladie.

Dans un second degré, avec les ulcérations précédentes apparaît rintumescence aiguë des glandes lymphatiques voisines. Ce n'est point la pléiade qui s'engorge ; c'est, le plus souvent, un noyau superficiel, unilatéral ou bilatéral, qui s'enflamme. L'inflammation parcourt ses phases, se terminant quelquefois par résolution, souvent par suppuration, soit d'un côté, soit de l'autre.

Ici deux cas peuvent se présenter : — ou le bubon n'est qu'une complication accidentelle de la maladie, et alors, plaie simple en voie de suppuration, il parcourt ordinairement ses périodes avec plus de rapidité et ne fournit pas de pus inoculable ; — ou bien il se développe à titre de symptôme essentiel, et alors le bubon abcédé constitue un véritable foyer chancreux, plus étendu, plus rebelle à une prompte cicatrisation, et versant un pus virulent. Dans l'un comme dans l'autre cas, le mal est plus aigu, l'éréthismevascqlaire plus marqué, l'engorgement et le prurit de la partie plus sensibles, la suppuration des ulcérations plus franche et plus abondante ; le lacis des couches capillaires adjacentes sert de moyen de propagation au travail inflammatoire, qui, dans certaines circonstances, ne laisse pas que de faire quelques explosions, sous forme de petits abcès chancreux, sur le parcours du réseau.

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Il serait superflu de présenter le moindre fait de bubon suppuré dans la syphilis bénigne, cette circonstance étant regardée comme la règle ordinaire dans Tespèce. Elle n'avait point échappé dès les premiers temps mômes à N. Massa : Et sequuntur apostemaia inguinum quœ, si suppurantur^ retnovent œgritudinem, maxime a principio. Cependant, le bubon suppuré n'est point le satellite obligé du chancre simple. Il manque environ dans les deux tiers des cas.

Dans une troisième série de faits plus rares, la gangrène envahit les ulcérations chancrcuses ou les bubons abcédés, peu de jours ordinairement après leur début; dans ce cas, la mortification des tissus et Télimination des escharres peut entraîner^ suivant le siège, la destruction d'une partie plus ou moins grande du tissu cellulaire et de la peau.

D'autres fois, c'est la complication de Vétat diphthéritique qui vient prolonger la période envahissante des ulcérations chancreuses, ou, au moins, ajourner leur cicatrisation.

Enfin, dans une dernière catégorie d'accidents, les chancres ou le bubon suppuré et virulent revêtent, — encore à titre de complication accidentelle, — l'élément phagédénique. L'ulcère rongeur n'a plus ici de formes ni de limites. Ses bords s'allongent irrégulièrement, se décollent, se dé^ coupent en languettes, envahissant de proche en proche, rebelles à la cicatrisation. Ce n'est plus alors pendant des semaines, mais pendant des mois, que l'on attend la fin de ce travail désorganisateur. Cependant il cède, dans les cas dont nous parlons, à l'influence d'une médication appropriée,après un intervalle de temps qui ne dépasse guère trois ou quatre mois. La complication phagédénique se déclare en général sur les chancres solitaires; multiples, elle n'en frappe qu'un petit nombre, pendant que les autres suivent

leur cours ordinaire. Ici le phagédénisme ne constitue^ à vrai dire, qu'un degré accidentel^ restreint et passager.

J'en rapporterai une observation qui sera mieux placée dans un autre chapitre en raison des conclusions que Ton en peut tirer sous d'autres rapports.

Toutes ces variétés bornent là leurs symptômes et leurs complications. La cicatrisation des chancres et des bubons met fin à la maladie. Il n'y a pas d'autres poussées, encore moins de véritables récidives. Tout danger a disparu, pour le présent comme pour l'avenir.

Dans cette forme simple de la syphilis, le pus virulent, chancreux ou ganglionnaire, est extrêmement actif pendant toute la durée de l'ulcération. Il peut s'inoculer le plus souvent au malade lui-môme un grand nombre de fois, — indéfiniment, disent les élèves de M. Ricord; jusqu'à saturation, suivant les syphilisateurs qui ont, à cet égard, poussé plus loin leurs expériences, — en reproduisant la variété d'ulcération d'où il émane. La contagion naturelle de l'individu affecté à un sujet sain reproduit généralement aussi la forme de la maladie. Mais de nombreux exemples démontrent que la syphilis simple, — et la plus simple possible, — chez un malade, est en puissance de développer parfois le chancre induré par la réinoculation sur l'individu même, — et, sur un autre organisme indemne d'accidents, la forme grave avec tous ses phénomènes les moins équivoques.

Cette forme est de toutes la plus fréquente. L'on comprend assez d'ailleurs qu'elle passe facilement inaperçue, surtout chez les femmes, ainsi que chez les hommes peu soigneux ou honteux de leur état, lorsque la bénignité des chancres ou l'absence du bubon suppuré se font les complices de leur silence et se prêtent à leur dissimulation. La syphilis bénigne est surtout de provenance vénérienne.

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