MÉMOIRE SUR LE CHANCRE INDURE
surface était devenue le siège d'une sécrétion plus copieuse. Alors le chancre induré (chancre cartilagineux, chancre parcheminé, ulcus elevatum, érosion chancreuse, etc.), était fait. D'autres symptômes de vérole se montraient en môme temps ou ne tardaient pas à paraître. Depuis nous avons quelquefois observé d'un bout à l'autre cette succession de phénomènes locaux sur des malades de notre cabinet, cl en particulier sur l'un de nos confrères, qui a eu presque immédiatement après, comme complément, une syphilido papuleuse, des plaques opalines à la gorge, et puis bientôt d'autres accidents.
Nous avons examiné les femmes qui avaient infecté quelques-uns de nos sujets, et nous avons pu constater chez elles des pustules, des plaques muqueuses ou des blennorrhagics, qui parfois n'avaient été précédées d'aucun chancre. Nous nous sommes surtout assuré do ce dernier point sur une femme à laquelle nous donnions des soins pour des accidents secondaires, à l'époque même où elle a infecté un homme que nous avons pu observer ensuite. Sans doute qu'en matière aussi délicate on peut toujours contester la sévérité des observations, parce que nul médecin n'est jamais assez sûr d'avoir pénétré tous les mystères et tous les secrets de l'alcôve. Aussi avons-nous presque envie, et peut-être que nous en aurions le droit sinon contracté le devoir dans l'espèce, de retourner ainsi une phrase célèbre de Baglivi : non modo perpendendœ, sed ctiam numerandœ observationes (l).
Nous sommes parvenu ensuite à vérifier cela expérimentalement sur les animaux. En vain conteste-t-on que ceux-ci puissent contracter la vérole; nous sommes bien sûr de l'avoir observée chez eux, non-seulement à la suite de chancres primitifs, mais encore par l'inoculation directe du produit d'accidents secondaires- Le professeur Sigmund a montré à Vienne des animaux atteints de syphilis constitutionnelle. Ce célèbre syphiîographe nous a fait l'honneur de nous écrire une lettre qui en témoigne, ainsi que de-guérisons qu'il a obtenues dans sa clientèle privée par la syphilisation (2).
Il y a donc, selon nous, un prétendu chancre induré, qui n'est autre chose qu'un premier symptôme secondaire siégeant à l'endroit même qui a été contaminé par le produit d'un accident secondaire. Gela n'est pas et n'a jamais été un chancre, et de plus, cela n'est pas à proprement parler induré, n'ayant toujours été que dur. Voilà donc un chancre induré qui n'est en réalité ni chancre ni induré. C'est un usurpateur et un imposteur. Nous craignons bien que ce ne soit souvent le chancre infectant de l'hôpital du Midi, le prétendu chancre distinct du chancroïde qui, lui, au contraire, est bien un chancre dépossédé de ses titres et de ses attributs.
(1) Les observations deviennent décisives en pareil cas, quand elles ont été bien prises et que la contagion a atteint plusieurs personnes qui vivent ensemble, ou bien plusieurs personnes qui se sont trouvées placées dans les mêmes circonstances. Il n'y a rien à objecter, par exemple, quand il est notoire et patent qu'un nourrisson a répandu le germe de la syphilis dans la famille de sa nourrice, et lorsqu'un homme instruit a pu suivre exactement la filiation de tous les symptômes. Il n'y a pas à répliquer davantage quand un rabbin contamine par la succion préputiale une série d'enfants israélites, ou lorsqu'une matrone d'Allemagne communique à un grand nombre de dames la syphilis constitutionnelle, sous prétexte de leur former les bouts de sein.
(2) L'école dichotomique de l'hôpital du Midi est une espèce de produit mixte et dévié de la syphilis expérimentale et de la syphilisation. On se tire d'affaire à merveille avec deux espèces de chancres et un brin d'ergolisme. Prétendez-vous, par exemple, que vous avez réussi à inoculer le chancre aux animaux? On vous répond avec assurance que ce n'est pas. le vrai chancre, c'est-à-dire le chancre infectant, que vous avez inoculé. Bien entendu que ce n'est pas non plus le pus du vrai chancre que vous inoculez dans la syphilisation, etc.