FOBUE HÉRÉDITAIRE PROPREMENT DITE
plusieurssequestres osseux furent éliminés. La maladie, regardée comme une tumeur blanche du genou, fut traitée, en conséquence, par les frictions^ cataplasmes, sangsues, Yésicatoires,cautères, et tous les médicaments dépuratifs en usage contre l'état scrofuleux. Ce fut, pendant neuf années^ sans aucun succès.
A Pépoque de ma première visite, les deux surfaces péri-articulaires du genou présentaient de vastes ulcérations livides, fongueuses et anfractueuses, au fond desquelles les éminences osseuses dessinaient leurs crêtes rugueuses et noirâtres, à demi détachées, baignées par une suppuration ichoreuse, fétide. Les douleurs extrêmement vives n'étaient point bornées aux parties affectées ; elles siégeaient encore dans la plupart des os longs des jambes, des cuisses et des bras ; habituelles et exacerbantes, privant la malade de repos et de sommeil. Tous ces os, d'ailleurs sans exception, présentaient à leurs extrémités un gonflement diffus, et, leur diaphyse, une incurvation plus ou moins notable; les bras étaient doublement coudés en sens inverse dans leur longueur. La colonne vertébrale et la cage thoracique offraient la déformation rachitique. Les pieds, fortement fléchis par la rétraction tendineuse et renversés en dehors ne pouvaient porter sur leur face plantaire ; les métacarpiens avient une élongation singulière, ainsi que les orteils dont l'extrémité unguéale se terminait en appendice aigu et recourbé. La peau, surtout dans ces dernières régions, offrait une nuance sale, bistrée, couverte d'écaillés. L'ensemble de ces caractères donnait aux extrémités inférieures en particulier une apparence hideuse. Au reste cette teinte empyreumatique de la peau se retrouvait, mais à un moindre degré, sur le reste du corps, qui était d'ailleurs fort amaigri... En ce moment, les parents, après l'insuccès constant des traitements ordinaires, venaient de recourir aux soins de M. le docteur Léon Simon fils. J'eus l'occasion de revoir cctle pauvre malade, à de rares et longs intervalles pendant les années suivantes, et de constater^ à ma grande surprise, une amélioration progressive très-notable. Les ulcérations des genoux se cicatrisaient, l'amaigrissement était moindre, le teint plus animé; les seins s'étaient dessinés, les règles avaient pris leur cours. Je suivais les résultats obtenus par mon confrère M. Léon Simon, que la nière de la malade
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allait toujours consulter à Paris. • • Néanmoins le caractère des douleurs répandues dans les membres, augmentées par la pression des os, et s'exacerbant la nuit, l'exiguité de la suppuration, la chronicité interminable des divers symptômes, Tabsence de tout trait caractéristique de la scrofule, me laissaient de yagues impressions sur la nature des accidents.
11 y a vingt mois, les douleurs se concentrèrent vers les fosses nasales. La racine du nez offrit bientôt de l'empâtement, un érysipèle survint qui envahit la face et le cuir chevelu, et toute la partie solide du nez s'affaissa presque aussitôt Pendant plusieurs mois, des détritus osseux et cartilagineux furent éliminés au milieu d'une sanie infecte. A la suite de cette secousse, tous les autres symptômes reparurent à l'état de recrudescence; les caries osseuses ont fait de nouveaux progrès, les ulcérations se sont élargies, Tétat hectique s'est aggravé.
L'accident survenu aux os du nez, que j'avais constaté dans l'une de mes rares visites, fortifiait singulièrement mes doutes augmentés encore par la disposition particulière des dents et surtout des incisives, lorsque, ayant eu l'occasion de rencontrer la grand-mère de la malade auprès du lit de cette dernière, je fus frappé du nasonnement de sa voix. Je demandai à inspecter la gorge. Jamais altérations tertiaires plus caractéristiques : — le palais, le voile, les piliers entièrement détruits; large communication des cavités buccale et nasale, coutures cicatricielles du pharynx, etc., etc. — Voici ce que j'appris : Cette femme, depuis longtemps veuve aujourd'hui, jusque-là bien portante et occupée aux travaux journaliers de la campagne, n'avait point tardé à devenir malade après son mariage, mais elle ignore complètement encore la nature et l'origine de son mal. Elle éprouva d'abord quelques accidents vers la peau ; mais elle ressentit surtout une violente angine qui persista longtemps et qui se termina par la destruction du palais. Elle a suivi, pendant plusieurs années, divers traitements composés de pilules^ de tisanes et d'une liqueur qui parait être la solution de Van-Sv^ieten. Le médecin de la campagne qui la soignait à cette époque est mort depuis. Guérie enfin, elle n'a plus éprouvé le moindre accident. De son mariage sont nés trois enfants qui ont toujours été bien portants. Sa fille aînée, mère de notre malade, n'a jamais eud'in-
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disposition sérieuse^ mais^ comme nous l'avons dit, ses six premiers enfants sont tous morts peu de temps après la naissance. L'on vient de voir dans quel état est la septième depuis quinze ans.
Résumant ces antécédents de famille^ — et particulièrement du côté de la jeune malade, le caractère seméiotique des lésions des genoux, des dégénérescences osseuses^ de la coloration de la peau, de la multiplicité des ostéodynies, de la carie des fosses nasales^ de la disposition des os incisifs, — il ne pouvait me rester de doute sur la nature syphilitique et l'origine héréditaire des accidents.
Je me hâtai de faire part de cette découverte à M. Léon Simon qui, après avoir effectué le voyage, et, tout bien examiné, voulut bien me faire parvenir son témoignage que je suis heureux de produire dans une circonstance où je sens le besoin d'un contrôle rigoureux. « Je me suis empressé, — nous écrivait notre confrère, — d'examiner la gorge de la grand'mère, et j'ai été stupéfait de l'étendue des désordres. 11 est évident pour moi qu'il y a un lien héréditaire positif entre la petite-ûlle et la grand'mère. Or, je ne pense pas plus que vous qu'un autre virus que celui de la syphilis ait pu mettre le palais et la gorge dans un pareil état. »
Ce lien est, en effet, bien évident. Ce qui Test moins, c'est l'intégrité de la première génération engendrée sous Pinfluence de celte contamination syphilitique irrécusable, mais aussi sous l'influence du traitement suivi par l'ascendant appréhendé par le mal. Peut-être ce traitement a-t-il eu pour effet de détourner des premières têtes le péril imminent qui est devenu ensuite, — pour tous les rejetons de Tune des branches de cette famille, — la source d'altérations si graves et de dégénérescences constitutionnelles si multipliées.
Quoi qu'il en soit de l'interprétation de ce fait, nous l'avons produit avec réserves. Mais encore, si l'observation ultérieure en confirme les données, peut-il devenir le point Davasse. 2 *
de départ d'une conquête nouvelle pour la science à peine sur le seuil de cette grande et intéressante question.