‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 48 sur 57 · SYPHILIS SIMPLE, BÉNIGNE ET PHAGÉDÉNIQUE · texte numérisé non relu

SYPHILIS SIMPLE, BÉNIGNE ET PHAGÉDÉNIQUE

La syphilis simple, de forme bénigne^ se rattache à la précédente — par l'ulcération chancreuse virulente, lésion primordiale commune à toutes les formes acquises, — l'échange possible de la contagion. Elle s'en distingue par

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quelques caractères objectifs, Tacuité de ses phénomènes, la tendance suppurative, l'intensité de son pouvoir contagieux, et surtout par l'absence de lésions multiples ou généralisées. La discussion prolongée du chapitre précédent établit outre mesure, avec la diversité de ces caractères, son essence ou identité de nature, et rend superflu tout retour, ou toute insistance à cet égard.

Il en est de même pour la syphilis simple, de forme maligne ou essentiellement phagédénique, que nous regardons comme une forme distincte, et non pas seulement,dans Tespèce, comme un accident ou une déviation de la première.

Notre opinion parait suffisamment justifiée par révolution, si caractéristique et si différente, de durée, de gravité, de curabilité dans les deux cas. Ce n'est pas le coup d'œil net, perçant, expérimenté du praticien qui confondra jamais, dans une môme catégorie d'accidents syphilitiques, l'ulcération simple et aiguë du chancre bénin, avec l'ulcère anfractueux , dévorant, serpigineux, chronique, plusieurs fois renaissant, toujours nomade et rebelle.

Il est vrai que le phagédénisme peut n'être qu'un accident du chancre simple; mais ce même accident complique aussi la syphilis confirmée dans ses diverses périodes : preuve nouvelle de l'affinité de nature qui les unit. Cependant l'état phagédénique constitue dans la forme dont nous parlons son plus important attribut. Ce n'est pas à un moment donné qu'il survient, à titre de complication intercurrente. Son début et sa fin comprennent toute l'évolution de la maladie. On ne voit point reparaître Tulcération bénigne, bien et dûment cicatrisée. Au contraire, l'ulcère phagédénique a d'interminables retours.

Chose singulière ! cesontles dualistesqui, — au lieu de s'en

tenir logiquement à la supposition de Thétérogënie du virus pourexpliquer la diversitédeseffetsmorbides, — empruntent à leurs adversaires le vieil argument tiré de Tidiosyncrasie, et expliquent la forme phagédénique par l'influence de la diatkèse scrofiileuse, du vice scorbutique, des affections viscérales concomitantes, de Tabus du mercure, etc., etc. Sans nier l'action variée de ces conditions, nous affirmons qu'elles n'ont pas ici la portée déûnie qu'on leur assigne. Parmi les observations prises sans choix (au moins sous ce rapport), que nous avons citées, il serait difficile de trouver dans la constitution des sujets la clef des accidents phagédéniques. Bien plus : après avoir eu la curiosité de faire dans les auteurs un relevé de ces accidents, nous n'avons pas tardé à reconnaître que les causes qui leur sont habituellement assignées brillent par leur absence dans la plupart des cas. C'est donc se nourrir de chimères et se payer de mots que d'invoquerencore aujourd'hui le vice scorbutique, par exemple, — comme l'on invoquait hier la gastro-entérite, ou plus lointainement la bile et les humeurs.

On dit que l'ulcère phagédénique ne reconnaît pas pour ascendant un ulcère de même nature; que l'inoculation ne le reproduit pas dans son espèce. Pour le phagédénisme accidentel, cela est vrai. Dans la forme essentielle, il n'en est pas entièrement ainsi. Carmichaôl, un bon juge, soutient sa spécificité distincte. B. Bell, toujours sagace observateur, est suffisamment explicite : « Ces progrès rapides des chancres, — dit-il en parlant de ceux qui nous occupent, — dépendent en général, à ce que Von croit ^ de la constitution particulière des malades; néanmoins, je soupçonne, d'après les faits suivants, que ces variétés sont quelquefois l'efi'et de la nature du virus : les chancres de ce genre sont bien plus communs dans certains temps que dans d'autres.

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et je les ai observés dans le même temps sur différents individus infectés par la même femme. Il y a deux ans environ, j'ai rencontré beaucoup plus de ces chancres phagédéniques, en trois ou quatre mois, que je n'en avais vu avant dans le cours de plusieurs années. Quatre malades les avaient gagnés de la même femme. Chez tous, les chancres parurent de bonne heure ; ils firent des progrès extrêmement rapides ; trois ou quatre jours mêmes après qu'ils se furent manifestés, il en résulta des hémorrbagies fort embarrassantes; et dans une petite ville où je fus appelé dernièrement, le chirurgien ordinaire me dit que, depuis peu de semaines, il avait vu trois malades attaqués des mêmes symptômes également infectés parla même femme (1). » B. Travers signale, en de certains moments, leur fréquence à Londres. Nous avons cité ailleurs (p. 141) l'opinion de M. Ricord. Enfin, tout en admettant l'inconstance de la transmission do ce type dans sa variété, nous ne voyons là qu'une question relative qui n'exclut pas l'identité de nature de la maladie.

Quant à la syphilis confirmée, elle peut être transmise par l'ulcère phagédénique, à quelque titre que ce soit. Seulement, comme ces faits sont rares ou peu connus, l'on n'a guère occasion de les signaler. L'une de nos observations (xLVi*) est un exemple irrécusable de cette transmission.

Les syphilis héréditaires constituent-elles des formes distinctes? ou plutôt ne seraient-elles autre chose que la syphilis confirmée dont l'origine, puisée sur les parents, se continue sur leurs descendants ?

M. Dechambre a soutenu la dernière opinion. Pour lui,

(1) Loc. cit., p. 110.

l'hérédité syphilitique n'est que l'un des procédés de sa contagion. « Elle ne constitue pas plus l'hérédité proprement dite, que l'empoisonnement du fœtus par Tinjection de la noix vomique dans les veines de la mère ne constitue l'hérédité tétanique. » Il y a là un rapprochement spécieux, une conclusion erronée. L'injection d'un poison dans les veines maternelles provoque sur le fœtus des résultats toxiques immédiats. Dans cet ordre de faits, l'incubation est inconnue. Ce n'est jamais un mois, trois mois après la naissance qu'on voit éclater les suites néfastes. Le poison n'a pas cette patience. Il attaque toujours aussitôt , et, à dose suffisante, il tue à l'instant. Certes, ce n'est pas la dose qui manque, ni la durée d'action, ni l'efficacité de l'absorption dans l'imprégnation continue et permanente du fœtus par le poison maternel qui le baigne et le pénètre par tous ses pores, aliment incessant, atmosphère obligée de son étroite prison ! Pourquoi donc, après neuf mois de séjour et de contact, l'enfant émerge-t-il de ce foyer ardent et prolongé de contagion, le plus souvent, sinon toujours, avec les apparences d'une bonne santé au moment de la naissance ? Et pourquoi ne présente-t-il jamais aucune trace de l'ulcération virulente, cette implacable lésion acquise, au contraire, dans tous les cas de transmission véritablement contagieuse ? Qu'est-ce enfin, avant toute explosion, que ce silence des accidents pendant une partie de la vie, peut-être même au delà de toute une génération ? Tous ces beaux systèmes spécieux ne tiennent guère devant les faits.

Si quelqucchosenousétonne,c'estde voir M. Diday, l'auteur de \eL Syphilis des nouveau-nés^ adopter ces travers pour le plaisir de se mettre, — comme toujours — avec lui-même, en contradiction. Combien nous l'aimons mieux lorsqu'il écrit ces lignes si vraies, frappées au coin de l'observation et

non du paradoxe ! a La syphilis congéniale n'affecte ni les allures^ ni la marche, ni l'enchaînement des symptômes de la syphilis des adultes. Pour peu qu'on l'ait observée, il est facilede voir que ce sont là deux maladies (formes) semblables, mais non pas identiques; que si leur pronostic diffère, c'est moins en raison de l'âge des sujets qu'elles frappent que par la nature, le génie particulier à chacune d'elles. Produisant, avant aucun autre signe caractéristique, une sorte d'atrophie, de rabougrissement dans l'ensemble de l'individu ; éclatant ensuite sur cent points presque à la fois; s'accompagnant, dès les premiers jours, de lésions viscérales inconnues à la syphilis acquise ; contagieuse par* ses moindres symptômes, la vérole congéniale ne doit être comparée qu'à elle-même, et c'est à la force bien plus qu'à la faiblesse de ses victimes qu'il faut demander le secret des dangers particuliers qu'elle recèle (1). » Et plus loin, car nous citerions volontiers tout ce livre : a Ces ulcères rongeants qui rappellent les temps fabuleux de la syphilis du quinzième siècle; ces suppurations qui détrui- ' sent en une semaine la sculpture osseuse des fosses nasales; ces bulles envahissant presque à vue d'œil la totalité du tégument externe ; ces croûtes hideuses sous lesquelles la face de Tenfant reste ensevelie jusqu'au dernier jour ; ces foyers purulents qui creusent le parenchyme des viscères les plus essentiels; ces plaques muqueuses entassées et adossées qui se propagent et se multiplient avec une rapidité que rien n'arrête ; la contagiosité incontestable de plusieurs de ces lésions tégumentaires : la subite et profonde atteinte que de telles altérations portent à la santé; la précoce cachexie et la terminaison trop ordinaire qui en est la con-

(1) toc, cit., p. 209.

VUE GÉNÉRiLE DE LA MiLADIE. 529

séquence, tout ne témoigne-t-il pas de la férocité ordinaire de Tageot morbide? etc., etc. »

Laissons Thypothèse métaphorique qui éclate dans les derniers mots, et convenons que Tensemble de ces caractères justifie suffisamment la distinction de la syphilis congéniale comme forme distincte.

Plus obscure, la syphilis héréditaire proprement dite a des évolutions et des phénomènes très-différents. Dépourvu de contagiosité manifeste, ne se révélant qu'à une époque plus ou moins tardive de l'existence par des lésions tertiaires, fixes, lentes, invétérées, par des dégénérescences particulières ce type, — distinct de la forme congéniale des nouveau-nés, — ne présente pas une originalité moins grande et mérite tout autaijt le rang que nous lui décernons dans les formes de la maladie.

SYPHILIS ENDÉMOÉPIDÉMIQUES.

U épidémie du quinzième siècle, les endémies disséminées constituent-elles des maladies distinctes de la syphilis ?

Épidémie du XV® siècle.

L'épidémie du quinzième siècle a été considérée comme n'appartenant pas proprement à cette dernière maladie.

a. — L'une des plus anciennes opinions est celle qui attribue le fléau à la lèpre ou du moins à sa dégénérescence, sous les noms ô!éléphantiasis, formica^ leucé, sofati. Il est certain que nulle assimulation ne pouvait paraître d'abord plus vraisemblable, en présence d'une affection inconnue dont l'éruption boutonneuse et généralisée de la peau formait l'élément le plus tranché. Il y avait, en outre, d'autres symptômes analogues dans les deux cas : l'alopécie, les ul-

Davasse. 3 A

cères, les mutilations. Aussi, dans les premiers moments d'hésitation, c'est la l^pre que Ton signale, ou plutôt sa dégénérescence, car son identité ne pouvait être, — en raison ^dela différence des symptômes^ — sérieusement en crédit. Et encore, malgré cette concession, l'opinion dont il s'agit, loin de réunir l'universalité des observateurs contemporains, est énergiquement coipbattue par la plupart d'entre eux : Grtindbeck, Benedict, Beniviéni, Fulgose, Jean de Vigo et plus tard par Gabriel Faliope (i).

En effet, la lèpre n'i' tait point tellement méconnue ou tellement oubliée en Europe. La tradition conservait, — depuis la description si caractéristique de Moïse et les tableaux si colorés d'Arétée, — son signalement précis. Mieux que cela. Répandue en diverses circonstances sur notre continent, dès les premières époques de l'ère chrétienne, et surtout après le retour des croisades, les médecins avaient eu de fréquents exemples, dans les trois derniers siècles, de voir celte aflfreuse maladie de près. Ils avaient reconnu depuis longtemps la plupart de ses traits : — la décoloration, l'aridité, le raccoruissement, la momification de la peau ; son endurcissement étendu au tissu cellulaire ; les taches blanches, légèrement fauves à leur origine, déprimées, se convertissant en écailles, se couvrant plus tard et lentement de taches horribles; la déformation du visage; la saillie des pommettes, le développement considérable des oreilles, des parties molles du nez, de la totalité ou d'une partie du corps, du scrotum, l'aspect monstrueux qui en était l'ordinaire résultat; l'insensibilité, dès le principe, de la peau des membres ; la stupidité plus ou moins complète des fa-

\l) Ce dernier, dans son langage toujours un peu vif, s*écrie : « Quis erit tam stupidus^ qui eumdem esse affectum sustentare audeai ? » {L. c, p. 763).

TUE GÉNÉBÂBE DE Li UiLADIE. 531

cultes intellectuelles : — telles senties différences caractérielles, pour ne parler que des principaux symptômes assurément bien suffisants, surtout si Top ajoute la lenteur des évolutions, dont la durée était le plus souvent celle delà vie, et Tabsence de lésions réellement virulentes.

Grâce aux bulles des papes, aux exemples des rois, au dévouement des hospitaliers, les peuples chrétiens avaient fini par se familiariser avec le cont^ctde ces infortunés que les anciens et les infidèles repoussaient loin d'eux. Qui ne fuirait un lépreux! s'écriait énergiquement l'antiquité par la bouche d'Arétée de Gappadoce. On sait comment saint Louis, à la tôte des sociétés chrétiennes, répondait à ces dédains. Jourdan, qui n'est point suspect, laisse tomber cet aveu : «Lors donc que les Croisés revinrent en Europe, ceux d'entre eux qui étaient atteints de la lèpre, et il devait y en avoir un grand nombre, furent considérés non-seulement comme des objets dignes de la commisération publique, mais encore comme participant^ en quelque sorte, aux qualités du saint qu'on révérait. On les appelait pauperes Christi^ morbi heati Lazari languentes^ et la lèpre elle-même était désignée sous le nom de mal de Saint-Lazare, On se faisait un devoir de fréquenter, de soigner ces malades, de leur rendre les plus dégoûtants services. Prêtres et laïcs, princes et particuliers, chacun s'empressait à l'envi de les servir. Robert, roi de France, leur lavait et baisait les pieds pour se mettre en odeur de sainteté (1). » Que l'on compare ces sentiments de compassion avec ceux qui accueillent l'invasion syphilitique, avec l'horreur des populations — partout énergiquement avouée et exprimée — aussitôt que la source

(l) Dict. en 60 vol., art. Lèpre, p. 647. L'auteur ajoute, à cause des faits qui précèdent, « que la raison semblait avoir fui le séjour de TEurope. » 11 est plus consolant de \oir que ce n'était pas la charité.

suspecte en est avérée. Ce n'est plus le mal de Lazare, c'est le mal honteux, le gros mal, le mal immonde, le vilain mal. Partout oîi il pénètre, le baptême qu'il reçoit témoigne du dégoût universel ; et, pour tout dire, les malandrins euxmêmes ne dissimulent pas leur répulsion; les lépreux ne veulent pas, dans leurs mezelleries^ de syphilitiques pour compagnons. Laurent Frisius raconte que les premiers se soulevèrent pour repousser les seconds, et que l'on fut obligé de bâlir partout de nouveaux hôpitaux, surtout à Paris.

Indépendamment des témoignages de la science, il nous semble que ce cri unanime de l'opinion publique a bien sa valeur.

Ce qui a induit en erreur, — avec le caractère de l'éruption scabieuse de la syphilis à son apparition, — c'est la circonstance concomitante du déclin de la lèpre. Déjà, dans le cours du quinzième siècle, ses foyers se limitaient en Europe ; les aiTections éléphantiasiques y devenaient inconnues. Après de longues migrations, le mal se concentrait dans ses campements anciens, dans ses latitudes exotiques. On devait croire aisément à sa transformation. Or, encore aujourd'hui, dans ses sources endémiques, la lèpre ancienne n'a point disparu. Nos soldats l'ont retrouvée en Egypte, et plus d'un revint de la grande expédition, victime de la jnaladie . Tous les médecins q ui ont voyagé dansce tte contrée l'ont observée dans son tableau le plus hideux, sans la confondre avec la maladie syphilitique. On la rencontre encore aux Antilles, aux Barbades, etc., etc. ; dans l'Océan indien, dans les îles du Japon, l'intérieur de la Chine, etc., etc. Partout elle occupe une place à part dans l'esprit des savants, comme dans l'instinct des populations. Et, nulle part, on ne l'a point encore vue dégénérer ou se transformer sous l'aspect de la syphilis qu'elle ne communique d'ailleurs jamais.

b, — L'on a récemment avancé que le mal du quinzième siècle était une épidémie de typhus. C'est l'opinion d'un spécialiste très-compétent, M. Gazenave, etd'un très-recommandable savant, M. Pollin. Ce dernier s'exprime ainsi : « L'examen de sources originales sur ce point délicat de l'histoire de la médecine nous laisse croire que la fameuse épidémie du quinzième siècle n'a jamais été une épidémie de syphilis, mais une de ces épidémies de typhus qu'on observe assez souvent quand il existe de grands rassemblements d'individus, épidémie que compliquent la pourriture d'hôpital, le scorbut, les érysipèles, et durant lesquelles les syphilitiques voient leurs accidents prendre une gravité qu'ils n'auraient pas sans cela (1). » Nous sommes parfaitement d'accord avec notre savant ami sur un point: il n'y a rien d'improbable à conjecturer qu'il s'est glissé bien des élémentsétrangersdans l'épidémie en question, et qu'il ne faut pas mettre tous ses ravages sur le compte de l'invasion syphilitique. La maladie des camps et des villes assiégées a dû faire plus d'une victime dans Tenceinte de Naples et les retranchements de Charles VIIL

Cependant, ce n'est pas tout. Le typhus épidéraique a été maintes fois observé et décrit, depuis Hippocrate, par les auteurs et les historiens Thucydide, Héraclide, Celse, Arétée, Cœlius, Galien, Oribase, Aëtius, sous les noms de fièvre pestileniielle^ typhode^ pétéchiale^ comateuse^ etc. , etc., et jamais dans les descriptions il u'est entré un seul trait appartenant à la contagion syphilitique. Lors d'une épidémie de fièvres pétéchiales qui sévit en Europe vers le commencement du quinzième siècle, Jacobus décrit les macules semblables aux morsures de puces, — maculas pulicum morsibus similes, — dans ses Commentaires sui^Avicenne (2)»

(1) Follin, Trait élém, de pathol. ext., I86l, p. 622.

(2) Can. IV. 1,4,2.

It4 UNITÉ DE LA STPHIUS.

et ne parle d'aucune autre éruption. Al. Benedict, qui décrivait la fièvre pestilentielle (1), et Fracastor les constitutions pétéchiale8{i) de ritalie, en 1505et 1528, c'est-à-dire en même temps qu ils relataient, d'un autre côté, Thistoire de l'apparition récente de la syphilis, n'ont nullement confondu les deux maladies. On peut en dire autant de N. Massa, d'Ingrassias, de J. Langius, de 6. Fallope , etc., dont personne ne récusera la compétence en matière d'observation dans l'une et l'autre circonstance. C'est justement Texamen des sources originales qui nous fait co nclureque les témoins de Tépidémie ne se sont pas si complètement trompés qu'on suppose dans leur véridique témoignage. £t, pour nous, ce consentement universel des contemporains nous parait, il faut bien le dire, un monument plus solide que les conjectures discordantes formulées par les critiques les plus raffinés, — quatre cents ans après les événements en question. Il nous resterait enfin le recours au bon sens pour comprendre que les malades frappés par le typhus ne promenaient guère par les rues le visage boutonné des syphilitiques, et devaient s'abstenir, le cas échéant, d'aller porter en personne leurs conseils, comme le premier ministre de Henri VIII, à l'oreille des rois.

c. — 11 n'y a pas jusqu'à la morve et au farcin que l'on n'ait invoqués pour s'expliquer cette malheureuse épidémie. On sait que Yan-Helmont, à la suite de quelques suppositions imaginées par G. Fallope et Fioraventi, avait rapporté la source du mal syphilitique à une jument atteinte de farcin, qui^ par quelque abominable commerce, avait infecté un soldat de l'armée française devant Naples.Nous retrouvons,

(1) L. De pestilentiaf 1516.

{2) De morb. contag, lib. III. Yenet ap. Junt 1584.

non sans surprise, celte conjecture hasardée émise sous forme de doute par M. Ricord. « En étudiant, — écrit-il, — avec soin la description de l'épidémie du quinzième siècle, je suis frappé d'un fait qui me semble d'un intérêt saisissant : le mode de transmission des accidents, leur gravité, la prédominance de l'infection constitutionnelle^ les phénomènes locaux qui manquaient souvent ou passaient inaperçus, tout cela me paraît ressembler beaucoup plus à ce que nous connaissons aujourd'hui de la morve aiguë et du farcin qu'à la vérole... La connaissance de la morve et du farcin chez l'homme est toute récente, et cependant l'aptitude de l'homme à contracter cette maladie, qui a existé de tout temps sur l'espèce chevaline, cette aptitude ne doit pas être un fait récent. Que d'hommes morveux et fafcineux ont dû être et ont été pris pour syphilitiques !

«... L'épidémie que déjà certains auteurs, etParacelse, entre autres, considéraient comme un mélange des anciens maux vénériens et de la lèpre, ne peut-elle pas plus probablement être considérée comme un mélange des anciens maux vénériens avec la morve et le farcin? La morve si spontanée et si facile à se produire sur les chevaux et surtout en temps de guerre et avec les encombrements qui la suivent.

a Etudiez les symptômes, et vous verrez se manifester d'abord, comme d'emblée, les accidents les plus graves, ce qui n'arrive pas pour la syphilis d'aujourd'hui; vous verrez se produire du pus inoculable dans toutes les parties du corps, ce que nous ne voyons pas pour la syphihs actuelle.

a ... Il me semble voir poindre les premières lueurs d'une vérité qui nous échappe à cette heure ; nous la devrons, cette vérité, aux beaux travaux de M. Rayer et de son école, de M. Renault (d'Alforl) sur cette terrible maladie

dont rbomme s'est trouvé si tristement doté et à laquelle je trouve de si frappantes ressemblances avec l'épidémie du quinzième siècle... (1).»

Et quelques jours après la publication de cette lettre, M. Beau de chercher à démontrer que Tépidémie du quinzième siècle n'était autre chose qu'une épidémie de morve. « C'est au siège de Naples, — dit ce dernier, — que parut la morve des chevaux pour la première fois. Parazzez est le premier auteur espagnol qui en a parlé ; il fut lui-même à ce siège, et les auteurs espagnols sont les premiers qui ont donné Thistoire de cette maladie, qu'ils appelaient muermo (2). »

Assurément la syphilis a pu être confondue anciennement avec la morve, puisque cette confusion a été signalée plus d'une fois encore de nos jours. Mais de là, à considérer la relation historique des symptômes de l'épidémie comme s'appliquant, dans leur généralité, à la morve et au farcin, c'est une autre question.

M. Ricord n'a été frappé de cette lueur soudaine, de ce rapprochement inattendu qu'en vue d'interpréter, dans un sens conforme à ses anciennes doctrines, à ses errements favoris, cette ubiquité virulente de la syphilis épidémique. La contagion des accidents secondaires — qui était pour lui, il y a quelques années à peine, un fait purement négatif, — ne saurait être acceptée aujourd'hui comme une fin de nonrecevoir dans la discussion historique, et M. Ricord n'est plus lui-même à en convenir. Voilà donc le premier et le principal argument de sa thèse qui se retourne contre lui.

Cette première brèche sufiSt à elle seule à faire bon marché du système général de sa défense. Si le pus des lésions

(1) Lettres sur la syphilis, p. 133.

(2) Union méd., 13 juin 1860.

TUE GÉItÉRALE DE LA MALADIE. 537

cutanées était essentiellement contagieux, — ce qui n'est point en doute, — on s'explique aisément la gravité, la prédominance, la précocité des accidents généraux, — comme dans la variole, par exemple, — sans avoir besoin de recourir aux pustules de la morve et aux abcès du farcin, dont les évolutions sont, en définitive, si différentes de celles de la syphilis. Que leurs apparences mutuelles puissent être confondues, — d'après un seul symptôme ou à un moment donné, — nous le reconnaissons sans peine ; mais tout médecin , qui n'est point aveuglé ouébloui par quelque conception systématique, conviendra plus aisément encore qu'il est impossible de reconnaître le portrait de la morve et du farcin dans l'ensemble et la succession dessymptômessyphilitiques, tandis que nous admirons, au contraire, la fidélité du compte rendu de cette maladie dans les esquisses et les dénominations des premiers auteurs.

Voit-on la contagion originaire de l'espèce chevaline se communiquer habituellement par le commerce vénérien et débuter par les organes de la génération? Écoutons Léonicène parlant du siège des pustules : a Pudenda primum, deinde reliquum corpus cum magno plerumque dolore occupantes. » Et Fulgose, dans un premier ouvrage imprimé à Milan en 1509 : a Mais ce qu'il y avait de plus étonnant, c'est que celte contagion ne se communiquait que dans le coït, commençant toujours pdr les parties génitales. s> Musa Brassavole disait en son temps : a Dicendum est ideo a pudendis incipere quœ illa sunt quœprimum contagium rccipjMW^.» N'insistons pas. Les auteurs ne sont point d'ailleurs, à cet égard, unanimes ; mais cette divergence même nous permet de faire une part à la diversité des intermédiaires de la contagion.

En se plaçant au point de vue restreint de l'homotonie de

la syphilis, il est malaisé d'apercevoir ses perspectives multiples ou de reconnaître rordonnance générale qui les unit; mais en découvrant tout son horizon, ses plans successifs apparaissent et les ombres s'effacent dans le plein jour. Aussi avons-nous déjà vu (p. 378) quelle lumière, considérée comme forme distincte, recevait l'histoire épidémique de la syphilis.

Il y a un préjugé et une hypothèse qui luttent contre l'évidence du caractère épidémique de la syphilis originelle.

Le préjugé, c'est que, par épidémie, il faut entendre la communication d'un germe d'infection morbide par l'intermédiaire de l'air, — préjugé qui fut, en particulier, pour la syphilis, accrédité par Sanchez, — et que tel n'est jamais le mode de propagation de cette affection. Mais, en réalité, la signification positive attachée à l'idée d'épidémie ne sousenlend aucunement le mécanisme de son développement ou de sa communication ; et la syphilis, tout en restant subordonnée dans son essor aux nécessités d'un contact plus ou moins intime, n'est point déshéritée entièrement de son génie épidémique. La variole, qpi n'est pas moins virulente et dont la contagiosité semble plus subtile encore, s'est présentée en plus d'une épidémie sous une forme distincte. Et c'est une vérité reconnue que, lorsqu'une maladie visite pour la première fois certaines contrées, sévissant à la fois sur un grand nombre de personnes dans une même population, ses ravages acquièrent souvent l'intensité la plus haute.

Cette loi n'est point étrangère à la syphilis, si on veut bien considérer celle-ci soit à son origine, soit dans certaines contrées où elle s'est commme transplantée à l'état endémique. C'est ce qui a fait dire à Swediaur, avec quelque apparence de raison : « A l'égard de la propagation et des progrès de la maladie syphilitique, il paraît qu'en général la maladie importée pour la première fois dans un pays nouveau, quel que

soit son climat, produit des effets très-vioieats sur le corps humain ; mais ces ravages sont terribles, au moins pour quelque temps, lorsqu'elle est importée d'un climat chaud dans un pays froid. Les progrès et les symptômes de la maladie syphilitique, importée de FEurope en Canada de nos jours, en forment une preuve incontestable : peut-être ses effets désastreux, lors de son apparition en Europe, sont-ils dus à la même cause. Nous voyons même encore aujourd'hui que les affections syphilitiques des parties génitales gagnées sur la côte d'Afrique et transplantées sur la côte d'Angleterre sont, en général, plus violentes que celles que se communiquent réciproquement les habitants du même pays qui ne l'ont point quitté (1). »

Nous pourrions multiplier ces citations et rappeler, par exemple, l'observation des célèbres praticiens placés à la tête de l'ancien hôpital de Vaugirard. Mais nous avons hâte d'arriver à la fin de cette discussion, appuyant seulement notre manière de voir sur les deux exemples suivants.

Dans les observations faites par les chirurgiens anglais lors de l'expédition en Portugal, en 1812, et dont nous retrouvons les documents intéressants dans le livre de M. Ch. Drysdale (2), on ht ce passage écrit par le D' Fergusson : a II est probable que, dans l'armée anglaise, il y a plus d'hommes qui ont subi la plus triste de toutes les mutilations, durant les quatre années de son séjour en Portugal, que n'en pourraient fournir les registres de tous les hôpitaux de l'Angleterre, pendant le siècle dernier; car l'ulcération vénérienne est non-seulement devenue plus rebelle à l'opération du mercure quelle ne Cest dans la mère

(1) Traité des maladies vénériennes, Paris 1817, t. I, p. 74.

(2) Drysdale. Traitement de la syphilis et d'autres maladies sans mercure. Trad. deTaDglais, Paris, 1864.

patrie sous des circonstances analogues ; mais, de plus, la constilutioD, tout en étant fortement sous Tinfluence du remède^ a été affligée de symptômes secondaires dans une proportion qu'il n'était pas possible de prévoir. Pour les gens du pays^ au contraire, la maladie est très-légère, curable, pour la plupart, par des traitements topiques seuls... (1) » Ce chirurgien, il est vrai, et ses collègues Rose, Guthrie, etc., attribuent cette gravité imprévue à Tabus du mercure auquel les malades anglais étaient soumis, tandis que les naturels avaient soin de s'en abstenir. Sans rejeter complètement cette interprétation, nous demanderons comment le même traitement, adopté dans les garnisons de Tintérieur de l'Angleterre, n'avait pas les mêmes eflets fâcheux qui furent observés en Portugal.

Voici un compte rendu assez récent communiqué à la Société de biologie par M. Charton, chirurgien militaire distingué au corps expéditionnaire de Rome : « Les chancres, — dit-il, — dans les premiers mois de notre séjour à Rome, s'accompagnaient de phénomènes locaux véritablement graves. Quelquefois, en très-peu de jours, le prépuce tombî^jt frappé de gangrène... Dans quelques cas, la gangrène atteignait le gland et le corps de la verge. Les chancres bénins étaient en petit nombre. Les formes ron^^aw^e, serpigineuse, champignonnée, gangreneuse se rencontraient dans la majorité des cas,.. » Au contraire, quelques années plus tard, la plupart des chancres avaient une forme bénigne ou s'induraient. Et l'auteur de se demander à quoi tient cette différence.

L'hypothèse qui s'oppose à la prise en considération légitime de ces faits, c'est toujours le parti pris d'attribuer au

(1) Loc, cit. p. 45.

virus la cause prochaine des accidents et de dépouiller les justes privilèges de la maladie au profit de ce dernier. Ainsi nous retrouvons cette hypothèse à toutes les avenues de la sy philographie, comme une sorte d'écran obstiné entre l'observation et l'esprit des observateurs.

Le parallèle suivant des formes endémiques donnera plus de consistance encore à notre pensée.

Le pian.

V Identité de nature avec la syphilis, — Combattue par Hunter, Levacher, MM. Sigaud, Paulet, Gintrac, elle a été affirmée nettement par Swediaur, M. Lagneau, et, en dernier lieu, par M. Rollet.

Hunter regarde le pian comme une pseudo-syphilis y — après avoir avoué les analogies remarquables entre le pian et TafiFection syphilitique vulgaire, il conclut que ces maladies sont distinctes : 1** parce que le premier guérit quelque fois seul par l'hygiène et le régime ; 2® parce que, comme la variole, il n'attaque pas deux fois le môme individu. A ces objections, M. Rollet répond très-justement que la syphilis guérit aussi maintes fois d'une manière spontanée, et qu'elle ne se comporte pas autrement que le pian relativement à la réinfection individuelle.

Pour M. Sigaud , comme pour M. Paulet, qui ont tous deux observé en Amérique, le pian est une maladie à part, importée par la traite des nègres et indépendante de la syphilis. La seule preuve toutefois qu'ils en donnent, c'est que les individus affectés d'une de ces maladies peuvent très-bien contracter simultanément l'autre. M. Paulet s'exprime ainsi : « Cette opinion est d'autant plus fondée, que le sujet qui a le pian transmet cette maladie en copulant avec une femme

542 VNITÉ DE LA 8TPHIL1S.

qui a des chancres et gagoe lui-même des chancres. » Mais, répond encore Rollet : a Un individu qui a la syphilis peut en faire autant ; il peut donner la syphilis à une fenune qui a des chancres et recevoir des chancres de celle-ci, des chancres simples y bien entendu. » Gela est exact. Seulement l'honorable critique lyonnais est-il bien sûr que les choses se passent tout à fait ainsi pour le pian africain, et que les sujets qui en sont affectés ne sont plus susceptibles de contracter autre chose que des chancres simples seulement?

Enfin, M. Gintrac^ à la suite de M. Levacher, si je ne me trompe , soutient la non-identité en vertu de l'argument suivant : a La syphilis (dit-il), n'est très-contagieuse qu* à sa première période ; le pian paraît l'être pendant toute sa durée. B Mais, est-ce que les formes bénignes, phagédéniques et congéniales de la syphilis ordinaire ne sont point contagieuses aussi pendant toute leur dutée? Est-ce que chacune d'elles n'a pas une sphère d'activité et un degré d'intensité différents dans leur pouvoir contagieux? Telle est cette fois notre réponse ; car, pour M. Rollet, la contagion de la syphilis confirmée ne présente pas un degré moindre dans la période secondaire que dans celle des accidents primitifs.

On voit donc que les motifs sur lesquels se fondent les médecins qui repoussent Y identité de nature du pian et de la syphilis n'ont point, sous ce rapport, de valeur réelle. Si, maintenant l'on n'a pas oublié ce que nous avons retracé (p. 386), en particulier, sur les symptômes, le pouvoir contagieux, l'inoculabilité, Pbérédité, Tunicité, la marche, la durée et les indications curatives du pian, nous serons bien forcés de convenir que sa nature et son essence, — c'est-àdire l'ensemble de ses caractères, — ne diffèrent point génériquement de ceux qui manifestent la syphilis.

2** I^on-identité de forme avec la syphilis confirmée. —

VUE GÉNÉRALE DE LÀ MALADIE. 543 f

L'opinion des médecins défavorables à Tidentité de nature de ces deux affections ne repose pas, nous sommes heureux de le reconnaître, sur de pures illusions. Nous accordons plus de crédit à des témoins parfaitement autorisés qui ont vu et étudié parallèlement le pian et notre syphilis confirmée d'Europe. Si, d'un côté, on ne peut adopter la portée absolue de leurs interprétations, d'un autre côté, il n'est pas possible de rejeter sans autre forme de procès les faits qui en sont l'objet. En d'autres termes, et jusqu'à plus ample informé, le pian est bien, pour nous, la syphilis, ainsi que nous venons de l'établir, mais il se distingue de nos formes vulgaires par des différences qui le constituent à l'état de type syphilitique distinct. Ne pas tenir compte de ces différences, c'est nier systématiquement la meilleure part de l'observation et méconnaître en pure perte l'originalité des formes de la maladie.

Tel a été l'inévitable écueil du point de vue exclusif où s'est placé M. Rollet. S'attachant surtout à identifier les individualités morbides dont il est question avec la forme confirmée, — seul type monotone et immuable, à ses yeux, de la syphilis, — il a été conduit, malgré sa bonne foi parfaite, à atténuer visiblement les dissonances. Nous n'en voulons d'autre preuve que la déclaration suivante du syphilographe lyonnais : « Il n'est pas nécessaire d'avoir observé de ses propres yeux un pian pour reconnaître fe tubercule muqueux dans ces papules qui ressemblent d'abord à des piqûres de puces, qui acquièrent les dimensions d'une pièce de 24 sous, qui forment des éminences plus larges et plus nombreuses sur la face, les aines, les aisselles, à la marge de l'anus et aux grandes lèvres, que sur les autres points. Qu'on relise la description des gros pians ^ des petits pians rouges, et Ion sera frappé de l'identitéque j'indique ici.

54 4 piTÉ DE Li STPULIS.

Cette identité est encore bien plus remarquable lorsqu'on se représente ce que les nègres, et avec eux les médecins français, ont appelé les guignes et les crabes, lésions qui s'observent aux pieds, qui ont par conséquent pour siège de prédilection les parties qui, chez nous, sont précisément affectées par les tubercules muqueux {!)... »

Sans doute voilà l'éruption condylomaleuse, — mais celle de la forme épidémique surtout.

Si notre honorable confrère veut bien nous accorder quelque compétence relativement aux plaques muqueuses, il nous permettra, malgré notre déférence pour son autorité, de ne point reconnaître la physionomie vulgaire de cette lésion si caractéristique dans les tumeurs pianiques, en les considérant, ce qu'il importe toujours, d'après l'ensemble de leurs caractères et de leurs évolutions. En effet, quand les pians ont pris leur développement (qui atteint souvent la dimension de la paume de la main), une croûte se forme à leur sommet, et bientôt, si on enlève cette croûte, « on trouve (je cite textuellement) un ulcère de mauvais caractère, comme gangreneux. )> Enfin, ces masses revêtent l'état fongoïde. « A ce degré de développement, dit M.Paulet, commence leur période de suppuration, d'état ou de maturité qui est interminable, pour laquelle 8, 10 mois, des années, suffiront à peine, etc. » N'insistons pas. Plus difficiles que M. Rollet, la plupart des sy pli ilographes européens auront de la difficulté, je pense, à reconnaître les caractères habituels des plaques muqueuses dans ces intumescences croûteuses, souvent reôe/Z^s, bornées ordinairement au tégument externe, recouvrant des ulcères d'apparence gangreneuse et prenant un développement fongueux. Quant aux

(1) Rollet, loc. cit., p. 297.

VUE G£r(ËRALE DE LA MALADIE. 5 45

guignes et aux crabes, les excroissances que forment les premières et la suppuration que les dernières contiennent, donnent à ces affections — indépendamment de leur siège qui est loin d'être circonscrit aux plisinter-digitaux, — des caractères sufiSsamment distincts. Nous voulons bien y retrouver des plaques, mais on nous accordera sans peine qu'elles ont des caractères ici particuliers.

En admettant même que les tumeurs pianiques qui envahissent toute la surface tégumentaire, i^oient identiques aux plaques de la syphilis confirmée, lesquelles n'apparaissent généralement, au contraire, qu'au pourtour des orifices muqueux ou des plis cutanés, — il n'est pas moins vrai que cette éruption, universelle, grave et constante dans l'affection exotique, en est l'attribut le plus commun et le plus saillant, lequel manque dans les formes indigènes de la maladie. Et, sans doute, on pourrait trouver dans le parallèle des autres symptômes des différences non moins évidentes.

Il en est de même de la contagion. Quelle que soit, sur l'étendue de ce pouvoir dans la deuxième période de la syphilis confirmée, l'opinion de M. Rollet, nous ne pensons pas qu'il puisse citer^ dans nos climats^ beaucoup de faits démontrant, chez l'adulte , — par l'intermédiaire unique des éruptions générales cutanées, — une contamination aussi rapide, et à beaucoup près aussi fréquente qu'il ressort, par exemple, des observations de M. Paulet (p. 39i).

Au reste, M. Rollet reconnaît, lui-même, ces différences : a Non, dit-il, le pian ne ressemble pas complètement à notre syphilis. Et comment pourrait-il en être autrement, lorsque nous voyons ce même pian, chez la même race d'hommes, différer déjà, selon qu'on l'observe en Afrique ou en Davasse. 3 5

Amérique (1). » Cet aveu, en déflnitive, nous suffit. Et il faut bien reconnaître que si ces différences n'autorisent point à regarder la maladie comme essentiellement distincte de la syphilis, elles suffisent toutefois à ne pas la laisser confondre entièrement avec les formes reconnues parmi nous. On peut invoquer sans doute, pour expliquer ces différences, l'ardeur du climat, la suractivité des exhalations sudoraies, la négligence des soins de propreté, la promiscuité habituelle, Tinfluence ethnique elle-même : toutes conditions sans doute plus ou moins efficaces, mais qui ne sont ni nécessaires ni indispensables, puisque cette même forme exotique se retrouve dans des climats opposés et sur des races complètement différentes. Hunter a rapporté Thistoire d'un chirurgien anglais qui^ pendant son séjour aux Indes Occidentales, en 1778, s'inocula, par mégarde, au doigt, en pansant une négresse, le pian dont elle était affectée. Mornac, médecin français, vit, en 1803, à Middelbourg, une jeune fille de 20 ans, victime de lésions pianiques contractées en soignant un oncle qui en était couvert. Enfin, beaucoup d'observateurs ont reconnu très-catégoriquement le pian africain et américain dans les contrées du Nord de l'Europe où nous allons maintenant nous transporter.

Sibbens.

C'est bien le pian qui existe sous le terme de sibbens^ en Ecosse, et même sous le nom identique de yaws employé par les montagnards de l'Ecosse comme par les nègres des colonies américaines. « Thomson nous rapporte qu un vieux médecin écossais, qui avait longtemps traité le

(1) Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares ou exotiqueCy qu*il convient de rattachei^ à la syphilis. (Ârdiives de médC' Hne, 1861, tome XVII, p. 297.)

pian à la Jamaïque, de retour en Ecosse, observa le sibbens et fut frappé de l'identité de ces deux maladies. Dazille et Bajon ont émis la même opinion (1). » Nous ne saurions penser autrement en rapprochant les relations que nous avons données, d'après les meilleurs témoins. Tout ce que nous avons dit du pian s'applique parfaitement au sibbens, et nous n'y reviendrons pas.

Le sibbens est donc bien la syphilis. Personne ne s'y trompe même dans le peuple en Ecosse: «...On sait, dit B. Bell, dans tout le royaume, qu'elle ne diffère pas de la syphilis. On ne peut douter, en effet, que c'est la même maladie, non-seulement d'après les résultats des recherches qu'ont faites sur son origine, ceux qui en ont été attaqués dans tous les districts où elle s'est manifestée jusqu'ici, mais même par la ressemblance parfaite de ses symptômes avec ceux qui surviennent dans les derniers degrés de la maladie vénérienne, quand elle paraît sous son type ordinaire, et enfin, parce que le mercure est l'unique remède sur lequel on puisse compter, pour en obtenir la guérison radicale (2). w

Toutefois, ce n'est pas absolument la syphilis sporadique, et B, Bell a bien soin le premier de lui consacrer un chapitre à part de son excellent ouvrage, en la considérant comme une des formes particulières sous lesquelles la syphilis s* est manifestée en Ecosse et dans le Canada. Swédiaur et M. Lagneau ont émis la même opinion. M. Rollet nie en vain l'originalité des excroissances qui ont fait donner son nom à la maladie, se fondant sur ce que Gilchrist ne les a point observées; mais B. Bell les a parfaitement vues, et personne n'infirmeta le témoignage de ce dernier observateur qui a été

(1) Rollet, Archives générales de médecine^ 1861, tomeXVlll, p. 301.

(2) Loc.ciL, t. 11, p. 026.

en mesure d'apprécier parfaitement les difiTérences du sibbens et de la syphilis sporadique en Ecosse, où peu de personnes ont eu plus d'occasions que lui de les étudier : différences qui l'ont conduit à regarder la maladie en question comme une forme particulière de la syphilis.

Cette autonomie est assez sensible pour que Swédiaur se soit cru fondé à assimiler le sibbens à l'épidémie du quinzième siècle plutôt qu'à la syphilis de nos temps. Et l'un des premiers témoins de la maladie en Ecosse, frappé de l'importance de l'éruption scabieuse, en même temps que du génie syphilitique des accidents, Freer^ attribuait l'origine du sibbens à la copulation de l'insecte mâle de la syphilis avec l'insecte femelle de la gaie : plaisante conjecture^ il faut l'avouer, mais qui témoigne au moins de l'originalité attribuée par l'ancien observateur écossais à cette affection.

Le mal de la baie Saint- Paul.

Le mal de la baie Saint-Paul n'est de même que le sibbens importé au Canada, oti il est connu sous le nom de 971a/ anglais. Et là encore Taspect de sa physionomie, la gravité habituelle des symptômes, et l'énergie de sa contagion lui donnent un cachet que ne revêt point généralement la syphilis vulgaire. Cette dernière ne fait point à la fois des victimes si multipliées, surtout parmi les enfants dont le plus grand nombre, chez les Canadiens, furent en peu de temps affectés, et dont beaucoup périrent ou restaient horriblement mutilés.

Le sckerljevo.

Le sckerljevo, la falcadine, le mal de Brenn, etc.^ sont dans le même cas. M. Sigmund (i) qui a pu les observer, soit

(1) Untersuchungen ûber die SckerljevO'Seuehe, Wieo, ÎBhb*

TUE GÉN^BALE DE Li MALADIE. 549

à Vienne, soit dans les localités où cette affection est endémique, conclut que « les dénominations populaires defrenga^ falcadina finale di Breno, boula, sckerljevoy furent primitivement employées pour distinguer des états morbides manifestement et traditionnellement liés à la syphilis; d et que ces dénominations populaires sont très-préjudiciables en ce qu'elles ont été étendues à d'autres états morbides qui n'ont aucune connexion actuelle avec cette dernière maladie. On peut y ajouter le mal de Chavanne-Lure développé accidentellement en France par l'importation des soldats autrichiens. Toutes ces dénominations variées d'une forme commune se rapportent au sckerljevo; et ce dernier n'est manifestement qu'une forme de la syphilis, comme il est facile de s'en

assurer d'après la remarquable description du docteur Cambieri. Mais en même temps, le tableau des symptômes et des évolutions de la maladie, le mode contagieux et la gravité des accidents distinguent assez cette forme de la syphilis ordinaire ; aussi l'observateur sagace que nous venons de nommer a bien soin de faire lui-même la remarque : ((Cette maladie — dit-il, — ressemble, en quelque sorte à la syphilis épidémique de 1493 et i 494 et au sibbens d'Ecosse. La description de la première donnée par Fracaslor ressemble absolument à celle du sckerljevo (1). »

La radezyge.

La radezyge, enfin, est, dans les États Scandinaves, — comme l'observe très-bien M. Rollet, — ce que le sibbens est en Ecosse; à la condition toutefois de ne pas la confondre avec la spedalskhedy — autre endémie cutanée des contrées

(1) Ozanam, Traité des malad. épid»y tome IV, page 822.

550 UNITÉ DE Li STPRTLIS.

septeDtrionales de l'Europe analogue à Téléphantia^is des Grecs ou à notre lèpre tuberculeuse : — confusion dans laquelle sont tombés, de nos jours, en France, MM. Rayer, Giûtrac, Délioux de Savignac, et même certains contemporains de rëpidémie, tels que Mangor, ou plus récemment le professeur Sorensen.

Ce dernier considère la radezyge comme une lèpre norwégienne; mais, d'après les caractères qu'il lui assigne et que nous avons ci-dessus rapportés (p. 398), il nous est impossible de voir dans cette individualité morbide autre cbose que la syphilis. Au reste, depuis l'époque de son importation en Norwége et dans les pays voisins, l'opinion publique, en donnant à la radezyge le nom de mal immonde^ n'a point été en défaut. La plupart des prêtres ou évêques adjoints à Tenquête faite dès rorigine sur l'invasion morbide, dans les diocèses infectés, n'hésitent point à attribuer la nouvelle affection à la maladie vénérienne. C'est aussi le sentiment du plus grand nombre des médecins. Le D' Cron (1770) étaye cette opinion sur la similitude singulière des symptômes de la radezyge et de la syphilis et sur l'efiBcacité spécifique des frictions mercurielles : traitement dont le crédit était alors unanimement établi. Des trois médecins nommés en 1771 par le Collège de médecine de Copenhague pour aller observer et soigner l'épidémie, Stefl'ens dislingue avec soin la spedalskhed de la radezyge proprement dite. Dans celle-ci, écrit- il, « le malade a des ulcères à la gorge ; chez beaucoup d'individus, Ja luette a disparu ; d'autres ont des excroissances charnues à l'anus et aux parties génitales. Ils ont encore, sur différentes parties du corps, des glandes indurées et éprouvent généralement de grandes douleurs dans les membres; les os du nez sont cariés. » Le D^ Deegen dit en même temps : « Par suite des recherches les plus minu-

VUE GÉNÉBALE DE LÀ MiLADIE. 551

lieuses, j'ai toujours trouvé que ce mal provient d'un virus syphilitique et que, même dans son origine, il est difiSeile, pour ne pas dire impossible , de le guérir sans mercure (1). »

A cette même époque, Hans Munk, chargé de l'hôpital de Stavanger, déclare que, dans la catégorie des accidents désignés sous le nom de radezyge, une bonne partie doit être rapportée à la syphilis et, en particulier, au sibbens d'Ecosse. Un autre observateur très-compétent, à l'hôpital de Christiania, le D' Sundius, nie que l'affection endémique soit distincte de la syphilis. C'est aussi l'opinion de Nicolaï Arbo (i 792), à Copenhague. Enfin « M. Boëck lui-même qui, à une époque antérieure, avait considéré la radezyge comme une maladie particulière et s'était élevé, dans le congrès des naturalistes à Christiania, en 1844, contre M. Steffens, qui prétendait que la radezyge et la syphilis sont identiques, professe aujourd'hui une opinion tout opposée (2). »

En effet, le savant sy philographe de Christiania, à la suite des documents précédents qu'il a réunis, conclut ainsi : « Si, d'après nos citations, il est évident que, dans les temps les plus reculés, ce que Ton appelait radezyge n'était pas autre chose que la syphilis ; si, d'après les descriptions les plus récentes, il est également clair qu'on a eu affaire à des cas syphilitiques; s'il ressort de nos observations que ce qu'on a appelé radezyge, dans ces trente dernières années, était la syphilis, je crois que nous devons supprimer le nom de radezyge des cadres nosologiques. Dès ce moment, cette maladie n'appartient plus qu'à l'histoire de la médecine ; non, comme quelques-uns l'ont voulu, parce qu'on l'a vue dé-

(1) Roîlet, Archives générales de médecine, t. XVÎI, p. 281, d'après le docteur Boëck, de Christiania.

2) Koiiet, loc. ciï., p. 282.

croître successivement, mais parce qu'elle n'a jamais existé comme maladie indépendante (i).»

Ainsi, la radezyge n'est pas plus une maladie indépendante et distincte de la syphilis que les affections endémiques précédentes. Mais n'est-elle autre chose que la syphilis confirmée vulgaire, sans aucune différence autre que celle du nom? Telle n'est point notre opinion. Si la physionomie de cette individualité endémique n'avait point quelque apparence d'originalité, pourquoi son nom nouveau ? pourquoi l'émotion des populations envahies, ces enquêtes successives sur sa nature, les hôpitaux multipliés qu'il est nécessaire d'ouvrir aux victimes du fléau ? Pourquoi, frappés surtout de ses dissemblances, quelques médecins même vont-ils jusqu'à méconnaître ses rapports évidents avec la syphilis ? D faut bien le déclarer, si la syphilis vulgaire, préexistant dans les mômes localités à Tendémie de nouvelle invasion, n'avait pas suscité jusque-là le môme effroi et inspiré les mêmes mesures, si elle ne s'était point répandue avec la même activité au milieu des populations, si les médecins, familiarisés avec la maladie anciehne^ hésitaient plus ou moins à la reconnaître dans le mal nouveau, c'est que ce dernier s'en distinguait manifestement par quelques traits insolites dont les relations historiques contiennent d'ailleurs les témoignages assurés. Aussi^ l'un des contemporains de l'épidémie, Hans Munk, tout en reconnaissant la nature syphilitique d'une certaine catégorie de cas compris sous la dénomination de radezyge, proposait-il de rejeter ce dernier nom et d'adopter à la place celui de sibbens, type véritable des accidents.

En résumé, l'on peut ramener toutes ces manifestations

(1) Boëck, Traité delà radezyge. Paris et Christiania, 1860, p. 48.

endémiques de la syphilis à un même type, ayant de grandes analogies avec la forme confirmée, — universellement répandue dans toutes les latitudes géographiques et sur toutes les races humaines^ — mais présentant aussi des caractères différents qui ne permettent point de les confondre sans réserves dans une forme commune.

Ces endémies elles-mêmes, sous leurs variétés diverses, ne semblent être que les vestiges disséminés de la maladie épidémique du quinzième siècle, dont 'elles rappellent les lignes essentielles. Après avoir exercé ses plus grands ravages pendant un certain nombre d'années, par la transmission dans sa forme, la syphilis originelle, se dépouillant de quelques-uns de ses caractères, offrit tout à coup un changement remarqué.

Beaucoup de syphilographes ne voient encore, dans cette dépossession de la forme primitive de la maladie-, que Tatténuation du virus par des transmissions multipliées. C'est une opinion erronée. La transition fut brusque, et dès que le mal acclimaté revêtit sa forme vulgaire, cette dégénération resta définitive : entre les descriptions de G. Fallope, de Thierry de Héry et celles de notre temps, le parallélisme est complet, a Cette atténuation, pour être admise, ne doit pas se fonder seulement sur la comparaison entre les deux termes extrêmes, entre Tascendant de 1494 et son rejeton du dix-neuvième siècle. Il faut qu'elle se constate dans les chaînons intermédiaires, dans la série des transmissions. Or,'remarque-t-on cette dégradation de teinte de l'infectant à Tinfecté? N'est-il pas, au contraire, fréquent de trouver le rapport inverse? La remarque-t-on de génération à génération, de siècle à siècle? Quelle que soit la raison de

la progression géométrique décroissante dont les termes sont représentés par ces transmissions successives, Tinten-

55 4 LMTÉ DE Li STPHILIS.

site de la maladie devra différer très-notablement entre les séries parallèles de virus parvenues, Tune à la 500* migration, l'autre à la 1000% telle autre à la 2000* ou au delà. D y a moins : le terme nécessaire de cette progression étant l'extinction spontanée de la maladie, il est telle série qui doit y toucher ou en approcher(i). » — Résultats nécessaires, perspective consolante dont nous attendons la démonstration et qui, sur ces calculs, se fera attendre longtemps.

La forme primitive a néanmoins reparu plus d'une fois et en plus d'uue contrée de TEurope, à l'état endémique et et localisé, côte à côte avec sa forme vulgaire, indigène et sporadique. Elle existe encore simultanément avec les autres furmes de la syphilis dans ses campements exotiques.

En Chine, où toutes ces dernières sont bien connues et décrites par les médecins du Céleste-Empire, indépendamment de notre type confirmé, on trouve aussi le yangrneyichoang, c'est-à-dire l'éruption pustuleuse de forme semblable à celle de la framboise, afiection vénérienne trèscontagieuse et de tous points identique à l'endémie des Antilles, du Canada, de l'Ecosse et de la Norwége.

Et dans les montagnes de l'Afrique française, nos chirurgiens militaires retrouvent les mêmes faits d'observation. L'un d'eux, M. Deleau, dit : a Je ne sais si les Arabes regardent ces symptômes primitifs comme peu importants ou peu gênants, toujours est-il que je n'ai guère vu que des accidents consécutifs... Ici pourrait se dérouler le tableau' de toutes les variétés de syphilides, mais c'est surtout aux ulcérations croûteuses et phagédéniques que j'ai eu affaire... Je ne crois pas qu'il existe danà aucun hôpital de l'Europe des

(1) Gonnard, loc. cil., p. 27.

exemples plus affreux que ceux que j'ai journellement sous les yeux (1). » Un autre, M. Jules Arnould, frappé de la prédominance et de la gravité des affections cutanées qu'il a observées pendant son séjour à Dellys, désigne cette forme sous le nom de lèpre kabyle. Un troisième, enfin, le docteur Vincent, médecin à l'Hôpital du Dey à Alger, s'écrie : « Qui ne reconnaîtrait déjà, dans ce tableau de la syphilis du quinzième siècle, tracé en 1805 par Jacques de Catanée, la syphilis de nos Kabyles, plus monstrueuse peut-être, s'il est possible, que sa hideuse devancière (2). » '

Certes, il y a encore plus d'un problème obscur à élucider dans ce rapprochement; mais à mesure que la science, débarrassée des entraves de l'hypothèse et des obstinations de la routine, embrassera la question sous toutes ses faces, la vérité se fera jour.

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