‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 39 sur 57 · DISTINCTION DES ACCIDENTS VÉNÉRIENS · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES ACCIDENTS VÉNÉRIENS

Le système des identistes repose sur une base doublement erronée.

Selon ce système, 1** les accidents d'origine vénérienne ont pour point de départ un même virus syphilitique ;

2* La diversité de ces accidents est due uniquement à la diversité des idiosyncrasies.

Rappelons que, par accidents vénériens, il faut entendre particulièrement trois catégories essentielles d'affections contagieuses : la blennorrhagiey la sycose ou les végétations, et la syphilis.

Les considérations historiques, exposées dans la première partie de ce travail, nous permettront d'exposer très-brièvement la question, qui ne compte plus guère d'ailleurs de nombreux contondants.

§ 1. — lia blennorrhftgie nVst point une affection

syphilitique.

Prise à la lettre, la dénomination de blennorrhagie implique confusion i elle indique un écoulement de matière

416 UNITÉ DE Li SYPHILIS.

muqueuse. La blennorrhagie n'est pas, à proprement parler, un écoulement, et surtout cet écoulement n'est pas muqueux. Or, ceci n'est pas une querelle de mots. Rien n'csl plus propre à perpétuer les malentendus que les termes mal définis. Et la meilleure preuve^ c'est la confusion inextricable que Torganicisme a introduite dans la question en identifiant avec la blennorrhagie tout écoulement du canal de l'urêthre ou du vagin : confusion qui ouvre la porte aux erreurs les plus manifestes quant à l'identité de leur pouvoir contagieux (1). Il convient donc d'établir^ en quelques mots, la difierence des caractères qui distinguent la maladie blennorrhagie du symptôme écoulement.

— L'écoulement muqueux, muco-purulentou purulent des organes génitaux ou du canal de Turèthre, est un symptôme, non une maladie, et, comme tel, il relève de diverses sources morbides :

1** Résultat d'un contact traumatique ou irritant, il prqvient d'une lésion directe : du pus leucorrhéique, des sécrétions de la balano-posthite, de l'application d'une substance corrosive, d'une injection caustique, de l'usage des sondes, de certaines manœuvres mécaniques, prématurées ou coupables, des efforts violents ou des excès répétés de coït, etc.

2® Phénomène pathogénétique ou toxique^ on le voit survenir à la suite de l'ingestion de certaines boissons, de la bière, en particulier, de l'administration des cantharides, de la térébenthine, du copahu, du poivre cubèbe, du piment, de la résine de gayac, du thuja.

(1) Ce sont les errements d'ane doctrine fausse — dans ses applications comme dans ses principes — qui ont conduit les organiciens à cette confusion dont les meilleurs esprits (M. Ricord en particulier), n'ont pas toujours su se défendre. L'instinct populaire, — parfois si mervelUeux, — a conservé plus fidèlement la notion de l'essenUalité de la blennorrhagie dans son langage accentué qui ne prête au moins à aucun malentendu.

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3** Symptôme morbide. Il se manifeste chez les jeunes enfants, les petites filles surtout, au moment du sevrage, à l'époque de la dentition; sous rinfluence des vers intestinaux; plus tard, à Tâge critique; chez les goutteux et les sçrofuleux des deux sexes; particulièrement chez les hommes hémorrhoïdaires et les tabescents, et chez les femmes chlorotiques ou hystériques, etc.

Dans ces dernières circonstances, Técoulement symptomatique des organes génitaux est un phénomène morbide accidentel apparaissant sous l'influence, soit des différentes périodes climatériques de la vie, soit des diverses modifications diathésiques de la constitution. La matière qui le constitue se rapproche davantage du mucus que du pus (i) ; il a peu de durée, point d'incubation; nulle gravité. Il n'est point contagieux.

Expliquons-nous. Le contact du muco-pus de certaines leucorrhées chez les femmes, ou de certaines balano-posthites chez les hommes, n'est point toujours inoffensif pour la muqueuse uréthrale ou vaginale du sexe opposé. Ainsi Ton voit le pus otorrhéique le plus simple suivi parfois d'accidents, d'après l'observation de notre savant collègue le docteur Triquet, lorsque ce pus est introduit dans le conduit auditif des sujets sains. On comprend donc que des exhalations puriformes, non contjigieuses par elles-mêmes, déposées sur la muqueuse saine de Turèthre, puissent jouer, dans une certaine mesure, le rôle d'une application irritantC; et reproduire à un moindre degré les résultats inflammatoires obtenus sur lui-même par Swediaur, au moyen d'une injection ammoniacale. Mais cette transmission for-

(1) Sauf dans les cas d'une lésion traumatique plus ou moins intense telle que l'injection avec une solution concentrée d'alcali volatil caustique^ comme dans l'expérience tentée sur lui-même par Swediaur.

Oavassb. 2 7

418 OmiTÉ D£ LA SYPHILIS.

tuile et accidentelle ne sera pas le fait essentiel et le trait caractéristique de la maladie ; elle ne se produira que sur les sujets fortement prédisposés, ou à la suite d'un traumatisme intense. Et à son tour, à moins de circonstances particulières, d'un individu à Tautre, elle ne se perpétuera point.

Ces accidents ne sont donc pas véritablement co9t^gieux et surtout virulents. Ils ne reproduisant pas nécessfdremeDt le mal d'oU ils dérivent. Rien de plus.çomiQun, chez les femmes les plus saines, que le catarrhe utédn; rien de plu» rare et de plus insolite, dai^s les paisibles et honnêtes ménages, que la véritable blepnorrhagie (i). En outre, la marche de ces écoulements symptomatiques reste subordonnée à l'énergie de la cause externe, ou à Timpulsion de la prédisposition interne dont .ils sont l'expression. Leur pronostic et leur traitement restent affectés à chacune de ces indications. Enfin, pendant leur cours, Ton ne voit jamais apparaître les affections consécutive^^ apanage exclusif de la blennorrhagie. ^ .

Parmi les écoulements morbides, il en est qui appartiennent plus particulièrement aux a^ections vénériennes : à la blennorrhagie, aux végétations et à la syphilis. Que des excroissances purepaent épigéniques, que des chancres ou simples, ou. phagédéniques, ou indurés, que des plaques muqueuses, des tubercules, d^s ulcérations seqondsûres se développent au col de rutéruft, sur les parois du vagin, dans le canal de l'urôthre même, il en résultera des écoulements variés, sycojsiques o^ syphilitiques. Mais tous ces écoulements symptpmatiques diffèrent, par leur nature, de Técoulement blennorrhagique essentiel.

La syphilis peut donc occasionner un écoulement uré-

(1) C'est ce que nous afèrmons énergiquement à Veneontre des enseignemonts pontraiies professés pactes OFganicieDS. »

DISTINCTIOIf DES ACCIDENTS VÉINÉBIEIKS. 419

thral; mais elle n'engendre pas la blennorrhagie. Cette dernière constitue une maladie par elle-même indépendante de toutes les affections précédentes, dont elle se distingue par Tensemble de ses attributs ; elle n'a de commun avec elles que le symptôme écoulement auquel elle imprime d'ailleurs un cachet original, une contagiosité particulière. Ces distinctions importantes jettent, ce nous semble, un jour satisfaisant sur les conditions si obscures, si diversement et généralement si mai interprétées de la contagion blcnnorrhagique, et nous permettent de constituer nette^ ment Tessence de la maladie : tâche fort di£5cile avec les errements accrédités à ce sujet.

Si donc l'on compare, dans l'ensemble de leurs caractères, la blennorrhagie, en particulier, et la syphilis, tout démontre leur essentialité distincte.

La première a pour caractère dominant un écoulement muco-purulent contagieux, — siégeant sur le canal de l'urèthre, plus souvent sur les parois du vagin et le col de Tutérus chez la femme, — produit par une inflammation spéciale de ces parties. Elle peut avoir pour résultats plus ou moins fréquents, prochains ou éloignés, soit par propagation du travail inflammatoire, soit par déviation métastatique : la cystite, Vengorgetàmt du cordon et de Vépididyme^ V inflammation de l'utérus Qi des ovaires, et, dans des cas rares, celle des reins et du péritoine. Elle provoque, — le plus souvent par le contact du pus souillé sur les yeux, — une inflammation redoutable, l'opAMa/mt^ purulente. En outre, elle peut engendrer, pendant son cours ou à sa suite, une affection articulaire, siégeant principalement sur le genou, la jointure tibio-tarsîenne, plus rarement sur les petites articulations, avec épanchement synovial. Enfin, elle est fré-

42 0 O^ITB DE Li SIPaiLlS.

quemmcDt suivie, à plus ou moins longue échéance, de rétrécissemenfs du canal deFurélbreou de diverses complications spéciales dans les voies afférentes de l'appareil urinaire.

Tous ces symptômes, considérés soit dans leurs détails, soit surtout dans leur ensemble, n'ont aucune similitude avec ceux de la syphilis.

Avec l'écoulement fortuit, le caractère plus essentiel qui rapproche celle-ci ot la blcnnorrhagie est le pouvoir contagieux par le commerce vénérien. Mais, môme sous ce rapport^ entre les deux maladies que de différences ! Ce n'est point, en effet, par le degré, — comme dans les diverses formes de la syphilis, — mais par sa nature que ce pouvoir contagieux diffère. — Quelle que soit son activité dans la blcnnorrhagie, il reste exclusivement affecté à une sphère assez restreinte de l'économie. Toute la peau, une grande partie du tégument interne, la bouche, en particulier, restent inaccessibles à la contamination. Chez l'homme le double feuillet du gland et du prépuce, si directement exposé à la souillure de la matière blennorrhagique, en porte rarement l'atteinte; c'est l'urèthre, qui souffre seul de ce contact. Au contraire, chez la femme, ce canal est beaucoup moins fréquemment exposé, pendant que l'ondée inflammatoire gagne surtout les parties profondes du vagin. Dans ces deux cas, la contagion reste parquée à ces étroites limites, si l'on excepte l'aptitude de la conjonctive à cette impression.— En outre^ après la cessation de l'écoulement, la contagion de la blcnnorrhagie a des retours fréquents et habituels qui lui sont assez particuliers. Sous l'influence du moindre écart de régime et sans nouveilesouillure, le mal se manifeste de nouveau; et cette répétition, — comme nous en avons vu, sur les fiimmes, plus d un exemple^ — peut durer des années. Il sufiBt parfois du simple molimen bémorrha-

DISTINCTION DES AGCIDEriTS VÉNÉfilENS. 4%1

gique opéré par la fluxion menstruelle pour réveiller périodiquement Tactivîté de la contagion. L'excitation génitale provoquée par un nouvel agresseur au congrès vénérien peut faire reparaître aussi, pour quelques moments, le pouvoir transmissible. Rien de plus banal, dans la fréquentation d'un certain monde où pullulent ces accidents, que ces particularités qui semblent fort embarrassantes au premier abord, mais dont une observation suivie ne manque pas de donner la clef à un praticien attentif (i). — Enfin, le contact seul, sur une muqueuse dotée de l'aptitude morbide, suffit à la transmission; et, au contraire, l'inoculation sousdermique ou sous-épitbéliale reste sans effets.

Mais le caractère le plus décisif de la contagion comparée dans ces deux maladies, c'est qu'elle ne s'échange point. Jamais la blennorrhagie ne donne la syphilis et réciproquement. C'est la conclusion la plus positive de toutes les observations présentées par Balfour, Tode, B. Bell^ Bosquillon, Hernandez et l'école du Midi.

La coexistence fréquente, sur le même sujet, des deux affections, dont l'une est très-apparente, et dont l'autre peut rester, dans sa manifestation initiale, plus ou moins inaperçue, — et, par-dessus tout, la démonstration du chancre larvé de l'urèthre, affirmée par Pallope, admise par Hernandez, triomphalement établie par M. Ricord, — répondent complètement à l'objection présentée au nom de quelques faits touchant l'échange prétendu de la transmission entre la syphilis et la blennorrhagie.

(1 ) 11 y aurait bien d'autres conséquences pratiques intéressantes à déduire ici. L'ophthalmie purulente des nouveau-nés, par exemple,— cette aiïéction si grave qui compromet et souvent détruit à jamais, en peu de jours, l'organe delà vision, —a très- fréquemment pour cause,d'aprè8 nos observations, une blennorrhagie récente ou ancienne, et pat fuis larvée chez les ascendants, la mère en partlcnlier.

Ces faits, regardés d'ailleurs comme exceplionnels par tous les observateurs, étaient l'objet d'interprétations singulières. Pour expliquer comment le virus syphilitique peut produire la blennorrhagie, — Hunier avait recours à la différence des tissus exposés au contact du virus, — Hufeland, à [état d'incarcération ou de liberté de ce même virus dans sa coque muqueuse, — Swediaur^ à une différence d'intensité dans Taction virulente, — Th. Rose, avec le plus grand nombre, aux idiosyncrasies : — toutes interprétations gratuites qui tombent devant ce double fait expérimental se répétant toujours avec une régularité accablante, en dépit de la diversité des idiosyncrasies et des tissus; et ce double fait est celui-ci : 1** chaque fois que le pus de chancre a été porté sur la muqueuse uréthrale des sujets sains, il n'a jamais développé la blennorrhagie; 2® chaque fois qu'un écoulement blennorrhagique, exempt de chancre (ce dont il est aisé de s'assurer chez la femme), a été inoculé ou transmis à un autre sujet, jamais, à la suite, il n'est survenu d'ulcère ou de lésion syphilitique.

Ainsi, la blennorrhagie et la syphilis, distinctes par leurs caractères objectifs, ne di£fèrent pas moins dans le mode, les conditions et les effets de leur contagion, et ne sauraient se transmettre mutuellement : maladies essentiellement indépendantes, la première n'est point en conséquence une forme de la seconde.

§ 2. -~ I^es TéipétatioiM ne sont pas une forme de la

syphilis.

Il faudrait établir pour les végétations les mêmes distinctions que pour la blennorrhagie. En effet, il y a des végétations symptomatiques, c'est-à-dire blennorrhagiqucs.

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chancreuses , condylomateusès , dartreuses , cancéreuses, etc., etc., et des végétations essentielles ou sycosiques. Ces dernières seules doivent nous occuper ici.

La sycose a une étiologie assez complexe : contagieuse, elle a cependant besoin de prédispositions plus ou moins accusées. Ces prédispositions tiennent à certaines conditions organiques^ telles que le phymosis chez les hommes, ou à certains états physiologiques, tels que la grossesse chez les femmes. Dans les deux sexes, elle se manifeste plus particulièrement, surtout dans les régions onctueuses des téguments, au voisinage des parties génitales et de l'anus.

Indépendamment de ces aptitudes locales ou accidentelles, il est des prédispositions générales ou idiosyncrasiques propres à certains individus chez lesquels les végétations se lient à d'autres productions épigéniques, verrues, kystes, loupes, polypes.

Toutes choses égales d'ailleurs, la contagion sycosique sera plus active dans ces localités ou sur ces individus.

Comme la blennorrhagie, et avec cette dernière, les végétations se développent souvent sur un môme sujet, concurremment avec la syphilis.

Pendant trois siècles, personne n'a paru élever de doute sur la nature syphilitique de cette affection. Pabre (1773) recommande encore avec insistance le traitement mercuriel pour la combattre. Cependant déjà, Nisbett (1778), tout en regardant cet état contre'nature comme une relique du mal vénérien, blâme cette médication, à laquelle il veut substituer la caulérisalion et l'excision.

C'est Hahnemann surtout qui a eu l'incontestable mérite de ne pas confondre, à l'exemple de ses contemporains, les végétations avec la syphilis, et de leur assigner une origitie

4^4 liMTÉ DE LA SYPHILIS.

distint U', un rang spécial. Il faut le louer d*avoir établi cette distinction, en reconnaissant que celle-ci n*a pas toute la netteté désirable. La sycose est pour le médecin allemand un miasme, ou virus distinct , qui pénètre et imprègne l'organisme (tout comme le virus syphilitique), et qui a pour symptôme local nécessaire les fies ou végétations. Il rattache à ce miasme certaines gonorrhées, et, enoutre^ quelques accidents bien évidemment syphilitiques. Selon lui, « ce symptôme et la gonorrhée qui raccompagne, c'est-à-dire la sycose entière, sont guéris de la manière la plus certaine et la plus radicale par l'usage intérieur du suc de thuya homœopathique en pareil cas. )> Mais lorsque ce traitement n'a pas été appliqué, et qu'on a eu l'imprudence d'attaquer les fies par la cautérisation, l'ustion, l'excision ou la ligature^ « on ne tarde pas à voir survenir, tantôt des excroissances analogues sur d'autres parties du corps^ tantôt des élévations spongieuses, blanchâtres, sensibles et plates, dans la bouche, sur la langue, au palais, aux lèvres; tantôt de gros tubercules saillants et bruns dans les aisselles, au col, au cuir chevelu, etc. ; ou bien il se manifeste d'autres affections, parmi lesquelles je ne citerai que le raccourcissement des tendons des muscles fléchisseurs, notamment de ceux des doigts (4).»

Il est bien évident que ces symptômes se rapportent à la syphilis, et qu'ils sont gratuitement attribués par l'auteur à la sycose. C'est non moins gratuitement qu'il a fait de ce prétendu miasme un virus imprégnant l'organisme, et qui se traduit par des symptômes constitutionnels. La sycose ne peut revendiquer d'autres manifestations qui lui soient propres que les végétations.

(1) Doctrine honiœopathique des maladies chroniques , p. 133.

DISTIMCTIOM DES AGCIDEi^TS TÉfjERIENS. 42 6

Après avoir fait la part de Terreur de Hahnemann, nous ajouterons que sa distinction de la sycose ne manque pas plus de justesse que d'originalité. Il est avéré, en eiïet, que cette affection est contagieuse, surtout dans certains départements de Tenveloppe tégumentaire, et qu elle se transmet aisément et directement par le commerce vénérien, sans produire jamais h la suite aucun phénomène syphilitique. Il n'est pas moins certain que, dans beaucoup de circonstances, cette manifestation épigénique, loin de se localiser isolément au lieu de l'insertion originelle^ se répand aussi dans les zones voisines, parfois même jusqu'en des localités plus ou moins éloignées.

La fréquente simultanéité de son apparition au milieu des affections syphilitiques et blennorrhagiques a pu faire croire longtemps à la paternité légitime de ces dernières, avec d'autant plus de raison que, nées à la suite d'un commerce suspect, on attribuait exclusivement au même virus, générateur de tant de maux vénériens, tous les produits anormaux végétant sur les organes génitaux contaminés.

Or, l'observation démontre catégoriquement que la syphilis n'a aucun pouvoir de causalité sur les végétations, et que celles-ci, — dans leur état d'isolement, •— en se reproduisant elles-mêmes sur un organisme sain , n'enfantent jamais aucun des symptômes syphilitiques (i). C'est ce que

(1) Parmi de nombreux exemples, j'ai eu assez longtemps sous les jeux un jeune homme atteint de végétations en chou-fleur près du filet, lesquelles, malgré l'excision, repullulèrent plusieurs fois. Sur le point de contracter mariage, il en ajourna la date d'après mes conseils. Se croyant bien guéri, n'ayant jamais, eu d'ailleurs d'autre affection vénérienne, il devança ensuite de quelques semaines l'époque décidée. Un mois après, je constatais sur sa jeune femme plusieurs masses végétantes^ les unes sessiles, les autres pédiculées, siégeant sur la fourchette et l'entrée du vagin, récemment développées. La jeune mariée n'avait alors et n'a jamais eu depuis aucun autre accident.

il*) UNITÉ DE LA SYPHILIS.

reconnaissent aujourd'hui le plus grand nombre des syphilographes qui voient dans ce produit accidentel une lésion étrangère à la syphilis.

Cependant, nous ne voulons pas aflBrmer que Técoulement blennorrhagique ou les poussées syphilitiques soient absolument sans influence sur le développement des végétations. Il nous paraît, au contraire^ que le travail morbide, dont certaines régions spéciales sont affectées alors, les rend plus aptes à la formation et à l'évolution sycosiques. L'état de grossesse rentre dans les mêmes conditions favorables à ce développement.

Ainsi, la syphilis peut jouer, à la rigueur, le i^le de cause morbide prédisposante àTégarddes végétations, sans que ces dernières constituent pour cela un symptôme et encore moins une forme syphilitiques. ■

£n définitive, blennorrhagie, végétations, syphilis, tous, ces états contre nature peuvent se superposer sur un même individu et, en quelque sorfe, s'associer sans se confondre^ chacun d'eux, puisé à sa source respective, obéissant à sa loi propre, parcourant ses évolutions naturelles, conservant ses aspects originaux, réclamant des indications curatives distinctes. Et, s'ils peuvent s'influencer réciproquement, ce n'est jamais au point de perdre leur, originalité, ou de s'échanger dans leur transmission.

Par conséquent, malgré la communauté d'origine vénérienne, ces trois affections ne sauraient être rattachées à la même unité.

§ S* — lies formes de la syphilis ne sont pMat en rapport avec l'idlosyncrMile.

Ainsi limité, si nous considérons le domaine véritable de la syphilis, nous avons encore à réfuter la seconde hypo-

DISTUMCTION DES ACCIDENTS YÉNÉEIENS. 427

thèse erronéedes identistes, d'après laquelle la diversité seule des idiosyncrasies peut expliquer la diversité des accidents syphilitiques. Cette hypothèse est d'ailleurs Targument ordinaire et favori des médecins qui ne veulent pas concéder à la graine l'influence qu'ils rapportent au terrain.

Astruc, voyant des chancres bénins guérir spontanément, sans entraîner à la suite aucun de» symptômes de la syphilis confirmée, supposait que. le virus avait été détruit, surmonté par la force du tempérament (1). D'autres ont expliqué la forme maligne ou phagédénique des chancres par l'état organique de l'économie au moment de l'infection. M. Lagneau, par exemple, en attribuait la raison soit aune dispfh sition scorbutique générale (2), soit à une excitation concomitante de la muqueuse gastrique produite «ympalhiquement ou consécutivement à L'action prolongée du mercure (3). De même M. Ricord faisait intervenir, dans la même circonstance, quelque affection viscérale concomitante, le plus souvent un mauvais état des voies digestives^ causes contre lesquelles on devait diriger, selon lui, avant tout et surtout, le traitement.

Causes parfaitement illusoires selon nous. Non point que l'idiosyncrasie ou que des maladies intercurrentes restent sans influence sur la gravité ou la durée des accidents sy* philitiques; mais. parce que, d'après l'observation la plus banale, la bénignité ou la mali^ité de ces accidents n'est nullement en rapport avec la force de la constitution des sujets ou leur degré d'aptitude à d'autres maladies. Pour nous du moins^ distribuant tous les faits qui ont passé sous nos yeux d'après les formes que nous avons établies, nous

'D Loc. cit,^ t, ni, p. 268.

(2) Dict. de méd.f en 30 vol., art. chancre^ p. 256.

(3) Traité prat des mal* syph^,i, I, p« 240.

avons cherché vainement ces concordances entre la constitution des malades et la diversité des accidents; force nous a été de reconnaître que c'était là une œuvre puérile. Même, pour la seule forme confirmée, ne voit-on pas, tous les jours, les sujets les plus robustes en proie à des symptômes véhéments qui épargnent les pluschétifs?

C'est ce que M. Bassereau a démontré avec une insistance qu'on peut dire excessive. Examinant avec soin plusieurs centaines de malades atteints de syphilis confirmée, au point de vue de la constitution, du tempérament^ de l'idiosyncrasie, des prescriptions hygiéniques, de Tâge, du sexe, des saisons, des maladies actuelles ou antérieures, etc., etc., ce laborieux observateur a reconnu que la bénignité ou la gravité des symptômes n'était nullement proportionnée aux influences des conditions individuelles, et que, dans la catégorie du chancre infectant comme dans celle du chancre non infectant, il existe à peu près le même nombre de sujets doués de constitutions faibles, de tempéraments dits lymphatiques, peu soucieux ou ignorants de l'hygiène, exposés au froid , vivant dans la misère^ la privation et les excès. De sorte que, dans l'espèce, ces conditions ne prouvent rien. Cette conclusion est peut-être exagérée. On peut affirmer, au moins, que le résultat de ces influences accidentelles, secondaires ou variables n'est pas dans un rapport constant et défini avec les forçies essentielles, fixes et prim.ordialesde la maladie.

Faisant avec raison peu de cas de ces banalités, Melchior Robert admettait, dans la constitution des individus, relativement à la syphilis, trois degrés d'idiosyncrasie préétablis par l'hérédité :

i" fia disposition morbide au plus haut degré, due à l'ab-

DiSTIi^GTlOiH DES AGG1D£.\XS YEJNEBIEKS. 4i9

sence de tout accident syphilitique chez les ascendants, — en vertu de laquelle se développeraient surtout les accidents dits constitutionnels;

T L'immunité^ due à la contamination des ascendants par ces symptômes à une époque voisine de la conception,

— d'où résulterait la préservation des descendants aptes seulement à la plus simple expression de la maladie ;

3" Vindifférence ou la neutralité absolue de l'organisme,

— état le plus habituel pour la transmission.

Ainsi, dans cette théorie, la forme des accidents tiendrait, non à rétat de la constitution individuelle, mais à la présence ou à Tabsence de la syphilis sur les parents avant la naissance de leur héritier.

Jusqu'ici Ton ne connaissait guère que les fâcheuses conséquences de la succession syphilitique. D'après l'opinion nouvelle, a contrairement aux idées qui ont cours dans le monde, la pureté du sang serait donc un triste héritage, puisqu'elle prédisposerait les enfants à la syphilis constitutionnelle (ij. )) L'impureté du sang est-il un legs préférable lorsque Ton connaît les suites qui lui sont si souvent attachées ? Ce paradoxe ne soutient points d'ailleurs, l'examen. On pourrait bien admettre, à la rigueur, que l'absence de la syphilis confirmée des parents engendre la prédisposition sur les enfants, et, son développement chez les premiers, l'immunité chez les seconds ; — mais comment concevoir Vindifférence?

Au reste, tout cet échafaudage s'écroule aux premiers souffles de l'observation. Que l'on choisisse les générations les plus diverses comme les constitutions les plus opposées^ la syphilis, se transmettant habituellement dans sa forme, juge péremptoirement la question.

(1) Meichior Robert. Nouveau traité des maladiee vénériennes, p. 311.

En définitive, l'état de la constitotion, — soit chez les malades, soit chez leurs ascendants — ne tient pas sous sa dépendance les formes de la syphilis. L'on peut dire que les arguments tirés du milieu ou du terrain ne sont pas soutenables. Il est vrai que ceux qui sont déduits de la graine ou du poison ne sont pas meilleurs.

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