‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 116 sur 205 · PREMIER JET DE RÉDACTION · texte numérisé non relu

PREMIER JET DE RÉDACTION

L'étymologie du mot chancre est la môme que celle du mol cancer, — Kapxïvoç, crabe, écrevisse, qui étend ses bras. — Le cancer fait d'abord ainsi, puis il s'ulcère, il ronge.

Le chancre syphilitique s'ulcère et ronge comme lui, et en a pris le nom qui s'est francisé.

Dans le principe on a effectivement nommé chancre, en syphilis, tout ce qui a de la tendance à ronger, tout ce qui ronge, ou au moins tout ce qui a l'apparence de le faire. Les ulcères primitifs, comme les consécutifs, qu'ils siègent aux organes génitaux ou ailleurs, ont d'abord été mis dans cette catégorie.

Ce n'est que plus tard, et dans ce siècle même, que l'expression de chancre a été restreinte aux accidents primitifs.

M. Ricord, circonscrivant encore davantage la signification du mot chancre, a passé un quart de siècle, je ne dis pas à étudier, mais à inoculer le chancre. Il a ainsi précisé une signification du mot chancre qui a été acceptée partout pendant le règne de M. Ricord, aujourd'hui déchu.

Alors, pour M. Ricord, le chancre commençait par une pustule qui tantôt aboutissait, tantôt n'aboutissait pas à une infection générale. Mais la pustule était de rigueur, caractéristique (c'était son qualificatif obligé). Il n'y avait même qu'elle au monde ; elle seule pouvait caractériser le chancre, et il suffisait qu'une matière inoculée la produisit, pour qu'on put affirmer que cette matière provenait d'un chancre. Sans pustule point de chancre, sans chancre point de pustule.

Après m'être assuré que tout n'était pas exact dans cette doctrine de M. Ricord, j'ai du recourir à la méthode cartésienne, c'est-à-dire recommencer l'observation après avoir fait table rase. J'était d'autant plus à l'aise que je n'avais aucune idéq acquise en syphilis, ayant fort peu étudié cette matière.

Il ne me fut pas difficile de reconnaître qu'il y avait deux formes distinctes d'accidents primitifs, dont la distinction avait échappé à M. Ricord et à son école, précisément parce qu'une importance trop grande avait été donnée à l'inoculation et que l'observation avait été reléguée sur le second plan. Mais, chose singulière 1 M. Ricord prenait presque toujours le début de l'un de côs accidents et la fin de l'autre pour constituer son chancre à lui, espèce de mulet qui n'a jamais existé ou du moins qui n'existe que dans des circonstances exceptionnelles.

Quoique M. Ricord ait profité de mes travaux, — sans les citer, bien entendu, — pour refaire son chancre, cette réédification laisse beaucoup encore à désirer. Son chancre est fait de pièces rapportées qui ne représentent pas exactement la nature.

Je reviens aux deux formes distinctes d'accidents primitifs que j'ai observées, c'est-à dire aux deux chancres : l'un, le chancre proprement dit ou chancre pustuleux ; l'autre, le PSEUDO-chancre ou chancre papuleux.

Le premier, le chancre pustuleux, débute généralement par une pustule, fournit du pus en abondance, se montre après une courte incubation, se montre rarement solitaire; il s'inocule au porteur et même il inocule sa circonférence, quoique moins bien, des parties éloignées. Cette inoculation circonférenlielle explique son serpiginisme possible, et la lenteur de sa cicatrisation. Il peut, exceptionnellement, s'indurer, et alors c'est déjà la vérole qu'il peut d'ailleurs produire, même sans induration. C'est lui qui donne habituellement lieu au mono-bubon qui suppure. '

S'il résulte d'une inoculation artificielle, c'est toujours par une pustule qu'il débute, que cette inoculation soit faite par piqûre, inoculation, vésication, etc.

S'il procède d'une inoculation naturelle, il n'est pas rare de constater une ulcération d'emblée, sur une déchirure non encore cicatricée. D'autres fois ce sont de petits abcès ou de petits ulcères débutant au centre même d'un follicule.

L'autre, le PSEUDO-chancre, le chancre papuleux, a généralement un début papuleux et sécrète plus de sérosité et de détritus que de pus. Son incubation est longue; ce sont des papules et quelquefois de simples rougeurs qui s'excorient, mais longtemps après que la plaie a été fermée ; solitaire ou peu nombreux il ne s'inocule pas et surtout n'inocule pas sa circonférence. 11 tourne rarement au serpiginisme et est bien plus vite réparable que l'autre. Il tourne au type de l'induration régulière. Après lui la pléiade ganglionnaire indolente est certaine et la vérole inéluctable.

Étudions maintenant les deux chancres.

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