LETTRE A M. VELPEAU
Il existe un autre chancre induré, dont le précédent a, disons-nous, usurpé les privilèges. C'est le chancre durci de J.-L. Petit, c'est-à-dire le chancre ordinaire, le vrai chancre, qu'on le nomme ou non chancroïde, quand il s^endurcit à la base. C'est le cachet d'une vérole prochaine sinon déjà existante, comme le précédent est l'empreinte d'une vérole qui a commencé d'emblée par un accident secondaire.
Il y a donc en définitive deux sortes de chancres indurés :
1° Le chancre induré vulgaire ou plutôt le chancre induré qui n'en est pas un, le pseudo-chancre induke. C'est le plus volumineux et peut-être le plus fréquent des deux. Il est souvent comme cartilagineux et se trouve mieux accentué chez l'homme que chez la femme où il rencontre des parties plus molles et plus de place, et s'étale en quelque sorte de manière à prendre quelquefois la forme d'un autre symptôme et notamment de la plaque muqueuse. Ce chancre est la marque certaine d'une vérole contractée d'emblée telle quelle. C'est le cas ou jamais de dire avec M. Vidal que Yinfection est faite.
2° Le chancre lui-même lorsqu'il s'indure. Le vrai chancre induré. Il est quelquefois creusé en entonnoir. C'est souvent le fameux pois cassé de Bell. Il est également, nous ne dirons pas moins fréquent, mais moins nettement accentué chez la femme que chez l'homme. Il est bien près aussi, croyons-nous, d'être la vérole. Vinfection est donc aussi probablement faite; mais il y a des cas nombreux de chancres non indurés où elle pourra se faire plus tard, c'està-dire que le chancre non induré n'en est pas moins vérolique, suivant une expression fâcheusement tombée en désuétude.
Quel est celui de ces chancres indurés qu'ont étudié les micrographes pour y découvrir le tissu fibro-plastique, ou bien les ont-ils analysé l'un et l'autre et trouvés identiques V Question microscopique dont j'abandonne l'examen à qui de droit (1).
La -pléiade inguinale existe dans les deux cas, dans celui de pseudo-chancre induré comme dans celui de vrai chancre induré.
Il y a une autre adénopathie syphilitique; c'est le bubon satellite du chancre non induré, sans qu'on doive dire obscurément avec M. Ricord qu'il ne se trouve que dans le rayonnement anatomique du chancre. Qu'est-ce que le rayonnement anatomique d'un chancre (2) ou de quoi que ce soit Y Bref, nous sommes à demi satisfait d'avoir à signaler quelques changements dans la manière de voir de M. Ricord touchant cette sorte d'adénopathie.
Il croyait autrefois à la suppuration inévitable de ce bubon. Il n'y croit plus aujourd'hui. Il a bien fait de changer d'avis, car son opinion était trop absolue.
Il pensait encore aulrefois que ce bubon était toujours un chancre ganglionnaire. Il a tort de ne plus le croire aujourd'hui, car c'est la vérité, d'après une interprétation que nous avons donnée ailleurs, et qui consiste principalement à expliquer pourquoi le pus bubonique d'un sujet ne lui est que rarement inoculable à lui-même, par l'augmentation du syphilisme de ce sujet et par l'affaiblissement de son pus.
(1) La syphilis est un champ en friche pour les micrographes. Ceux-ci, par exemple, n'ont pas encore trouvé de caractère distinctif au pus syphilitique, peut-être parce qu'ils ont été mal guidés, syphilitiquement parlant, dans leurs recherches. En effet, le pus syphilitique peut se distinguer à la vue simple des autres pus. Mais il est vrai qu'un lièvre se distingue d'un lapin à l'œil nu bien mieux qu'à l'aide du meilleur microscope.
(2) Si M. Ricord a voulu dire que les vaisseaux lymphatiques sont les rayons qui partent d'un chancre, considéré comme centre, pour aboutir à un ganglion qui représente la circonférence, on m'avouera que c'est là un rayonnement qui n'est guère plus géométrique que lumineux.