LE MAL DE LA BAIE SAINT-PAUL
Ce mal, qui a paru vers la fin du dernier siècle, au Canada, et en particulier, à la baie Saint-Pauf, est aussinoromé mal anglais, parce que les habitants prétendent qu'il a été importé d'Angleterre. On l'appelle vulgairement le gros mal, le vilainmal. On en doit la première description au docteur Bowmann, envoyé sur les lieux par le gouvernement de Québec. Déjà, en 1785^ au Canada, se trouvaient 5^800 pe^ sonnes atteintes.
La maladie se développe par la contagion qui serait, aa rapport de Swédiaur, extrêmement active. Non seulement elle se transmet par le contact immédiat, mais en outre par l'intermédiaire du linge, des vêtements, etc., etc. Aussi ses victimes sont-elles nombreuses, dans une même famille, surtout parmi les enfants, et ses ravages considérables. A plus forte raison se communique-t-elle aisément dans les rapprochements sexuels. II paraîtrait qu'elle est plus contagieuse dans les deuxième et troisième périodes que dans la première.
Le début est marqué par de petites pustules rongeantes, — soit dans l'intérieur de la bouche, soit, plus rarement, sur les organes génésiques , — suivies bientôt, dans une deuxième période, d'engorgements glandulaires de la naque, du cou, des aisselles, des aines, soit suppures, soit
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durs et indolents. £n même temps, se déclarent des douleurs erratiques, exacerbantes, la nuit, et plus tard des éruptions cutanées, par poussées successives. Dans une troisième période, il survient des topbus sur les os, des caries du palais, du nez, du crâne, des ulcérations obstinées, des mutilations profondes, la perte de la vue, de Todorat, de l'ouïe, Talopécie. Enfin, Ton a vu dés malades tomber dans Tétat cachectique avant-coureur de l'issue funeste.
Ce mal, selon Topinion générale, n'attaque qu'une fois dans la vie, ce qui est cependant, en partie, démenti par l'expérience.
La Sabine, la salsepareille, la bardane et par-dessus tout le mercure, sont les moyens thérapeutiques employés avec le plus de succès.
Nous n'avons pas ici autant de renseignements circonstanciés sur les caractères de l'éruption cutanée que pour le pian et le sibbens. Tout porte à présumer que ces caractères sont moins saillants. Mais quant à l'activité du contagium^ surtout s'il est vrai qu'elle augmente loin de s'affaiblir dans les périodes avancées de la maladie, elle n est point au-dessous des précédentes.
LA RADEZYGE.
Ce mot signifie, dans le dialecte norwégien. mal immonde.
C'est vers le commencement du dernier siècle que la radezyge fit son apparition dans les contrées Scandinaves où elle parut avoir été importée par un vaisseau russe qui était venu hiverner à Stavanger. De là, le mal se répandit en Suède, au temps de Charles XII, dans le Holstein, le Jutland^ sur les bords du golfe de Finlande, à la suite des flot-
les, des armées ou des agglomcralions ouvrières travaillant à TendiguemeDl des lagunes.
Observée d'abord, en 1758, par Honorius Bounevie, puis par les docteurs Lilie^ Hassiug, Deegen, Gron, Manger, SteefFens, Hans Munck, Suudius, Nicolaî Arbo, cette maladie a été étudiée plus récemment par le professeur Sorensen, et en dernier lieu par M. Boeck, de Christiania, quia réuni un grand nombre de documents sur la question. Nous les puisons dans le travail de M. Rollet. A Texemple de ce dernier, nous relaterons ici le résumé des symptômes de la radezyge d'après un auteur qui ne la considère point comme de nature syphilitique, le professeur Sorensen :
a Maux de tête, douleurs dans les membres, surtout pendant la nuit ; éruptions herpétiques au front, à la poitrine, sur les épaules, sur les bras, inflammation légère de la gorge.
« L'exanthème herpétique prend plus d'étendue et se trouve entouré d'un bord foncé. Il se montre, sur le visage, des plaies d'abord superficielles qui peu à peu se développent en profondeur; il vient des tubercules souscutanés qui passent à Tétat d'inflammation et de suppuration.
« L'inflammatio*n de la gorge augmente ; il y a exulcération de la luette et des amygdales, les plaies rongent et détruisent les parties mentionnées jusqu'au pharynx ; des plaies analogues se développent dans la région palatine ; les os du palais sont attaqués et détruits. Aux extrémités, il sur* vient des plaies entourées de bords d'un rouge foncé, quelquefois couvertes d'une croûte épaisse et sèche.
« Aux parties génitales, à l'anus et au périnée, il se présente des condylomes et des excroissances qui s'étendent jusqu'aux cuisses.
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0 La maladie s*atlaque à la cloison du nez qui s'ulcùrc ei se perfore; le système osseux est atteint de carie, surtout les os du nez. Sur les os longs et sur Tos frontal, il se présente des tophus et des exostoses qui se changent bientôt en carie.
« La cause première de la maladie est inconnue ; on sait seulement qu*il se développe un contagium qui se communique par la salive, la sueur et Tichor, au moyen de couteaux, de cuillers et d'habits, ainsi que par le contact.
a Le mercure est le premier et le plus important de tous les remèdes (1).»
Aujourd'hui, cette endémie semble avoir disparu des contrées où elle fit tout d'abord^ dans la deuxième moitié du dernier siècle, d'assez grands ravages.
LA FACALDINA.
On a désigné sous ce nom un mal contagieux importé en 1786, àFacaIdo, village dans la province de Bellune, limitrophe du Tyrol.
Ozanam, d'après des données empruntées au docteur Zecchinelli, esquisse à grands traits, de la manière suivante, les caractères de la maladie, après avoir parlé des croyances populaires sur son origine : « Cette maladie s*est propagée par les alliances dans plusieurs familles. En voici les symptômes : Éruption scabieuse de nature syphilitique très-intense, qui attaque nou'^seulement les adultes, mais même les enfants, excepté que chez ceux-ci, au lieu de former des ulcères sur les parties génitales, elle en produit dans la gorge et dans les fosses nasales, qui sont corrodées et dé-
(1) Boeck^ Traité de la radezyge. Paris et Christiania, 1860. (Kollet, ^oc. aï. i p. 282.)
truites, ainsi que le nez entier. Il paraît aussi sur la surface des ulcères très-rebelles^ des dartres serpigineuses se manifestant aux bras, au cou et aux épaules; si elles disparaissent d'un côte, elles s'étendent de l'autre sur une grande superficie ; il y a rarement des douleurs ostéocopes et des tumeurs gommeuses, et presque jamais des exosloses. Plusieurs adultes ont eu une blennorrbagie, des ulcères aux parties génitales, des bubons et plusieurs espèces d'excroissances syphilitiques; des malades meurent de consomption, d'autres au milieu d'effroyables souffrances.
(t Cette maladie paraît perdrede son intensité, et fait beaucoup moins de ravages par les mesures sanitaires qu'on a prises.
((Le docteur Zecchinelli vit à Facaldo dix-neuf personnes atteintes de cette maladie^ à laquelle il donne trois origines différentes : 1° Tacte vénérien, qui la dévoile par des affections aux parties génitales ; 2^ le contact de la peau^ qui se couvre d'une espèce de gale; 3° la voie héréditaire.
« Le traitement mercuriel est le seul qui réussisse pour guérir la maladie. Elle a régné aussi pendant deux ans dans les villages tyroliens de Fassa et de Manzon, mais elle y est éteinte depuis 1814. »
L'affection scabieuse très-intense est signalée, comme od voit^ par le savant auteur du Traité des épidémies^ comme un caractère important, ainsi que la gravité de la plupart des autres symptômes évidemment supérieure à celle de la syphilis sporadique dans la grande majorité des cas.
L'affection suivante n'est sans doute que le même mal qui s'est manifesté dans les provinces illyriennes, à l'époque où le premier sévissait dans le Tyrol.
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LB SCKERUEVO.
Le sckerljevo, ou mal de FiumeySi paru au commencement de ce siècle, à Sckerljevo, village de la province de Piume sur l'Adriatique. Il a été décrit par le docteur Cambieri, et plus lard par Bagneries, médecin en chef de l'armée française en Illyrie, Frank, et récemment (1855) par M. Sigmund, de Vienne. C'est avec ces renseignements, et d'après les Conclusions adressées à la Société de médecine par notre compatriote, sur ce mal contagieux, que nous pouvons établir le résumé qui suit.
L'importation paraît remonter vers l'année 1790, mais il n'y a que des conjectures à ce sujet.
Il semble que le sckerljevo n'a point de phénomènes primitifs, car la première période, après les prodromes, est constituée par des éruptions papuleuses, pustuleuses, squammeuses; cependant il est question « d'exulcérations aux parties génitales, plutôt chez les femmes que chez les hommes, s
Des douleurs ostéocopes et articulaires, s'exacerbant la nuit, ouvrent la scène. Puis se manifestent la dysphonieet la dyspbagie. De petites pustules aphtheuses couvrent l'isthme du gosier, dégénérant en ulcères qui détruisent la luette, les amygdales et parfois une plus ou moins grande étendue de la bouche et môme du nez, dont les os se carient en laissant écouler une matière infecte.
Les malades qui n'ont pas d'ulcères dans la bouche voient survenir, immédiatement après les prodromes, une éruption de pustules arrondies, cuivrées, au cuir chevelu, derrière les oreilles, à l'anus, aux environs des parties génitales, à la partie interne des cuisses^ des jambes, des bras i)AVA88B. a«
et sur le veDtre. Ces pustules, très-variées, d'ailleurs, de dimension, de forme, etc., etc., persistent, en général, assez longtemps^ quelquefois plus d'une année. Dans leurs inter* valles^ couverts d'une rougeur érysipélateuse, s'élèvent des tubercules t qui suppurent lentement ou qui rendent ion ichor qui se condense en grosses croûtes. » Sur ces taches, ces pustules et ces tubercules, se développent des fongosités analogues à des excroissances framboisées, suivies d'ulcères rongeants qui mutilent les parties molles^ deviennent serpigineux , a se dilatent énormément et prér sentent un aspect hideux, » carient les os voisins, laissant à leur suite des stigmates profonds et livides. « On en a vu corroder le gras des jambes et les os du pied avec une odeur affreuse. On observe encore des condylomes, des stapbylomes, des poireaux, la couronne ou le chapelet de saint Corne, la tuméfaction énorme du scrotum, etc., etc. 9
Ce mal dure souvent plusieurs années; il n'est pas mortel. Quelques malades ont guéri spontanément après deux ou trois ans. a L'exercice et une vie active paraissent salutaires aux infirmes, b L'usage des végétaux est insuffisant comme méthode curative ; il faut en venir aux préparations mercurielles et surtout au sublimé corrosif.
Dans le rapport à la Société de médecine, il est dit que le sckerljevo est « une maladie contagieuse par toutes sortes de contacts. » D'après Gambieri, (( ce virus se contracte par l'attouchement, par l'usage commun des ustensiles et des habits, par l'haleine, et en couchant avec les malades. Il n'épargne ni âge ni sexe, mais il paraît que ceux qui ont été radicalement guéris ne contractent pas la maladie une seconde fois ; cependant, cette remarque n'est pas appuyée d'un assez grand nombre de faits pour mériter toute croyance.
FORMES £NOÉHO-£PIOÉIIIQU£S. 40S
Les nourrices communiqueut facilement la maladie aux enfants par rallaitement(i). o
Le sckerljevo a fait d'horribles ravages dans les provinces de Fiume, de Buccari^ de Viccodol et de Fuccini, au point d'attaquer le cinquième ou le quart de la population. La malignité de sa contagion n'a donc point laissé que d'être fort considérable. Depuis cette époque, et grâce aux mesures prises, Tendémie tend à disparaître.
Notons enfin, à côté de la contagiosité, TaSection grave de la peau avec ses pustules sordides et ses excroissances framboisées.
C'est sans doute encore la facaldina ou le sckerljevo ouïe sibbens que nous retrouvons, en Moravie et en France, sous les noms de maladie de Brunn et de mal de Chavanne-Lure^ dont nous dirons aussi quelques mots.
MALADIE DE BRUMN.
Développée en 1578, et étudiée à cette époque par Thomas Jordan, puis par J. Sporiscb, en i588, cette maladie^ dans l'espace de deux à trois mois, attaqua cent quatrevingt personnes dans la ville ou les faubourgs de Brunn^ en Moravie, sans compter bon nombre de gens de la campagne.
Les premiers qui en furent atteints avaient été ventouses aux bains de la ville (que fréquentaient des vénériens). Les stigmates du nouveau mal se montrèrent sur les parties où l'on avait appliqué les ventouses : c'étaient des abcès de mauvaise nature dégénérant en ulcères sanieux, environnés de pustules d'où s'écoulait une humeur variable, séreuse ou purulente. Toute la surface du derme comprise dans la
(DOzanam, Histoire médicale des maladies épidémiqties. Paris, 183 , U IV, p. 282.
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circonférence de ia ventouse tombait en pourriture, laissant à la place un ulcère phagédénique.
Ces premiers symptômes étaient d'ailleurs précédés euxmêmes de phénomènes dynamiques, tels que lassitude inaccoutumée, engourdissement général, visage pâle, esprit triste, yeux cernés^ front voilé. Les malades a avaient Tair d'ombres errantes, v
Aux symptômes primitifs succédait une éruption formidable a de pustules qui rendaient le visage et le corps difformes et horribles. » Elles faisaient saillie au-dessus du niveau de la peau, se couvrant de croûtes, laissant transsuder un Uquide gras, muqueux, au-dessous desquelles persistaient des taches noires.
a Dans les progrès de la maladie, il survenait à la tête des cal,losités qui s'ouvraient avec douleur et qui rendaient une humeur melliforme, visqueuse et tenace comme la térébenthine. Vrais ulcères sordides qui, après s'être détergés difficilement, se fermaient pour faire place à d'autres accidents. Alors survenaient des douleurs ostéocopes très-aiguës aux bras, aux épaules, aux cuisses, aux jambes, aux pieds, mais surtout au tibia... Plus de repos, plaintes, cris, gémissements continuels. Les douleurs s'exaspéraient la nuit ; il y avait prostration des forces^ stupidité et même aberration mentale ; une humeur purulente et fétide distillait des narines; l'appétit se perdait, et les malades, plongés dans la mélancocolie, recherchaient la solitude, s
MALADIE DE CHAVA^NE-LtJRE.
La relation en a été donnée par M. Flamand, en 1829. La maladie paraît avoir été importée par des Autrichiens lors de la deuxième invasion. Le premier individu qui la
F0BHE8 ENDÉHO-ÉPIOÉmQOES. 405
communiqua dans la commune de Ghavanne, après avoir été retenu pendant trois jours dans un corps de garde autrichien à Montbéliard, prétendit l'avoir gagnée en buvant dans le même vase, et immédiatement après un soldat de cette nation, qui avait aux lèvres les vestiges de la même maladie. Rentré chez lui peu de temps après, le villageois de Chavanne transmit le mai à ses trois enfants en bas âge, tandis que sa femme, avec laquelle il cohabitait, fut la seule personne de sa famille non infectée par lui. La contagion se répandit avec une grande rapidité dans les familles voisines surtout par l'intermédiaire des ustensiles qui servaient à prendre en commun la nourriture.
Suivant M. Flamand, la maladie a débute par un sentiment de faiblesse générale, suivi de douleurs plus ou moins vives dans les membres^ qui augmentent pendant la nuit, et que les malades comparent à celles du rhumatisme. Ces douleurs durent depuis 15 jours jusqu'à 4 ou 5 mois, et parcourent successivement chez quelques-uns les articula^ tions. Ensuite, un engorgement inflammatoire se manifeste aux lèvres, qui se couvrent intérieurement d'aphthes blanchâtres et qui se gercent, acquérant le double ou même le triple de leur volume ordinaire. Bientôt Tinflammation se manifeste à la gorge ; elle envahit la luette, les amygdales et le voile du palais, et il en résulte une extinction de voix, qui, chez quelques individus, est portée jusqu'à l'aphonie. Aussitôt que les symptômes inflammatoires se manifestent, la douleur dans les membres diminue, et elle cesse même entièrement à mesure que les premiers prennent de l'intensité. Chez certaines personnes, il se fait une éruption pustuleuse sur toute la surface du corps, mais plus particulièrement à la tête. Les pustules étaient accompagnées d'une douleur prurigineuse intolérable^ qui cependant cessait avec
l'écoulement du pus formé dans les boutons. Ceux-H étaient assez gros et d'un rouge livide ; ils laissaient à la peau des macules dont les traces se voyaient encore longtemps après. . . Cette seconde période a duré plusieurs mois et même une année. Chez les deux tiers des individus qui en ont été atteints, la maladie me parait s'être guérie spontanément; les autres en conservaient encore plusieurs symptômes. Jusqu'à présent elle n'a été funeste à personne (i). »
L'auteur n'hésite point à identifier cette afifection avec le sckerljevo qu'il envisage d'ailleurs comme une modification de la syphilis.
Nous laissons de côté d'autres affections, telles que le mal d*Amboyne^ le mal du Soudan^ X^bouton d*Alep^ etc., etc., sur lesquelles nous n'avons que des renseignements incomplets qui ne permettent pas d'en préjuger la nature et surtout de les rattacher formellement à la syphilis.
Il nous reste, pour terminer^ à dire quelques mots de la lèpre kabyle et du mal framboise des Chinois.
LE MAL KABYLR.
L'une des formes les plus graves de la syphilis en Kabylie s'est présentée à nos chirurgiens militaires sous l'aspect d'une éruption scabieuse si intense, que l'un d'eux, M. Jules Arnould, a désigné cette forme cutanée sous le nom de Lèpre kabyle (2). M. le docteur Vincent ajoute que Cambieri, en décrivant les affreux ravages du sckerljevo, a a figuré, presque trait pour trait, dans sonrap-
(1) Cité d'après M. Rollet, Recherches sur plusieurs maladies de la peau rares ou exotiques quil convient de rattacher à la syphilis {Archives de médecine 1861).
(2) Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 3« série tome VII.
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port, la syphilis des Kabyles. Cette ressemblance est frappante et ne peut laisser aucun doute sur l'identité de nature des deux maladies. Aussi la remarque faite par le médecin italien, sur la transmission non sexuelle du mal de Fiume, nous semble-t-elle confirmer pleinement, par son exagération même, notre manière de voir touchant le mode le plus habituel de la propagation de la syphilis chez nos indigènes, savoir : la contagion par les produits reconnus inoculables de la syphilis constitutionnelle, s'opérant par diverses voies, et surtout par la bouche qui s'infecte au contact de vases et objets servant à un usage commun (1). »
TANG-MET-TCHOANG.
(Ulcère en forme de framboise.)
Enfin nous retrouvons en Chine la môme forme que nous venons de rencontrer sous diverses latitudes. Le lecteur la reconnaîtra sans peine dans la description suivante que nous empruntons au livre récent du capitaine Dabry :
(( On distingue sous ce nom (Yang-mey-tchoang) divers accidents vénériens caractérisés par Téruption de pustules de forme semblable à celle de la framboise {yang^mey). Cette affection est très-contagieuse et peut se communiquer sans t qu'il y ait coït infectant. Elle apparaît quelquefois en môme temps qu'un chancre se montre sur la verge ou dans le vagin. Les prodromes sont : fièvre, douleurs dans tous les membres, urine coulant goutte à goutte. Ces prodromes sont suivis de l'éruption de petits boutons rouge obscur aux aines ; ces boutons gagnent peu à peu les cuisses, les aisselles, le bas des reins, et enfin envahissent tout le corps. D'abord d'une dimension assez petite, ils augmentent in-
(1) Vincent, Exposé ciiniq. des malad, des Kabyles, Paris^ 1862.
sensiblement, et se couvrent soit d'écaillés, soit de croûtes noirâtres ; réunis par groupes à peu de distance Tun de Tautre^ils prennent la forme d'une framboise; la peau est dure entre ces deux tumeurs; dans chaque groupe, où dis* tingue une tumeur plus grosse que les autres^ d'où coule souvent une matière séreuse et fétide formant des croûtes.
u Quelquefois cette affection se déclare après la guérison imparfaite d'un accident vénérien : elle s'annonce par un prurit général, des douleurs dans les os, de petites taches rouge cuivré, disséminées par groupes de quatre, cinq ou six et séparées par un petit intervalle. Ces taches augmentent progressivement de largeur et d'élévation, et finissent par se réunir; chacune d'elles est entourée d'une auréole rouge qui disparaît lorsque les taches sont réunies ; un autre cercle entoure alors les groupes ; dans chaque groupe «une des pustules domine encore les autres; en cas d'ulcération, il coule un fluide jaune, séreux et fétide; et le malade ressent une douleur très- vive.
(( Dans le cas où cette affection serait communiquée par un contact autre que celui d'un coït infectant, elle se déclarera par des démangeaisons, de petites taches blanches sur tout le corps, et en plus grande quantité sur le front; au bout de quelques jours, les taches augmentent et se couvrent de croûtes noirâtres; quelquefois des ulcérations se forment (i). »
Caractères communs.
Quant aux diverses endémo-épidémies que nous venons de passer en revue^ identiques par leur nature avec la syphilis, elles se rapprochent, en particulier, par leurs princi-
(1) p. Dabry, La Médecine chez les Chinois, p. IG3. Paris, 18C3.
FORMES ENDÉMO-ÉPIDÉUIQUES. 4 09
paux caractères, des accidents coDgéniaux aigus, et reièveDt surtout de la forme épidémique originelle. Toutes ensemble, d'ailleurs, peuvent être rapportées à un même type, sauf quelques nuances spéciales à chaque individualité endémique, la radezyge, par exemple. Il est vraisemblable que les diverses conditions de climat, de race^ d'habitudes, etc., manifestent leur influence par des modifications plus ou moins notables dans la physionomie des symptômes. La radezyge, par exemple, n'a pas absolument les caractères extérieurs du pian ou du sibbens. Et néanmoins , parmi les médecins les plus compétents, HansMunk, — qui soignait à Stavanger les malades dans un hôpital affecté spécialement à la radezyge, — proposait de donner l'ancien nom de l'endémie écossaise au nouveau mal norv^égien. C'est qu'en effet, malgré quelques variations extérieures des symptômes, toutes ces affections appartiennent par leurs caractères propres à une même essence morbide.
Cette forme de la syphilis, — si singulièrement campée dans quelques foyers endémiques, — présente des attributs communs qui en constituent la raison d'être et l'originalité. On peut résumer ces attributs de la manière suivante :
1° Sous le rapport des évolutions^ le début peut se manifester d'emblée par les phénomènes généraux. Pendant que, dans nos climats, les symptômes primitifs occupent une place importante dans la genèse des accidents de la forme confirmée, — ainsi que le prouvent toutes les préoccupations séméiotiques si minutieuses à l'égard du chancre, — ces phénomènes, dans la forme endémique^ sont insignifiants ou même font défaut. Les médecins anglais et français, dans les colonies, notent à l'unisson que l'invasion du pian a lieu par les symptômes cutanés et l'affection générale du tégument. Bien plus, l'inoculation de la matière pianique, d'après