‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 25 sur 57 · SYMPTOMES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES SECONDAIRES

La période secondaire comprend des symptômes très-variés, que l'on peut réunir dans trois groupes successifs sous le rapport de leur ordre habituel ; ce sont :

1° Les prodromes;

2° Les éruptions ;

3* Les lésions organiques proprement dites.

g I . — liBS prodromes touchent à la fois aux forces animales, vitales et naturelles. Ainsi, des troubles dynamiques plus ou moins accusés, plus ou njoins inaperçus, atteignent d abord le moral des malades en proie à une impressionnabilité et à une bizarrerie d'humeur insolites, à une tristesse sans cause, souvent même à un état d'anxiété profonde. Us ont une inquiétude dont ils ne peuvent se rendre compte, de l'apathie ou du dégoût pour leurs occupations habituel-

STPfflUS GUAV£ OU COMFIBllÉe. 168

lés. La nuit, le sommeil est agité, interrompu, non réparateur. Le jour, ils éprouvent une lassitude générale, de la courbature avec affaiblissement prononcé des forces muscu^ laires. Le plus grand nombre ont des bourdonnements d'oreilles très-fatigants, de la dysphonie.

Un mouvement de fièvre obscur s'allume, caractérisé par quelques horripilations suivies de bouffées de chaleur, le soir, et souvent de sueur, la nuit; plus rarement des épistaxis, l'oppression, des palpitations et des bruits de souffle artériels et cardiaques, phénomènes qui, néanmoins, ont été signalés.

La face ne tarde pas à s'altérer, les cheveux à perdre leur brillant, à prendre un aspect terne et sale. Je les ai vus maintes fois se feutrer. La coloration des conjonctives est quelquefois subictérique. On a observé l'inappëtence, les nausées, ou même la boulimie, parfois la diarrhée ; Tamaigrissement est plus ou moins sensible. Enfin, dans des cas exceptionnels, boursoufflement et ulcérations des gencives, taches ecthymoliques sous-cutanées, hémorrhagies viscérales^ œdème susmalléolaire, etc., etc.

Unis ou isolés, quelques-uns de ces phénomènes se détachent plus fortement pour donner lieu aux affections prodromiques suivantes :

La céphalée^ pressive, continue, exacerbante^ parfois trèsdouloureuse, aux moments des crises, surtout chez les femmes ;

L'alopécie, s'étendant parfois à la plus grande partie du système pileux du corps, et qui est bientôt augmentée ou entretenue à la tête par les éruptions croûteusés du cuir chevelu. Elle diffère un peu suivant les sexes : chez les hommes, la dépilation faciale porte ses ravages dans les moustaches^ les favoris; les femmes voient tomber da^^antage

les cils et les sourcils, et perdent plus abondamment leur chevelure. La durée de ce symptôme se prolonge parfois ' -pendant tout le cours de la période secondaire. « C'est par mois, non par semaines, qu'il faut compter le temps qui s'écoule à partir du déboisement jusqu'au reboisement complet de la tête (1). »

Pour montrer par un simple exemple l'intensité que présente parfois ce symptôme prodromique, nous donnons place ici à quelques extraits d'une observation fort caractéristique sous ce rapport, qu'un recueil périodique met sous nos yeux (2); il s'agit d'une jeune fille au début de la période constitutionnelle :

« Je n'a vais, pas vu M'^*. B... depuis au moins deux ou trois mois. Ailleurs que chez elle, je ne l'aurais pas reconnue^ tant elle était changée. Ses couleurs fraîches et rosées avaient fait place à un teint plombé ; il y avait un peu d'amaigrissement. Cette fille, vraiment belle, trois mois auparavant^ était presque laide. L'expression de la figure et du regard avait quelque chose d'insolite dont on ne se rendait pas compte tout d'abord^ Inais que Ton s'expliquait à merveille en constatant l'absence presque absolue des cils^ la disparition de plus des trois quarts des poils des sourcils et la chute de plus de la moitié des cheveux; ça et là, le cuir chevelu présentait des espaces tout à fait nus ; les cheveux restés tombaient par la moindre traction.... »

Uengorgement ganglionnaire^ existant à peu près constamment d'abord à la nuque, ou même à la région mastoïdienne ; et plus tard,-;— cojncidemment ou non avec des lésions de la gorge et des membres supérieurs, — • ladénopathie sousmaxijlaire, axillaif;e, épitrochléenne^ etc. y etc.

ri) Diday, Hist. nat. de la syphilis, p. 107. "' (2) Gazette des hôpitaux, À juih 1864. Observ. rapportée par M. le doeteur Douet (d'Angers).

STPHIUS GRAVE OU GOx>FIRMÉE. 165

Les myodynies caractérisées par une roideur douloureuse des muscles. On les a comparées à tort aux douleurs névralgiques et rhumatismales dont elles n'ont ni le siège, ni la mobilité, ni l'acuité. La contraction musculaire est seule douloureuse ; ce n'est qu'un état dq gêne et de contention dans l'inaction. La myodynie est parfois très-étendue, elle se localise généralement, soit dans l'épaisseur des grands faisceaux musculaires du dos, de la poitrine, du deltoïde, du sterno-cléïdo-mastoïdien, où il se produit une sorte de torticolis, soit dans les attaches autour des articulations. Un des sièges les plus fréquents de ce symptôme est dans les muscles intercostaux et triangulaires du sternum. Cette dernière localisation a été signalée par les plus anciens observateurs comme un des signes les plus positifs de la syphilis confirmée. On retrouve ce symptôme à une époque encore avancée de la maladie ; et, en l'absence ou dans l'intervalle des autres manifestations, il peut devenir un indice séméiotique précieux. M. Brodrick l'a observé récemment à Madras sur un nombre considérable de sujets ; et il suffit à ce praticien de trouver vers le tiers inférieur du sternum un point donnant à la pression la sensation d'une douleur trèsvive, non précédée de douleur spontanée, pour conclure saos hésitation au diagnostic (1).

Les lésions du sang (très-improprement appelées état chlor(Hinémique)^ qui consistent dans une diminution de la quantité de globules et une augmentation dans la proportion de ^albumine. Cette lésion tient évidemment sous sa dépendance quelques-uns des phénomènes dynamiques, tels que^ la faiblesse, l'essoufflement, etc.

\ 2. — Les éruptions syphilitiques, connues autrefois sous le

(1) Joum. de méd,, t XXXV, janv. 1864.

nom depusiuleSy sont désignées depuis Alibert sous le titre de syphilides.

Sous ce terme générique, les auteurs contemporains, à la suite de Biett, ont classé toutes les éruptions cutanées symptomatiques de la maladie syphilitique, en les distinguant d'après leur élément anatomique, suivant le système de Willan et Bateman : système excellent sans doute au point de vue anatomo-pathologique, mais insuflfisant au point de vue nosologique. Ainsi Ton a créé arbitrairement une myriade d'aflections à part, sous les noms de syphilides exanthémateuse^ populeuse, squameuse, tuberculeuse, pustuleuse^ vésiculeuse, huileuse, maculeuse, ulcéreuse, etc.

Or, cette distinction exclusive est, dans la pratique, vicieuse et illusoire. Sa précision apparente aboutit à une réelle confusion. Rarement une affection syphilitique se circonscrit à un seul élément anatomique pendant le cours entier de ses évolutions. Ainsi nous avons vu le chancre procéder par une tache erythémateuse, sur laquelle s'élève une papule surmontée elle-même d'une vésicule ou d'une pustule, pour se terminer par une ulcération. De même pour les syphilides, l'exanthème ne tarde pas, dans beaucoup de cas, à s'élever au-dessus du niveau de la peau et à prendre l'aspect de la papule; celle-ci, se développant encore, passe à l'état de tubercule, ou, s' affaissant et se couvrant de larnelles épidermiques, à l'état de squame. La vésicule devient plus tard bulle ou pustule, a La pustule, dit avec raison le docteur Martins (1), n'est le plus souvent qu'un tubercule suppuré à son sommet, et elle trahit son origine par sa base rouge, indurée et saillante au-dessus du niveau des tégu-

(1) Martins, Mémoire sur les cattses générales des syphilides, p. 14.

ments. » Enfin, la plupart de ces éléments se terminent par la macule, la squame ou Tulcération.

Il n'est donc pas exact de reconnaître autant d'affections syphilitiques distinctes que de modifications anatomiques élémentaires appréciables, puisque ces dernières, loin d'être fixes, varient et se succèdent diversement, pour constituer un même état morbide; et^ en outre, que le même élément anatomique peut appartenir aux affections comme aux périodes les plus distinctes.

Pour se conformer plus fidèlement à la rigueur de l'observation et aux exigences d'une saine méthode, il serait à désirer que cette étude fût établie désormais au point de vue de l'ensemble des caractères et des évolutions qui distinguent chaque affection syphilitique, et sous une . dénomination n'impliquant pas la préoccupation exclusive de l'élément anatomique seul.

Cette sage réforme a été entrevue et tentée par M. le docteur Bazin, en 1853 ; nul n'était plus propre que cet excellent et savant observateur à la conduire à bonne fin, s'il se fût dérobé plus complètement aux exigences de la méthode anatomique, dont il a si bien reconnu l'insuffisance en nosologie. Voici toutefois la classification proposée par le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis.

Les syphilides sont distinguées par lui en deux ordres : les résolutives et les ulcéreuses,

A. Le premier ordre forme trois sections :

La première section (5. exanthématiques) comprend les S. érythémateuse, papuleuse^ pustuleuse, vésiculeuse\

La deuxième section {S. circonscrites) renferme les 5. tuberculeuse^ pustulo-crustacécj papulo-vésiculeuse ;

B. Le second ordre forme une seule section {S. ulcéreuses) subdivisée en

168 FOAMBS D£ LA SYPHILIS.

S, purcHoésiculeuse^ tuberculo-ulcéreme^ gommeuse, - Cette classification, qui a sans doute le grand avantage de correspondre aux époques chronologiques de la maladiei, a rînconvénient, à nos yeux, de multiplier les distinctions sans nécessité^ par exemple les syphiiides pustulôoses et pustulo-crustacées, les papuleuses et les papulo^vësiculeu* ses, etc., etc., et de retomber dans les errements que nous avons reprochés à la nomenclature de Willan.

Il y a là une lacune que nous avons essayé, pour ce qui nous concerne, de combler, au moins en partie, dans le travail fait en collaboration avec notre ancien collègue et ami Âmédée Deville, sur ies plaques muqueuses^ en montrant que ce syndrome syphilitique, — placé, dans le classement ana* tomique en crédit, parmi les papules ou même les tubercules, — constitue une affection essentiellement définie et régulière, n'appartenant en propre ni à la peau ni aux muqueuses, siégeant tout à la fois sur les téguments externe et interne^ parfaitement distincte des papules lichénôîdes et des tubercules cutanés, et donnant naissance par ses évolutions successives à des lésions multiples, telles que les rhagades, lescondylomes, certaines masses végétantes, diverses ulcérations, etc., etc.

Comme sur la peau, les syphiiides siègent sur les muqueuses, mais elles y sont moins accentuées et passent plus vite à Tulcération. En tous cas, elles ne constituent! point une affection essentiellement différente dans Tune et l'autre localité.

Les syphiiides cutanées ou muqueuses ont pour caractères génériques: —la polymorphie de leurs éléments, — un module arrondi, — la teinte cuivrée, — la marche lente de leurs lésions, — l'absence ordinaire de prurit et dedoU'*'

STPniLIS GEATE OU GOKFIAHÉE. 161

leur, — la symétrie de leurs manifestations, — tous caractères séméiotiques depuis longtemps signalés (I).

Ces éruptions présentent deux grandes séries ou deux époques : Yimepréeocey la deuxième tardive.

Les syphilides précoces sont généralisées ou circonscrites. Parmi celles-ci se présentent surtout les plaques muqueuses^ les croûtes du cuir chevelu, la couronne de Vénus, etc., etc.; parmi celles-là, la roséole, la varicelle et le lichen.

Les syphilides tardives sont plutôt disséminées en groupes, en anneaux j en corymbes plus ou moins restreints ou multipliés. Elles ont pour éléments des pustules, des tubercules, des croûtes, des squames et des ulcérations fort souvent associés. Nous distinguerons les syphilides cornée, tuberculeuse et ecthymateuse en particulier.

Syphilides précoces.

En tête des éruptions syphilitiques et dans une catégorie à part, il faut citer Taffection suivante :

Plaques muqueuses. Comprises pendant les trois derniers siècles sous la dénomination confuse de pustules, ces éruptions furent groupées dans Tordre anatomique des tubercules par les classificateurs modernes et désignées sous le nom de tubercules muqueux : désignation vicieuse sous tous les rapports, mémeet surtout au point de vue purement anatomique, — les véritables tubercules syphilitiques étant toujours placés dans répaisseur dudermecutané ou muqueux et le tissu cellulaire.

Le nom de plaques éloigne à juste titre tout parti pris

(1) On sait que Fallope a signalé la coloration chair de jambon; Nicolas de Blegny, la teinte rouge^orange.

t70 FORMES DE LA SYPHILIS.

de systématisation fondée sur Télément anatomique, d'ailleurs, variable de cette affection. La désignation de mugueuses qui lui est ajouté ne signifie autre chose que l'aspect lisse^ humide et la surface en quelque sorte épithéliale de la lésion et nullement son siège sur le tissu muqueux. Ce terme est généralement adopté aujourd'hui (1),

De toutes les éruptions syphilitiques, la plaque muqueuse est sans contredit la plus précoce. Elle succède parfois directement au chancre comme il a été dit. Le plus souvent elle se manifeste d'emblée, après la cicatrisation régulière de Taccident primitif.

Son siège le plus ordinaire est la sphère génito-anale. Sur i 86 cas observés sur les femmes, nous avons trouvé,

(1) Cependant les novateurs se lassent de tout, et nos syphilographes modernes, plus que les autres, se plaisent à remettre continuellement chaque chose en question. M. Â. Fournier et M. Diday voudraient bannir cette dénomination du lexique spécial, précisément parce qu'elle est trèssimple et qu'elle ne préjuge rien sur la nature élémentaire de raccideqt. Le dernier de ces deux médecins surtout trouve ce mot trop compréhensif, appliqué à des lésions d'un aspect parfois assez différent. Cependant il convient très-volontiers que la diversité de ces aspects tient à Tinfluence purement topographique de la région ; et, mieux que personne, il décrit en vrai clinicien, dans son dernier ouvrage, les variétés des plaques muqueuses suivant la localité affectée. Pourquoi, dès lors, ne pas tenir compte de l'unité synthétique qui embrasse les dlfTérences accidentelles de cette lésion et ne pas lui laisser la dénomination reçue qui exprime au moins cette unité? Dans un excellent travail sur la pustule maligne {Gazette des hôpitaux, 16 septembre 1863), M. Bourgeois, d'Étampes, dit avec juste raison : « En médecine, on peut affirmer sans crainte que les expressions les moins prétentieuses servant à désigner les maladies sont toujours les meilleures. Les classifications les plus rationnelles en apparence, ne tardant pas à être renversées par d'autres semblant tout aussi bien fondées, entraînent nécessairement avec elles le vocabulaire imaginé à grand'peine par leurs auteurs. • Si les néo-syphilitogues entendaient la sagesse de ce précepte, ils ne réduiraient pas la plus grande partie de la science à Tétude de leurs pointilleux néologismes et de leurs dissensions puériles.

SYPHILIS GBATI OU CONFIRMEE. 171

avec A. Deville, i74 fois cette localité afiectéë; dej là, les plaques s'étendent aux parties voisines, an scrotum, à l'anus, an pli de Taine, à la partie supérieure des cuisses. On les obsenre encore dans le sillon de l'aile du nez, derrière les oreilles, à l'aréole et dans la rainure du sein chez les nourrices, à l'ombilic, dans Tintervalle des orteils et partout où la peau plus fine se replie et s'adosse à elle-même.

Elles sont arrondies ou elliptiques ; molles, saillantes de 2 à 5 millimètres au-dessus du niveau de la peau; à bords tantôt nettement coupés, tantôt se confondant avec les téguments voisins ; à surface plane ou convexe, couverte d'une pellicule mince, lisse^ exhalant un suintement plus ou moins abondant et fétide ; d'une coloration variable entre la teinte rosée et livide ; et d'un volume de 2 millimètres à 1 centitre 1(2. On les trouve discrètes ou conflaentes ; dans ce dernier cas, elles représentent des masses plus ou moins vdumineuses, mamelonnées, informes, exhalant un liquide purulent^ occupant une étendue quelquefois considérable et donnant à la partie, où elles siègent, un aspect hideux.

Par leurs évolutions multipliées, elles constituent diverses affections, qui, sous des noms différents, ne sont que des apparences variées de la même lésion. Leur surface, par son bourgeonnement irrégulier, forme — tantôt des végétations analogues, soit à des tronçons cylindriques, soit à des crêtes de coq, — tantôtdes languettes bombées ou fongueuses que Ton nomme condylomes^ et qui siègent assez fréquemment sur l'ouverture anale. Souvent, au lieu de végéter, leur surface s'ulcère : il en résulte alors des rhagades^ trèsfréquentes à la marge de l'anus, et quelquefois au contour des ongles.

Au reste, les plaques présentent quelques différences accidentelles suivant les localités. Superficielleset ulcérées sur les

muqueuses, opalines aux lèvres buccales et aux amygdales; fissures à marge élevée sur les commissures ; saillies croù* teuses à Torifice des narines; granulations moriformes dans le sillon de Taile du nez et du menton ; saillies mameloanées à Taréole du sein ; condylomes à l'anus, rbagadesdans les insterstices des orteils, etc., etc. Quelque variés que soient ces aspects^ l'on retrouve toujours les caractères es* sentiels de la lésion qui en est le point de départ.

Cette éruption, en raison de sa précocité, a été r^;ardée par quelques auteurs comme un des phénomènes primitifo de la syphilis confirmée. Mais elle n'est selon nous, dans ce cas spécial, qu'un phénomène successif du chancre. En outre, sa lésion a été confondue avec la papulation coûdylomateuse rudimentaire du chancre d'origine secondaire ; or la papule ouïe condylome qui se développent parfois^ originellement, à la suite de Tinoculation directe de certains accidents secondaires^ ne tarde pas à représenter l'exulcération chancreuse et l'adénite indurée : double caractère qui fait perdre ainsi à la lésion sa similitude avec Ja véritable plaque muqueuse.

Les plaques peuvent se manifester, enfin, à toutes les poussées de la période secondaire , soit dans la même région, soit dans des localités différentes (1).

La roséole est, de toutesi les syphilides généralisées, la plus précoce et la plus fréquente. Elle apparaît sur la poitrine et l'abdomen, puis de là sur les membres ; vague d'abord, et ordinairement inaperçue des malades, elle manque toujours à la face. Elle consiste en taches exanthématiques, plus ou moins arrondies, discrètes ou confluentes, à bord dentelé^

(1) Voir au chapitre de la Syphilis épldémîiqae, dans là trèisième partie, les aperçus historiques qui complèteot ces renseignements.

STPHIUS GRA?£ 00 G(»iFIBlIÉE. 171^

d^un rbse sombre. B'antrefois, au lieu d'être lisse, leur surface estgruraleuse au centre, et offre un aspect piqueté. Enfin, dans^ d'autos circonstances, surtout quand Texanthème se prolonge, il devient papuleux et offre l'aspect de macules chagrinées, ne disparaissant plus par la pression du doigt. A la difTérence de la roséole ordinaire, les syphilides roséo- Hques ont une marche lente et une durée assez longue; elless'effacentpeu àpeu. Dans les derniers temps, les bains tièdes les rendent plus apparentes. 'Elles n'offrent que rarement de véritables récidives.

Le lichen est caractérisé par de petites saillies pàpuleuses très-drconscrites, tantôt èoniques et présentant un sommet acùminé, tantôt (c'est le plus souvent) lenticulaires ; ordinairement discrètes, se développant par éruptions successives, d'abord sur la partie antérieure du torse, et de là sur le reste de la peau, particulièrement sur les parties génitales, oîi elles sont plus confluentes. La face, la paume des mains et la plante des pieds n'en sont point exemptes. Les papules lichénoïdes parcourent avec plus de lenteur encore leurs évolutions que l'exanthème roséolique.

La varicelle est moins fréquente que les éruptions précédentes ; en outre, elle se complique plus ordinairement avec d'autres sy{^ilides; dans ce dernier cas, elle est plus discrète. Ses vésicules sont arrondies , acuminées ou ombiliquées, cerclées d'un limbe rouge sombre qui persiste encore assez longtemps autour de la dépression cicatricielle, après la chute des croûtes.

Il existe aussi, parmi les premières poussées syphilitiques, d'autres éruptions présentant les mêmes éléments anatomi-

17 4 FOlilIES DE LA SYPHILIS.

ques, mais restreintes et localisées à diverses régiotis des téguments, telles que des groupes vésiculeax, papuleux, pustuleux, des croûtes impétigineuses, etc., etc., qu'il suffit de mentionner d'une manière générale.

Les croûtes du cuir chevelu sont une des affections précoces les plus constantes. Leur élément anatomique n'est point toujours identique. Tantôt cet élément très-fugace est une pustule ressemblant à Vaenéy mais s'imbriquant de minces lamellessquameuses. Plus rarement la lésion se rapproche de Yimpetigo avec ses plaques flavescentes. Dans l'un et l'autre cas, les croûtes qui en résultent recouvrent une pe^te ulcération arrondie. Ces altérations du cuir chevelu favorisent le développement du ptyriasis^ entretiennent les engorgements ganglionnaires péricraniens et aggravent l'a* lopécie.

La couronne de Vénus est constituée le plus souvent à la fois par des tâches exanthématiques annulaires ou semi-annulaires, des saillies papuleuses, parfois même des vésicules eczémateuses ou des pustules — formant un sombre et livide diadème autour du front : — l'un des signes les plus communs et les plus certains de la syphilis.

La mentagre s'annonce quelquefois aussi d'une manière simultanée par de petits boutons agglomérés auprès du menton ; leur base s'étale, leur sommet suppure. Il en résulte des saillies croûteuses plus ou moins larges, enchevé* trées avec les poils de la barbe qui se feutrent et tombent.

Parmi les affections déterminées par les éruptions précédentes nous remarquons les deux suivantes : h* angine débute généralement par des plaques muqueuses

SrPHILIS GRAVE OU CONFIRMÉE. 175

superficielles, cendrées, opalines, des tonsilles, des piliers et du voile du palais ; elle s'ulcèrent, les parties voisines s'enflamment, les amygdales augmentent de volume. Ces ulcérations sont assez rebelles; leur fond repose sur un détritus pultacé adhérent, ot laisse sourdre une matière purulente. Des granulations peuvent tapisser Tisthme du gosier et atteindre l'orifice supérieur du larynx; il y a dyspbagie et dysphonie, etc., etc.

Le coryza, chezlesadultes, est assez rarement un des symptômes précoces de la syphilis secondaire. Toutefois, il a été observé, lié symptoraatiquement à l'existence des éruptions exanthématiques ou des plaques muqueuses sur la pituitaire ; dans ce dernier cas, il n'a pas la gravité qui caractérise certaines éruptions dont nous avons maintenant à nous occuper.

Syphilides tardives.

Les syphilides secondaires tardives se montrent surtout sous l'apparence squameuse, pustuleuse et tuberculeuse.

Nénanmoins il existe un exanthème màculeux du cou qui se développe tardivement. Il a été très-bien décrit par M. Pillon (1). M. Hardy le désigne sous le nom de syphilide pigmentaire. On l'observe le plus souvent chez les femmes, et aussi chez les hommes, dont la peau est fine et blanche. Ilconsiste dans des taches larges, confluentes, d'une teinte légèrement bistrée, analogue à celle des éphélides, et persistant assez longtemps.

Les éruptions squameuses se résument surtout dans la sy-

(1) PUIon, Sur les exanthèmes syphilitiques. Paris, 1857.

176 FORMLS D£ LA STPHILIS.

phlide cornée, palmaire ou plantaire (1). EllecommeDce parde petites taches violettes, bientôt papuleuses^ dont l*épiderme se fendille, forme d'épaisses écailles qui laissent après elles une dépression parcheminée, sombre, donnant lieu à de nouvelles squames. Ces boutons écailleuxscmt tantôt circonscrits, tantôt confluents ; dans ce dernier cas, ils suivent fréquemment les plis de la peau et y déterminent des scissures lamellaires. Ils s'accompagnent d'un état douloureux de prurit et de brûlure, et ne laissent pas que d'être fort rebelles.

Les véritables pustules syphilitiques sont : tantôt par groupes de boutons durs, circonscrits, analogues à l'acné^ tantôt par plaques confluentes d'impétigo qui se détachent sous forme de croûte, laissant à leur suite de larges taches avec des cicatrices persistantes. Mais l'éruption pustuleuse la plus ordinaire est la syphilide ecthymateuse. Elle commence par une tache rouge, qui devient proéminente au centre oîi se forme une sorte d'ampoule sero-purulente ; l'aréole s'étend, l'ampoule se rompt, le liquide s'épanche, et la croûte résultant de sa dessication abrite l'ulcération qui

(1 ) Quelques auteurs décrivent encore parmi les syphilides squameuses eertalnes éruptions qui ne paraissent pas appartenir spécialement à la syphilis, ou d'autres qui sont au moins très-rares. Parmi les premières, Xtptyriasis^ épipbénomène de provenance parasitaire, commun à beaucoup d*états morbides; le psoriasis^ nié comme affection distincte^ par M. Bazin. Parmi les secondes, la lèpre décrite par M. Ricord sous le nom de syphilide annu/aire, tiïicthyose, dont M. Bassereau a relaté un exemple. Rien n'est plus fréquent que la squame, si on considère seulement rélément anatomique, car il n'est presque point de syphilide qui ne la présente à un moment donné de ses évolutions ; mais rien n'est moUis commun, si Ton prend pour base de détermination, suivant les véritables principes méthodiques, l'ensemble des évoluUons et des caractères. — Ce qui simplifie singulièrement Tétude si compliquée et si compendieuse des syphilides.

SYPHILIS GBA^E OU COISFinMÉE. 177

se creuse à sa base. La chute de la croûte laisse à nu cette ulcération prolongée dont la cicatrice déprimée, irrégulière, se caractérise par des stigmates violacés profonds. L'ectbyma siège fréquemment sur les membres inférieurs. Profond, il coïncide avec les époques avancées et invétérées de la syphilis conflrmée.

En6n les éruptions tubet^culeuses sont les plus tardives de toutes les syphilides. Leur siège de prédilection est le visage ; on les rencontre fréquemment sur la langue, le voile du palais, à la lèvre supérieure. Elles se développent aussi sur le reste du corps, sur le pénis; M. Ricord en cite un cas sur le col de l'utérus ressemblant tout à fait au carcinome de cet organe.

La syphilide tuberculeuse est tantôt discrète, bornée à une seule région, ou disséminée, ou confluente. Elle se caractérise par de petites tumeurs intradermiques, s'élevant jusqu'au volume d'une petite cerise, dures, indolentes, d'un rouge sombre, ordinairement suppurantes, versant une matière séro-sanguinolente ou sanieuse. Lorsque ces tubercules se réunissent par groupes, ils sont d'un volume plus petit, plus réguliers, moins disposés à la suppuration; les groupes sont disposés sous forme d'anneaux oudejdemicercles reposant sur une large macule cuivrée, et on les voit quelquefois s'étendre par agglomérations concentriques, pendant que le centre se résout ou cicatrise.

Généralement l'ulcération est la fin des tubercules. Elle se manifeste par un double mécanisme : ou bien la peau s'ulcère d'une manière superficielle et circonscrite au niveau des tubercules, et l'ulcération forme dans leur intervalle et dans leur pourtour une perte de substance anîractueuse à bords dentelés, etc., etc.; ou bien la fonte

Davasse. 1 2

purulente des tubercules détermine la formation de Tulcère.

Quel que soitce mécanisme, Tulcère tuberculeux secondaire prend très-fréquement, — comme Tulcère chancreux primitif,— le caractère phagédénique, soit simple, soit térébrant, soit serpigineux. Dans le premier cas, l'ulcère présente des bords œdémateux, découpés en languettes, décolés, un fond dur, irrégulier, pultacé, envahissant en superficie. Dans le second, le travail ulcératif gagne en profondeur, détruisant les parties ou les organes envahis, le nez, la lèvre, l'oreille, les joues, les organes génitaux eux-mêmes. Enfin, dans le troisième cas, l'ulcération plus superficielle succède à de nouveaux groupes de tubercules qui affectent de proche en proche la disposition courbe et serpigineuse ; et pendant que la cicatrisation atteint les premiers formés, que la suppuration envahit les autres, les plus nouveaux sont à peine en voie d'ulcération.

Lorsque les tubercules siègent dans l'épaisseur du derme péri-osseux, à la voûte palatine ou aux fosses nasales, ils peuvent entraîner la dénudation et la carie consécutive des surfaces osseuses sous-jacentes.

L'évolution deces ulcères tuberculeux présente une grande lenteur et une persistance très-opiniâtre. Les stigmates en sont indélébiles. Violacé d'abord, le tissu inodulaire, parcouru de crêtes, de brides, devient peu à peu d'un blanc mat, quelquefois même s'épaissit, se vascularise en prenant un aspect fongueux et kéloïde.

C'est aux éruptions tuberculeuses qu'il faut rapporter le lupus. Il est constitué par des groupes confluents de tubercules sur les ailes et le bout du nez, la lèvre supérieure, la cloison. Par les progrès du mal, les parties deviennent boursouflées, fongueuses, livides, ce qui donne à la figure des malades un aspect crochu, repoussant et hideux.

SYPHILIS GRAVE OU GOISFIttMEE. 179

§ 3. — Il nous reste à parler, pour terminer ce qui regarde les symptômes secondaires, des affections organiques tardives proprement dites. Elles sont au nombre de trois : Vonyxis, Viritisei le sarcoc^/e syphilitiques. Leur développement est toujours tardif et irréguiier; aussi n'ont-elles pas un rang bien défini dans les époques de la syphilis confirmée, et l'on peut tout aussi bien les décrire à la troisième période. Elles se montrent souvent aussi comme symptômes de transition.

Uonyxis est une affection de la matrice unguéale. Elle a plusieurs degrés. Dans le plus simple, Tongle, près de sa racine, devient violacé, piqueté, friable, très-cassant à son extrémité; il augmente d'épaisseur parle dépôt de nouvelles couches cornées sous-unguéales qui le convertissent en un amas de lamelles informes. D'autres fois, il survient une inflammation de la peau voisine qui présente une teinte sombre et s'ulcère au pourtour de Tongle; il en résulte des fissures grisâtres, allongées, à bords fongueux et renversés, four- Dissant une suppuration abondante et fétide, douloureuses et gênant^ aux orteils, plus ou moins la station et la marche. La peau qui recouvre la racine de l'ongle, ramollie et comprise dans l'ulcération, la matrice unguéale se trouve plus ou moins complètement atteinte. Même dans les cas les plus légers, après la chute, l'ongle ne reprend que longtemps après son état normal.

Viritis^ caractérisée successivement par : l'injection de la conjonctive ; l'anneau vasculaire et radié de la cornée transparente; l'aspect tomenteux parsemé de stries rouillées ou de petites excroissances, ou même de véritables éruptions vésiculeuses ou pustuleuses, et la teinte plus sombre, cuivrée ou maculée, de la surface irienne; la présence de filaments détachés de ses bords et flottants dans Phumeur

aqueuse; la perte de transparence de cette humeur; la contraction irrëgulière et la déformation de la pupille, dont l'ovale prend la forme d'un triangle, d'un quadrilatère, d'une étoile ; l'augmentation générale de volume du globe de l'œil, etc., etc. : toutes lésions qui produisent la céphalalgie périorbitaire compressive, la vue des bluettes, des étincelles, la photophobie, Tépiphora, l'affaiblissement plus ou moins prononcé de la vision, les adhérences celluleuses plus ou moins permanentes de l'iris à la cornée ou au cristallin.

Le sarcocèle ou albuginite^ étudié successivement surtout par A. Cooper, Dupuytren, MM. Ricord, Nélaton, Curling, Jules Hélot, Gosselin, Rollet, etc., se caractérise par l'épaississement inégal, comme noueux du tissu fibreux du testicule, dû à la présence de zones, de granulations ou de nucléoles que Ton sent d'abord distinctement au toucher au milieu du tissu sain et mou de l'organe. Puis ces inégalités, en se développant, donnent à la glande une consistance homogène, dure, un aspect pyriforme ; le tissu parenchymateux, infiltré d'une exsudation jaunâtre, se racornit, et les tubes séminifères finissent par disparaître. Cette induration plastique interstitielle et diffuse, tendant à l'atrophie, accompagnée d'un léger épanchementintra-vaginal, constitue l'altération organique propre à Talbuginite.

•Quoique rares, la suppuration et le développement fongueux peuvent se produire à la suite de la dégénération syphilitique du testicule. La tumeur augmente de volume, devient douloureuse, se perfore ; et la solution de continuité donne issue à une production en forme de fongosité bourgeonnante, sanieuse, émergeant de la profondeur de la glande, — et qui n'est autre chose que le parenchyme lui-

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mêrae. Cette dernière évolution a été fidèlement étudiée par M. Rollet.

Les deux testicules sont généralement pris d'emblée ou successivement. Les grains et les canalicules séminifères s'atrophient, la sécrétion s'altère, les spermatozoaires deviennent rares et languissants ; et, lorsque la maladie est avancée etTaffeclion double, la virilité s'éteint.

Comme le testicule, i'épididyme peut participer à l'affection. M. Jules Hélot a rencontré dans ce dernier les mêmes nucléoles que dans la glande séminale. Ce point d'anatomie pathologique a été l'objet d'un travail récent de la part de M. Dron.

Enfin, on peut trouver dans le testicule et ses annexes les productions gommeuses dont nous allons parler maintenant.

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