‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 114 sur 205 · LECTURE FAITE A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE LE 29 MAI · texte numérisé non relu

LECTURE FAITE A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE LE 29 MAI

Sans discuter la question de savoir si les animaux sont susceptibles de contracter la syphilis constitutionnelle, je vais rapporter l'observation d'un chat qui est atteint de cette maladie et qui, après en avoir présenté plusieurs sym-ptômes, en offrira vraisemblablement d'autres.

Il s'ogit d'un matou do gouttières, âge de 5 ans, qui a possédé une santé florissante jusqu'au moment où son destin l'a mis au service de la science.

Une première inoculation lui a été pratiquée le 6 octobre 1864.

La matière inoculée venait du pseudo-chancre, très-humide, d'un sujet contaminé seulement depuis deux mois. (J'entends par pseudo-chancre le produit trèsinfectant d'un accident secondaire communiqué directement, et qui débute par une papule, tandis que le chancre commence par une pustule ou par une simple érosion folliculaire.)

Le porteur de ce pseudo-chancre n'avait pris jusqu'alors, comme traitement, que quelques pilules mercurielles. Ce n'est pas moi qui les lui avais prescrites.

Sa matière a été recueillie sur la pointe d'une lancette ; l'inoculation a été pratiquée quelques heures plus tard; la lancette paraissant- déjà avoir subi un léger degré d'oxydation. Mais il est certain que cette matière, préalablement humectée d'un peu d'eau tiède et ramollie, a été convenablement insérée en un seul point de la concavité du pavillon de l'oreille droito du chat.

Un instant après cette inoculation, du pus blennorrhagique très-suspect a été déposé sur le globe oculaire droit du même chat.

A aucune époque ultérieure, il n'a été possible d'observer la moindre trace de travail pathologique, soit à l'endroit inoculé, soit dans son voisinage, ou les ganglions correspondants.

La contamination blennorrhagique fut également sans effet.

Le 8 décembre, je possédais du bon claveau que j'avais recueilli la veille. Je l'inoculai à l'oreille gauche de mon chat par une seule piqûre, et à son oreille droite par deux ou trois excoriations.

Le 10, l'oreille droite était un peu chaude ; mais tout s'est borné là.

Ce même 10 décembre, je déposai simplement sur le nez du chat le pus d'un chancre suspect. Mes notes ne disent pas en quoi consistait ce chancre, ni pourquoi il était suspect. Elles renvoient seulement à l'observation du sujet, que je n'ai pas retrouvée. Elles ne constatent pas non plus que cette souillure nasale ait été suivie de résultat. (En narrateur fidèle, je ne néglige même pas de faire mention de circonstances en apparence insignifiantes.)

Inoculations pratiquées le 26 mars 1865. — 1° Oreille droite. — Inoculation par deux piqûres, à la concavité du pavillon auriculaire, de la matière d'une pustulette préputiale d'un sujet qui a probablement un pseudo-chancre caché sous le prépuce, et très-certainement une pléiade bi-inguinale au début.

2° Oreille gauche. — Inoculation semblablement faite de la matière de plaques muqueuses qu'une femme, nommée Tiébault, porte à la vulve. J'appelle tout particulièrement l'attention sur cette insertion-là.

Quelques jours à peine écoulés, il ne reste plus de traces de ces inoculations.

1er avril (4 jours révolus). — Oreille droite. — Rougeur et chaleur du pavillon. Croûte au centre de la concavité de ce pavillon. Mes notes disent : petite croûte déhiscente ; le chat s'est gratté. Succès.

A la loupe, on aperçoit du pus concret, et on découvre un fond pultacé à travers les fentes de la croûte ; mais il y a absence de liséré et de pointillé ch an creux.

En pressant cette lésion par la base, je fais sourdre un peu de sérosité qui ne paraît pas mélangée de pus, et que je reçois sur la pointe d'une lancette. L'animal ne témoigne par aucun mouvement qu'il souffre de cette petite manœuvre.

Je pique à l'instant de ma lancette souillée trois papules muqueuses d'un sujet soumis à la syphilisation. Il n'y a point eu de résultat. Rien à l'oreille gauche.

4 avril (7 jours révolus.) — Oreille droite. — Rougeur moindre. Croûte que je respecte.

8 avril (11 jours révolus.) — Même oreille. — Je ne trouve que ce mot souligné dans mes notes : abortion. Je regrette de ne pas avoir pu inoculer soigneusement la matière de cette lésion passagère.

Je reviendrai tout à l'heure sur l'inoculation du 28 mars, pratiquée à l'oreille gauche. J'achève le récit des insertions subséquentes.

Pour ôtre exact et complet, je dois ajouter qu'à diverses reprises j'ai déposé différentes matières syphilitiques sur les muqueuses de mon chat. En outre, je lui ai en vain inoculé une fois la variole, et fait plus tard une insertion vaccinale avec un demi-Succès. Plusieurs inoculations de rougeole, une inoculation de croup et une autre de favus ont été sans résultat.

Le '15 et le 17 juillet 1865, je lui ai inutilement inoculé un sang de rate qui tuait des lapins en moins de vingt-quatre heures.

Du 19 au 27 septembre, il avale volontiers deux fois par jour une tasse de déjections cholériques coupées avec du lait; il est soumis en outre à dix-sept lavements de ces déjections pures, tantôt récemment rendues, tantôt exposées préalablement à l'air.

Je tamponnais le rectum après chaque lavement afin que la matière fût longtemps en contact avec la muqueuse du gros intestin, ou qu'elle pût être absorbée.

Trois fois, dans le but de pratiquer une expérience décisive, j'ai fait précéder le lavement cholérique d'un lavement d'eau savonneuse, tiède, destinée à nettoyer le gros intestin ; ensuite j'ai maintenu avec la main une grosse sonde dans le rectum pendant plus d'une heure. Dans les trois cas, le lavement de matières cholériques n'a pas été rendu.

Les singes, pour le dire en passant, sont très-friands de déjections cholériques pures, qu'elles aient été rejetées par le haut ou par le bas; ils en absorbent volontiers et impunément par la bouche de fort grandes quantités. Mais l'expérimentateur s'expose s'il tente de leur en faire prendre par l'anus, à rencontrer un mauvais accueil, et même à recevoir en plein visage un rebut ou un excédant de matières. C'est un désagrément que j'ai essuyé en 1849.

Enfin, le 22 mars 1866, ayant à ma disposition les débris anatomiques d'un chien enragé, que je devais à l'obligeance de M. Mathieu, et dont j'examinais les lysses, j'ai offert à mon chat, après m'être assuré qu'il n'avait aucune excoriation labio-buccale, un fragment de rate et un morceau de poumon de ce chien. Ce mets lui a paru appétissant. C'est tout ce que je voulais savoir dans le moment.

J'utiliserai ailleurs cette notion.

Je décrirai en outre soigneusement les lysses, et j'indiquerai le moyen de les trouver.

La rage sera soumise ainsi aux lois qui régissent la plupart des maladies virulentes, sinon toutes. Je fais allusion aux symptômes qu'on observe généralement sur les surfaces tégumentaires, soit cutanées, soit muqueuses.

Tel est le dénombrement des épreuves auxquelles j'ai soumis mon pauvre chat.

On blâmera sans doute cette incontinence expérimentale, qu'on jugera peutêtre incompatible avec la précision et la netteté des résultats, et nuisible à la

clarté de l'exposition. Mais je n'ai pas le privilège d'avoir un laboratoire, ni même une écurio à mon usage. Cet unique animal a dû par conséquent me servir de lieu commun expérimental ; je tenais à l'utiliser le plus possible. C'est lo seul genre de cumul que je me sois jamais permis.

Une, seulement, do toutes ces insertions ou contaminations a paru devenir le siège d'un remarquable, quoique médiocre effet local. C'est celle qui fut pratiquée le 28 mars, à l'oreille gaucho (matière de plaques muqueuses.)

Vers le 23 avril, il se montra une petite papule d'un rouge pâle à l'une des piqûres. Cette papule était douloureuse quand on en pressait le centre avec la pointe d'un crayon, à en juger du moins par l'impatience que manifestait l'animal. Elle prit bientôt la forme d'un ruban do 1 millimètre de largeur, à peine élevé au-dessus de la peau voisine, et représentant un quart de circonférence de cercle. Vers la fin d'avril, ce quart de circonférence papùleux se couvrit de pellicules squameuses, et laissa voir à la loupe quelques petits points purulents.

Mais tout s'est borné là. Notre papule circinée disparut au moment même où je me proposais de réunir quelques observateurs autour d'elle ; elle ne sécréta presque aucune matière, ne s'indura point et ne parut pas pousser de racines dans son voisinage immédiat, et à plus forte raison retentir dans les ganglions prochains. Le 4 mai, elle avait fait place à une espèce de petit durillon qui fut très-éphémère.

A peine est-il douteux néanmoins qu'elle doive jouer un rôle important à titre de point de départ dans les phénomènes consécutifs que je vais essayer de faire connaître.

J'ai constaté quelquefois chez l'homme que l'accident primitif était encore moins prononcé, et presque réduit à rien. Il n'y a pas loin de là aux véroles d'emblée.

Vers la fin de juin 1865, je remarquai que mon chat se léchait fréquemment les deux pattes de devant. J'y regardai de très-près, et je vis que la matrice des deux griffes polliciennes (1) était enflammée et qu'il en suintait un peu de matière. L'idée d'un accident syphilitique ne me vint pas à l'esprit ; je pensai qu'il s'agissait de lésions traumatiques que les penchants fort déréglés de mon chat rendaient vraisemblables.

Les jours suivants l'affection augmenta ; je vis bientôt se dessiner distinctement autour de chacune des deux griffes sus-mentionnées une plaque muqueuse bien circonscrite, arrondie, mamelonnée ou chagrinée, luisante, d'une couleur rouge-brique peu foncée et dont la sécrétion était abondante, surtout autour des griffes.

Ces plaques muqueuses (variété d'onyxis) étaient si bien caractérisées qu'un ouvrier zingueur atteint de syphilis, auquel je les ai montrées, s'est tout de suite écrié : c'est comme les gros boutons que j'avais aux coui.... Il venait de lâcher un mot rabelaisien par lequel les gens du peuple désignent encore quelquefois les bourses.

En flairant ces tubercules muqueux, je constatai qu'ils exhalaient une odeur nauséabonde bien connue, quoique l'animal en fît presque constamment la toilette.

Vers cette époque je soumis le précieux animal au plus complet examen. Son crâne, son menton, son cou et une partie de son dos se trouvaient par-

(1) Pollex, pollicis, pouce.

semés de petites croûtes, sèches, acnéiques, somblablos à celles qui siègent au . cuir chevelu de . certains sujets syphilitiques, ot dont lo caractère spécial ne saurait échapper à un tact ni à un œil exercés.

• Les deux plaques muqueuses n'eurent guère plus de trois semaines de durée. On les vit graduellement so résoudre, mais les pustules ou croûtes ne disparurent pas complètement ou du moins celles qui s'en allaient étaient remplaces par d'autres. Il en existe môme encore quelques-unes aujourd'hui. Aucune interruption de temps n'a donc existé entre elles et le symptôme dont je vais parler.

Vers le mois de décembre 1865, mon chat présentait deux boutons croûteux qui étaient limitrophes et situés sous le menton. Il les humectait constamment avec sa patte sans cesse insalivée.

Ces boutons un peu coniques avaient à peu prés le volume et le relief d'une lentille, et présentaient une base livide et dure. L'un d'eux était comme ecchymosé en un point de sa surface.

Je me mis en observation.

De semaine en semaine de nouveaux boutons naissaient à côté des premiers et formaient avec eux un groupe.

Je ne dirai pas quelle matière s'en écoulait, ne les ayant jamais comprimés dans la crainte de les dénaturer, malheureusement le chat, qui ne partageait pas ma manière de voir, ni mes scrupules, y touchait sans cesse.

Enfin l'ensemble des boutons prit la physionomie d'une syphilide tuberculeuse en groupe ou mieux de cette syphilide circonscrite que M. Bazin a fait bien connaître sous le nom de gommes de la peau. Ces tubercules ou ces gommes s'éteignirent graduellement et successivement dans l'ordre de leur apparition, laissant à leur place un gaufrage cicatriciel qui persista tant que la poussée des poils ne le fît pas disparaître à la vue d'abord, et plus tard au toucher.

Il n'y avait plus de traces de cette syphilide vers la fin du mois de février 1866.

Elle a été suivie d'un symptôme qui n'a rien de bien caractéristique et qui peut-être même n'est pas syphilitique. Je vais tâcher de le faire connaître. Il est aujourd'hui très-prononcé et probablement encore dans une période de développement. Puisse-t-il revêtir dans peu de temps un cachet plus expressif!

Ce symptôme siège surtout au dos vers la partie voisine de la queue : il y est très-prononcé. On l'observe aux fesses, aux cuisses, à la base de la queue et sur les flancs, où il paraît s'étendre en gagnant du terrain.

Il consiste en une maladie des poils, sinon de leurs bulbes. Les poils sont pâles, secs, courts, mais non cassants, la moindre traction les déracine.

Dans certains endroits du ventre couverts de poils blancs très-fins qui ne cachent pas complètement la peau, celle-ci présente quelques taches jaunâtres larges, arrondies, que je ne puis mieux comparer qu'à la crasse du pityriasis versicolor.

Par un examen qui n'exige pas beaucoup d'attention, on découvre çà et là dans les lieux malades quelques croûtes acnéiques autour desquelles les poils s'arrachent facilement par places, comme dans l'alopécie syphilitique. Ces croûtes paraissent même aujourd'hui aller en augmentant de nombre et d'étendue et se compliquent de quelques papules dont le nombre augmente aussi tous les jours. Le chat lèche et mordille ces papules et ces croûtes dans les régions où il peut les atteindre aisément, ce qui indique qu'il y ressent de la douleur et de la démangeaison.

Je n'hésiterais môme pas à reconnaître ici ce dernier symptôme (alopécie) si je n'étais un peu embarrassé par le groupe tuberculeux ou gommeux qui s'est montré chronologiquement avant lui, contrairement à ce qu'on observe d'habitude.

Cependant je suis loin d'être tout à fait fixé relativement à la non-contagion des accidents tertiaires ou avancés. Je crois avoir noté des cas où cette contagion était presque contemporaine d'une contagion ordinaire ou l'avait précédée. Il en était résulté une concomitance de symptômes de deux ordres (secondaires et tertiaires) ou bien même une interversion de ces symptômes.

Il faut à présent se rappeler que j'ai pratiqué à ce chat des inoculations de toutes sortes, et en temps divers.

Enfin un ongle d'une patte de derrière est le siège d'une altération qui n'est pas encore bien caractérisée. Une humeur s'épanche autour de cet ongle, dont la base est épaissie et le centre un peu rosé. Le chat ne paraît pas y souffrir, ou du moins ne s'en préoccupe pas beaucoup. Ce n'est peut-être qu'une petite lésion traumatique. Il est probable que je saurai bientôt à quoi m'en tenir à cet égard.

Ce chat n'a encore présenté aucun symptôme apparent du côté des muqueuses (les manifestations de ce genre paraissent être rares chez les chats, d'après les observations que je puis citer).

Il est cependant sujet, depuis quelques jours, à une sorte de toux ou de mouvement sternutatoire dont la cause semble résider dans les arrière-narines, et qui peut être l'indice d'une lésion matérielle existant de ce côté.

Une partie du bout de son nez, habituellement pâle, blanche et ladre, est devenue d'un jaune safran par l'extension singulière d'une tache naturelle.

Un observateur attentif pourrait découvrir que ce bout de nez a un peu augmenté de volume et que l'ensemble de l'organe lui-même n'a plus toute sa symétrie. Il verrait en outr*e qu'un des cornets inférieurs est plus renflé que l'autre, en même temps que sa muqueuse offre des pustulettes et de petites érosions. Il constaterait enfin que ce cornet s'avance beaucoup pjus que l'autre en dedans vers la partie antérieure de la cloison, précisément d'un côté où le bout du nez présente un léger renflement. Nulle douleur ne paraît se faire sentir quand on y touche.

Depuis plusieurs jours je fais l'examen comparatif de tous les nez de chat que je rencontre. Aucun ne se distingue par ce renflement terminal ni par cette déformation.

En pareille matière pourtant la prudence exige qu'on diffère de se prononcer relativement à la question de savoir s'il existe ou non une affection osseuse du nez.

L'auscultation ne révèle pas le moindre désordre thoracique.

La santé générale de mon animal est aujourd'hui bien loin d'être parfaite. Il a maigri dans ces derniers temps et s'est efflanqué. Il paraît triste et manque d'appétit. Ses conjonctives et ses membranes clignotantes sont pâles et ses yeux enfoncés dans l'orbite ; sa voix est parfois enrouée.

Il est un peu en rut. Cette circonstance fait que, si on le touche, il se persuade qu'on veut donner satisfaction à son tempérament. Aussi peut-on l'observer aisément.

Dans le principe, je lui rognais les griffes deux fois par semaine ; mais je me dispense depuis longtemps de ce soin. Sa douceur est si constante et si parfaite, sa patience et sa résignation sont si exemplaires, qu'il ne se sert jamais contre personne de ses défenses naturelles, singulièrement fortifiées par de

fréquentes excisions. J'oxploro presque tous les jours la profondeur de sa gorge sans rencontrer jamais de sa part aucune résistance volontaire.

A vrai dire, je le soigne très-bien, et je lo comble de caresses pour lui faire oublier mes torts et me concilier sos bonnes grâces. Il est devenu affectueux depuis que je me borne à l'observor sans lui faire de nouvelles inoculations. Mais il ne ronfle pas bien, je ne sais pourquoi, quoique la main appliquée sur son larynx reçoive la perception très-nette de cette oscillation des cerceaux qui détermine ou du moins accompagne lo ronflement.

Je laisse au lecteur le soin d'apprécier la portée de cette observation. Je la rapprocherai plus tard d'un certain nombre d'autres.

J'ai commencé à inoculer ce chat peu de temps après qu'on eut nié (séance du 0 septembre 1864) que les animaux pussent avoir la syphilis constitutionnelle. C'est donc une arme que j'ai forgée pendant vingt mois, non pas contre mais pour mes adversaires. En effet, je ne désire pas les vaincre, mais les convaincre en les conviant à défricher avec moi le terrain que j*ai conquis par ma persévérance.

L'observation assidue de ce fait a été et est encore pour moi la source de jouissances journalières et infinies. Elle m'a procuré plus d'instruction que toutes les discussions imaginables. Ce n'est pas que je répugne à un examen contradictoire. Ma conviction est au contraire trop bien assurée pour que je ne soie pas prêt à la défendre.

Mon chat a donc la syphilis constitutionnelle. Objectera-t-on que les animaux l'auraient en grand nombre s'ils pouvaient la contracter? Cependant, bien que notre attention soit dirigée de ce côté, nous ne découvrons pas tous les jours le grease pustuleux chez le cheval, qui non-seulement peut contracter cette maladie, mais qui en est encore le terrain primitif.

Il me souvient d'une époque où ceux qui niaient la communication de la morve à l'homme opposaient une fin de non-recevoir semblable à leurs adversaires.

Sont-ce des chancres mous, que j'appelle simplement chancres, parce qu'ils commencent par une pustule, ou bien des chancres durs, que j'appelle pseudochancres, parce qu'ils commencent par une papule, qui ont donné à ce châtia syphilis constitutionnelle?

Bien que je sois fixé à cet égard et que ma manière de voir se laisse facilement deviner, je veux éviter la pente qui mène à la discussion brûlante des doctrines syphilologiques et demeurer dans l'atmosphère sereine et calme de l'observation. Les idées seules conçues sous de tels auspices doivent définitivement surnager après le naufrage des systèmes.

Faisons abstraction des symptômes équivoques pour ne tenir compte que des signes univoques, comme disait Astruc, ou pathognomoniquea, comme on s'exprime aujourd'hui.

Que sont ces croûtes, si semblables à celles qu'on observe sur le cuir chevelu des sujets syphilitiques? Que sont ces plaques muqueuses qui poussent symétriquement autour de deux griffes, avec leur forme, leur aspect, leur sécrétion et leur odeur caractéristiques ? Que sont enfin ces tubercules ou ces gommes qui surgissent et se groupent avec leur teinte livide dans une région médiane de la tête très-circonscrite?

Chacun pourra répondre, sans doute, à ces questions suivant la disposition ou les tendances de son esprit. Mais je revendique pour mon compte le bénéfice de conditions tout exceptionnelles. Je m'explique.

La découverte et la pratique de la syphilisation m'ont imposé plus qu'à personne lo devoir d'ôtro constamment en défiance contre des erreurs de diagnosticj'ai vécu dans la crainte à une époque où, d'ailleurs, la délation ne m'épargnait pas, d'insérer la matière syphilitique à quelqu'un de mes semblables qui n'en serait pas déjà imprégné. J'ai combiné mes études et dirigé mes observations en conséquonce ; j'ai pu acquérir, par suite, quelque habitude du diagnostic de la syphilis. Sans vouloir raviver des griefs amortis ni prétendre tirer parti de ce précédent, no puis-je pas l'invoquer au moins à titre de garantie personnelle'/

Je laisse do côté la question de probité scientifique, car si une vie, sacrifiée à l'étude, ne me mettait pas à l'abri d'un injuste soupçon, je me résoudrais à laisser mes adversaires s'engager seuls dans une voie où je ne saurais les suivre sans faire abandon de ma dignité personnelle et des armes courtoises de la science.

Je no descendrai pas de la tribune sans déclarer que à mon avis, cette communication ne doit pas figurer dans un des plateaux de la balance où se pèsent les deslins de la vaccination animale, dont je serais bien certainement partisan si je n'avais d'autres raisons à lui opposer.

En effet, deux portes principales sont ouvertes à l'introduction de la syphilis dans un organisme, humain ou animal : le chancre, dont le début est pustuleux, et le pseudo-chancre, dont le début est papuleux. Or, le chancre n'incube que quelques jours, et le pseudo-chancre incube plusieurs semaines.

Mais d'une part, on ne saurait confondre la pustule chancreuse et son pus avec la vésico-pustule vaccinale et sa lymphe.

Et, d'autre part, on récolterait toujours le vaccin d'une génisse ou d'un poulain bien avant que le pseudo-chancre ait pu se montrer et la vérole exister chez eux, en supposant, comme cela est probable, que la génisse puisse les contracter. Quant au poulain, la question est résolue par l'affirmative. Le cheval de M. Mathieu s'est dévoué depuis peu de temps, et fournit actuellement même la preuve vivante de l'aptitude que possède la race chevaline à prendre la syphilis.

Cette indication sommaire suffit provisoirement, et je ne développerai pas aujourd'hui cette thèse, favorable à la vaccination animale, pour deux motifs :

Le premier, c'est que je craindrais de lasser la patience de l'Académie en allongeant ce travail.

Le second, c'est que je ne voudrais pas obscurcir et compromettre la vérité, en agitant et en soulevant autour d'elle des débris de systèmes dont l'atmosphère de la science doit être à jamais débarrassée.

(Suite.)

Page 1