Cicatrisation complète
31 . Induration persis- Nulle trace d'indura- Nulle trace d'induratante. tion* tion .
Tous les accidents secondaires et la roséole ont entièrement disparu à cette dernière époque.
Observation lv. — Syphilis confirmée : Chancres mous des petites lèvres j indurés des grandes lèvres, ulcération ehancreuse du col utérin. Symptômes secondaires, roséole»
490 UNITE DE ti SYPHILIS.
Adèle Trigan, âgée de dix-sept ans, couturière^ entre le 17 août 1844, salle Sainl-Bruno^ n^ 7, à Thôpital de Lourcioe (service de M. CuIIerier).
Bonne constitution. Malade pour la première fois; affirme n'avoir eu des relations qu'avec une seule personne dont le mal lui est inconnu. Les accidents actuels remontent à un mois avant l'entrée ; ils consistent en : i^ une ulcération chancreuse du col utérin avec écoulement muco-purulent ; 2^ chancres divers des parties génitales ; 3° engorgements ganglionnaires indolents et insignifiants.
Le chancre utérin n'étant pas cicatrisé, deux mois après l'entrée de la malade^ il survient une roséole générale. Traitement par le protoiodure de mercure, suspendu seulement cinq jours fiour une stomatite. Guérison et sortie le 7 décembre suivant.
, Caractères des chancres externes
Sur les grandes lèvres. Sur les petites lèvres.
17 août. Deux ulcérations sié- Une ulcération molle de la largeant^ partie sur le bord an- geur d'une pièce de 20 sous térieur , partie sur la face .^ à la face externe de la n][minterne de la grande lèvre phe gauche, gauche^ ovalaires, de la dimension d'une pièce de 25 centimes ; bords taillés à pic^ non amincis ni décollés ; auréole rouge , étroite ; fond rougeâtre , grenu; base indurée fortement. En outre, le tissu cellulaire de la grande lèvre est œdémateux.
ftl. Inoculation sans résultat.
24. Elévation du fond ; liséré rouge sur les bords. Induralion encore mieux caractérisée par la diipinution de l'œ- V dèmc du voisinage. ,
MMTUÈSB DES FOKMES SYPHILITIQUES. 491
Sur l€S grandes lèvres. Sur les petites lèvres.
28. Fonfd rouge^; bourgeonnant, Fond grisâtre, couenneux,mou.
maigre les cautérisations.
31. Le fond fi'éiève aa-dessu:» Fond diphléritique trës-dë-*-
(jes bords. formé.
7 septembre,. Cicatrisation. Exfolialion des couennes.
11 — — Fond rouge, bourgeonnant.
1^.' V/induration calleuse per- Cicatrisation sans dureté.
siste.
Quant au chancre du col utérin, existant au début, sous forme d'éi'oskui rouge, nettement arrondie,, il a progressé peu à peu, de manière à occuper, au commencement du mois d'octobre, tout le muséfau de'tâncnej et ne s'est cicatrisé entièrement que vers la fiu du même mois.
Le i 9, développement des croûtes à la tête et roséole générale, qui disparaissent au bout de quatre semaines.
Toute la qui^slipp serait de savoir si le même foyer virulent, dur ou mou, primitif ou secondaire, ne peut produire sur lemême sujet — à la fois, dans la même localité — un ou plusieurs chanci'es restant souples, pendant qu'un autre chancre, de même date, passe à Tétat plastique ou à Tétat coudylomateux. Il y. a toutes présomptions de croire que l'observation ultérieure, provoquée sur ce problème nouveau, ne tardera pas à le résoudre par l'affirmative (1). Quanta nous qui ne trouvons la raison de la diversité des accidents, ni dans la coiistitution des individus, ni dans la nature du virus, il ne nous paraît pas plus difficile devoir, à la suite d'une même contagion, les deux variétés chancreuses, sur un même porteur, que chacune d'elles sur deux imprudents qui ont étanché successivement leur soif à la même source empoisomée. Hais ceci n'est qu'une présomption.
(1) Ainsi que le démontrent déjà plusieurs de nos observations sur la tràilêfoniiatioii condylomateuse des chancres.
4»i UIKITÉ VE Là SIPHILIS.
Le premier parrain de Tliybridilé est M. Clerc. Il fait de soQ chancroîde un dérivé de la syphilis, — un véritable hybride, — comme la varioloîde et la vaccinoïde sont des hybrides de la variole et du vaccin. Mais pendant que le chancre hybride de M. Clerc reste mou et n'a point de suites^ le caractère propre du chancre hybride de M. RoUet est de s'indurer tardivement et de produire les accidents constilutionnels.
M. Fournier avait entrevu plus implicitement la thèse du chirurgien de Lyon. « Il se peut, — avait-il dit en 1858 (1), — qu'un chancre infectant soit souillé, à une époque variable de son existence, par du pus de chancre simple, et que Fulcération prenne les caractères du chancre simple. » Cette éventualité douteuse, il était réservé à M.Rollet d'en démontrerla réalité par l'organe del'undeses élèves, M. Laroyenne qui en a exposé avec talent les premiers essais en 1858.
Sur un chancre induré^ du méat^ avec adénite multiple, inoculé sans résultat, — le pus d'un chancre simple ayant été déposé, cinq jours après une seconde inoculation développa la pustule chancreuse. — Trois autres expériences analogues sont notées par M. Laroyenne avec le même résultat.
Deux ans après, M. Basset a fait connaître (2) quatre expérimentations semblables.
Ces observations ont été reprises en Angleterre, en Allemagne, à Paris, à Lyon surtout. Voici seulement un fait de M. Lindwurm :
«.... Chancre de la rainure, avec adénite multiple et la base indurée. On inocule le malade au bras avec le pus de son chancre : le résultat Tut négatif. D'un autre côté, on inocula le
(1 ) Leçons sur le chancre^ p. 1 18, en noie.
\2) De la simultanéité des maladies ifénériennes. Thèse, Paris, 18C0.
SINTflÈSE DBS FOUMES SYPHILITIQUES. 4 93
même malade à l'autre bras avec du pus de chancre simple ; le résultat donna un chancre simple, avec le pus duquel on inocula la surface du chancre induré. Deux jours après^ le chancre induré changea de forme, suppura beaucoup, se creusa ; on réinocula le malade avec le nouveau pus: le résultat donna un chancre simple (i).»
Les mêmes expériences ont été reprises à Marseille par Melchior Robert :
« Lorsqu'on applique à la surface d'un chancre induré un plumasseau de charpie imbibé de pus de chancre simple, ou que l'on dépose simplement sur cette surface une certaine quantité de ce même pus, il arrive le plus souvent que l'ulcération^ auparavant presque sèche, devient le siège d'une suppuration plus abondante, et qu'elle 8*élargit ou s'approfondit plus ou moins.
ff Les résultais de cette greffe ne sont pas toujours identiques. Ainsi, dans quelques cas, le contact du pus du chancre simple a eu pour effet d'imprimer à Tulcérallon une marche très-rapide vers la guérison ; c'est surtout lorsque cette ulcération était recouverte d'une pseudo-membrane très-adhérente qui la rendait stationnaire et réfractaire à tous les moyens dirigés contre elle.
« Lorsque ce genre d'inoculation réussit, la surface de Tulcératiôn s'agrandit, suppure abondamment et fournit un pus inoculable au plus haut degré, et la sécrétion qui, auparavant ne s'inoculait pas au malade, est assez active pour produire sur lui des chancres assez étendus.
f< Nous ajouterons cependant qu'il nous a été impossible dans quelques circonstances, et, quelle que fût l'énergie du pus employé, d'inoculer la sur race du chancre induré.... (2). »
Voilà donc un premier fait qui semble bien établi, et nous n'hésitons pas à reconnaître la réalité de ce résultat,' dans sa limite expérimentale. Nul doute que la contagion natu-
(1) Citéd'après M. Nodet, loc, «7., p. 102.
(2) Lac, ciU^ p. 263.
494 U?ilTE DE LA STPUILI8.
relie puisse reproduire, en de certaines renc^atres, ce mariage artificiel opéré à la pointe de la lancette, et qu'il en résulte, dans ces circonstances, la lésioii hybride en question.
Cependant, suivons toujours le témoignage, dos fi^its.
£n seoond lieu, que résuite*t-il du dépôt, & la snrfÎBced'uii chancre simple, du pus pris sur un chancre imluyé ? L'école de Lj^on recule devant rexpérience. Ses scrupules T honorent^ mais ne l'autorisent pas à conclure dans un sens ou dans un autre. Lors donc, qu'elle affirme ençprç rfiybridité du résultat dans ces conditions, elle émet une assertion gratuite simplement.
Au reste, l'expérience a été faite à Marseille, au moftrs, dans un but thérapeutique :
Ayant observé que, dans quelque cas, le pus du ehancre siitipie inoculé sur le chancre induré modifiait la marche de colriici et hâtait sa guérison ; que, déplus, dans cesmêni^s cas, Tapparition des symptômes secondaires se trouvait retardée (jusqu'à 5 mois) en Tabsence de tout traitement ; enhardi par ces résultats, Melchior Robert a essayé de greffer le chancre induré ^ur le chancre phagédénique, espérant ainsi arrêter la marche en>vahissante de ce dernier. Or, toutes ces tentatives sont restées infructueuses ; jamais il n'obtint d'induration ; janiais il n^H pu limiter ainsi la marche de Tulcère rongeur. Les malades n'ont eu ni adénites multiples ni syphilis constitutionnelle.
D'où l'auteur conclut que la présence du virus du chancre simple est un obstacle à l'action du virus du chancre induré.
En troisième lieu, enfin, quel est le résultat acquis à l'insertion expérimentale d'un mélange du pus appartenant ^ux deux chancres?
SYNTHÈSE DES FOUMES SYPfliLlTIQUKS. 41» 5
' a Si sur la pointe d'uae lancette, dit M. Nodet, on mélange du pus de chancre simple avec du pus d'accident primitif ou secondaire, ou bien avec du sang d'un syphilitique, et qu'on on inocule un individu vierge de syphilis, il se produit un chancre mixte au lieu inoculé (1). t>
Soit. Mais la preuve ? « Nous qui croyons, ajodte le même auteur, à l'identité des résultats ocnnme à une vérité mathématiquement démontrée, nous ne pouvons entreprendre de pareilles expériences... » Mais ceux qui croient à Tobservation s'en tiennent à ses données. Il faut encore tes emfxrunter à Melchior Robert.' ' * «
a... Si, sur une même écorchure^ on dépose en même temps du pus de chancre simple et du pus de chancre induré, l'action du premier neutralisera à coup sûr celle du second, et Ton verra naître et se développer le chanére mou et non le chancre mixte. Si l'on mélange par avance les deux virus et qu'on les inocule à la lancette, le résultat sera le même que précédemment (2). »
« Aussi, ajoute Melchior Robert, n'avons-nous observé d'emblée ce chancre mixte admis par M. Rollet. d
L'on peut donc conclure, avec le chirurgien de Marseille, à la possibilité du chancre mixte naturel dans la circonstance suivante, seulement, à savoir : lorsqu^un individu porteur d'un chancre induré vient à avoit* des rapports avec un autre atteint de chancres simples en période de progrès.
Telle est jusque ici, du nioins, la limite expérimentale de la question de rhybridiléchancreuse soulevée par M. Rollet.
Quelle en est la vérification clinique? Dans tous les faits à notre connaissance, M. Rollet et ses élèves établissent la
(1) Lnc. cit., p. 10t.
(2) Loc, cit., p. 263.
4 90 UNITÉ DE LA STPflILIS.
démonstration du chancre mixte uniquement et exclusivementsurrinoculabilitéde l'ulcération primitive, son aspect, Tabsence de l'incubation prolongée, le développement de l'induration tardive, la complication plus ou moins fréquente du bubon suppuré : tous caractères justement en question. Ils s'attachent à prouver que le chancre est mixte, non par les preuves de sa double origine, les seuls rigoureusement recevables dans l'espèce, mais par les attributs dont généreusement ils le gratifient. Rencontrant soit un chancre mou suivi de symptômes confirmés, soit un chancre dur réinoculabie, à incubation précoce ou escorté de bubon suppuré, ils le veulent mixte, parce que cela est, non dans les faits, mais dans leurs préventions. Ce n'est donc pas sur l'observation que se fonde X. RoUet, mais sur une visée de l'imagination ; non sur la clinique, mais sur une pétition de principes. Aussi ne faut-il pas trop s'étonner si certains médecins ont traité sévèrement le système nouveau venu ; si M. M ichaêlis a pu le signaler comme un jeu d'esprit réfuté par les recherches exactes ; si M. Langlebert enfin a décoché tout récemment contre le chancre mulet les traits de sa mordante ironie.
Pour nous, nous retenons le fait, indéniable dans la mesure de sa vérification expérimentale et de sa justification rationnelle. Il nous montre que l'insertion du pus de chancre simple à la surface du chancre induré a pour résultat d'augmenter la purulence et d'exalter l'activité de ce dernier et de lui communiquer ainsi le degré de contagiosité dont il jouit : ce qui nous fournit ainsi une preuve de plus de l'activité variable dévolue au pouvoir contagieux de chacun d'eux. A la suite de cette prétendue greffe^ ce n'est point l'individu transplanté qui se substitue à son support^ ce n'est point surtout un virus véritablement hybride qui se
SY.>iTfl£S£ DES FORMES STPHILITIQOES. 497
forme, un être nouveau qui apparaît. Nullement. On voit survenir quelques modifications accidentelles dans la lésion; puis^Ia syphilis confirmée reprend sa marche ordinaire après ce retard et ces oscillations. Encore une fois, ce fait a son intérêt; il porte ses déductions légitimes. Mais n'est-ce pas violer toutes les règles de la logique, de Tobscrvation et de l'analogie que de bâtir sur une pareille donnée Thypothèse d'une troisième espèce de chancre ou de virus, se transmettant dans son développement accidentel et se répétant d'âge en âge, sous sa forme spécifique obligée?
En acceptant le fait dans ce qu'il a de réel, nous repoussons donc, avec d'autant plus de rigueur, l'interprétation dans ce qu'elle a de forcé.
Nous avons vu que cette hypothèse, au point de vue du raisonnement, repose surtout sur une pétition de principes, que ses prétentions, au point de vue de la clinique, dépassent la portée des faits observés. Ajoutons, sous ce dernier rapport, qu'elle est nécessairement insuffisante à les comprendre et que le chancre mixte n'a que faire dans les cas, par exemple, oti un seul et unique foyer morbide communique des accidents de forme variée à ses visiteurs successifs.
Quels efforts d'imagination pour soumettre ces faits rebelles aux artifices de la théorie ! Il s'est trouvé, pour répondre à l'observation accablante du docteur Rey (1), un dualiste déclarant sérieusement que la femme qui avait infecté les deux jeunes imprudents devait avoir un chancre mixte, et que, de ses deux victimes, Tune avait absorbé le pus du chancre simple, ne laissant à l'autre moins avisée que le pus du chancre infectant (2) !
(1) Voir ci-dessus p. 484.
(2) « Nous nMnveDtons pas,— disait F. Gabalda, — cette ingénieuse expiicaUon du fait en question a été donnée par un dualiste, dont nous
DAVA88E. 32
Et pour expliquer comment le chancre mou d'un syphilitique a pu transmettre à un sujet sain un chancre infectant, ne voyons-nous pas MM. Basset, Nodet, etc., faire intervenir la ressource inopinée du sang syphilitique? Dans ces cas, suivant cette nouvelle explication ingénieuse, ce n'est pas le pus du chancre mou qui est le coupable : c'est le saDg. « Pour goûter cette interprétation, dit M. Gonnard (i), il faut admettre bien des choses; quedans^OKs ces cas^ les chancres mous des syphilitiques ont saigné et qu'il y a eu plaie chez les sujets infectés; que, dans tous ces cas, l'infection par le sang a élé efficace, alors que... » N'insistons pas sur des conjectures qui montrent assez à quels abois sont réduits les partisans du système de l'hybridité en présence des faits.
Enfin, l'analogie met en relief la contradiction d'un être ou virus hybride — se perpétuant dans ses caractères, sous une espèce distincte, — avec les résultats généraux de Thybridité qui sont : l'infécondité ou le retour gradué au type commun. L'hypothèse de M. Rollet tombe donc sous les coups de la critique suivante de M. Langlebert. « Depuis bientôt quatre cents ans que la vérole règne en Europe, le chancre mulet, s'il existait, se serait trouvé bien des fois en contact équitable, non-seulement avec ses congénères, mais encore avec les deux autres chancres, ses premiers parents. De ces mélanges incestueux auraient dû forcément naître une foule de nouvelles formes ou espèces chancreusesdont le nombre échappe à toute mesure et, à l'heure présenAe, jjious n'aurions certainement plus, ou à peu près, que des chancres mulets à tous les degrés imaginables d'hybridité, ainsi qu'il
tairons le nom, ne voulant molester personne, .» .Késerve que nous imitons.
(1} Essai critique sur la duaiité cfiancreuse. Thèse, Paris, 18C3.
serait arrivé pour les espèces vivantes, animales ou végétales, si la nature, plus prévoyante que M. Roliet, n'avait mis une barrière à ce polymorphisme sans frein, en frappant les métis d'infécondité (1).»
En résumé, nous trouvons à Tappui de notre thèse, dans les travaux récents de Técole lyonnaise, des aveux et des faits nouveaux.
Les aveu» consistent à reconnaître aujourd'hui que le chancre mou peut être suivi d'accidents constitutionnels ; que le chancre dur présente parfois l'incubation éphémère, la réinoculabilité, l'adénopathie suppurée, etc., etc., aveux tar-difs, mais complets. Pendant un temps, les dualistes et M. Roliet, en particulier, ne rencontraient jamais sous leurs pas le moindre chancre dur réinoculable, à bubon suppuré, etc. Aujourd'hui que le vent a tourné, la trouvaille est copieuse, et Ton peut admirer combien la réinoculabilité, rare sous le nom de chancre induré, pullule maintenant sous le plumage du chancre mixte. M. Nodet a réuni dans son dernier travail une collection complète de ces ulcérations infectantes, réinoculables. Le dualisme ne se relèvera pas de ce dernier coup de l'un de ses partisans.
Les faits nouveaux établiss'ent plus déûnitivement encore réchange des caractères objectifs et contagieux dans les formes de la maladie et confirment par conséquent l'unité de principe qui les relie. ^
§ 4. — De Pinocalation syphilitlqQe aux animaux.
Dans l'opinion des médecins, la syphilis avait toujours été considérée comme essentiellement propre à l'espèce hu-
(1) Loc. cit., p. 396.
maine. Du moins on ne savait aucun exemple de son développement spontané chez les animaux; et, jusqu'à ces derniers tempSy les expériences d'inoculation n'avaient point réussi à la provoquer artificiellement en eux comme sur l'homme. Citons seulement à cet égard les plus importants témoignages :
« On ne connaît, dit Hunier (\), aucun autre animal que rhomme qui soit susceptible de l'irritation vénérienne; car des essais répétés ont démontré qu'il est impossible de4a communiquer à un chien^ à une chienne, à un âne. »
Et il a ajouté en note :
« 11 m'est arrivé souvent de tremper de la charpie dans le pus d'une gonorrhée, d'un chancre ou d'un bubon et de Fintroduire dans le vagin d'une chienne, sans produire aucun effet. J*ai fait les mêmes expériences sur des ànesses sans plus de résultat. J'ai placé aussi de la charpie imbibée du même pus sous le prépuce chez des chiens ; j'ai même pratiqué des incisions^ afin de porter le pus au-dessous de la peau, et il n'en est résulté qu^une plaie ordinaire. J'ai fait aussi cette expérience sur des ânes, et je n'ai pu rien obtenir. »
Certes voilà déjà un certain luxe d'expériences variées pour arriver à un résultat constamment négatif.
M. Ricord parle ainsi de ses propres expériences sur des chiens, sur des lapins, sur des cochons d'Inde, sur des pigeons, sur des chats :
%(( Toutes ces expériences répétées par toutes les voies possibles d'inoculation et d'infection, sans oublier aucune des précautions nécessaires, avaient été faites chaque fois avec du pus qui, chez l'homme avait cependant donné des résultats positifs ; de telle façon que, d'après ces expériences, jointes à celles que l'on possédait déjà, on peut conclure que le principe inoculable de la
(1) Traité de la maladie vénérienne, traduit de Tangiais par G. Bichelot.
SYNTHÈSE DES FORHKS SYPnrLITlQCES. 501
syphilis est particulier à Thomme, et ne saurait se transmettre aux brutes. »
MM. Cullerier neveu et Ratier, il est vrai^ avaient avancé, contrairement à ces expériences (i), que Tinoculation réussissait également bien, que le sujet fût un homme ou un animal. M. de Gasteinau remarque avec raison qu'un résultat aussi important aurait exigé des développements circonstanciés que Ton est surpris de ne pas trouver; et il ajoute :
« J'ai moi-même essayé six fois et par plusieurs piqûres chaque fois^ d'inoculer le pus de chancres récents sur des chiens ; je n'ai obtenu aucun résultat (2). » *
Le docteur Jules Hélot avait tenté aussi cette inoculation avec le même insuccès sur des chiens. J.-P. Tessier ne fut pas plus heureux malgré le choix du sujet — qu'il était permis de croire plus que tout autre prédisposé à la syphilis, — sujet dont le nom est inscrit dans Tétymologie même dû nom de cette maladie, c'est-à-dire la truie. Nous passons sous silence les résultats non moins négatifs de Turnbull, Babington, M. Bartholi, etc.
La question semblait donc universellement jugée lorsque, dans l'année 1844, M. Auzias-Turenne prétendit avoir réussi à inoculer pour son compte la maladie aux animaux. L'insistance du nouvel expérimentateur remit la question à Tordre du jour. Les cliniques furent en émoi^ les lancettes en activité. Greffée à profusion sur la gent animale, la syphilis humaine ne donna pourtant signe de vie.
M. Auzias-Turenne accusait l'absence de précautions qui
(1) Article Inoculation du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en 15 vol. Paris, 1833, t. X, p. 479.
(2) De Castelnau, Recherches sur l* inoculation. Paris, 1841, p. 479.
50 2 DNlTé DE Li SYPHILIS.
compromettaient le succès de l'expérience : les animaux léchaient leurs plaies et la salive devenait l'antidote du virus; les opérateurs avaient toujours mal procédé, etc. Lui seul paraissait avoir rinfaillible secret de la réussite. Pour faire la plus large part possible à M. Auzias, un syphilograpbe autorisé, M. Gullerier^ l'ayant cité à la barre de Thôpital de Loiircinc, mit gracieusement les malades du service à sa disposition. J'offris non moins généreusement les animaux de ma ménagerie. A Tœuvre nous allions voir l'artisan.
Plusieurs séries d'inoculations furent pratiquées soit par M. Auzias, soit par M. Gullerier, soit par nous, le plus souvent avec le pus de chancres simples, mous^ récents, le pus de bubons suppures ou même phagédéniques, et toutes les fois sans exception, la contre-épreuve fut faite sur les malades qui fournissaient le pus^ non-seulement avant, mais encore après l'inoculation des animaux; de sorte qu'il ne pouvait planer le moindre doute «ur son inoculabiiité.
Il est inutile d'entrer dans Jle détail de ces expérimentations dont nous avons publié le procès-verbal minutieux (1), et sur lesquelles, la même année, M. Gullerier a publié un travail important. Nous dirons seulement que toutes les inoculatioDS — sur un cochon d'Inde mâle, sur sa femelle, sur un jeune chien, sur un chat, sur des lapins et enfin sur un fiinge mâle — pratiquées les unes par la lancette, les autres par l'excision, ou même avec perte de substance et irritation artiGcielle de la plaie, en suivant toutes les précautions et choisissant les lieux d'élection recommandés par M. Auzias, — et en sa présence, — furent complètement stériles. Dans tous les cas, la plaie où fut déposé le pus virulent ne se cicatrisa pas moins vite que les plaies semblables
(1) Gazette des hôpitaux (u* du 6 mars 1845).
pratiquées symétriquement et simultanément sans insertion de pus.
Nous rapporterons seulement ici, comme devant offrir plus d'intérêt^ les expériences relatives à Tanimal qui se rapproche le plus de l'homme. Mais nous demandons à introduire une seule fois sur la scène le naturel et fidèle compagnon de ce dernier, — le chien, — pour montrer les conditions favorables laissées à la discrétion de l'expérimentateur. Ouvrons le procès-verbal (1) :
— ...Enfin, c*estM.Auzias qui a fait cette dernière série d'expériences sur le chien. 11 a pratiqué dans Tespace interorbitaire, avec les ciseaux courbes, six incisions profondes, anguleuses, à bords mâchés, très-rapprochées, presque toutes étaient contenues dans lin espace de0",0*20 environ ; leurs lèvres écartées et redressées en sens inverse l'une de l'autre, et l'écoulement du sang arrêté, une notable quantité de pus syphilitique fut déposée eu nappe à leur surface.
L'aiiimal était maintenu et surveillé avec soin.
Or, malgré le nombie, la profondeur et le rapprochement de toutes ces plaies, malgré l'altrition de leurs bords, toutes circonstances qui pouvaient les disposer à se confondre dans une seule ulcération, elles se sont cicatrisées isolément avec la plus grande rapidité, sans turgescence ni suppuration, sans inflammation périphérique, à (el point, que le cinquième jour la cicatrisation était générale et complète.
Passons au singe.
Sur un jeune singe mâle,
1® — Dans une premièie série, trois plaies ont été faites. La première, par piqûre, avec inoculation du pus virulent sur la paroi antérieure de Tabdomen, n'a rien présenté d'abord. Le
(1) Gazette des hàpitavx, Loc, cit.
50 4 UxMlTE PE LA STPHILIS.
quatrième jour elle n'était point cicatrisée, mais aucun travail pathologique ne paraissait encore déterminé ; il n*y avait ni boursouflement^ ni auréole inflammatoire autour^ ni suintement à la surface. Le cinquième jour^ elle se couvrit d'une croûte mince, qui fut enlevée» le sixième, et au-dessous se présenta une gouttelette de pus grisâtre qui fut recueilli et inoculé sur-lechamp. La plaie était parfaitement simple, du reste, sans dépression du fond ou élévation des bords, sans trace de rougeur ni d'induration périphérique. Le lendemain, la croûte était reformée ; enlevée de nouveau, il restait une petite surface allongée, sèche et déjà bien cicatrisée ; cela était le huitième jour. — La petite goutte de suintement purulent, inoculée comme je Tai dit, par la lancette à la cuisse gauche, ne donna lieu qu'à un point noirâtre qui disparut complètement quarante-huit heures après.
La deuxième plaie avait été îormée par excision et inoculée avec du pus chancreux à la partie supérieure de la cuisse du côté gauche ; elle était très- profonde. Le troisième jour, rouge, baignée par une matière séro-purulcnte, sans liséré rouge ; — sèche, le cinquième; — présentant, le sixième, un bourgeonnement de bonne nature qui se continue, le septième, en même temps que le fond s'élève au niveau des bords ; de sorte que le neuvième jour elle est entièrement cicatrisée. Dès que le suintement séro-purulent fut établi, le troisième jour, il fut porté avec la lancette sous la peau du singe à la cuisse ; il n'en résulta absolument rien de remarquable.
La troisième plaie était identique à la précédente, sauf qu'elle ne fut point inoculée, afin de l'étudier comparativement. Elle consistait dans une perte de substance .simple, pratiquée à la cuisse droite. Irritée chaque jour par Tenlèvement de la croûte adhérente qui se formait et par la pointe des ciseaux, elle semblait ofl'rir un aspect moins satisfaisant et surtout un degré moins avancé de cicatrisation, laquelle n'eut lieu que de trente à trentesix heures après l'autre.
Ainsi, dans ce cas, la cicatrisation fut retardée davantage par une médiocre irritation de la plaie que par le contact du pus virulent.
20 — C'est M. Auziasqui est l'auteur des expériences suivao-
tes, nous l'avous laissé entièrement maître d'expérimenter à sa façon sous nos yeux.
A. — Trois inoculations avec le pus chancreux ont été pratiquées sur la paupière supérieure droite du singe, — une par excision, deux par la lancette.
Elles ont présenté pour caractères communs une tuméfaction circonscrite déjà sensible quelques heures après la piqûre, avec un peu de rougeur tout autour.
La piqûre du côté externe s'est cicatrisée le quatrième jour ; mais en laissant à sa suite une saillie dure et pleine qui a persisté quelques jours encore après la cicatrisation.
Au milieu, la plaie par excision s'est entièrement cicatrisée sans suppurer, le huitième jour, laissant également à sa suite un peu de tuméfaction.
La troisième, qui était la piqûre du côté interne, a présenté les mêmes phénomènes. Seulement, le quatrième jour, on explore avec là pointe d'une épingle la légère saillie manifestée à la base de la plaie, et on s'assure qu'elle ne contient aucune espèce de liquide et ne recouvre aucune sorte d'ulcération. On ne trouve qu*une cicatrice pleine et résistante. L'introduction de l'épingle donne lieu à Tapparition d'une goutte de sang. La saillie se forme de nouveau ; le huitième Jour on l'explore avec la pointe d'une lancette, et, cette fois, on trouve une goutte de pus, mais, au-dessous, pas le moindre vestige de travail uicératif. C'était une petite plaie simple, à peine visible, qui se recouvrit d'un point noirâtre de sang desséché et se cicatrisa quatre jours après sans laisser d'autre trace.
Quant à la tuméfaction que les deux plaies précédentes de la paupière avaient laissée après cicatrisation, elles furent aussi visitées par la lancette, mais inutilement.
(M. Auzias voulait formellement voir, dans cette goutte de pus dont je viens de parler, le produit d'un ulcère syphilitique... Mais pour ceux qui connaissent la marche et les caractères des chancres, il n'y avait aucun doute possible...; d'ailleurs, inoculé à l'autre paupière, ce pus ne donna aucun résultat. Comme la plaie résultant de cette inoculation successive était plus profonde qu'on ne l'aurait voulu et qu'il s'en échappa assez de sang, il se forma autour un gonflement circonscrit encore plus pro-
50(> CMITE D£ LA STPUILIS.
nonce que de l'autre côté. C'étaient de simples trombus formés autour des piqûres dans le tissu cellulaire lâche des paupières.)
B. — Sur la paupière supérieure du côté gauche, trois petites excisions furent pratiquées simultanément par M. Auzias, mais une seule d'entre elles reçutdu pus spécifique. Or, le lendemain et les jours suivants l'aspect de ces trois plaies était absolument le même. Cette fois il ne se manifesta point de tuméfaction sousjacente, et le cinquième jour la cicatrisation était complète et égale partout.
C. — En troisième lieu, M. Auzias pratique sur la région frontale du singe^ un peu au-dessus de l'espace interorbi taire, une excision profonde, intéressant toute Tépaisseurde la peau, et au fond de laquelle il inocule du pus virulent. Le troisième jour, la surface de la plaie était déjà sèche et en voie de cicatrisation complète, du sixième au septième jour, sans laisser de traces sensibles.
M. Anzias ne pourra prétendre du moins avoir réussi sous nos yeux ; voilà qui est hors de doute.
30 — Enfin, j'ai tenté, moi-même, une dernière expérience sur le singe.
En avant du sternum, dans la partie supérieure du thorax, j'ai fait aux téguments, avec les ciseaux, une perte de substance large et profonde, de la dimension d'une pièce de vingt-cinq centimes environ, au contact de laquelle j'ai laissé pendant deux heures un pliimasseau de charpie enduit de pus virulent. Le lendemain, j'ai pris un autre plumasseau qui avait macéré depuis la veille dans le pus d*un bubon chancreux inoculable, et je l'ai laissé encore huit heures appliqué à la surface de la plaie préalablement avivée avec les ciseaux. Cet animal était parfaitement maintenu au moyen d'une camisole de force; les plumasseaux de charpie avaient été exactement appliqués contre la plaie dont la surface restait visible au moyen d'un verre de montre.
Cette plaie a accompli les évolutions naturelles de la cicatrisation des plaies simples avec perte de substance ; elle n'a même
donné lieu à aucun suintement sensible ; eUe a marché rapidement, dès les premiers jours, vers la cicatrisation^ qui était complète du neuvième au dixième jour.
Le singe lui-même a donc été rebelle à toutes nos tentatives d'inoculation.
Nous avons cru devoir nous en arrêter là de nos expériences, suffisamment édifié sur leur résultat.
Nous devons ajouter que nous avons conservé pendant deux mois encore les animaux, pour nous assurer de leur parfaite im* munité. Or nous n'avons rien vu qui ressemblât chez eux à la syphilis — ni primitive ni consécutive (i).
C'est une remarque intéressante à noter que cette absence de tout symptôme syphilitique chez les animaux longtemps après les inoculations. On peut encore voir (i 845) à Lourcine un vieux petit chien qui a servi, il y a quelques années, aux essais dMnocuIation alors pratiqués par M. de Castelnau, sans plus de succès que ses devanciers, et Ton peut s'assurer que ce chien est parfaitement pur de tout accident syphilitique.
Que To» puisse déterminer sur les animaux des plaies d'aspects
(I) Seulement le singe, chétif et malingre, a maigri peu à peu, s'est pris à tousser, et a fini par succomber tuberculeux, avec des tubercules collectés et infiltrés/ crus et ramollis, dans la plupart des organes parenchymateux et des glandes. On sait que tous les singes, presque sans exception, meurent, dans nos climats, de diathèse tuberculeuse. Ce fait nous a été transmis par un homme d'une grande autorité, le docteur Rousseau, qui a étudié avec tant de succès, au Muséum d'histoire naturelle, les maladies des animaux. Nous avons, grâce à son obligeance, examiné avec M. Cullerier plusieurs pièces pathologiques de caries osseuses diverses chez les singes. Les aO'ections tuberculeuses des os sont très-communes chez eux, à cause de leur prédisposition fatale à la diathèse tuberculeuse. Or^ quand on aura fait des inoculations avec le virus syphilitique chez ces animaux, il faudra bien se garder plus tard, à leur autopsie, de décrire la syphilis tertiaire avec les altéraUons symptomatiques de cette diathèse tuberculeuse. Ce serait aller un peu trop loin en fait dUilusions.
variés, que par des irritations de leur surface ou l'introduction du pus, on ait, dans certains cas^ obtenu de Tinflaniroation ou de petites pustules, tout cela peut être ; mais encore est-ce là la maladie que nous connaissons chez l'homme sous le nom de syphilis? 11 y a loin.
Telle était la conclusion de notre procès-verbal.
M. Auziasne se tint pas pour battu. Il recommença ses expériences et retrouva le secret de ses premiers succès. Il 6t même, à cette époque^ devant la Société de chirurgie, l'exhibition éclatante de la peau d'un singe, victime infortunée d'une syphilide invétérée et tertiaire. A cette perspective un peu lointaine, un illustre chirurgien s'écria, — de sa place^ — en brandissant sa canne, que cette peau faisait revivre l'épidémie aiguë du XV® siècle. J'avais Thonnenr d'assister à cette mémorable séance : vérification du parchemin, il me fut impossible d'y trouver la moindre trace évidente d'une lésion caractéristique de la syphilis.
De nombreuses expériences ont été poursuivies, et jamais — à part M. Auzias, — aucun expérimentateur sérieux n'a pu greffer sur les animaux la syphilis con/îrmee. Nous disons la syphilis confirmée, parce que des observateurs très-compétents seraient parvenus ultérieurement à reproduire le chancre simple seulement, sur le singe, en particulier. Nous citons MM. Robert de Weltz, Diday, RoUet, Melchior Robert, Langlebert.
Malgré de si recommandables témoignages, nous sonmics encore à concevoir quelques doutes, non sur les résultats annoncés, mais sur leur interprétation. Il n'est point trèsrare, après l'inoculation d'un pus simplement traumatique ou provenant d'une source non virulente, de voir apparaître une pustule au point d'insertion. Il y a longtemps
SYiNTHÉSE DBS FORMES SYPHILITIQUES. 30 9
que ces résultats ont été signalés. Rappelons quelques exemples (i).
Lichtenstein (2) afQrme que la lymphe bien limpide prise dans les pustules produites par les frictions avec le tartre stibië est inoculable.
Cette expérience, répétée à deux reprises différentes par , le D' Andréa Renzi, de Pise, est restée sans eflfet. En revanche, ce dernier a inoculé Tecthy ma simple :
En janvier 1842, trois inoculations avec le pus fourni par Tecthyma simple ont été suivies, deux jours après, de trois pustules aux points d'insertion. Leur période d'accroissement dura dix jours pendant laquelle elles furent douloureuses; elles arrivèrent ensuite à dessiccation, et dans l'espace d*un mois tout disparut.
Aussi le pus des piqûres de sangsues :
Le 31 décembre 1842, sur le même bras, quatre inoculations sont pratiquées avec le pus exhalé par des piqûres de sangsues enflammées et suppurées.Deux jours après paraissent quatre pustules aux quatre points d'inoculation.
Le cinquième jour, trois inoculations sont renouvelées sur les parties voisines, et trois autres pustules, flUesdes premières^ se montrent le troisième jour.
Toutes les sept prirent ensuite l'aspect de véritables ulcères, ayant une période d'augmentation pendant vingt jours.
Plus tard, cette expérience a été répétée avec le même résultat. (A. Renzi.)
Enfin Vherpès laJbialis :
Antonio Maracci raconte au D^ Renzi qu'il a inoculé une vésicule d'herpès labialis que portait une personne en état
(1) Ils sont insérés dans les Annales des maladies et de la peau de la syphilis, et rapportés, la plupart, par le docteur Andréa Renzi, de Pise .
(2) Journal de Hufeland,
besoins et même ses caprices, peut constituer des métis (1 ) . i Il en est de môme pour la syphilis, maladie essentiellement dévolue à Tespèce humaine. S'il a été rarement possible, par l'inoculation d'un pus de la plus haute énergie virulente^dedéveloppersur quelques animaux une lésion isolée, — à la rigueur, l'ébauche du chancre, — et d'y reprendre le germe d'une nouvelle inoculation positive pour Thonmie, jamais on n'est parvenu à reproduire, non pas seulement les accidents confirmés, mais môme l'une des formes syphilitiques simples, ~ dans l'ensemble de ses symptômes, — avec ses évolutions ordinaires et régulières du chancre rongeur etdu bubon suppuré, encore moins de l'ulcération phagédénique.
§ 5. ^— De PanetenBeté htstori^ve de la syplitlls.
Le chancre simple a-t-il existé de toute antiquité, aloi^ que te chancre, dit infectant, a seulement paru en Europe, à l'époque de la Renaissance?
Nous nous garderons bien d'entreprendre ici, à propos des origines historiques de la syphilis, une poursuite laborieuse et superflue. Depuis près de quatre siècles, les médecins disputent sur l'antiquité ou l'importation nouvelle de cette maladie, au milieu d'un dédale de textes, de dates et de commentaires^ où les prétentions les plus opposées paraissent trouver égale satisfaction. Nous n'avons pas la présomption de trancher la difficulté et de mettre fin au débat.
L'opinion de Vantiquité a pour principaux représentants : Musitano, Minadou, Dom Galmet, Th. Beckett, Zacharie,
(1) Frédault. Des races humaines^ \n Art méd.^ t. X, p. 429. Voir le beau Traité (T Anthropologie physiologique et philosophique, . . de cet auteur.
Platner, Calvi, Haller, Grttner, B. Bell, — et trouve créance parmi beaucoup de nos contemporains.
L'origine exotique a été plus universellement, mais aussi plus diversement soutenue. — L'importation américaine^ accréditée d après le témoignage d'Oviedo, sérieusement motivée par Tautorité scientifique d'Aslruc,areçudestravaux bibliographiques de Girtanner une justification, qui semble aujourd'hui à un assez grand nombre de médecins, et à nous, en particulier, très-suffisante. — L'importation africaine compte en sa faveur les opinions de Sydenham, Haller, Plenck, Thierry, Haward, Sprengel et récemment des docteurs Copland, Meryon, etc., qui présument que la syphilis a eu pour germe primitif le pian, dont certaines localités de l'Afrique sont le berceau. D'autres ont soutenu plus particulièrement l'importation mauresque sous lorme de lèpre, dont le fléau récent était regardé comme la dégénérescence : opinion qui a rencontré beaucoup de partisans contemporains de l'invasion, tels que Sébastien d'Aquilée, Beroald, Schellig, Gilini, Léonicène, Montesauro, Simon, Pistor, et à la fin du dernier siècle, particulièrement Hens- 1er. — Enfin l'importation asiatique a aussi des prosélytes parmi lesquels : Swediaur, Beckmann, qui pensent qu'on la retrouve de tous temps dans les Indes Orientales, sous le nom de feu persan; Schaufus, qui présume qu elle nous est venue de ces contrées par les Bohémiens, etc., etc.
Il n'y a rien d'invraisemblable à conjecturer que le mal syphilitique peut avoir existé dans des temps plus ou moins reculés à la fois, en diverses localités lointaines, sépan^es ou inconnues du monde ancien^ sur des peuplades païqiiées dans l'intérieur de leurs îles ou la profondeur de leurs déserts; et cette conjecture peut mettre facilement d'accord les défenseurs de l'origine exotique et de l'importation mo- Davasse. 3 3
514 imiTÉ DE LA SYPHILIS.
derne de la maladie. Mais ce qui nous paraît inadmissible, c'est l'opinion qui tend à s'établir et par laquelle on déclare que les anciens et les princes de la tradition médicale, depuis Celsc et Galien, ont bien connu les accidents syphilitiques, mais sans en avoir établi l'évolution aujourd'hui si évidente et la contagion si caractéristique.
Dans cette controverse, il y a, pour nous, une question de bon sens, dont les savants 'ne se sont pas suffisamment préoccupés, maiià qui ne perd jamais ses droits. C'est la seule que nous voulons ici aborder.
Nous ferons remarquer que, — partisans de l'origine ancienne ou moderne, — tous les historiographes de la syphilis trouvent dans les mêmes textes des médecins, des poètes , des salyriques, etc., etc. , antérieurs au quinzième siècle, un argument que les deux partis se renvoient, depuis plus de trois cents ans, avec une égale ardeur sans pouvoir jamais se convaincre réciproquement. On dirait que la critique s'est renfermée à plaisir, — comme un écureuil, — dans une cage, pour y tourner continuellement sans avancer d'un pas. Il serait temps de sortir de ce cercle vicieux et étroit.
Plus que toute autre maladie peut-être, la syphilisprésente des affections qui ont des analogues dans les autres catégories nosologiques :des écoulements par les voies génitales, des ulcérations, des engorgements ganglionnaires, durs ou suppures, des éruptions tégumentaires multiples, des tumeurs diverses, des lésions des os et des muscles, etc., etc. Il est donc aisé de retrouver ces lésions similaires produites parla scrofule, les dartres, l'esthiomène, la gangrène, les tubercules, le cancer et d'autres sources morbides dont nous parlerons tout à l'heure^ dans la description des anciens auteurs, et de les attribuer à la syphilis, —surtout lorsqu'elles
STMTHÈSE DES FOBMES STPHILITIQCES. 5 I 5
siègent sur des régions suspectes. Mais cette attribution trop facile ne prouve réellement rien.
Pour conclure en faveur de la nature syphilitique, il faudrait prouver deux choses nécessairement: 1* l'originalité qui distingue ces affections ; 2** l'évolution qui les relie à des accidentsdememe nature. Ainsi, ladémonstrationd'unesyphilide exigel'évidence, — soit de Tun de ses caractères propres, tels que la configuration, la couleur, — soit de l'une de ses relations avec la céphalée, l'alopécie, Tadénopathie, l'angine. Or, dans les descriptions anciennes, cette originalité et ces relations font défaut, complètement défaut. Il faudrait supposer que le génie profondément observateur d'Hippocrate, d'Arétée, de Galien, etc., etc., les aurait entièrement ignorées. Pendant deux mille ans, il ne s'est trouvé aucun médecin pour les apercevoir. Et puis, voilà que tout à coup, à la fin du quinzième siècle, dans un temps que Ton donne comme barbare, en quelques années, d'un bout de TEurope à l'autre, tous les médecins se mettent à la fois à découvrir ces caractères frappants ! Tout le monde les proclame sur les toits ! Quelle étrange lumière illumine donc subitement et universellem enl la vue des observateurs !
Bien mieux ! Parmi les éruptions syphilitiques, il en est une à peu près constante, si spéciale dans sa physionomie, si pathognomoniquedansrensembledesesphénomènes,qu'elle affirme péremptoirement — par elle-même, et, en Tabsence de tout autre symptôme concomitant, — la nature, la forme et la période de la maladie : c'est la plaque muqueuse. Or, cette affection, — qui ne manque pour ainsi dire jamais, surtout chez les femmes, sur la sphère génito-anale, et qu'il est impossible de confondre avec toute autre, — pendant vingt siècles n'a pas été décrite une seule fois, remarquée une seule fois, aperçue une seule fois! Mais le plus simple
bon sens se révolte à cette absurdité évidente, et la plus simple réflexion sur ce sujet suflSrait à supprimer tout débat. Pour nous, le silence de toute la tradition à regard de la plaque muqueuse, — affection essentiellement syphilitique et sans analogue, — est un argument inconciliable avec la croyance à l'origine ancienne de la maladie.
Ceux qui prétendent que le chancre virulent simple, c'està-dire non suivi d'infection constitutionnelle, était, — seul, — connu des anciens, ont avancé une hypothèse qui, pour être plus restreinte, n'est pas moins gratuite.
Est-elle, cette hypothèse, au moins admise par tous les dualistes? Nullement. Écoutons M. Langlebert, opposant avec sa verve accoutumée M. Bassereau à M. Clerc : « — Le premier, partisan du dualisme pur et orthodoxe, et dont il est le père, ne voulant admettre aucune parenté entre le chancre simple et le chancre infectant, cherche à établir entre leurs origines une différence chronologique. Il interroge le passé, compulse, avec une patience de bénédictin, les in-folio grecs, latins ou arabes, et en exhume le chancre simple. Quant au chancre infectant, il attendra la fin du quinzième siècle pour paraître en ce monde. — Le second, partisan du dualisme uniléiste ou chancroïdien, dont il est également le père, a besoin pour soutenir sa théorie de prouver que le chancre simple est le fils ou au moins le petitfils du chancre infectant. Comme M. Bassereau, M. Clerc remonte le cours des siècles, et revient de cette savante et laborieuse excursion avec de nombreux témoignages historiques, établissant que non - seulement le chancre simple n'existait pas dans l'antiquité, mais encore qu'il est d'origine postérieure à celle du chancre infectant, et
STINTHÈSE DES FORMES SIPHILITIQUES. 517
qu'il ne s'est montré qu'en Tan de grâce 4533 (1), »
Il faut dire de Tulcération primitive ce que nous avons dit des accidents confirmés : toutes les lésions qui ont pour support la sphère génitale ne sont point d'origine vénérienne, et tous les accidents vénériens ne sont pas syphilitiques. Témoins d'abord le phymosis, le paraphymosis, les caroli.
L'on voit tous les jours, dans les diverses localités des organes génitaux, soit des éruptions éphémères, telles que des érosions herpétiques ou eczémateuses, soit des dartres persistantes, en particulier, l'esthiomène, des scrofulides avec ou sans ulcérations ; en outre, des furoncles, des abcès, l'anthrax, la gangrène, des kystes, répithélioma,le cancer ulcératif ou rongeant, les bubons strumeux, etc., etc. Toutes affections qui n'ont aucun caractère vénérien et encore moins syphilitique.
Il y a surtout deux affections qui ont été principalement confondues, chez l'homme, avec les véritables chancres : l'une plus légère, la balano-posthile; l'autre, plus grave et plus fréquente dans les pays chauds, l'anthrax.
La première existe très-fréquemment — en dehors de la blennorrhagie, des végétations et de tout accident vénérien, — chez les enfants, les jeunes gens et les vieillards dont le prépuce étroit recouvre habituellement le gland ; elle se manifeste par une inflammation plus ou moins vive de la muqueuse de ces parties, 'en particulier, des follicules de la rainure, avec ou sans érosions, et un écoulement catarrhal ou purulent. L'intumescence folliculaire au début et les ulcérations à la suite sont parfois assez accusées; mais, le plus ordinairement, il est mal aisé de les apprécier en raison du phymosis. Il survient même dans quelques cas, si l'on n'a
(1) Loc. cit. y p. a^s.
518 UlflTE DE Lk SYPHILIS.
soin d'y pourvoir, des accidents sérieux, produits par Télranglement du fourreau, tels que la gangrène de Tenveloppe cutanée ou d'une portion de la substance du gland. Gescas ont toujours été désignés sous le nom vulgaire d'échauffement. On les nommait aussi caroli ou calefactiones, Fallope a déjà bien soin de les distinguer : At ego dicam esse maximàm differentiam inter cariem et calefectiones ut infrapatebit (i). »
L'anlhrax est plus particulier aux pays chauds. L'on a également reconnu qu'il attaque surtout les hommes non circoncis. Aussi Philon dit expressément que la circoncision fut ordonnée pour prévenir celte grave affection. D après Galien, l'anthrax s'accompagne parfois de bubons et de fièvre ; et on l'a vue dévorer avec la rapidité du feu le gland entier.
Les anciens ont parlé de ces accidents, comme tous les nosologistescontemporainsenparlentcncore aujourd'hui. Mais ont-ils décrit dans ces lésions les caractères essentiels de l'ulcération virulente? Sa forme, ses aspects, ses évolutions, sa durée, la contemporanéité si ordinaire du bubon^ ses causes? Non. Encore une fois, il ne nous sied pas ici d'entrer dans la discussion usée des textes cités partout. Mais que Ton relise avec attention les descriptions d'Hippocrate, de Celse, de Galien, d'Oribase, d'Aëtius, de Paul d'Égine, des Arabes, de Palladius, de Guillaume de Salicet, de Guy de Chauliac, de Gordon, etc., et 1 on verra que ces traits caractéristiques du chancre syphilitique sont bien loin d'être flagrants.
Les contemporains de l'invasion syphilitique ne s'y sont pas mépris. Léonicène, l'un des premiers, établit la différence du chancre syphilitique et de l'anthrax, dès 1497 :
(1) Loc. cii,, p, 767.
0 Galien, Paul d'Égine, ainsi que Rhasès, — dit- il, — décrivent ainsi le feu sacré ou persique, ou plutôt le charbon. Ce qu'on nomme charbon est un ulcère large^ couvert d'une escharre, et s'annonce généralement par une petite pustule semblable à une brûlure. Quelquefois il n'y a pas de pustules dans le commencement, mais le malade est obligé de gratter la partie, ce qui produit tantôt une seule pustule, et d'autres fois plusieurs ; ces pustules n'excèdent pas un grain de millet en grosseur : il en résulte également, quand elles s'ouvrent, un ulcère couvert d'une escharre semblable à celle que laisse une brûlure profonde; la croûte est quelquefois d'une couleur cendrée, d'autres fois noire; elle adhère en outre fortement à sa base, et elle y est en quelque sorte clouée; la chair qui l'environne est enflammée et noirâtre, ou môme reluisante comme l'asphalte et la poix. Cette maladie diffère de celle que nous nommons maladie française, non-seulement par quantité d'autres signes particuliers à l'une, qui ne s'observent pas dans l'autre, mais encore par les pustules qui, dans la maladie française, sont beaucoup plus grosses qu'un grain de millet, et par la fièvre Irès-aiguë et quelquefois mortelle qui accompagne le charbon, comme le dit Galien (1). »
Or, chez les femmes, — circonstance digne de remarque, — il n'est pas question de ces mêmes accidents des organes génitaux.
Et nous prions que Ton y réfléchisse bien. Encore aujourd'hui, familiarisés comme nous sommes avec l'étude des aff*ections syphilitiques, et malgré tous les progrès réels accomplis dans cette partie de la séméiotique, les spécialistes les plus autorisés hésitent parfois dans le diagnostic du
(I) Loc, cit.^ p. 27.
5i0 UNITÉ DE LA SYPHILIS.
chancre : ils n'admettent d'autre critérium que l'épreuve décisive de l'iDoculation. Les dualistes les plus obstinés déclarent unanimement que « les ulcérations de toutes sortes qui siègent sur les organes génitaux et succèdent à des lésions aiguës comme la foUiculite, les abcès des petites glandes de cette région, ou à des affections chroniques comme les scrofuiides, les épithéliomes^ les gommes^ sont souvent difficiles à distinguer des chancres simples {{), » Les auteurs que nous citons ne font aucune difiBculté pourtant de discerner la nature syphilitique des lésions génitales décrites par les anciens, sans s'apercevoir qu'ils se mettent avec eux-mêmes en contradiction. Ainsi Tun d'eux, M.Belhomme, avoue (2) que l'on est obligé de torturer les textes pour arriver à trouver quelques notions vagues sur le chancre phagédénique dans les ouvrages publiés avant l'épidémie du quinzième siècle. Ainsi, ces difiBcultés, parfois si réelles et si flagrantes relalivement aux symptômes actuellement placés sous nos yeux, — on n'en tiendrait plus compte lorsqu'il faut décider, après des milliers d'années, sur la foi de quelques textes équivoques, torturés ou incomplets!
Ce qui donne le change aux esprits, c'est que ces lésions, des organes de la génération, sans avoir le caractère vénérien^ ne sont pas toutes et toujours inoffensives dans le commerce sexuel; et que, indépendamment de ces lésions, la débauche, surtout dans les sociétés antiques, ne perdait pas SCS droits. Les prostituées d'Athènes et de Rome n'échappaient pas davantage, — encore moins peut-être, — que celles de nos jours, séquestrées par les règlements, — aux accidents journaliers de leur profession. Et certes, le liberti-
(1) Belhomme et Martin, ioc. «7., p. 4fi2.
(2) Belhomme, Du chancre phagédénique. Thèse. Paris, 1862.
SirtTHÈSE DES FORMES SYPHILITIQUES. 521
nage ne s'alimentait point à cette unique source; elle était déjà par elle-même suffisamment répandue. « Les Romains, sous leurs empereurs, surpassaient par leurs excès les peuples qu'ils avaient vaincus. Les femmes des simples particuliers, et même de ceux qui occupaient les premières dignités, n'eurent pas honte de se prostituer publiquement; elles surpassèrent même en effronterie les courtisanes de profession... En Grèce, les jeunes filles offraient les prémices de leur virginité et se prostituaient publiquement à des étrangers devant leurs idoles (i). » Il serait trop facile de multiplier ces tristes et honteux tableaux qui font assez comprendre que les excès de la débauche devaient porter plus d'une fois leurs fruits. Aussi, sans usurper le caractère virulent, les inflammations^ les ulcérations, les affections gangreneuses, les productions morbides diverses de la vulve, du vagin et de l'utérus n'étaient p^ns moins une source fortuite et possible d'accidents. Il faut y joindre ceux qui étaient dus à une provenance contagieuse incontestable, en particulier, les végétations et les fies, dont la source et la nature honteuses furent toujours bien connues; témoin Tépigramme célèbre de Martial :
Ficosa est uxor, ficosus et ipse maritus. Filia ficosa est, et gêner atque nepos.
Mais, si une telle transmission, si souvent contingente, même pour ces derniers maux, n'avait point échappé à la verve des poètes latins, comment supposer que la contagion — bien autrement active et virulente — du chancre simple restât lettre morte jusqu'à la fin du quinzième siècle, surtout au milieu des mœurs aussi universellement corrompues des
(1) Bell, Traité de la gonorrhée virulente ou de la maladie vénérienne^ traduit de l'anglais par Bosquillon, t. II, p. 6.
523 UIXITÉ DE Lk STPHIUS.
sociétés païennes? Et pourtant quels aliments ne devait-elle point rencontrer, d'autant plus flagrants et multipliés qu'une ignorance sans bornes, unie à une corruption sans frein, allait multipliant sans cesse les dangers de l'active propagation? Au contraire, ainsi qu'il a été dit tout à l'heure, à peine la véritable ulcération virulente apparait-elle, en 1494, que sa contagion directe, immédiate, essentielle, est tout d'abord signalée, sinon par tous, au moins par la plupart des contemporains. -
Yoilà, ce nous semble, la solution franche ef nette que suggère le bon sens^ éclairé par les monuments de la science et de l'histoire, sans se laisser entraver par le fatras de vaincs recherches ou de puériles subtilités.
Il faut ajouter^ en terminant ce chapitre^ que le dualisme objecte encore la différence des indications curatives dans le chancre simple et la syphilis confirmée : objection sans valeur, lorsque l'on sait que les indications varient môme avec les périodes de cette dernière forme morbide ; à plus forte raison, avec chaque forme en particulier.
En résumé, la syphilis simple et la syphilis confirmée constituent, non deux maladies différentes, mais deux types formels d'une même maladie.