Guérison apparente et sortie
A la précédente catégorie d'observations de syphilis confirmée se terminant un peu plus tôt, un peu plus tard, sui-« vant la médication, à la limite des symptômes tertiaires, il faut ajouter d'autres faits que l'ensemble des évolutions caractérise de la manière suivante : chancre solitaire avec induratîon parcheminée ou calleuse, sec, suppurant peu, souvent phagédénique ; éruptions secondaires rarement généralisées, souvent tardives; plutôt localisée!» au front (couronne de Vénus), sur le menton (mentagra), aux ongles (onyxis), au scrotum ou à Tanus, sous formes de papules lenticulaires, d'anneaux circinnés, de groupes pustuleux, de tubercules agglomérés, ou de cercles squammeux. La maladie peut s'arrêter encore à la limite des accidents invétérés, mais sous le bénéfice du traitement.
Observation xv. — Syphilis confirmée ; Chancre phagédéniquey couronne de Vénus, ecthyma, exanthème tardif , plaques muqueuses ^ etc., etc.
Farre, quarante-cinq ans, entré le 11 octobre au Midi, salle première, n« 13 (service de M. Ricord). Le 45 juillet 1844 a contracté un chancre. N'en avait jamais eu auparavant. S'était toujours bien porté. Il ne se plaignait alors qued*une seule chose, un excès d'embonpoint. — Au commencement, il a été traité par un médecin qui lui faisait prendre des pilules de mercure et
Davassb. i<
une pommade pour pansement. Ce traitement a duré deux mois. Le chancre a pris^ dès le début, une marche phagédénique. Le traitement ne Ta pas enrayé un seul instant. Quand le malade est entré à l'hôpital^ une première fois le 1'' octobre 1844^ presque toutle gland était déjà détruit. M. Ricord a d*abord fait suivre un traitement mercuriel qui est resté inutile ; il a ensuite donné la ratanhia àTintérieur et en pansement, également sans succès. — Vers la fin de décembre^ après avoir détruit une grande partie des corps caverneux, le chancre s'est cicatrisé rapidement. Le malade est sorti, se croyant guéri, le 43 janvier. — Un mois après, le malade a quitté Paris. Arrivé à Lyon, son chancre a reparu, ou plutôt un petit point qui était resté plus rouge et qui ne paraissait pas aussi bien cicatrisé que le reste de la plaie, s'est ulcéré. L'ulcération s'est étendue rapidement et a détruit une nouvelle portion de la verge. Le malade entre à l'Antiquaille où M. Diday le fait panser avec l'huile d'amande, le vin aromatique. En même temps il a pris quelques bains. Le 8 avril, il est sorti, le chancre bien cicatrisé, cette fois.
Mais, quelques jours après sa sortie de l'Antiquaille, des boutons rouges ont paru sur le front. En même temps il en est venu dans les oreilles, lesquels ont occasionné du suintement. Plus tard, boutons à l'anus (plaques muqueuses qui persistent encore aujourd'hui). Le malade n'a fait aucun traitement pour ces éruptions qui ont disparu spontanément.
Au commencement d'octobre, il a paru sur le dos de la main un petit bouton pustuleux, qui s'est étendu peu à peu, s'est ulcéré et s'est recouvert de croûtes. 11 en est venu de semblables sur les jambes et les cuisses au nombre de cinq. Ils ont aujourd'hui la forme et l'aspect de l'ecthyma. — Au mois de juillet, le malade a eu une éruption exanthématique sur tout le corps avec des douleurs articulaires. Ces symptômes ont persisté un mois ou cinq semaines; puis ils ont disparu spontanément.
Au moment où le malade est entré à Thôpital, il présente quatre ou cinq grosses pustules d'ecthyma recouvertes de croûtes. 11 présente en outre une nouvelle série de plaques muqueuses très-saillantes autour de l'anus.
Sorti guéri le 26 décembre 1845.
SYPHILIS GaÀ?£ OU CONFIRMÉE. 243
Observation xvi.— Syphilis confirmée : Chancre phagédénique. Développement rapide des accidents tertiaires, malgré le traitement mercuriel.
Dore, trente-cinq ans, charron^ entre le i 2 avril 4845 à rhô> pital du Midi, salle cinquième, n<* iO (service de M. Ricord). Très-bonne santé antérieure. Jamais aucune afifection vénérienne jusque-là. Il y a deux ans, chancre pénien, lequel a détruit complètement le gland en trois mois^ puis il s*est cicatrisé. Le traitement mercuriel a été employé dès les premiers temps par M. Lediberder à Lorient, porté jusqu'à la salivation et longtemps prolongé sans aucun résultat. Quinze jours avant la cicatrisation du chancre, il est venu sur les jambes vingt-cinq grosses pustules dont on voit encore les cicatrices blanchâtres; et, six se-, maines après^ angine qui persiste encore.
Aussitôt après réruption pustuleuse, tumeur volumineuse et dure de la région molaire ; périostose qui s'est ramollie peu à peu et s'est ouverte spontanément au bout de six mois, entraînant au milieu du pus quelques lames osseuses. Cette éminence^ aujourd'hui déprimée, présente encore quelques trajets fistuleux.
D'autres tumeurs gommeuses ont apparu successivement : trois sur le front, une sur le dos de la main gauche, une sur le cubitus droit, une sur la rotule du même côté. Les unes sont molles, les autres ulcérées. Ces dernières sont profondes, à fond grisâtre, à bords nettement coupés, entourés d'une auréole rouge. Celles qui siègent sur le front sont accompagnées d'une douleur de tête très-vive, surtout la nuit, s'étendant à toute la région frontale et se déplaçant pour se porter parfois à la région occipitale.
A la gorge, il existe un ulcère perforant qui a détruit le voile du palais et s'étend aux fosses nasales et sur les côtés du pharynx.
Indépendamment des gommes, il existe, au sourcil droit et à la jambe gauche, deux taches recouvertes en partie de squammes croikeuses arrondies, et de 0°»,04 à 0"»,05 de diamètre.
Enfin, rétraction du fléchisseur du doigt auriculaire de la main gauche : la deuxième phalange est flédiie sur la première à angle obtus. La jambe droite est aussi dans un état de demiflexion permanente sur la cuisse.
A diverses reprises, accès de fièvre quotidiens durant douze heures (dans raprès-midi et la nuit)^ ne se terminant pas par des sueurs et que Ton a vainement essayé de couper.
Le malade est considérablement amaigri et cachectique. 11 a trente- cinq ans, et, à voir sa figure altérée, ridée, pulvérulente, couleur de parchemin, on le prendrait pour un vieillard décrépit. Très-découragé d'ailleurs par l'inutilité de tous les traitements.
On le meta l'usage des viandes rôties, du vin de Bagnols, etc., et deTiodurede potassium (2 grammes).
En quinze jours, Taméiloration était sensible ; elle a été rapide ; l'ulcération de la main s'est d*abord cicatrisée, les gommes non ulcérées sont entrées en résolution, etc., etc.
Ainsi, le traitement pendant la période secondaire n'a pas empêché les symptômes tertiaires d'éclater chez ce dernier malade, — pas plus que, sur Tavant-dernier, le mercure ne fut coupable de ces accidents, puisqu'il n'avait jamais été administré.
D'autres cas pourraient constituer une variété commune tardive, en l'absence comme en présence du traitement.
Observation xvii. — Syphilis confirmée tardive : Acdd^pis primitifs remontant à 14 années; caries osseitses multiples. Point de traitement,
Louise Baudet, vingt-neuf ans, lingère, entre le 29 juillet 1844 à l'hôpital de Lourcine, salle Saint-Bruno, n<^ 9 (service de M. CuUerier).
Il y a quatorze ans déjà, chancres, tumeur indolente à l'aine droite, avec écoulement. Au bout de quatre semaines, elle consulta un médecin qui lui ordonna des bains et le copahu : ce dernier médicament ayant occasionné de vives coliques ne put être supporté. Quelque temps après, éruption de boutons plus saillants et végétations dans la sphère génito-anale qui persistèrent, malgré les cautérisations et les excisions pendant plus de sixmois. Quinze jours après leur disparition, douleurs ostéoco-
SYPHILIS GRiVfl OU CORnRHÉE. 2 45
pes Tives, exacerbantes la nuit, de la cuisse droite et dans la tête. Il n'y a jamais eu de traitement interne.
Pendant huit ans, la santé reste bonne et la malade sans la moindre inquiétude. Elle affirme n'avoir éprouvé aucun autre symptôme vénérien local ou général, jusqu'au retour des douleurs dans la tête, et en particulier à la racine du nez et à la rë* gion sus-orbitaire, il y a quatre ans. Les sécrétions nasales deviennent sanieuses, abondantes, fétides. Au bout d'un an^ elles contiennent des détritus membraniformes et osseux, l'odorat se perd^ le nez s'affaisse; les os sont rejetés partiellement au milieu d'une abondante suppuration. En outre, depuis huit mois, douleurs intolérables, la nuit, dans la mâchoire supérieure ; au bout de deux mois, les gencives des incisives moyennes et latérales se ramollissent, les dents vacillent et tombent bientôt avec leurs alvéoles. Une portion d*os assez volumineuse est détachée par la malade. Enfin, il y a six mois, nouvelles douleurs frontales se localisant k la région sous-orbitaire gauche, où se forme une tumeur molle qui s'abcède et dont Touverture fistuleuse donne passage à du pus et à des fragments osseux.
On constate: 1<» la destruction complète de la charpente osseuse du nez qui est au même niveau que les orbites ; Tespace interorbitaire lui-même se laisse facilement déprimer ; 2<^ au-dessus de la bosse frontale^ du côté droit, fistule entrant dans une large anfractuosité qui communique avec Tintérieur des fosses nasales ; 3» perforation de la voûte palatine à sa partie antérieure et moyenne, et destruction de l'arcade dentaire correspondante. De sorte que, depuis la bouche jusques aux sinus frontaux, il existe un vaste foyer morbide non interrompu, au milieu duquel tous les tissus sont atteints par l'ulcération et la carie.
Au milieu de ces ravages, sauf une teinte un peu terreuse des téguments, la santé se maintient assez satisfaisante.
L'iodure de potassium à la dose d'un gramme occasionne les premiers jours un peu d'inflammation gastro-intestinale. Sous son influence, les douleurs nocturnes s'afiaiblissent^ mais la suppuration reste stationnaire. La malade sort dans le même état le 31 août.
Observation XYni. — Syphilis confirmée : Accidents primitifs et
246 FORMES VE LA gTPHIUS.
secondaires 4 ans auparavant. Angine tertiaire après le traUement mercurieU
Marie Henry, vingt-cinq ans^ a contracté des chancres en f 839. Six mois après, éruption généralisée, considérée comme syphilitique et traitée par une liqueur qui paraît être celle de Waih Swieten.
A la suite de ce traitement, guérison, et silence complet des accidents pendant quatre années.
Puis, sans contagion nouvelle, éruption boutonneuse en différents points du corps, traitée à l'hôpital Saint-Louis pendant dix mois par le traitement spécifique.
Un an se passe en l'absence de tout accident. Traitée à fond et longtemps, la malade se croit définitivement guérie, lorsque survient une angine qui s'aggrave rapidement, loin de disparaître.
Elle entre alors, en avril 1843, à Lourcine, salle Saint-Louis, 26, où M. Culierier lui fait prendre de la tisane de saponaire avec addition d'iodure de potassium à doses croissantes. A ce moment, une vaste ulcération avait détruit une bonne partie du voile palatin, les piliers antérieurs, échancré les amygdales et labouré largement la paroi postérieure du pharynx. Les ganglions maxillaires étaient notablement engorgés et douloureux à la pression, la déglutition difficile, la voix rauque et nasonnée. Malgré un érysipèle de la face qui força d'interrompre le traitement pendant quelque temps, lorsque la malade sortit de l'hôpital, le dix-huit mai, l'ulcération s*était promptement et complètement cicatrisée ; il n*y avait plus de dysphagie.
Deux mois après, cette malade se présente de nouveau accompagnant à la consultation une de ses amies malades, et l'on constata la cicatrisation parfaite de la gorge, la santé générale excellente.
Cependant elle rentre encore à Loirrcine, au mois de mars de Tannée suivante (1844), salle Saint-Bruno, n® 20. 11 y a deux mois environ que Tangine a récidivé avec fièvre au début, engorgement ganglionnaire, dysphagie, voix nasonnée, expuition purulente. Sur les conseils d'un médecin, elle a pris la salsepareille additionnée de sirop de Cuisinier, fait des frictions avec le protoiodure: mercurique (i gr. p. 20 d'axonge) ; puis elle
SYPHILIS G&AVE OU G01«FIBJi£E. %kl
s'est décidée à revenir dans le service de M. CuUerier. Le voile du palais, les piliers, les tonsilles sont entièrement détruits ; le bord postérieur de la voûte est boursouflé. Une sanie abondante baigne ces parties. Deux grammes d'iodure de potassium à l'intérieur à partir du 7 mars ; nouvelle amélioration rapide.... La malade sort de nouveau dans un état aussi satisfaisant que possible peu de temps après. Nous l'avons, depuis cette époque, perdue entièrement de vue.
Ainsi, chez ces deux malheureuses fenunes, le mal a marché avec obstination, après des intervalles prolongés soit en Tabsence, soit en présence du traitement.
Il serait facile de citer des faits démontrant l'impuissance de toute médication dans certaines circonstances, — malgré la constitution excellente des malades, — et la persistance des accidents jusqu'à la mort, en dépit de tout.
3* Syphilis cenfirmée prolongée. — Au lieu d'accidents multiples, ce sont parfois des affections isolées, fixes, rebelles, survenant longtemps après une première période lointaine plus ou moins inaperçue ou même ignorée, qui prolongent le cours delà maladie et entretiennent les hésitations du diagnostic. J'en donnerai pour exemple l'observation suivante qui mérite quelque intérêt à beaucoup d'égards :
Observatiot) XIX. — Syphilis conflrmée prolongée. Amaurose double. Accidents hépatiques.
Au commencement de l'année 1845 fut reçue, dans les salles de l'hôpital Saint-Antoine, la nommée Marguerite Gauthier, âgée de vingt-huit ans, dévideuse de soie, néeàCharlieux (Loire), affectée d'une amaurose double depuis quatre ans. Cette fille, longtemps traitée à Lyon et à Paris par des oculistes à juste titre renommés et dernièrement à la Charité par M. Velpeau, après avoir épuisé ses modiques ressources et n'espérant plus aucun résultat d'un traitement, avait obtenu^ par une haute protection^ un lit à rhûpital, en attendant son placement dans quelque
asile de charité. Après aToir essayé de nouveau l'application de Tésicatoires» d'un séton, les frictions avec la noix vomique^ la belladone, les pilules de Richter, et tout l'arsenal des antispasmodiques,—en pure perte,—- le vénérable docteur Kapeler, considérant l'état amaurotique de la malade comme incurable, suspendit tout traitement. Cependant, cet excellent et consciencieux médecin ne se résignait pas facilement à l'inaction même dans les cas les plus rebelles, et, lorsque je pris le service, en qualité d'interne^ dans ses salles, en 1846^ je reçus l'ordre d'étudier de près ce fait clinique désespéré.
Ce ne fut qu'à grand*peine que j'obtins les renseignements suivants. Parents sains ; son père n'a jamais été malade ; sa mère morte à quarante ans d'une affection chronique du cœur, ainsi que deux sœurs atteintes du même mal en bas âge. N'ayant pas été vaccinée, elle eut à sept ans une variole confluente grave. A ce moment, à la mort de sa mère^ et son père s^'étant aussitôt remarié, elle fut recueillie par une dame de son pays qui en prit soin. A dix-sept ans, elle fut prise pour la première fois de coliques hépatiques avec accidents consécutifs graves qui nécessitèrent l'emploi des sangsues et des saignées répétées. Les règles se rétablirent mal. Quelques attaques hystériques à la suite de contrariétés.
A dix-neuf ans, entrée dans un atelier de Lyon pour dévider la soie, la jeune fille, livrée à elle-même, s'attacha à un ouvrier ayant une existence assez nomade. Ce dernier fut obligé bientôt de cesser ses relations intimes avec elle, à cause de quelques symptômes qu'il avait contractés et qui l'obligèrent à garder le lit ; il avait un écoulement et plus tard mal à l'anus. Quelle était la nature de cette affection ? Elle l'avait toujours ignoré. Mais elle-même, deux mois après (au Q^ mois de sa grossesse), vit survenir quelques boutons sur sa figure et au cuir chevelu, avec une violente céphalée et chute des cheveux. Ces accidents furent mis par le médecin, qui soignait son amant, sur le compte de la grossesse, et traités néanmoins par les mêmes moyens prescrits à ce dernier. Ces accidents disparurent promptement. L'accouchement eut lieu à terme, mais l'enfant succomba dans rétat cachectique au bout de neuf mois.
Plusieurs années s'écoulent dans un état de santé excellente.
Un jour, en allant puiser de Teau à une fontaine^ Marguerite sent sa vue se brouiller ; la vision est très-affaiblie dans l'œil du eôté droit. Un médecin ordonne successivement des vésicatoires volants et à demeure, la i)elladone, les purgatifs répétés; le brouillard de la vue diminue» mais ne cesse point.
Peu de temps après, les deux yeux se perdent simultanément, à la suite de fatigues et de veilles pénibles (à l'occasion de son amant pris de graves douleurs rhumatismales et bientôt après atteint d'aliénation mentale). La cécité devient complète.
Le médecin qui soignait le jeune couple fort éprouvé institua pour la pauvre aveugle (qui m'en a remis les ordonnances) le traitement suivant : 1® matin et soir, une pilule contenant un demi-centigramme de sublimé corrosif avec extrait gommeux d'opium et valériane ; 2^ chaque jour, une cuillerée abouche d'une solution iodurée (1 gramme d'iodure de potassium) ; 3<* douches d'eau vinaigrée, etc., etc.
Après quatre mois de ce traitement suivi sans interruption, h vue était à peu près rétablie.
Six mois après, douleurs périorbitaires nocturnes, retour rapide de l'état de cécité. Un nouveau médecin de Tlnstitut ophthalmologique applique de larges vésicatoires sur le cuir chevelu, pratique des émissions sanguines locales et générales, administre des pilules de Vallette. La vision se rétablit de nouveau, et la malade reprend sa profession dans l'atelier.
Au commencement de 1845, cécité plus complète que jamais, •« qui n'a point cessé depuis.
L'examen des yeux ne permet de constater que les symptômes ordinaires de l'amaurose double. Les pupilles ne sont point contractiles à la plus vive lumière, leur contour est fixe, régulier. La malade distingue encore le jour des ténèbres, mais c'est à peu près tout ; sauf en un foyer très-limité de l'œil gauche par leqael arrivent encore quelques rayons lumineux, la vision parait généralement abolie. Le fond oculaire est noir avec un léger reflet opalin. Aucune trace de lésion osseuse autour de l'orbite où se manifestent parfois, de chaque côté, des douleurs vives. Chaque crise menstruelle est ordinairement précédée d'accès fébriles avec leurs trois stades. Le sang de la fluxion périodique est peu abondant, mais bien coloré. La constitution
â50 FO&HËS D£ L4 SYPHILIS.
générale est bonne d^ailleurs, et, à part quelques symptômes hystériformes, il n'y a point d*état chlorotique accusé.
D'après ces symptômes^ j'institue le traitement suivant : salsepareille, sirop sudoriûque, mercure soluble de Hahnemann ( 0,05 centigrammes en pilules par jour), iodure potassique <2 grammes dans la tisane} •
Au bout de huit jours, la vision s'éclaircit. La malade commence à apercevoir vaguement ses mains en tricotant.
Un mois après, elle distingue les personnes qui renvûron- . nent.
Le deuxième mois^ amélioration progressive. La malade se conduit elle-même partout.
Le troisième mois, elle nomme les lettres d'imprimerie qui ont 0°',01 de hauteur. Elle lit les caractères ordinaires à la fin du quatrième mois.
Le traitement n'a pas dépassé la dose indiquée ci-dessus. U a été suivi quatre mois, mais avec de fréquentes interruptions, surtout aux époques cataméniales. Quelques jours avant, l'accès fébrile s'annonçait par des élancements au-dessus des sourcils avec battements profonds ; puis il survenait des vomissements ou de la diarrhée avec oppression et douleur tensive des hypocondres, un peu d'ictéricie parfois, et les accès fébriles se déclaraient. (C'étaient là vraisemblablement des coliques hépatiques intercurrentes développées antérieurement à la contamination syphilitique.)
La guérison était aussi complète que possible au bout de six mois. J*ai eu l'occasion de suivre encore assez longtemps cett^ malade, qui est restée pendant deux ans en qualité de domestique 4 mon service, jusqu'à son mariage ; et sa vision s*est biem. maintenue. Toutefois, tombée dans la misère avec son mari^ et^ sous l'influence de toutes sortes de privations, elle a été &mproie, dix ans plus tard, à des accidents nouveaux et répétés dwcôté du foie dont elle a été soignée à son Bureau de bienfai — sance ; et sa vue avait perdu en ce moment une partie des h& — néûces que le traitement antérieur lui avait assurés.
L'amaurose syphilitique simple oudouble n'est point trèhrare. Il m*a été donné d'en recueillir trois autres obser—
8TPHIUS GRiTE OU GONFTEMEE. 251
valions dans le même service et la même année. Le lupusy ies tileérations serpigineuses, les gommes, les affections oœeuses ou viscérales peuvent être la manifestation unique et tardive de la syphilis prolongée.
La syphilis conjBrmée peut se prolonger par suite de révolution successive d'accidentô multiples, à longue échéance de l'accident primitif :
Observation xx. — Syphilis confirmée : Accidents primitifs neuf am auparavant. Céphalée nocturne. Tubercules ulcérés du front, du pàkns. Phénomènes cachectiques commençants,
Moreau^ vingt-cinq ans^ entre, \e 22 juillet 1845^ salle deuxième, n^ 26, au Midi (service de M. Ricord). En 1836^ chancre unique traité par les pilules de Dupuytren. Aucun symptôme secondaire^ à part quelques boutons croûteux dans le cuir chevelu. Pendant les sept années qui suivent, le seul accident est ime blennorrhagie soignée parle copahu. En i843, pour la première fois, céphalée très- intense, surtout la nuit. M. Gerdy a fait JiÛTre un traitement par la liqueur de Wan-Swieten (le malade .«D a pris 4 litres), qui a fait disparaître ce symptôme. Mais peu après^ enchiffrenement de la narine droite qui a persisté. 11 y a trois mois, angine, tuméfaction indolente du nez, et plusieurs boutons sur le front ; ces boutons se sont ulcérés consécutivement.
A son entrée, vers la partie moyenne du front, quatre tubercules ulcérés disposés circulairement ; ces ulcérations sont profondes, grisâtres, taillées à pic, entourées d'un liséré rouge. La racine du nez et sa charpente osseuse tuméfiées et le tégument ilVide et aminci dans ce point. Sur la muqueuse palatine et le ^ile, plusieurs ulcérations tuberculeuses profondes, dont Tune a perforé cette membrane dans toute son épaisseur. Les amygdAes tuméfiées, la muqueuse de Varrière-bouche enfiammée ; la déglutition très-douloureuse. Céphalalgie nocturne empêchant tout sommeil. Anorexie, digestions troublées. La face pâle, terreuse, les yeux caves, entourés d'un cercle bleuâtre trèsprononcé. (Tisane de saponaire, iodure de potassium (3 grammes par jour).
Amélioration prompte. Le 8 août, cicatrisation des ulcérations du front, l'appétit revenu ; Tinflammation de l'angine, la tuméfaction du nez, diminuées. Le 13 ^oût^ l'état général meilleur. Sortie à la fin de ce mois.
D'après Topinion généralement accréditée, le mercure dirigé pendant un temps sufiQsant contre les symptômes secondaires, ou Tiodure de potassium contre les accidents tertiaires, triomphent avec aisance et facilité de tous les maux. Bien plus, suivant certains auteurs, la guérisoD spontanée est la règle, après les premières poussées secondaires. Dans ce nombre figure M. Diday, qui, décrivant l'histoire naturelle de la syphilis, ne fait aucune mention ^des symptômes tertiaires. A plus forte raison, passe-t-il entièrement sous silence les phénomènes cachectiques et ultimes, ombres lugubres que Ton ne voit point obscurcir ses tableaux. Phénomènes rares^ soit, mais qu'il ne faut point dédaigner. Aussi^ rappèllerons-nous à M. Diday l'une de ses propres observations qu'il a insérée, il y a dix ans, dans son excellent traité de la Syphilis des nouveau-nés^ — quoique le sujet soit un adulte et la maladie acquise. — Voici le fait textuellement, sauf la légende que nous ajoutons de notre chef.
Observation xxi. — Syphilis confirmée rebelle : Lésions osseuses, Pemphigus, État cachectique. Mort,
« Joseph L., âgé de trente-quatre ans, de constitution faible,, pâle et chétif, exerçant depuis longtemps au village de H... la, profession de tisserand, avait eu, étant au service, un chancre qu'il traita par la seule cautérisation, puis divers accidents pea graves : pustules rebelles et fréquemment récidivées à l'anus et bxjl scrotum, écailles des mains et des pieds, croûtes épaisses du cuir chevelu . Un traitement par des pilules l'en débarrassa au bout de six mois.
« Rendu à laviecivile, J. L... ne resta jamais^plus d'une année
SYPHILIS GRITB OU CORFIRHÉE. 25 S
sans être tourmenté par la réapparition de quelques suites de ce mal. Des douleurs, vagues d'sJ[>ord, se localisèrent au cubitus droit et aux deux iibi<u : plusieurs fois des tubercules se formèrent dans répaisseur du voile palatin et suppurèrent.
« Sous rinfluence des douleurs nocturnes, cet homme, usé d'ailleurs par d'anciens excès et par les conditions anti-iiygiéniques de son métier actuel^ maigrit, dépérit et s'étiola. Peu de tentatives thérapeutiques régulières furent dirigées contre les dernières altérations syphilitiques^ malgré l'atteinte profonde qu'elles portaient manifestement à la santé générale. 11 entra, à la fin de juillet 1845, à l'hôpital de rAntiquaillepour une éruption dont le début datait de six semaines environ. A cette époque^ après quelques jours de malaise, il s'était élevé sur les jambes, les bras et le ventre, de larges ampoules qui bientôt s'affaissèrent, de sorte que lors de Feutrée du malade on ne voyait plus, dans ces régions, plus rouges qu*à l'état normal, que Tépiderme plissé et desséché sous forme d'écaillés minces. La poitrine et le cou, moins anciennement et moins gravement affectés, n'offraient qu'une desquammation légère.
« Toutes ces parties étaient douloureuses au toucher. Depuis quinze jours, un mouvement fébrile s'était établi, continu, avec exacerbation le soir ; soif vive, bouche pâteuse, inappétence, faiblesse progressive. Aucune teinte cuivrée de l'éruption.
a En même temps on constata sur le tibia droit une exo^tose ancienne, stationnaire, presque indolente ; sur le tibia gauche, une périostose d'origine un peu plus récente, siège de douleurs nocturnes; au-dessous du coude droit un nodus volumineux, résistant, douloureux, ayant déjà un peu enflammé la peau.... L'iodure de potassium fut administré ; mais il ne fit que diminuer les douleurs ostéocopes^ et n'exerça pas d'influence aussi marquée sur le nodus, dont la proéminence s'affaissa cependant un peu.
a Quant au pemphigus, il suivit une marche constamment et rapidement croissante. Les bains gélatino-sulfureux, puis alcalins, les préparations de fer et de quinquina, associées à l'opium, aidées des topiques appropriés, ne purent arrêter les progrès de cette affection, non plus que l'influence fâcheuse exercée à son tour par elle sur la santé générale ; le malade alla en
s*affaiblissant de plus en plus et succomba deux mois après son adîmission. »
4° Syphilis confirmée galopante. — Enfin, une quatrième catégorie comprend les cas dans lesquels les symptômes parcourent leurs étapes successives, avec une rapidité insolite. C'est la variété galopante.
Peu de jours après Tulcération primitive, — parfcns avant que celle-ci soit cicatrisée, — éclatent coup sur coup les symptômes secondaires et bientôt tertiaires. Le malade présente parfois même simultanément les trois périodes de la syphilis confirmée; ou bien on les voit se dérouler rapidement les uns à la suite des autres.
M. H. Roger a présenté à la Société de médecine des hôpitaux un enfant de !2 ans, atteint de syphilis acquise et sur lequel on put observer à la fois un chancre facial induré, des taches cuivrées sur la peau et desexostoses multiples (1).
Cette variété a deux degrés très-difiérents : ou bien elle guérit très-aisément et avec beaucoup de rapidité ; ou bien, au contraire, les malades, quelquefois dans le cours de la même année, tombent dans l'état cachectique et meurent fatalement.
Je résume ici en peu de mots une longue observation rapportée par M. H. de Castelnau.
Observation xxii. — Syphilis confirmée galopante : Accidenté cachectiques, mort.
Un charretier de trente-deux ans entre à l'hôpital du Midi pour un chancre insignifiant du prépuce, ne laissant d'autres traces que de la rougeur à la suite.
Quinzejoursaprès, 4mai 1843, angine; au centre du voile du palais^ tubercule.
(1) Gaz, des hôpitaux, 17 octob. 1863.
SYPHILIS GRAVE OU CONFIBMÉE. t55
10. Ulcération du tubercule arrondie, à fond grisâtre, bords rouges, nettement découpés ; peu profonde.
. 20. Progrès de Tulcère malgré le traitement le plus méthodique (salsepareille^ gargarisme au sublimé^ pilules de Dupuytrèn).
'- 10 Juin. Douleurs ostéocopes des jambes (les pilules de Dupvfjftren sont remplacées par un gramme d'iodure de potassium).
20. Perforation du voile. Tuméfaction sur le dos du pied droit.
MO Juillet.. L*état local s'aggrave et l'état général est en souffrance.
20. Le pied paraît en meilleur état. Tuméfaction douloureuse d'ela jambe du même côté.
'^O. Perforation spontanée de la tumeur de la jambe (liquide semblable à de la lie de vin épaisse) ; mouvement fébrile le soir.
20 Août. L'ulcère de la gorge progresse toujours.
27. Le pied s'abcède comme le mollet. Fièvre hectique plus accentuée. On a supprimé Tiodure de potassium qui n'est plus toléré (vin de Bagnols). L'amaigrissement se prononce, la peau trte-pâle^ Tinsomnie permanente ; Tulcère de la gorge s'agrandit opiniâtrement.
Janvier 1 844. La fièvre devient continue. Douleurs épigastriques chaque fois que Ton tente d'administrer soit les préparations mercurielles, soit Tiodure de potassium. On y revient à plusieurs reprises sans que le malade puisse les supporter. Il succombe le 21.
2i Février. Mort dans le dernier degré du marasme.
Autopsie. Le voile du palais est détruit ainsi que la partie postérieure de la voûte palatine^ le pharynx^ l'origine de la partie postérieure de l'œsophage ; les quatre premières vertèbres cervicales mises à nu; la base du crâne, dans la portion pharyngienne dénudée. Hépatisation grise lobulaire des deux tiers M âioins des deux poumons. Canal intestinal rétracté. Destruction de quelques portions musculaires de la jambe, sans altération des os correspondants. Carie du premier métatarsien (1).
(I) Annales des maladies de la peau et de la syphilis^ t. II, p. 309.
L*auteur ajoute, entre autres remarques : a Je ne pâ pas que, dans le cas précédent, on puisse attribuer la ten naison de la maladie à la mauvaise direction du traitemei l'attribuerons-nous plutôt à la mauvaise constitution du n lade, ou à quelque autre condition inconnue? C'est cequ ne saurait faire avec cette certitude. » Nous imiterons a réserve.
Terminons cette étude clinique des variétés de la sypb confirmée en rapportant un fait de cachexie, que nous a?i observé, en 1845, à Thôpital Saint-Antoine, et où l'on p voir quelques-uns des caractères anatomiques des gomii tertiaires. Je résume ici, aussi brièvement que possible, commencement de cette longue histoire (1).
Observation xxiii. — Syphilis confirmée invétérée : Gommes n tiples; dégénérescence hépatique, etc, etc. État cachectique» M Autopsie,
Verdier, quarante-huit ans, reçu le U février 1845, s Saint-Joseph, service de M. le professeur Malgaigne.
Résumé des symptômes et des évolutions. — Le début délai ladie a eu lieu à Tâge de dix-sept ans ; chancres et blennorr gie, et d'autres écoulements consécutifs de Turèthre. Dix après, attaques épileptiformes qui disparurent au bout de do années. Puis douleurs rhumatoïdes qu'un médecin traita les frictions mercurielles, qui furent bientôt suspendues a{ avoir déterminé la stomatite et l'alopécie. A quarante-cinq 8 petites tumeurs sous-cellulaires disséminées, s'ulcérant c sécutivement, et abcès au fond de la gorge qui a persisté.
A son entrée, cet homme, assez jeune encore, présente le chet de la décrépitude sénile : crâne dégarni, figure ridée d^une pâleur plombée singulière, traits effilés, membres gri comme transparents, très-amaigris. Sorte d'atrophie génén
0) Elle a été insérée m extenso dans la thèse de notre ami Dumo {lac, ciU).
^rrniLfs grave ou confirmée. 257
vastes ulcères iiifruciueux de l'arrière-gorge, gommes ulct^rées de la peau, du tissu cellatafre. La plupart des lestons cutanées sont indolentes ; mais Tëtat de la gorge empêche tout mouvement de déglutition. Point de fièvre ; dévotement de temps à antre et frissons; langueur^ insomnie...
Malgré le traitement,— par Tiodure de potassium,les gargarismes d'iodure de quinine, les bouillons^ le vin, — l'état du malade alla en s'aggravant ; le traitement dut être suspendu à plusieurs reprises à cause du flux de ventre copieux quMl déterminait aux plus faibles doses et qui ajoutaient à la faiblesse. Cet état présentait TOI spectacle effrayant. Réduit au dernier degré de marasme, sans force, privé de sommeil» luttant contre une suffocation quelquefois imminente lorsqu'il penchait fortement la tête en arrière pour avaler quelques cuillerées de bouillon ou de boissons fortifiantes qui, dans toute autre position, revenaient par les narines, obligé d*avoir sans cesse la bouche sur un crachoir pour rejeter ce mélange putride qui suintait continuellement de Tarrière-gorge, répandant dans la salle une odeur qui faisait fuir les malades ses voisins, il gardait un morne silence.
11 smrvenait quelquefois du frisson avec claquement des dents, snivi d'une sueur presque froide elle-même et sans réaction intermédiaire. Le pouls était débile, devenait plus fréquent et plus serré, et il n'y avait point de phénomènes critiques à la fin de ces accès. Au reste, ils étaient fort irréguliers et n'appartenaient point aux types de la fièvre intermittente. A la suite d'un de ces frissons, la figure s'altéra encore plus profondément ; la respiration devint anxieuse et le malade succomba tout d'un coup, le 24 mars, sept semaines et demie après son entrée àThôpital Saint-Antoine.
Autopsie. Elle fut faite le 26 mars, quarante heures après la mort. Voici les altérations constatées :
Au cou, sous la clavicule, à la partie antérieure du thorax, dans la fosse sus-épineuse gauche, au tiers supérieur du bras droit, on remarquait Texistence de larges plaques gommeuses à divers degrés de développement et d'évolution : les unes sous forme de tumeurs compactes, les autres en foyers putrilagineux, soit sous forme de tumeurs isolées, distinctes, soit de larges plaques diffuses, confluentes. Au-dessus, la peau était amincie, per-
Davasse. 17
2 58 FORMES DE LA SïrilILlS.
forée en plusieurs points, adhérente dans d'autres, privée de son tissu cellulaire et plus ou moins désorganisée. L'altération s'étendait aux parties profondes^ et^ çà et là^ elle atteignait les muscles. Une eiostose circonscrite, du Tolume d*une petite noisette, s'élevait à la partie moyenne du bord postérieur de Tépine de l'omoplate du côté droit.
Le voile du palais était presque entièrement détruit ; ce qu'il en restait était épaissi, sans élasticité et presque entièrement confondu avec les productions voisines de nouvelle nature. Audessous de la perte de substance qu'avait subie cette membrane, on trouvait une grosse masse de substance blanchâtre, terne, du volume d'un œuf de poule, pelotonnée, ramollie, putrilagineuse, d'une odeur forte et repoussante ; elle adhérait assez fortement aux parties adjacentes. Je constatai que tous les tissus qui lacirconscrivaient étaient détruits ou désorganisés dans une grande étendue : ainsi Tamygdale, le pilier antérieur, les insertions des muscles péristaphy lins à la base du crâne, la portion correspondante des muscles styliens, une partie de l'aponévrose pétro-pharyngienne et de la paroi latérale droite du pharynx, n'existaient plus. Les os voisins eux-mêmes, privés de périoste dans une certaine étendue, étaient rugueux, nécrosés, noirâtres, et comme desséchés, et ils offraient même déjà une perte de substance notable, circonscrite à la partie postérieure de la voûte psJatine, à la fosse ptérygoïde et au sommet de l'apophyse pétrée du côté droit. Toutes ces lésions étaient confondues ensemble dans cet amas considérable de matière gommeuse développée au milieu de cette région. Je trouvai encore une certaine quantité de cette matière dans le tissu cellulaire sous-muqueux de la paroi pharyngienne postérieure amincie et adhérente ; de là elle remontait au-devant de la couche musculaire cervicale profonde, jusqu'au niveau de l'articulation atloldo-axoïdienne. Dans plusieurs points, le périoste avait été mis à nu et érodé.
Le cerveau, que j'examinai avec attention ainsi que la surface de la cavité crânienne, à cause de l'existence antérieure d'accès épileptiformes, n'offrit rien de particulier.
Des deux poumons, le gauche était parfaitement sain, crépitant dans toute son étendue et n'offrant qu'un peu d'engouement cadavérique à la partie postérieure. Le poumon droit présentait.
au contraire, dans ses deux tiers inférieurs et en arrière, tous les signes anatomiques d'une gangrène commençante, avec Todeur spécifique très-prononcée et se rapprochant de celle des parties affectées dans Tarrière-gorge. Les conduits aériens et le larynx n'offraient rien de particulier.
Le cœur et les gros vaisseaux étaient sans altérations.
Rien dans l'estomac et le tube intestinal.
Le foie était volumineux, bosselé, et en même temps ratatiné ; la coupe en était molle, d'un blanc jaune; les granulations paraissaient hypertrophiées. La vésicule de fiel avait surtout des dimensions très-grandes, même par rapport au volume de l'organe sécréteur ; fortement distendue, elle dépassait de 4 centimètres environ l'échancrure hépatique ; le liquide qu'elle renfermait était noirâtre, poisseux et tenait en suspension de petits grumeaux mous et d'une coloration brunâtre.
Les reins étaient sains.
La yessie, réduite à de petites dimensions, du volume du poing au plus, quoique distendue, atrophiée, racornie, décolorée à sa face interne, contenait un liquide qui n'avait aucun àês caractères physiques de l'urine : c'était un liquide blanchâtre, épais, inodore, ressemblant à une solution de gomme mai digérée.
Le canal de l'urèthre présentait dans le tissu cellulaire sousmuqueux^ vers le milieu de la portion spongieuse, une petite tumeur qui avait les mêmes caractères que celles trouvées dans les autres parties du corps ; elle s*était développée vers le canal de manière à l'oblitérer en partie, et communiquait en arrière avec l'extérieur par une fistule assez large qui s'ouvrait un peu au-devant des bourses ; là était un rétrécissement que la sonde la plus fine ne pouvait franchir.
Ù n'y avait point de sérosité dans les cavités sphanchniques, ni dans le tissu cellulaire des membres.
Telles sont les principales variétés que nous avons observées dans les associations naturelles des symptômes et des lésions syphilitiques quant à la forme qui nous occupe. En l'état des choses, il nous paraîtrait téméraire de vouloir fixer plus complètement la science. L'observation ultérieure y
SSa FOBMES DE LA SYPHILIS.
suppléera. Ce ne sera point une futile recherche propre à satisfaire seulement la curiosité du naturaliste. En médecine surtout, toute vérité est utile ou le sera.
§ 4. — Indications enratlTes.
En attendant que Tavenir féconde les germes pratiques contenus dans l'étude plus approfondie des variétés de la sy* philis confirmée, retenons ici deux conséquences : — la première, c'est l'évidence du rapport nosologique qui rattache celte forme aux précédentes par les variétés qui lui servent^ en quelque sorte, de naturelle transition, nonobstant la diversité des indications curatives; — la deuxième est la démonstration de l'erreur générale touchant la spécificité du mercure dans le traitement de la syphilis.
Ce dernier corollaire est important. Sans entrer ici dans les développements que son intérêt pourrait exiger, il convient toutefois de laisser entrevoir quelques-uns des aperçus qui s'en détachent naturellement.
Introduit par les Arabes, adopté par les spécificiens, qui voyaient en lui l'antidote souverain du virus (1), le mercure ne tarda point à être adopté comme le spécifique des maux vénériens. Il ne fut guère administré d'abord qu'à l'extérieur, sous forme d'emplâtres et d'onguents, incorporé à des graisses et mélangé avec une assez grande quantité de Substances actives (iris, soufre, plomb, staphysaigre, etc.). Béranger, de Carpi, Jean de Vigo, N. Massa, l'employèrent en frictions; A. Trajan Pétrone, Catanée, Fabrice de
(1) Femel^ toutefois, fut l'un des opposants au mercure, mais il ne laissa pas que d'en faire usage dans son eau divine contre les olcàres de la gorge.
SYPHILIS GRà?B oit OOMFIRVÉE. f bl
Hilden^^tc., etc., en fumigations, méthode que Thierry de Héry importa en France. Maihile, Jean de Yigo^ Tadministièrent à Tintérieur.
Amalgamé avec Tor, il constituait, sous le nom i'aurum mtWy la panacée unirerselle de Paracelse.
Parmi les nombreux composés usités en thérapeutique, le firécipité rouge fut le premier prescrit à l'intérieur^ mais bientôt le muriate suroxygéné ou sublimé corrosif devint le plus accrédité. Les premiers essais de cette substance furent désastreux à cause des doses élevées de son administration. Cependant (d'usage du sublimé corrosif^ dit Bosquillon, s'était répandu de toutes parts, en quelque sorte, comme un torrent dont il était impossible d'arrêter l'impétuosité. Ce remède, prescrit par des ignorants, devait produire des accidents terribles; on doit, en conséquence, avoir les plus grandes obligations aux gens de Tart qui ont les premiers indiqué la méthode de l'administrer avec toute la circonspection qu'il exige (1). » Or, sous prétexte de corriger son âcretê^ — au lieu d'en diminuer les doses, — - on se contenta de l'associer à diverses substances (opium, musc, camphre, eau de chaux, etc., etc.), qui en détruisaient les effets. Aussi un excellent pharmacologne, Melcfaior Frick, recommandait-il de bien se garder de dépouiller ce médicament de toute son âcreté, si Ton voulait qu'il devînt un moyen utile. « Il faut prendre garde (disait-il), en cherchant à se procurer des remèdes qui soient exempts de dangers, de leur enlever totalement leur vertu médicale (2). d Hoffmann réduisit son degré posologique à un grain par once d'eau, et c'est de là que, d'après une formule de Boerhaave, Van-Svrieten (avec le concours de Sanchez) institua, après quelques expériences, la re-
(1) Bosquillon, Ion. cit.y t. II. p. 385.
(2) De virtute venen. med.f 1701.
cette pharmaceutique, aujourd'hui si usitée, qui porte son nom (1) . Ces expériences, — suivies par ce célèbre médecin à l'hôpital de Saint-Marc^ à Vienne, par Locher^ son successeur, Pringle, dans les armées anglaises^ Bona, à Padoue, Gardane, en France, — fixèrent la posologie du sublimé, pour Tusage interne. Grâce à la réforme de Ghycoioeau, la méthode altérante fut généralement substituée à celle de la salivation, qui avait fait périr tant de malades (2) — et que l'on peut croire condamnée sans appel désormais.
Pendant que beaucoup de médecins prônaient le mercure, l'employant sans distinction contre tout accident vénérien, même contre la blennorrhagie, et que d'autres le repoussaient sans autre forme de procès, partout et toujours, l'accusant de tous les dangers réels et supposés, quelques thérapeiitistes, mieux avisés, tentaient de restreindre son emploi à ses véritables indications.
Parmi ces derniers, Thierry de Héry (3) dit déjà que a les ulcères de la verge peuvent toutefois être curés à part sans consécution de ladite vérole. » Ce praticien pensait de même pour le bubon suppuré. Plus tard^ en 1757, Abraham Gordon excluait déjà aussi formellement de cette médication l'écoulement gonorrhéique. « Nous avons toujours entendu (dit-il), par le terme de lues venerea^ une vérole confirmée sans y comprendre l'écoulement virulent qui, s'il n'est pas accompagné d'autres symptômes, se guérit sans aucun remède mercuriel. » Les chirurgiens de la Grande-Bretagne, surtout Abernethy, Carmichaël, Fergusson, Guthrie, Thom-
(1) Il en existe une maltitude de formules. La plus usitée est une solution d'eau distillée alcoolisée, contenant un demi-grain de sublimé par once de liquide.
(2) Hutten dit avoir vu mourir ainsi trois paysans des plus robustes le même jour. (Bosquiilon, /. c, t. li, p. 345.)
(3) Loc.cit., p. 176.
son, Hennen, etc., etc., ont développé ces tendances. C'est à l'un de leurs successeurs, comme on sait, à Wallace, que nous devons, en 4836, Theureuse substitution de l'iode, et surtout de Tiodure de potassium, au mercure, dans cette période de la syphilis où le mal invétéré semblait provoquer jusque-là l'administration plus énergique du seul antidote reconnu. Aujourd'hui la médication du chirurgien irlandais est étendue aux accidents dynamiques de la période constitutionnelle de la maladie.
On reconnaît donc assez volontiers, aujourd'hui, que le mercure n'a d'emploi légitime que dans la forme confirmée, et que même, dans cette dernière, son opportunité se borne aux symptômes secondaires seulement. Nous pouvons aller plus loin. Non-seulement il n'est point spécifique dans toutes les formes syphilitiques, ni danis toutes les périodes de la forme confirmée, mais encore il ne Test pas davantage dans toutes \q^ variétés de cette dernière. Les faits qui précèdent démontrent deux circonstances qui ^semblent impliquer quelque contradiction, et cependant dont il faut tenir compte : — la spontanéité de la guérison dans certains cas, — la persistance invincible des accidents, en dépit de toutes les préparations mercurielles, dans d'autres cas. Héroïque, en apparence, contre les premiers, le même médicament aggrave les seconds. Aussi, le voyons-nous sans surprise, pendant plus de trois siècles, prôné et repoussé tour à tour. En tant que spécifique, il mérite effectivement, — au même degré, — l'éloge de ses partisans, les reproches de ses détracteurs.
Pour sortir de cette impasse, il faut donc abandonner le vieux préjugé de la spécificité du mercure, et faire rentrer ce médicament dans la loi commune des indications de la syphilis. Si, entre tous, son emploi est le plus souvent et le
264 FOailES DE LÀ SIPHIUS.
mieux indiqué dans cette maladie, ce n'est point cependant, dans tous les cas, sans distinction. Dehoroe disait déjà avec justesse des diverses méthodes relatives à cet important médicament : « Chacune peut avoir ses avantages, ses exceptions et môme ses cas privilégiés ; mais aucune ne mérite ime piiéférence exclusive. Les personnes, lesisirconstances, les situations, les tempéraioents, la maladie, Vespèce de la maladie et sa durée ofirent presque toujours des différences si essentielles, qu'il n'est pas possible de ^satisfaire à toutes par un seul et même moyen ; c'est au médecin instruit à juger quelle est la méthode qui mérite la |>référence (1). » Autant peul-on en dire et de chacun des x^omposés mercuriels'et de tous autres remèdes usités dans la syphilis. Déterminer au moyen d'une observation atten* tive, par des formules précises, la limite exacte et le moment opportun de ces indications, non-seulement pour le mercure et ses nombreux composés, mais encore pour l'iode, le brome, Tantimoine, le soufre, l'arsenic, le gayac, le mezereum, Tacide nitrique et une foule d'autres substances salutaires dans les cas où le médicament habituel a été Inconnu inefiSx^aee ou dangereux : tel est l'horizon ouvert aux investigations de ia science, le vaste champ qui promet une récompense assurée aux observateurs.
Enfin, il ne serait pas moins utile finalement de secouer le joug d'une aveugle et tyranriique routine relativement aux "doses usitées dans le traitement de la syphilis. L'emploi monotone de certaines pilules, — stéréotypées dans les formulaires pharmaceutiques, — a l'inévitable inconvénient de chaus-
(1) De Home, Eocposit. raison, des div, méth. etc., 1779. Une remarque pratique très<exacte de Fauteur, — que nous avons eu occasion de vérifier, — est la contre-indicaffion du sitbltmé tirée de l'étafi bémorroidaine coneomilant. j(T. 1, p. lU.)
STPIOUS etLAYE OU GORFiasiEE. t6ft
aer tous les pieds à la même mesm^e, suivant Texpressiou de Gatmiëe. Or, les quantités habituellement prescrites sont idutôt décidées par la coutume que motivées par l'observatkm. Certes, un grand pas a été fait, une réforme salutaire a. été accomplie, le jour où la méthode par extinction a leoiplacé la méthode par la salivation. Mais ce progrès^ d'ailleuiB considérable, ne saurait être définitif. Les dangers de la médication mercurielle n'ont pas encore complètement disparu. Si Ton a moins souvent à déplorer ces vastes delàhrenaenls de la cavité buccale, les ulcères sordides, les nécimes formidables, les désordres nervosiques et cachectiques, suite si fréquente des doses élevées , il est cependant encore commun de voir survenir,— aux doses ordinaires, — ^lelque phénomène toxique, — sur les gencives, les glandes salivaires ou hépatique, Testomac ou les intestins, — qui oblige d'en interrompre l'administration.
Tous les praticiens sages et expérimentés reconnaissent que ie développement de ces effets toxiques paralyse les effèls curateurs de la médication. On peut affirmer d'une manière générale que ceux-ci sont en raison inverse de ceuxlà. La gui^rison^ toutes choses égales d'ailleurs, sera d'autant plus rapide et plus sûre^ que l'action altérante et curative du médicament aura été moins troublée par ces effets perturbateurs. Féconde loi de l'école hahnemannienne, universellement reconnue aujourd'hui sur le terrain de la syphilis I Aussi, Wallace considère que, plus est grand le d^;ré d'excitation et de dérangement dans les fonctions produit parle traitement, moins certaine est la chance d'agir favorablement sur les symptômes syphilitiques; et ce sentiment est celui de tous les bons observateurs.
Les doses ordinaires produisant encore quelques désordres^ toujours à quelques égards plus ou moins fâcheux,
266 FORMES DE Li SYPHILIS.
Ton a instinctivement cherché à obtenir leurs effets curateurs en essayant de neutraliser leurs résultats toxiques. De là les associations médicamenteuses imaginées de tout temps à cet effet : l'antimoine (Wallace), le capsicum (Parker), la ciguë, Topium (Ricord), etc., etc. Mais ces associations ne répondent pas au but que l'on se propose. Aussi Biett avait fini par adopter pour règle constante, dans sa pratique, de ne jamais administrer les opiacés en même temps que les mercuriaux. a II avait remarqué, dit M. Cazenave (1), que l'association de l'opium au protoiodure de mercure, par exemple, neutralisait les effets de ce dernier. » Pour obvier à la difficulté, il faisait donc précéder l'adminstration de celui-ci par celui-là.
Le plus simple et le plus sûr à la fois est de reprendre, par exemple, les expérimentations sur le sublimé, au point ot Van-Swieten, Gardane, de Horne, etc., etc., lèsent laissées, en abaissant le degré d'atténuation auquel l'usage a fixé la prescription des mercuriaux. A quelle limite ? Nous ne saurions la préciser. Il n'existe à notre connaissance aucun travail, — méthodique et suffisant, — ayant pour objet de déterminer dans quelle étendue de l'échelle .posologique réside la véritable action thérapeutique du mercure dans la syphilis ; et nos expérimentations ne suffisent point à éclairer ces points douteux. Il y a longtemps que nous avons été émerveillé des bons effets que notre digne et bien affectionné maître à l'hôpital Saint- Antoine, le docteur Kapeler, retirait de l'emploi externe du sublimé corrosif, administré seulement, à la dose de quelques décigrammes^ en bains, contre les syphilides invétérées. Pour l'usage interne dece précieux médicament, plusieurs essais entrepris avec
(1) Annalesy t. II, p. 24, en noie.
STPHniS GRAVE OU CONFIRMÉE. t67
F. Gabalda nous autorisaient à employer de préférence la liqueur de Van<Swieten, étendue, en diverses proportions, dans Teau distillée alcoolisée. Mais nous ne mentionnons ici ces tentatives encore insuffisantes qu'avec réserves, et pour indiquer uniquement aux observateurs la voie nouvelle où le progrès des idées thérapeutiques nous permet de les convier.
§ s. — PouToIr contagieux*
Le pouvoir contagieux de la forme qui nous occupe a occasionné, dans ces derniers temps, de nombreuses disputes, n s'en faut de beaucoup que la querelle soit épuisée. Cependant, il nous parait qu'elle pourrait se concilier , en grande partie, si les tenants de la discussion voulaient se ranger à des conclusions moins absolues.
Pendant trois siècles environ, la contagion des accidents syphilitiques confirmés n'a fait un doute pour personne, l'on croyait même généralement ce pouvoir étendu à l'universalité des symptômes de la maladie^ et non-seulement à ses symptômes flagrants,mais encore,dans l'origine, au contactde l'haleine , de la sueur, des larmes, des moindres émanations enfin des malades. Tous les rapports étaient suspects, tous les intermédiaires accusés. En déclarant qu'il existe plus d'une bonne raison de croire à la virulence plus aiguë de la maladie, au moment de sa première apparition en Europe^ nous pouvons faire aussi la part des préjugés, de la surprise et des erreurs.
Jusqu'à l'ère expérimentale, aucune délimitation exacte ne fut indiquée à la contagion syphilitique. Nous avons dit (p. 57), comment Hunter, tombant dans une réaction contraire, non moins exagérée et encore plus fâcheuse, fut con-
t68 FOBMES Dl Li STPHILIS.
duit à restreindre les droits da pouvoir contagieux ou jm des lésions locales, c'est-à-dire, selon ses errements, au chancre et à la gonorrhée. De son côté, M. Rioord, voyantle pus chancreux seul inoculable sur le malade, admit en conséquence la contagiosité exclusive de ce pus. Pour lui, le chancre était le seul symptôme contagieux, le seul inoculable, à la période de progrès. Pour Thabile expérimentateur, point d^inoculationy point de syphilis 1... — Il y avait là un double malentendu. D'abord, le chancre essentiellement syphilitique, celui de la forme confirmée^ loin de se reproduire sur le porteur par Tinoculation, reste le plus souvent stérile; ensuite, parce que la lancette semblait inhalnle à opérer rinoculation des symptômes secondaires sur lemalade^ ce n'était pas une raison sufiQsante pour conclure à leur noncontagion en face de l'individu sain. Mais, ilfaut rendre cette justice à l'honorable chirurgien de l'hôpital du Midi, jamais dans ses nombreuses recherches expérimentales, les devoirs rigoureux de l'humanité ne furent sacrifiés aux droits prétendus de la science ; et il n'a point à regretter, dans le cours de sa laborieuse et féconde carrière, d'avoir introduit le pas d'une lésion syphilitique étrangère dans un organisme vierge de l'impure maladie. On peut lui reprocher des erreurs, non point des méfaits.
Cette double cause d'erreur, — relativement à Tauto-inoculabilité du chancre et à la non-contagion des symptômes secondaires dans la syphiUs confirmée,— est reconnue aujourd'hui. M. Ricord s'est hâté de revenir sur la première dans cette déclaration, en 1857 : a Lç chancre infectant, à la période d'état^ est d'une inoculation sinon impossible , aa moins très-difficile à obtenir et très-rarement obtenue au sujet qui le porte (Ricord et Fournier). Quant à la contagiosité secondaire, l'aveu en a été plus difficile. Longtemps le ce-
SYPHILIS GRAVE OU GOMFIUMEE. f69
ièbre cootinuateur de Hunier a maintenu Terreur organique de son système^ malgré les démentis cliniques les plus sérieux. Il se dérobait avec dextérité à tous les arguments de l'observation. Prenant en pitié la naïveté de ses adversaires, il se contentait de noyer les faits embarrassants dans un déluge de petites chroniques scandaleuses et de bons mots [Hquants qui leur enlevaient tout crédit. La verve, le talent^ la logique d'un système plein de prestiges^ ne manquaient point dans cette lutte contre la vérité. Aussi, les rieurs se rangeaient-ils de son côté.
Cependant, la coalition se formait chaque jour plus menaçante. Lassés de cette négation permanente et systématique des faits puisés dansTobservation clinique de la nature, quelques opposants se résolurent , pour couper court à toute fin de non-recevoir, à prendre un parti grave mais décisif, ea recourant à l'inoculation expérimentale du malade à l'individu sain.
Nous n'avons pas à juger ici, au point de vue de la morale, ces «cpérimentations, d'ailleurs flétries par la conscience unanime des médecins. Notre voix n'a pas manqué (1), au moment de leur invasion en France, dans le concert énergique de réprobation qu'elles y ont soulevé. Venues de Tétranger, elles n'ont eu qu'un temps et de rares complices parmi Qons. Si quelque chose doit cependant jusqu'à un certain point les excuser, ce n'est point parce que cette injure à rhamanité n'a pas été sans quelques compensations pour la science. Il vaut mieux considérer que ces sacrifices n'ont eu Liea le plus souvent que sur des victimes volontaires et libres, trop peu soucieuses de leurs devoirs. Quant à ces incitations criminelles pratiquées sur des jeunes enfants,
(I) V inoculation syphilitique devant la presse et l'Académie, 4n A't médical, L X, p. 56.
n'ayaiu ni la liberté de la défense, ni la conscience des pé- , rils et des souillures dont ils sont l'objet, on ne saurait protester assez contre ces ardeurs d'un zèle cynique. Si la recherche de la vérité commande le dévouement, elle ne permet jamais l'infamie.
Dans cette ligue en faveur de la restauration du dogme de la contagiosité secondaire, l'un des plus âpres et des plus ardents à la rescousse fut, sans contredit, l'infatigable promoteur de la syphilisation en France, M. Auzias-Turenne. Par son insistance, le problème^ devenu, en quelque sorte, une affaire d'État, fut déféré à l'Académie de médecine. Après une enquête confiée à une commission composée de MM. Velpeau, Ricord^ Devergie, Depaul et Gibert, le rapport présenté par ce dernier, le 24 mai 1859 (1), fut adopté dans la séance suivante, avec ses conclusions péremptoires sur la contagiosité décisive et incontestable des accidents constitutionnels.
En définitive, la résistance désespérée de M. Ricord a eu ce double résultat, — de faire mieux préciser les confins du pouvoir contagieux, — et d'étabhr plus nettement les phénomènes de la transmission. D'une part, il est à peu près acquis aujourd'hui que toutes les périodes ou toutes les lésions de la syphilis confirmée ne sont point également aptes à la contamination ; et, d'autre part, l'on connaît mieux les caractères des accidents qui résultent de ses diverses sources.
Mais comme le pouvoir contagieux est un fait complexé dans ses éléments, il importe d'abord de l'analyser. Il se compose de l'inoculabilité sur l'individu sain et sur le malade. La contagion la plusactive sera donc celle qui réunitces deux caractères. En outre, l'incubation est variable après
(1) Bulletin de l'Académie de mé^ecine^ 1859, t XXIV, p. 883.
SYPHILIS GRAVE OU COiXFIttMÉE. '271
Ilooculation; et, sous ce rapport, la brièveté de l'iDcubation parait en rapport avec l'activité du pouvoir contagieux.
Ceci posé, étudions ce pouvoir, au point de vue ^des lésions ou des humeurs inoculables ou génératrices, — et des lésions inoculées ou engendrées.
i^ LÉSIONS ET HUMEURS INOCULABLES.
A. Prenons d'abord la période géminée des accidents primitifs et successifs.
La contagion naturelle par le chancre reste à nos yeux, sinon l'origine nécessaire, au moins le fait habituel et dominant de la transmission syphilitique de provenance vénérienne. Tout le monde est d'ailleurs d'accord sur l'énergie et la constance ordinaire de cette propriété dont le pus est, dans ce cas^ l'agent unique et direct jusqu'au moment où cesse révolution ulcérative, et où commence l'évolution réparatrice par le bourgeonnement de la plaie.
Autour du chancre, — en profondeur comme en superficie, -— se développe une sphère d'activité virulente. Dans son rayon, les tissus reçoivent l'aptitude morbide nouvelle et spéciale de la lésion. Une plaie, une érosion, une piqûre de sangsues comprises dans ce cercle fatal, s'ulcèrent, deviennent chancreuses et fournissent un pus susceptible de contagion, — et cela, bien entendu, en l'absence de l'inoculation accidentelle et directe par le pus du foyer central.
Cette irradiation pathologique, locale et circonscrite, n'a point lieu toutefois sans retentir sur les ganglions voisins, reflétant à distance sur ces derniers, par l'intermédiaire du lads capillaire, les évolutions successives du chancre, la transformation plastique surtout. De là, la pléiade ganglioni^aire dure et indolente, ou parfois même la suppuration du
272 FORVES DB Là STPH1LTS.
bubon ; dans ce dernier cas, le pus reproduit le caractère virulent de Tulcération chancreuse confirmée.
L'induration n'ajoute rien au pouvoir contagieax; elle le circonscrit plutôt. Par lui-même^ ce produit de la transformation plastique paraît impropre à la contagion ; persistant après la cicatrisation du chancre, il ne transmet point la maladie. C'est le travail ulcératif qui est ici la condition da . pus virulent.
Ce chancre confirmé^ arrivé à son état de transformation parfaite, est déjàmoinsapte à lacontagion.il existe, en effet, un assez grand nombre de faits montrant que Ton échappe beaucoup plus facilement à la contagion naturelle du chancre dur qu'à celle du chancre mou. L^expérimentation confirme cette donnée clinique. M. Alfred Fournier rapporte dans sa remarquable thèse les faits suivants :
« M. le docteurPucheaeuroccasion d'inoculer trois fois avec le pus de chancre induré des sujets sains qui se prêtèrent volontairement et courageusement à cette expérience. Il a échoué trois fois.
((.... Un jeune médecin se présenta au Midi en 1857, disant avoir découvert le vaccin de la syphilis et demandant qu'on lui inoculât cette maladie. Je refusai d'abord; mais ce jeune homme insistant et paraissant d'ailleurs bien convaincu^ il fut convenu avec M. Ricord que rînoculation serait tentée publiquementy sur la demande expresse du sujet qui devait servir à l'expérience. Le pus à inoculer fut recueilli par M. Ricord sur un chancre in^k^i à la période d'augment, chancre provenant lui-même d'un chancre induré. L'inoculation fut pratiquée par M. Ouvry, externe du service, elle ne fut suivie d'aucun accident local ou générait). »
Melchior Robert cite des données expérimentales semblables par leur#conclusion.
(1) Loc, cit., p. 106.
SYPHILIS GBiVE OU COINFIBMÉE. 27 3
Peul-êlre même, le chancre de la syphilis confirmée ne perd-il, en général, le pouvoir de se reproduire par Tinoculalion artificielle sur le porteur qu'au moment où l'induration marque la phase nouvelle de la maladie.
C'est une présomption assez ancienne dans notre esprit. Ainsi nous avions entrevu, il y a vingt ans, que les ulcérations chancreuses, inoculables sur le porteur avant la transformation condylomateusCy perdaient ce pouvoir en suite de la transformation accomplie. L'observation XIII en est une preuve suffisante. M. Diday a donné, pour sa part, à cette même présomption, autant que le permettent les rares documents connus à ce sujet, une apparence de vraisemblance, peut-être même un commencement de démonstration. Ce syphilographe a cité plusieurs faits de réinoculabilité, soit artificielle, soit naturelle, du véritable chancre dur sur le sujet; — retrouvant, dans tous ces cas, une origine récente à l'ulcération génératrice du pus inoculé. En outre, s'appuyant sur l'analogie de la contagion vaccinale, il a invoqué l'autorité des observateurs les plus compétents, et ses expérimentations propres, lesquelles montrent que la réinoculabilité du fluide vaccinal, stérile à une époque plus éloignée, est encore possible avant le quatrième et le cinquième jour ; et, sans vouloir imposer cette analogie comme une preuve sans réplique de la réinoculabilité chancreuse, il se croit autorisé à lui accorder quelque crédit. Nous croyons ces présomptions fondées.
Quoi qu'il en soit, ce caractère de non-réinoculabilité du chancre induré, à la période d'état, parait très-général. Il a été reconnu, si je ne me trompe, la première fois, en 1855, par notre ami, M. Clerc, en ces termes, dans une communication à la Société de chirurgie : « Sur un malade qui porte un chancre infectant, — si on tente une inoculation
Davasse. 1 8
37 4 FOKMES D£ Li STPHIUS.
expérimentale avec son propre pus, celle inoculation doit très-souvent échouer. Eh bien, des faits déjà nombreux, recueillis par nous, — continue l'intelligent et modeste observateur, — nous autorisent à soutenir cette proposition. Lorsqu'un malade porte un chan(îre infectant depuis peu de jours, si on Tinocule à la lancette avec le pus de ce chancre, dans la très-grande majorité des cas, Tinoculation est négative... Nous avons cependant obtenu des inoculations positives... Nous pensons à présent que ces inoculations itératives seraient moins souvent négatives, si elles étaient pratiquées plus près du début du chancre infectant (1). » L'année suivante, M.H.Lée établit le même fait, en Angleterre^ sur les résultais de Texpérimentation. En 1857, MM. Ricord, A. Fournier et Poisson publièrent les résultats de leurs nombreuses expérimentations : sur 151 cas de réinoculation, deux résultats positifs furent seuls obtenus. Enfin, M. Rollet, entre tous les dualistes, déclare cet ulcère constamment et nécessairement irréinoculable au porteur.
Nous aurons à voir, en temps et heu, que l'ensemble des faits et des expérimentations ne justifie point d'une manière aussi absolue ce dogme de l'irréinoculabilité chancreuse. En tenant compte de la plupart des documents, on voit que, dans quelques circonstances plus rares, le chancre dur s'inocule spontanément et naturellement sur le malade; d'autres fois, c'est par lancette de l'expérimentateur. Ce chancre d'inoculation, inséré de nouveau sur le porteur, peut rester stérile, ou posséder encore sa capacité inoculable. En outre, la sécrétion, sans action sur le malade, peut avoir, bien entendu, son résultat ordinaire sur l'individu sain, toujours plus ou moins apte à la recevoir; et reprise sur ce dernier, transplantée de nouveau sous le derme
(1 j Clerc, Réponse au rapport de M. Gulierier, octobre 1855.
SYPHILIS GRàV£ ou COl^FIRMÉE. t75
du premier ascendant réfractaire jusque-làà son propre pus, elle est susceptible de réacquérir son ancienne propriété positive chez celui-ci.
B. Dans la période secondaire^ — le fait seul de la dénégation absolue, acharnée, opposée par des hommes de Tautorité de Hunter et de M. Ricord à Topinion traditionnelle du pouvoir contagieux de ces accidents, montre suffisamment que ce pouvoir n*a pas la même activité dans ses phénomènes^ la même universalité dans son action, la même constance dans ses résultats, que dans la période primitive de la syphilis confirmée. Si, en effet, chacune des lésions dites constitutionnelles avait en partage l'activité de l'ulcération chancreuse en matière de contagion, — d'après leur nombre, leur répétition, leur durée, combien ne dépasseraient-elles pas singulièrement ce dernier, sous le rapport des chances favorables à la transmission? Toute fin de nonrecevoir opposée à une telle évidence eût été, ce semble, fort difficile. Quel système aurait défié longtemps de semblables faits ?
Les expérimentations à l'aide desquelles a été établie sans réplique, dans ces derniers temps, la contagiosité secondaire, sont les suivantes :
Il y a déjà près de trente ans (1835) que Wallace, de Dublin, inocula le premier avec succès le pus d'une pustule psydruciée secondaire. Six mois après, il réussit une seconde fois avec le pus d'une semblable lésion.
Un assez long intervalle d'années s'était écoulé depuis cette époque, lorsque Vidal (de Cassis) reprit le premier la question à Paris en inoculant, à la fin de Tannée 1849, un malade avec le pus des pustules d*ecthyma dont ce dernier était porteur, et, trois jours après, avec le pus des pustules d'inoculation de ce malade, un sujet sain (M. Boudeville, interne en pharmacie).
En 1850, le 6 août^ Waiier (de Prague) obtient la transmission syphilitique au moyen du pus de plaques muqueuses inséré par scarification sur un enfant sain de douze ans.
A la même époque, 17 août, M. Cazenave inocule positivement sur le malade le produit d'une pustule d'ecthyma.
Ici se placent les cinq expérimentations de Wallace (de Dublin), rapportées ci-dessus (p. 231)^ pratiquées sur des sujets sains avec le pus de tubercules, de condylomes et de pustules. Il faut y joindre une inoculation sur une malade syphilitique.
En 1851, à rhôpital de Lourcine^ M. Riche t inocule une pustule d'ecthyma sur le malade même ; et M. Bouley obtient, sur une femme atteinte de syphilis tertiaire et inoculée avec le mnco-pusde plaques muqueuses étrangères, une papule lenticulaire.
Au commencement de 1852, M. Rineckcr inocule — unsujet sain avec le pus de condylomes, — et, un mois après, le docteur Warnery avec le pus de tubercules suppures.
Les quatorze inoculations pratiquées par TAnonyme du Palatinat (sur 8 hommes et 6 femmes qui acceptèrent Texpérimentation) remontent à Tannée 1856. Sur ces quatorze cas (dont il faudrait déduire les trois faits où l'inoculation fut pratiquée avec la matière provenant de l'accident primitif du premier inoculé), il y eut quatre insuccès.
Deux ans après, le 7 janvier 1859, le docteur Guyennot, de Lyon, inocule sur un enfant sain du pus de plaques muqueuses.
Peu après, le 25 janvier et le 29 juin, à Thôpital Saint-Louis, M. Auzias-Turenne réussit à donner la syphilis à deux sujets sains avec le pus de plaques muqueuses, pendant que M. Gibert inoculait un autre adulte, également indemne d'accidents syphilitiques, avec de la sérosité prise au voisinage d'une papule squammeuse du front (i).
Ces expériments de l'hôpital Saint-Louis furent le dernier tribut douloureux et regrettable que Thumanité payait, — en France du moins, — à rexpérimenlation ; ils formaient le
(1) M. Gibert a aussi inoculé l'un de ses clients, de Fhdpftal Saint- Louis, avec la lymphe sécrétée par la surface papuleuse du premier «ujet soumis à l'expérimentation par M. Auzias'-Turenne.
SYPHILIS GBAVE OU GOfIFiaMÊE. «77
dossier o£Sciei avec lequel le procès de la contagion secondaire se présentait au seuil de TAcadémie.
Depuis cette époque, nous ne connaissons que d'assez rares d'expérimentations pratiquées en Italie et en Allemagne sur des sujets sains avec le pus des lésions secondaires.
M. Galligo, de Florence, au moment même où M. Gibert instituait ses expériences académiques^ inoculait bravement sur l'avant-bras et la main] du côté droite par trois piqûres, le pus des plaques muqueuses de Tun de ses clients. Le dix-septième jour, il en résulta deux chancres indurés sur la main.
A la même époque, l'inoculation positive est obtenue par M. Baêrensprûng sur une jeune ûlle avee du pus de plaques muqueuses ulcérées*
Enfin une dernière inoculation de plaques muqueuses adonné le même résultat sur une vieille femme à M. Lindvrurm.
Tels sont les résultats offerts par la méthode expérimantaie relativement à la contagiosité des symptômes secondaires. Réunis aux observations cliniques déjà publiées par Waller, Wallace , Rinecker, Langlebert, Rollet, Gabalda, Melchior Robert, etc., etc., ils forment le dossier assez imposant de la question.
Cependant les faits acquis semblent prouver aussi que la syphilis secondaire n'est contagieuse ni dans toutes ses lésions, ni dans toute sa durée. Aussi ne voit-on figurer, au compte de la contagion, ni les affections prodromiques, ni les lésions ^rdives ; et, parmi les syphilides précoces, la roséole, la plus commune entre toutes, n'est point citée.
Les lésions contagieuses et inoculables appartiennent plus particulièrement aux éruptions d'évolution ulcérative ou sup» purative^ plaques, acné, ecthyma, tubercules ulcérés, ulcérations des muqueuses, etc. Parmi les éruptions sèches^ non suppurées, nous ne connaissons guères qu'une des deux
expériences de M. Gibert, se rapportant à une lésion squameuse du front, et encore est-il bien possible que cette lésion, — comme la plupart de ses congénères, à un moment de ses évolutions, — squameuse à la surface, recelât dans ses flancs, au milieu de la sérosité sanguinolente, quelque imperceptible globule de pus.
Nous pensons, jusqu'à plus ample informé, que la contagion secondaire suppose le plus souvent — comme condition — le travail , soit ulcératif, soit pyogénique des lésions transmissibles; et comme Texhalation du muco-pus est surtout abondante et librement étalée à la surface des plaques muqueuses, au lieu d'être séquestrée ainsi que dans Tecthvma et les tubercules, comme, en outre, ces lésions se développent ordinairement sur les confins de la phase virulente de la forme confirmée, ce sont elles qui jouissent, — relativement, — du pouvoir contagieux le plus fréquent et le plus étendu parmi les affections secondaires.
Mais le muco-pus de ces lésions n'a pas, — dans tous les cas et au même degré, — l'activité virulente propre au pus originel de l'ulcération chancreuse.
D'abord, ces lésions s'inoculent assez rarement sur le malade,— plus rarement même que le chancre déjà transformé, Et c'est à ce point que beaucoup d'expérimentateurs ont soutenu avec quelque apparence de raison que le caractère constant et universel des lésions secondaires était leur noninoculabilité. L'éminent chirurgien de l'hôpital du AJidi a pu dire : (( L'inoculation du pus des accidents secondaires sur les sujets syphilitiques est toujours stérile. Ce n'est pas par centaines, c'est par milliers qu'il faudrait compter les expériences et les insuccès. Que de lancettes a tentées cette question doctrinale ! MM. Puche et CuUerier, à Paris MM. Baumes et Diday, à Lyon, M. A. M. Reynaud, à Toulon,
SYPHILIS GBÂVE OU COISFIRHEE. 27 9
M. Lafont-Gouzi, à Toulouse, M. Thiry, à Bruxelles, et tant d'autres encore ont varié à l'inGni Tinoculation de la syphilis constitutionnelle pour arriver tous au même résultat négatif (1). j» Nous avons vu pratiquer maintes fois par M. Gullerier, et nous avons tenté, chacun de notre côté, avec A. Deville, un très-grand nombre de fois, à l'hôpital de Lourcine, l'inoculation des plaques muqueuses sur les malades atteintes de cette éruption, — et toujours non moins infructueusement.
Il faut pourtant reconnaître aujourd'hui que l'inoculation des lésions secondaires n'est point toujours stérile en plein terrain syphilitique; ainsi :
Wallace, dans l'une de ses expériences, a réussi à inoculer positivement du pus fourni par des tubercules à une femme arrivée à la période constitutionnelle.
Nous avons mentionné le fait de M. Bouley concernant une femme présentant divers accidents invétérés, gommes, nécrose, etc., qui fut inoculée avec le pus des plaques muqueuses.
M. Cazenave a vu se produire le même résultat sur un malade inoculé avec le pus d'une pustule ecthymateuse.
Vidal (de Cassis] obtint un double résultat analogue, Tun en 1849, l'autre en 1852.
Mais, encore une fois, ces faits se comptent; et leur petit nombre, en quelque sorte exceptionnel, ne fait que corroborer la règle générale de la non-auto-inoculabilité des lésions de la syphilis conGrmée.
Bien plus, l'inoculation des sujets sains eux-mêmes n'est point ici, à beaucoup prè§, aussi flagrante que dans la période primitive. Rappelons avec M. Alfred Fournier (2) :
« Que le docteur Ratier s'est fait inoculer plusieurs fois la
(1) Ricord. Leçons sur le chancre, red. par Alf. Fournier, Paris, 1860, p. 215.
(2) Ibid, p. 213.
28 0 FOnatES DE LÀ SYPHILIS.
sécrétion morbide de toutes les formes des accidents secondaires^ sans pouvoir faire naître chez lui le moindre symptôme spécial ;
Qu'en 1852, à l'hôpital de Lourcine, on a vu M. Gullerier^qui n'avait jamais eu la syphilis, s'inoculer sur Tavant-bras, untrèsgrand nombre de fois et toujours impunémerU, la siécrétion morbide d'accidents secondaires ;
Que le docteur G. Sarrhos (1) s'est inoculé sur lui-même, une trentaine de fois, les liquides provenant de plusieurs formes d'accidents secondaires, diagnostiqués tels par M. Ricord ou par ses élèves, et cela sans aucun résultat. »
La clinique ne parle pas à ce sujet moins haut que Texpérimentation. A côté des faits très-probants qui démontrent l'existence positive de la contagion secondaire, combien de sujets indemnes de tout accident syphilitique , restés vierges de la contamination après l'avoir librement et sciemment affrontée I Je pourrais citer directement, pour mon compte, bon nombre de faits concernant des femmes atteintes de plaques muqueuses en plein développement sur la sphère génitale, et dont le commerce le plus intime et le plus répété avec des personnes de l'autre sexe soumises parallèlement à mon examen, n'a jamais développé le moindre vestige de contagion syphilitique. Qu'il me soit permis d'en rapporter ici une observation (qui pourra révéler, en outre, combien parfois est difficile et délicate la conduite du médecin dans la pratique des affections vénériennes) (2).
Observation xxiv. — Syphilis confirmée commune. Début des symptômes secondaires : roséole, plaques muqueuses, etc., etc., dès les premiers jours du mariage, sur Vun des époux; cohabi^ tation prolongée et répétée sans accident contagieux pour le second»
Une jeune personne, d*esprit exalté et de constitution hysté-
(1) Thèse de Paris, 1853.
(3) Quelques circonstances, qu'il serait inutile de relater nous permettent de publier aujourd'hui cette observation.
SYPHILIS GRAVE OU COMFIfi&lÉE. 281
rique, voyait enfin ses vœux accomplis par un mariage depuis longtemps espéré, que des obstacles multipliés avaient ajourné jusque-là. Dix jours à peine s'étaient écoulés depuis que, déposant la couronne nuptiale, elle s'était envolée aux bras de son époux à X.... sa nouvelle résidence, lorsqu'une dépêche de ce dernier m'appelle incontinent. 11 me mandait, en ma qualité d'ancien médecin de la famille, pour me faire part d'un accident survenu dans le ménage à la suite des premières approches conjugales.
Je trouve Tépouse au lit^ se plaignant de fortes douleurs céphaliques, avec courbature, douleurs musculaires, fièvre, visage marbré de nuances livides. J'aperçois, au premier coup d'œil, dans le sillon des ailes du nez^ quelques granulations dont l'aspect ne laisse pas que de me paraître suspect. Portant les doigts derrière la nuque, je rencontre des ganglions durs et engorgés. Sur les épaules et la poitrine se dessine, en outre, une éruption roséolique sombre. Boutons croûteux du cuir chevelu et alopécie. Le diagnostic ne peut déjà plus être douteux. Il se confirme surtout par l'examen des organes génitaux, qui sont souillés par d'abondantes plaques muqueuses humides et suppurantes, répandues du pli génito-crural au périnée. Point de vestiges chancreux ni d'induration sous-cutanée ou ganglionnaire. La nature et la forme de la maladie se montraient à la fois par un luxe de témoignages surabondants. ^
Je n'avais point laissé échapper un seul mot révélateur du fâcheux diagnostic^ lorsque seuls, dans la pièce voisine, le mari^ rompant le silence, sans détour comme sans le moindre embarras, m'interroge sur le résultat de mon examen. Présumant en lui le vrai coupable, je déclare qu'il doit avoir prouvé avant le mariage quelque accident vénérien glissé indûment dans la communauté. Dénégation formelle de Tépoux incriminé, dont le caractère réservé et la parole sincère méritent toute confiance. Il affirme n'avoir jamais contracté aucun mal équivoque,et il se hâte de m'en donner la preuve actuelle évidente. La santé la plus franche éclate sur sa figure. D'ailleurs point de rapports prématurés. Il présume seulement que la surexcitation dés premières approches a dû occasionner cette révolution dont la santé délicate de sa femme a été seule victime.
Loin de réclamer contre cette opinion, je me hâte d'instituer un traitement plus ou moins dépuratif.
Cependant, peu de jours après, je reçois de la jeune femme les aveux les plus complets. La contagion, due à une intervention fortuite, remontait à deux mois, lorsque le mariage a eu lieu. Ellemôme ne s'était aperçue jusque-là d'aucun mal. Les plaques actuelles des organes génitaux se sont développées après la dernière menstruation, au moment même des relations légitimes. C'est dans cet état que ces relations se sont établies avec une assez grande assiduité entre les deux époux et ont persisté jusqu'ici. Inutile d'ajouter que dans le traitement dépuratif fut introduit le proto-iodure d'bydrargyre, lequel n*empêcha pas toutefois la roséole de devenir confluente et papuleuse, et l'alopécie considérable. Après cette première poussée, et malgré la persévérance du traitement, de nouvelles plaques muqueuses se répandirent encore près de Tanus, sur les amygdales^ au bord interne des lèvres. Ce ne fut qu'après six mois que les accidents disparurent sans retour.
La grossesse existait dès les premiers rapports conjugaux; elle suivit son cours jusqu'à terme (voir l'observation ci-après).
Quant à l'époux, il n'a jamais eu le moindre symptôme syphilitique, malgré ses rapports journaliers pendant une dizaine de jours avec sa femme malade. Bien plus, il ne s'est jamais douté des maux qu'il avait essuyés ni des dangers qu'il a courus.
J'ai vu encore récemment un autre fait du même genre : un individu — rentrant à Timproviste d'un long voyage et surprenant sa femme en pleine syphilis confirmée : angine, lichen, etc. , — cohabite plusieurs semaines avec cette dernière sans éprouver le moindre dommage, ni concevoir le moindre soupçon. A l'hôpital de Lourcine, les internes de garde assistent, pour ainsi dire, chaque jour, pendant le travail de Taccouchement (au moins, il en était ainsi autrefois), des femmes dont la vulve, le périnée, le pli génito-crural sont parfois doublés de plaques humides, confluentes, suppurëes; et personne que je sache n'a signalé des exemples de con-
tagion, dans ces circonstances éminement favorables. linsi qu'il arrive si facilement, comme chacun sait, aux sages-femmes et aux accoucheurs, lors de la présence des 3bancres sur ces mêmes parties. Et cependant, la plaque (nuqueuse est regardée avec raison comme le symptôme secondaire le plus apte à la contagion.
C . Il n'y a point toutefois que les exhalations puriformes des lésions secondaires aptes à la contagion syphilitique. Ces exhalations morbides sont formées aux dépens des humeurs naturelles de l'économie. Quel est, à l'égard de la transmission syphilitique, le pouvoir propre, intrinsèque, du sang qui contient surtout ces matériaux ?
Voici à cet égard les expériences connues :
a. En 1850, Waller (de Prague) inocula, par scarification, avec du sang pris chez un syphilitique, une femme et un enfant sains. Chez ce dernier, « les plaies des scarifications furent exactement nettoyées et débarrassées des caillots sanguins par le lavage ; puis le sang à inoculer fut introduit dans ces plaies, en partie à Taide d'une baguette de bois, en partie au moyen de la charpie imbibée de ce liquide.... Trente-quatre jours après Tinoculation, je remarquai (dit l'auteur) à la cuisse gauche, là où l'inoculation avait été faite, deux tubercules discrets ayant la largeur d'un pois. Les jours suivants, ils s'agrandirent, se réunirent par leur base. » La trame celluleuse sous-cutanée périphérique devint ferme, résistante, indurée, et à la surface des tubercules une ulcération semanifesta dont la base avait les dimensions d'un GBuf de pigeon, ulcération profonde, infundibuliforme, lardacée et saignant facilement.
b. Six ans après, l'Anonyme du Palatinat, sur neuf tentatives d'inoculation par le sang, réussit trois fois à développer la syphilis. Dansées trois circonstances, une large surface delà peau dépouillée de son épiderme fut mise en rapport et frictionnée avec une notable quantité de sang syphilitique. Des neuf personnes
^Sk FOBMES DE LÀ SYPHILIS.
inoculées avec le sang, ceux-là seulement, au nombre de trois, —dit le secrétaire de l'Association de médecine du Palatinat(l),— chez lesquels « une large surface abondante avait été frictionnée, » furent contagionnés.
M. Pellizari, de Florence, a publié un mémoire avec une triple observation dont nous devons donner le résumé :
c. Ce fait comprend une triple expérience tentée par M. Pellizari sur deux jeunes praticiens externes et un chirurgien interne, indemnes d'antécédents syphilitiques, avec le sang d*une femme de vingt-cinq ans^ enceinte de six mois, atteinte de plaques muqueuses génito-an aies, d'érythème confluent^ d'adénopathie ce^ vicale, de pustules du cuir chevelu.
Le 6 février 1860, on fît une saignée de la céphalique. Le sang à peine extrait, on en imbiba un plumasseau de charpie qui fut appliqué soit sur le bras, soit sur Tavant-bras des personnes ci-dessus indiquées. L'étendue de la surface destinée à Finoculation, préalablement dépouillée de son épiderme et sur laquelle on avait en outre pratiqué trois incisions transversales, fut chez tous, de 0'°,02 de haut sur 0",01 de large. Une bande maintint pendant vingt-quatre heures la charpie.
Le 3 mars, Fun des trois sujets qui avaient subi Texpérimentation, le docteur Bargioni, voit survenir au centre de la surface inoculée une petite élevure prurigineuse. Cette papule rouge, arrondie, sans induration, augmenta de façon à atteindre au bout de huit jours la dimension d'une pièce de vingt centimes, et se recouvrit d'une squame mince.
Le 14, adénopathie axillaire.
Le 19, on fait sourdre par la pression de la squame recouvrant la papule une petite quantité de sérosité purulente.
Le 21, la squame, devenue croûteuse, laisse à nu une surface ulcérée, indurée à la base.
Le 26, Tulcère s'élève, il est infundibuliforme, plus dur autour des bords, plus sécrétant, etc., etc.
Le 4 avril, taches rosées sur le torse, qui deviennent peu à peu
plus confluentes, mêlées à des papules lenticulaires, avec déve-
(1) Arch. générales de médecine^ mai 1858.
loppement plus considérable des glandes cervicales et épitrochléennes.
Le 22^ le traitement mercuriel est commencé.
II n'est point question des deux autres sujets qui, manifestement, ne furent point atteints par Tinoculation. L'auteur, — pour expliquer sans doute ce double insuccès, — dit que chez l'un d'eux — le sang qui servit à l'expérience était déjà refroidi, — et chez l'autre, presque entièrement coagulé , au moment de l'application sur le derme.
Nous empruntons au travail de M. Nodet (1) l'expérience suivante due au docteur Lindwurm :
(L II s*agit d'une cancéreuse âgée de 71 ans, injectée par la méthode sous-cutanée avec le sang pris au moyen d'iine ventouse chez une femme atteinte de syphilis confirmée. —
Quelques gouttes de sang ayant été introduites sous la peau, entre les omoplates, au moyen d'une seringue à injection souscutanée, il y eut d'abord, le quatrième jour, une rougeur locale et éphémère de la peau. Puis^ quatre semaines plus tard, papule qui s'ulcère, dont la base est dure et peu supputante. Hus tard> adénites cervicales et axillaires.
e. Enfin le docteur Lalagade, d*Albi (2)^ dans le courant de 1860, a pratiqué trois inoculations restées sans résultat, avec du sang provenant de sujets atteints de syphilis constitutionnelle (3).
Quoique ce bilan expérimental ne soit pas très-riche, on peut s'en tenir là. Il suffit à démontrer Taptitude du sang, dans la syphilis confirmée^ à transmettre la contagion, au moins dans une certaine mesure, — sur un assez petit nombre des sujets en expérience.
(1) Études théoriques et expérimentales sur les diverses espèces de chancre, etc»^ eic, Paris, 1861.
(2) Sur l'action de la vaccine chez V homme. Paris, 1861.
(3) M. Viennois s'est montré trop sévère en rejetant ces faits ; ils méritent plus de crédit.
Déjà, par les expériences anciennes, Ton savait que cette inoculation reste toujours sans résultat sur les malades. Nous voyons aujourd'hui que, s'il n'en est pas ainsi sur r homme sain, il est cependant nécessaire, pour aboutir à un résultat positif, de réunir certaines conditions toutes particulières : de larges surfaces d'insertion et des quantités notables de liquides.
Et que de précautions pour assurer ces tristes effets ! Ce n'est plus la lancette qui suffit à cet office. Les expérimentateurs se voient obligés de dépouiller la peau de son épiderme, d'employer les scarifications, d'introduire profondément, au moyen d'une baguette, d'une seringue à injectiou, ou de maintenir d\me manière prolongée^ au contact des tissus sains, le sang employé à l'opération. Ce n'est qu'en violentant la nature, ainsi placée dans des conditions complètement artificielles et anormales, que l'on parvient à forcer l'inoculation à développer ses effets. Et, en voyant — le fait de Waller où il est question de plusieurs grammes de sang versé dans des scarifications profondes et maintenu pendant plusieurs jours dans l'intérieur des plaies, — les expériences du Palatinat qui n'ont de succès qu'à des conditions à peu près semblables, — l'observation racontée par le docteur Pellizari, où, malgré le dépouillement épidermique,[les incisions de la peau et l'application d'un bandage, on n'obtient de résultat positif que sur le sujet inoculé avec du sang encore chaud, — enfin, le cas du docteur Lindwurm, employant la méthode à injection sous-cutanée, il est bien un peu permis de reconnaître, — ce que pressentait déjà si bien Melchior Robert, — dans ce mode d'insertion du sang, plutôt une sorte de transfusion locale qu'une véritable inoculation.
Tout en admettant donc, d'après ces faits, que le sang,
dans la syphilis confirmée, peut acquérir le pouvoir de transmettre la maladie, nous regarderons cependant, jusqu'à plos ample informé, ce pouvoir comme très-amoindri dans ce liquide^ — si on le compare à celui que possède le pus, non-seulement du chancre primitif, mais encore des lésions secondaires dont nous venons de parler.
D.Le /aiV d'une nourrice en pleine syphilis confirmée a-t-il — par lui-même — la propriété de transmission morbide ? U y a controverse et doute quant à la conclusion.
Le fait a été admis par les anciens, puis par Bertin, Mahon, Bell, Astruc, Doublet, récemment par Melchior Robert (1), qui a rapporté deux observations intéressantes à l'appui.
D'un autre côté, cette croyance a été repoussée par Hunter, Suediaur, Nisbett, Dugès, Qullerier, Venot, Nonat, N. Guillot, Ricord, Seux (de Marseille). L'on a allégué bon nombre de cas de nourrices syphilitiques allaitant leurs propres enfants sans leur transmettre aucun vestige de leur mal. M. Gullerier a lu à l'Académie de médecine, en 1850 (2), des observations qui montrent que de jeunes enfants ont pu, sans dommage, recevoir le sein de nourrices atteintes de lésions secondaires, non-seulement disséminées à la surface du corps, mais même localisées sur le mamelon.
Il est évident que, pour vouloir trop prouver, ces dernières observations ne prouvent rien. Les accidents secondaires du mamelon, chez les nourrices, consistent généralement en plaques muqueuses plus ou moins ulcérées, dont la contagiosité n'est plus douteuse aujourd'hui ; mais, comme nous venons de le voir, cette propriété dans les lésions se-
(1) Nouveau traité des mal, vënér, Pari8, 1861, p. 678.
(2) Bulletin de V Académie de médecine^ 1850-51,!. XVI, p. 165.
288 FORMES DE Li STPHILIS.
condaires n'a plus la même fatalité de transmission. Cette propriété pourrait s'amoindrir encore dans le lait oumanquer même souvent sans que Ton fût autorisé pour cela à regarder, dans tous les cas, ce liquide comme entièrement incapable de contagion (1).
Nous croyons toutefois, avec M. Diday, qu'il ne convient pas de se prononcer encore sur cette question. De nouveaux et plus nombreux témoignages sont nécessaires pour la résoudre scientiGquement. Mais le médecin prudent n'attendra pas ces preuves pour se résoudre d'ores et déjà dans la pratique au plus sage parti.
La même réserve étant faite, quant an fluide spermatique^ il n'existe, à notre connaissance, aucune observation sérieuse démontrant la transmissibilité de la syphilis par les autres sécrétions physiologique^ de l'économie.
E. Les exhalations morbides provenant, chez les syphilitiques, de lésions indépendantes de la syphilis, peuvent-elles transmettre cette dernière maladie? Par exemple, une vaginite blennorrhagique, accidentelle et intercurrente, chez une femme ne présentant actuellement aucun symptôme primitif et secondaire contagieux, peut-elle devenir une occasion de transmission syphilitique à son conjoint? La blenuorrhagie necommuniqueraqu'un écoulement de même
(1) Il faut distinguer, à notre avis, dans la contagion par le sein des nourrices, trois modes possibles de contamination pour les enfants à la mamelle :
1» Par le chancre mammaire provenant d'une source congénialecom' muniquée par un autre nourrisson ;
20 Par la plaque muqueuse ou toute autre lésion secondaire da sein d'origine non-congéniale ;
30 Peut-être par le lait lui-même, en dehors de toute lésion locale.
Portée au summum dans le premier cas de ces trois conditions, Tactivité du pouvoir contagieux va s'amoindrissant dans les deux suivantes.
nature, et rien de plus. Les effets de la contagion ne se transforment pas d'une espèce morbide à l'autre. Mais le pus, développé accidentellement par une plaie ou un abcès fortuits chez un syphilitique, peut-il transmettre la maladie ? M. Cullerier, sur un enfant infecté, en piquant la peau avec une lancette neuve, a pu reproduire sur ces piqûres des pustules ecthymateuses. On a vu des plaies accidentelles prendre Taspect ulcéreux. Que prouvent ces faits, sinon que, si le pus des lésions étrangères à la syphilis peut contracter le caractère transmissible dans un organisme contaminé, ce n'est qu'à la condition de Tintervention d'un foyer morbide où viennent s'élaborer les éléments aptes à cette transmission ? La lésion ecthymateuse dans un cas, ulcérative dans l'autre, constitue, pour la syphilis secondaire, cette sphère d'élaboration virulente analogue au foyer chancreux primitif.
Ainsi donc, encore unefois, dans lespériodesinoculables de la maladie, la virulence ne s'établit ou ne se développe, — au moinsdans toute son énergie, — que par il formation du pus.
Cela ne veut point dire que le sang, dans ses parties constituantes, peut-être môme les diverses humeurs coagulables de l'économie qui concourent au plasma organique, ne soient point susceptibles de recevoir et de transmettre la disposition à la contagion. Mais nous croyons que cette disposition ne s'y trouve, en quelque sorte, qu'en puissance et à l'état latent. Pour la mettre en jeu, — clans les conditions ordinaires et normales de la nature, — pour en développer les effets virtuels, pour en exalter surtout l'énergie, il faut qu'un travail morbide local féconde ces éléments et les concentre à l'état de pus.
Celte considération nous donne — peut-être — la clef du mécanisme encore si obscur de la contagion syphilitique par le vaccin.
Davasse. 1 9
290 FOaUES DE LÀ SYPHILIS.
F. Contagion par le vaccin. Dès rorigine de l'inoculalion vaccinale, un assez grand nombre d'observateurs ont mis sur son compte la transmission de la syphilis. Il existe, dans les annales de la science, des groupes remarquables de faits qui démontrent de la manière la plus positive la réalité de ce mode contagieux. Dans ce cas, le vaccin, puisé par la lancette sur un jeune sujet syphilitique, communique à la plupart des enfants inoculés simultanément la vaccine et la syphilis confirmée.
Cette importante source de contagion, mal déterminée et peu connue, a été Tobjet, en ces derniers temps, d'une étude très-intéressante de la part d'un de nos confrères distingués, M. Alexandre Viennois, de Lyon (1). Les observations qu'il a réunies mettent dans un certain jour Tévidence et les caractères de cette transmission. En voici un exemple :
u En 1821, un enfant trouvé, une petite fille de trois mois, Martha, fut vaccinée dans rintention de faire servir son vaccin à toute une commune ; un enfant fournit pour elle le liquide vaccinal. Ce dernier fut toujours bien portant. Martha parut saine, son vaccin fut très-régulier, un médecin vaccinaleur des environs s'en servit pour quarante-six enfants ; six d'entre eux eurent une éruption vaccinale très-régulière, les pustules de ces six enfants servirent à en revacciner cent autres qui n'ont jamais présenté le moindre symptôme de syphilis. Chez presque tous les autres enfants, à la place des piqûres se montrèrent des ulcères recouverts, les uns de croûtes permanentes, ou des ulcères indurés ; ces accidents arrivaient lorsque les croûtes étaient tombées. Plus tard, ulcères de la bouche et des parties sexuelles, des éruptions croûteuses du cuir chevelu, taches cuivrées, etc., etc. (2). »
{!) De la syphilis transmise par la vaccination {Arch.deméd, 1860). (*2) Loc. cit.f p. 71.
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L'un des faits les plus remarquables est celui qui donna lieu au procès du docteur Hubener.
Huit enfants de la commune de Freimfeld, en Bavière, sont vaccinés par le docteur Hûbener^ avec le vaccin d'un enfdnt né d'une fille-mère suspecte ; ce dernier^ bien portant au moment de la naissance, présentait^ quand on se servit de son vaccin, trois ou quatre pustules aux jambes, lesquelles pustules s'étendirent bientôt aux pieds et au fondement ; l'enfant ne tarda pas à languir et à succomber. Chez la plupart des enfants qui furent vaccinés, on vit se produire^ dans les points d'insertion, de petites vésicules qui se convertirent en ulcères lents à se cicatriser ; et, huit mois après l'inoculation, le médecin chargé de dresser un rapport sur leur état consigne^ à la suite des premiers accidents^ des angines^ des ulcères, des chancres phagédéniques^ des rhagades au cou, au voile du palais, aux commissures labiales, à la langue, aux bras^ aux parties génitales, des condylomes, des éruptions diverses^ papules, tubercules^ pustules, ophthalmies, ozènes^ etc., etc.
Cependant cinq enfants inoculés avec du vaccin pris à la même source que les huit premiers eurent des pustules vaccinales très-régulières, sans aucun accident suspect de syphilis.
Selon M. Al. Viennois, chaque virus accomplit son évolutien distincte. La pustule vaccinale se développe la première en son temps voulu, parce qu'elle a une incubation moins longue et une marche plus rapide ; puis^ la syphilis apparaît, au bout de quelques semaines, au point inoculé, sous la forme d'une ulcération indurée avec adénite multiple; et, à la suite, éclatent et se déroulent^ dans les délais normaux, les symptômes secondaires — sans différer des cas de la syphilis transmise par une autre voie.
M. Viennois ne s'en est pas tenu à la démonstration fort exacte de ces caractères. Il a voulu aller plus loin et soulever un coin du voile mystérieux qui nous cache le mécanisme
de cette contagion. Après avoir fait remarquer que le mélange des deux virus ne modifie pas leur résultat respectif, et, par conséquent, que Tun ne détruit pas Tautre, il absout donc complètement le fluide vaccinal qui resterait étranger à la transmission syphilitique.
Mais ici commencent des vues fort hypothétiques et, nous devons le craindre, singulièrement erronées, malgré l'assurance des afiBrmations. Aussi faut-il regretter de trouver, dans les conclusions de ce travail, de simples conjectures élevées au rang d'axiomes — au moins douteux — et pouvant exposer la pratique à de dangereuses solutions. D'après M. Viennois, lorsque le vaccin communique la syphilis, c'est qu'il contient du sang syphilitique. « La lancette du vaccinateur, — dit-il, — ne peut trouver que deux liquides sur le bras d'un sujet vacciné, le liquide vaccinal, d'abord, et, si elle dépasse la poche vaccinale, elle amène du sangj; or, le sang est contagieux... » Donc le sang est le seul agent de la transmission. Donc, «lorsqu'on recueille du vaccin sur un sujet syphilitique et qu'on inocule à un sujet sain ce même vaccin, pur et sans mélange de sang, on n'obtient pour résultat que la pustule vaccinale, sans aucune complication syphilitique prochaine ou éloignée. » — Le meilleur est pourtant de ne pas s'y fier. Et c'est aussi l'opinion de notre syphilographe, qui ajoute dans une autre conclusion : « En aucun cas, on ne doit vacciner des sujets sains avec du vaccin recueilli sur un sujet syphilitique ; car, malgré toutes les précautions et fût-on sûr de la pureté du liquide vaccinal, il sera toujours préférable d'en employer un autre. » Cette dernière proposition n'aura point de peine à rallier l'unanimité des médecins.
Cependant M. Viennois apporte -t -il un témoignage,
STPflILIS GRATE OU COfiFI&MÉE. 893
UQ seul, à Tappui de son hypothèse de la transmission syphilitique par le sang, dans Tinoculation vaccinale? Aucun. Les expériences sur lesquelles il s'appuie et que nous avons exposées ci-dessus condamnent plutôt son point de vue. L'insertion sous-épidermique du sang suffit rarement au succès de l'inoculation; et même, dans les cas peu nombreux où Ton a réussi par des procédés plus compliqués, ce n'est point dans une proportion de 40 fois sur 46 sujets, comme dans l'observation rapportée ci-dessus, mais à peine de 1 sur 3. En outre, la lancette du vaccinateur ne rencontre-t-elle que deux liquides sur le bras d'un sujet vacciné : le liquide vaccinal et le sang ? A notre compte, il y en a bien un troisième que l'on a grandement tort de dédaigner : le pus. Qu'est-ce donc que la poche vaccinale, sinon une pustule très-nettement caractérisée ? Et comment pénétrer dans cette pustule sans traverser les parois qui l'environnent de toutes parts? Et, en traversant ces parois formées en partie par l'agglomération dû pus à l'état encore plastique ou déjà croûteux, la lancette peut-elle échapper aisément à ce contact fatal ? Or, quel rôle joue ici cette poche à incubation inflammatoire, sinon celui d'une plaie, d'une piqûre, d'une pustule ecthymateuse, mettant en jeu dans un organisme syphilitique le travail virulent? Ne sait-on pas que l'influence vaccinale suffit à précipiter l'éclosion de l'aptitude syphilitique acquise ou héréditaire ? Dans ce cas, — accident et support communs de la double évolution pathologique, — le foyer de la pustule vaccinale ne peut-il pas constituer la sphère d'activité virulente de la syphilis ? Il nous semble que cette dernière opinion compte en sa faveur au moins d'aussi bonnes raisons que celle qui suppose l'intervention problématique du sang. Nous ne la donnons toutefois que comme une simple conjecture et sans autrement y tenir.
Quoi qu'il en soit, malgré Tattention scrupuleuse qui a été éveillée parmi les vaccinateurs sur cet ordre de faits depuis la publication du travail de M. Âl. Viennois, Ton a signalé de nouveaux cas de transmission syphilitique au moyen de la vaccine. Dans le service de M. Trousseau, un fait s'est rencontré, ainsi que dans celui de M. Devergie; ce dernier en a même fait l'objet d'une note lue à l'Académie de médecine (i). Une courte discussion s'en est suivie, dans laquelle M. Ricord a reconnu loyalement la réalité de cette transmission par lui longtemps niée. Peu de temps après, la même année (juin 1863), notre ancien collègue, M. Hérard, a présenté à l'Académie une petite fille âgée de deux ans, atteinte également de syphilis inoculée par la vaccine (2). M. Laroyenne, à la même époque, a observé un autre fait du même genre (3). Dans tous ces cas, ce sont les points de l'insertion qui sont les premiers affectés^ soit après la cicatrisation régulière de la pustule vaccinale, soit sous sa croûte persistante; ensuite surviennent les symptômes dits constitutionnels.
Cette voie de transmission est heureusement assez rare : ce qui confirme encore ce que nous avons dit sur l'amoindrissement contagieux de la syphilis confirmée. Bien autrement considérable, en efi'et, est la proportion des enfants nouveau-nés syphilitiques^ chez lesquels les symptômes n'éclatent qu'après les premiers mois qui suivent la naissance : de sorte qu'un certain nombre de ces jeunes sujets, vaccinés au milieu des apparences trompeuses d'une bonne santé, servent incontestablement, sans éveiller les soupçons du médecin, aux vaccinations privées ou publiques. Si le
(1) Bulletin de r Académie. 1862-63, tome XXVHI, p. 654 et suiv.
(2) Ibid., p. 1189.
(3) Gaz. méd. de Lyon, 16 juin 1864.
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sang syphilitique avait par lui-même le degré de contagiosité dont on raccuse, quels ravages redoutables dans ces mystérieuses conditions ne produirait-il pas? En tout état de cause, il sera toujours prudent de ne prendre le vaccin que sur des enfants âgés au moins de six mois.
Nous ne terminerons pas ce qui concerne la contagion par le vaccin, sans ajouter que M. le professeur A. Tardieu (1), tout en reconnaissant la transmission de la syphilis par la vaccination, regarde cette solution comme équivoque et difficile. Le savant doyen de la Faculté de Paris croit que ce problème a été très-obscurci. Notre opinion est absolument la même. Nous pensons avec lui que la doctrine lyonnaise repose sur un mécanisme dont la démonstration est loin d'être suffisante (2). Et nous ne voyons pas bien l'intérêt de M. Viennois à obscurcir, par des commentaires hypothétiques, des faits qu'il a eu le mérite de signaler à l'attention,