SYPHILIS SIMPLE OU BÉNIGNE
Aussi est-ce particulièrement dans la région génitale que sont circonscrites ses lésions. Sur 202 observations analysées par Melcbior Robert à Tbôpital du Midi, 188 fois les chancres siégeaient dans cette sphère accoutumée. Le même auteur les a trouvés 7 fois aux lèvres buccales, 4 fois à Tanus. A la tête, la présence du chancre mou est extrêmement rare, à ce point que plusieurs observateurs, dans ces derniers temps, parmi les élèvel» de M. Ricord, se sont crus autorisés à nier le fait de son développement dans ce lieu. Mais, ainsi que Ta fait observer M. Laroyenne (i), M. Ricord en citait déjà en 1838 (2) onze exemples. D'un autre côté, MM. Alf. Fournier (3), Hubbenet de Kieff, Rollet de Lyon, Puche, Buzenet, Nadaud des Islets (4), et Melcbior Robert ont réussi à insérer l'ulcération simple dans diverses régions de la face. Mais il n'est pas moins vrai de dire que le chancre céphalique est le plus communément accompagné d'une plus ou moins forte induration et d'un engorgement ganglionnaire plus ou moins notable; et il faut bien reconnaître une sorte d'immunité particulière de la tête pour le chancre absolument mou (5). A cette forme syphilitique acquise les adultes sont à peu près seuls exposés. Étrangers le plus souvent aux conditions
(1) Laroyenne, Études exp^r, sur le chancre^ in Diday et Rollet An* maire de la sypiuy p. 2S3,
(2) Ricord, Traité pratique des maladies vénériennes ou Recherches sur ^inoculation. Paris, 1838.
(3) A. Vournïer, Études sur le chancre céphalique, 1852.
(4) Nadaud des Islets, Inoculation du chancre mou à la région céphaliqucy 1858.
(5) L*on a donné plusieurs raisons de cette immunité ordinaire ; elles sont fort spécieuses. La texture anatomique de la tète ne peut être regardée comme un obstacle, du moment que cette immunité n'est point constante. Le fait est que, dans la contagion syphilitique naturelle (qui diffère au fond de rinoculaUon expérimentale), l'inserUon virulente à la région céphalique donne lieu habituellement à la syphilis coniii mée.
habituelles de sa transmission, les enfants y échappent ordinairement. Il semblerait que, vu la virulence de ces chancres et Texlrême délicatesse de la peau, les nouveau-nés doivent nécessairement en subir la contagion, au passage, pendant le travail de raccouchement : on n'en cite que peu d'exemples. L'on a eu l'occasion d'examiner de jeunes enfants, dont les mères récemment accouchées étaient atteintes d'accidents primitifs aux parties génitales externes, et jamais dans ces cas, on ne les a trouvés porteurs de chancres dans le délai ordinaire de leur manifestation. Bien plus, des accoucheurs des deux sexes ont pu recevoir la contamination de l'ulcère simple, — en pratiquant le toucher sur des femmes malades en état de gestation, et, au moment du travail, — sans que les fœtus en aient reçu l'atteinte (1). C'est encore un fait exceptionnel que la contagion de nourrice à nourrisson par le chancre mou ; cependant le fait existe. En avançant en âge, les enfants deviennent plus aptes à l'inoculation de la syphilis bénigne. C'est ce que les faits connus dans la science nous font induire, en voyant surtout les chancres simples et les bubons suppures observés plus fréquemment après les premières années de la vie.
Les indications thérapeutiques sont généralement ici fort restreintes, le mal ayant dans tous les cas une tendance naturelle à la guérison spontanée en quelques semaines. L'art n'a point à intervenir activement dans les degrés les plus bénins. Les caractères aigus et même un peu douloureux de l'inflammation sont plutôt de bon augure. Cependant la
(1} La présence de Venduit protecteur sur le corps des nouveau-nés est-il, comme on se plaît à le répéter partout^ la cause qui les défend de la contagion au passage? On peut l'admettre pour une assez grande périphérie des téguments. Mais sur les lèvres, aux paupières et dans d'autres régions encore'où l'enduit fait défaut, cette explication ne suffit point.
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cautérisation est généralement employée en tout état de cause. Pratiquée dès le début, pendant les trois ou quatre premiers jours après réclosion du chancre, Yôn a dit qu'elle pouvait faire avorter ce dernier. Nombre d'exemples con6rment cette pratique, mais d'autres faits démontrent que dans beaucoup de cas le mal continue ses progrès. On est donc autorisé à tenter la cautérisation abortive, sans en attendre tous les bénéfices que certains sypliilographes promettent aujourd'hui, et sans craindre les dangers que d'un autre côté lui reprochent ses adversaires : — avec B. Bell, celui de provoquer plus activement les bubons, — avec Técole allemande, celui de produire les accidents confirmés.
Ramener autant que possible le chancre et le bubon, quand ce dernier suppure, aux conditions d'une plaie simple, telle est l'indication ordinaire du praticien.
Par conséquent, Tétat chancreux persistant, surtout avec gangrène ou diphlhérie, pourrait provoquer telles ou telles médications correspondantes que l'usage conseille en pareilles circonstances.
Mais il ne faut pas perdre de vue les enseignements de la nature qui nous montrent un certain rapport inverse entre le degré d'intensité ou d'acuité inflammatoire des lésions chancreuses ou ganglionnaires et le développement ultérieur des accidents constitutionnels : ce qui justifie plutôt l'emploi méthodique des caustiques et des topiques irritants.
Quant au mercure, son usage est ici contre-indiqué.
En résumé, la syphilis bénigne a pour attributs : i^ Une incubation généralement éphémère ; 2° Le chancre mou avec ou sans bubon suppuré; 3^ Le caractère aigu et inflammatoire des accidents chancreux et ganglionnaires;
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4° Le pouvoir essentiellement contagieux du pus inoculable (sur les adultes) ;
5® La tendance naturelle et rapide vers la guérison spontanée ;
6° La bénignité (relative) de la maladie^ bornée aux accidents locaux, et ne réclamant point l'usage du traitement mercuriel.