‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 109 sur 205 · LETTRE ADRESSÉE A M. VIENNOIS (DE LYON · texte numérisé non relu

LETTRE ADRESSÉE A M. VIENNOIS (DE LYON

Paris, le 1<* octobre 18G6.

Cher et très-honoré Confrère,

Vous me demandez des détails précis sur la manière dont les choses se sont passées à la Société médicale du Panthéon, à propos do la contagion secondaire, dans les séances du 14 novembre et du 12 décembre de l'année 1855, et dans celle du 13 février de l'année 1856.

J'aurais apporté beaucoup plus d'empressement à répondre à votre appel, s'il ne me répugnait de parler do moi, surtout pour me plaindre, et des autres, pour m'en plaindre. Toutefois, je vais essayer de vous satisfaire, en éludant ce double écueil.

Je n'ai pas été initié, connue bien d'autres, à la connaissance do la syphilis. Avant d'avoir reçu les leçons de personne, je tombais d'emblée, comme certains bubons ou comme certaines véroles, sur cette branche de la médecine. J'y découvrais des choses surprenantes et inconnues aux autres, avant que de m'être instruit do ce que tout le monde savait. J'étais donc jeté dans l'exception avant d'avoir été placé dans la règle, si tant est que je m'y sois jamais trouvé par la suite. Il en est résulté pour moi une position fort singulière : tandis qu'un élève eût pu être mon maître, je pouvais traiter les maîtres en élèves. J'étais ainsi fait. On m'a bien souvent répété, dès mon enfance, que je ne savais pas apprendre les choses comme tout le monde, et que j'avais la tôle dure. C'est là, si je puis ainsi m'exprimer, mon idiosyncrasie intellectuelle.

En pareil cas, l'ignorance a cela de bon, qu'elle affranchit des langes de l'orthodoxie scientifique. Nous marchons les coudées franches, et nous laissons bien loin derrière nous ceux qui, s'étant engagés dans une mauvaise voie, sont obligés de revenir sur leurs pas pour arriver à notre point de départ : avant d'avoir rien fait, nous avons au moins sur eux l'avantage d'être plus rapprochés du but de toute la longueur de la fausse route qu'ils avaient déjà parcourue.

Comment aurais-je, pour mon compte, songé seulement à donner la syphilis aux animaux, si l'on m'eût bien positivement appris qu'ils ne pouvaient point l'avoir? Comment aurais-je trouvé la syphilisation, — ce fusil à aiguille de la thérapeutique antivénérienne, — si j'eusse été placé au point de vue de ceux qui ne la comprennent pas encore aujourd'hui?

Si j'avais cru la contagion secondaire absolument impossible, serais-je parvenu à en percer le mystère? Non, car je ne puis pas même, à présent, le dévoiler tout à fait à des yeux qui, offusqués par des préjugés scientifiques, aperçoivent à peine la moitié des résultats qui en découlent.

Arrêtons-nous ensemble à cette contagion, puisqu'elle est le sujet de la question que vous m'adressez : et d'abord, jetons sur cette question un simple coup d'œil historique.

Babington rapporte l'histoire d'un homme qui, à la suite d'un coït impur, avait eu « deux ou trois petites indurations ou tubercules » au prépuce, et qui avait transmis à sa femme des « chancres primitifs. » J'écrivais à ce propos, dans mon premier Mémoire sur la syphilisation : «La communication des accidents secondaires, par l'inoculation, doit être soigneusement étudiée d'après de nouvelles données (1). »

Ma 36° loi de syphilisation contient ceci : « Le pus des accidents secondaires peut être inoculable à une personne saine, sans l'être au malade (2). »

J'ai dit, dans mon Cours de syphilisation, où vous trouverez encore le germe de Yhistoire naturelle de la syphilis couvé par un de vos plus distingués concitoyens : « Il est trop vrai que cette doctrine funeste de la non-transmissibilité des accidents consécutifs s'est traduite en une déplorable réalité ! Des villages entiers, par exemple, ont reçu l'infection, grâce à l'intermédiaire de nourrissons affectés de syphilis secondaire (3). »

Et plus loin, pour ne pas citer toutes les pages de cette publication, je

m'exprimais ainsi à propos de l'incubation : « Si l'on fait à un individu

l'inoculation de pus d'accidents secondaires, le temps de silence de l'organisme sera plus long (4). »

(1) De la. syphilisation ou vaccination syphilitique. V. p. 44.

(2) Lois de syphilisation. V. p. 75.

(3) Cours de syphilisation, Leçon du 21 décembre 1851. V. p. 118.

(4) Ibidem, Leçon du 11 janvier 1852. V. p. 152.

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