DE LA CONTAGION SYPHILITIQUE A PROPOS DE LA THÈSE DE M. FOURNIER
(3) Voir ci-dessus : rapport de m. gibert a l'académie de médecine sur la contagion des accidents secondaires.
SUR LE CHANCRE ET LE PSEUDO-CHANCRE. 463 M. Rollet (de Lyon) a fini par reconnaître ma priorité. Il a fini par me donner raison, mais en désespoir de cause. Il a voulu s'emparer de la chose tout entière, mais il a dédaigné de partager avec un autre plagiaire.
Synonymie. — Celte question n'est ..pas oiseuse. Les mots représentent les choses, les idées, la science, mais il faut les interpréter convenablement. Comment, par qui, à quelle époque, pour quel motif les noms ont-ils été donnés?
Tel nom vient de ce qu'on a voulu dissimuler un plagiat; on n'a pas voulu adopter le même nom qu'un autre, c'était bien assez de lui prendre son idée, on Lui laisse le mot et l'on cherche à laisser croire qu'on ne l'a aucunement dépouillé. Tel autre adopte un mot parce qu'il a une idée fausse ou parce qu'il fausse une idée. Un tel dissimule sous un mot une palinodie. Un tel marque par un mot un jalon dans l'histoire de la science. Tel autre exprime une variété, etc.
Chancre populeux. — Je lui ai donné ce nom, parce qu'il commence par une papule.
Pseudo-chancre. — Je vous ai déjà dit pourquoi. Ce mot veut dire que ce n'est pas le chancre pustuleux célébré par l'enseignement de M. Ricord.
Chancre induré. — C'est ainsi que M. Ricord le nommait autrefois. Il croyait que c'était le chancre, le chancre à pustule qui s'indurait; il se trompait.
Chancre dur. — Il l'a appelé depuis le chancre dur, parce qu'il a reconnu implicitement, sans le dire, qu'il ne commençait pas par la pustule caractéristique. Remarquez-le bien, ce chancre ne s'indure pas; il est dur de son essence.
Chancre infectant. — On veut dire par là qu'il communique la syphilis constitutionnelle ; mais il n'est pas seul à la produire. Il est vrai de dire qu'il la proxluit bien plus certainement que l'autre chancre; voilà tout. Mais j'aimerais mieux qu'on fit disparaître ce mot infectant, — notez bien que je me place au point de vue des auteurs de cette dénomination, — à cause du sens qu'on attache aujourd'hui au mot infection. On l'oppose à celui de contagion. Il faudrait dire chancre vérolique. f
Chancre parcheminé, érosion chancreuse. — Ces deux mots ne représentent que des variétés.
Chancre, chancre moderne, chancre huntérien. — Ces mots n'ont pas besoin d'être définis, ni expliqués.
Description. — Origine. — Il vient de lui-même. Quand il commence, quand il finit, le coït ne répugne pas plus au porteur qu'à la partie adverse. Mais il vient plus souvent d'une plaque muqueuse, d'une poussée qui.se fait le plus souvent dans le vagin, ou sur le bout.de la verge (gland, méat et prépuce); le sang inoculé le produit aussi et peut-être le sang des règles le donne-t-il dans le coït.
Il ne m'est pas démontré que l'effraction soit indispensable pour qu'il se produise, mais la question est infiniment difficile à résoudre. Pour les muqueuses, peut-être la simple application du virus suffit-elle? Peut-être faut-il y joindre la friction, comme cela a lieu dans le coït, la sodomie, les baisers lascifs.
Incubation. — Un mois 'plus ou moins. Plutôt plus que moins. Cette incubation estécourtée, s'il s'agit d'une récidive, d'une réinoculation, d'inoculations multiples, de certains virus. Il est impossible, dans ce moment et ici, d'entrer dans plus de détails. L'incubation est plus longue, si le lieu d'inoculation est éloigné des centres nerveux et respiratoires* si le sujet est mercurialisé, sulfurisé, arsénisé, iodisé, etc.
Début. — Comment commence-t-il après l'inoculation, après la contagion ? Je vais vous l'apprendre. J'ai fait des inoculations à Saint-Louis, sur les bras, je les ai suivies de fort près, heure par heure, jour par jour, semaine par semaine, mois par mois, année par année.
Voici ce que j'ai vu : une rougeur se montre d'abord au siège de l'inoculation, un mois environ après qu'elle a été faite, longtemps après, par conséquent, que toutes les traces de l'inoculation eurent disparu. Cette rougeur est circulaire, en croissant, en demi-croissant, en tiers de croissant dont les bouts auraient élé coupés droit. Il y en a souvent plusieurs, plusieurs bouts si je puis dire, qui se regardent par leur concavité, mais qui ne paraissent pas appartenir au même cercle, ni à des cercles concentriques, n'ayant pas le môme centre ni le même rayon. Il y a, en outre, des démangeaisons, surtout la nuit.
Dans l'inoculation de la rage, c'est même ainsi que les choses se passent. Même incubation, même commencement, même silence. Rougeurs, démangeaisons, cuissons, etc.
Dans la variole inoculée, dans la vaccine, analogies encore.
Marche. — Tous ces signes s'accenluent graduellement. La démangeaison augmente et devient presque continuelle. Le suintement de la surface s'est accru également; il est devenu plus abondant, plus épais; des squames sont la conséquence de sa concrétion. Elles tombent aisément quand on les frotte.
La surface rouge, papuleuse, s'agrandit, s'arrondit, s'épaissit et finit par se rapprocher de l'aspect d'un petit cercle nummulaire.
La sécrétion, encore plus abondante, ne se borne pas à se convertir en squames, mais elle forme déjà des croûtes ; à la longue, la sécrétion augmente; elle ne consiste plus seulement en sérosité, mais il s'y joint du pus assez abondant; puis il se forme autour de la papule une infiltration d'induration, une lymphite de même nature; une lymphite indurée part du chancre pour aller au ganglion. Quelques taches rouges se montrent déjà parfois autour du pseudo-chancre dans la direction et sur une partie de la longueur de la traînée lymphatique. Les ganglions qui correspondent à celte D'aînée se prennent. Ils sont multiples, isolés, durs, roulants, arrondis, indolents. C'est la pléiade inguinale quand il s'agit de l'aine. Elle existe des deux côlés.
Terminaison. — Enfin des ganglions se prennent dans toutes les parties du corps, et la vérole ne tarde pas à éclater dans toutes ses manifestations éruptives. Mais cette éruption vérolique ne suit pas toujours immédiatement dans le temps le dernier terme qui la précède et que nous venons de décrire. Il faut quelquefois à l'explosion vérolique une cause déterminante, le froid, la chaleur, une émotion vive, un écart de régime.
Durée. — Dès que la vérole paraît, souvent même avant cela, le pseudochancre bat en retraite, c'est-à-dire qu'il diminue d'étendue, de dureté, de sécrétion. La pléiade le suit, mais lentement dans cette décroissance, car elle persiste plus longtemps que lui et existe même souvent en pleine vérole. Six semaines environ, plus ou moins, après l'apparition du pseudo-chancre, la cicatrice est complète, mais l'induration peut persister au delà.
Ainsi, un mois d'incubation, six semaines de durée du pseudo-chancre, et la vérole bien manifestée avant trois mois. Tel est le bilan général.
Reste à décrire, avec soin, chaque symptôme, chaque fragment, de symptômes.
Siège. — A la rigueur, il peut exister partout où on le met. A Saint-Louis, je l'ai inoculé aux bras. J'aurais pu l'inoculer ailleurs; les organes génitaux, voilà son siège de prédilection; chez l'homme, le scrotum et la verge en sont le siège d'une manière générale. A la verge, ou le trouve à la tête et au fourreau de l'organe.
A la tête de la verge, on le voit au prépuce, surtout à son reflet, sur le gland, et au méat assez fréquemment. Le fourreau en est aussi assez fréquemment le siège presqu'à l'exclusion de l'autre chancre. C'est aussi presque à l'exclusion de ce dernier, qu'il a été donné de le constater sur le scrotum.
Chez la femme, on l'observe à la vulve, au vagin, à l'utérus.
A la vulve, il occupe les lèvres grandes et petites, le clitoris, le méat urinaire, le vestibule, la fourchette et la fosse naviculaire. Il peut siéger à toute la longueur du vagin ; son siège fréquent est au col de l'utérus si secoué, si froissé dans les rapports sexuels.
Dans les deux sexes, il naît quelquefois au pubis, aux aines, au périnée.
Il est rare à l'anus, parce que fort heureusement pour les mœurs les rapprochements se font rarement par là; il y en a pourtant des exemples chez l'homme.
Les mamelles sont un siège bien fréquent de pseudo-chancre chez les nourrices. La doctrine de la non contagion secondaire avait admis et propagé le contraire. Ses partisans ont eu pendant vingt ans un bandeau bien çpais sur les yeux. La contamination du sein des nourrices était une chose bien fréquente, on la constatait, on la voyait, on la prenait sur le fait, flagrante delicto. En pareil cas, la vérole ne manquait jamais. Chaque chancre était infailliblement, inéluctablement suivi de la vérole. Eh bien ! c'était un chancre ordinaire, un chancre mou qui s'était produit. Ainsi peut-être jamais ce chancre mou n'a-t-il été vu, constaté dans la bouche de l'enfant. D'un autre côté, le commencement (pustule, ulcération, inoculabilité, etc.) n'a jamais été constaté chez la nourrice, et la vérole était certaine. Eh bien ! malgré cela, on disait que c'était un chancre. Que d'impossibilité, que d'invraisemblance!
Il aurait fallu : 1° Qu'un chancre eut été inoculé dans la bouche de l'enfant, par qui ? comment ? il n'a jamais été constaté. 2° Que l'enfant le donnât à la nourrice où il n'a jamais été constaté non plus. 3° Enfin que la vérole n'eut été comme suite que l'exception, et elle était la règle sans exception.
Je dis qu'ils avaient un triple bandeau sur les yeux, ceux qui n'ont pas reconnu à tant de signes les effets, la preuve de la contamination secondaire.
Les lèvres de la bouche, et surtout la supérieure au milieu ou près du milieu, sont souvent le siège du chancre papuleux, de par une contagion secondaire. Lèvre supérieure, pseudo-chancre, lèvre inférieure, cancroïde. Pourquoi? La prédilection du cancroïde pour la lèvre inférieure se comprend. Les saletés, l'ichor du tabac y coulent avant celui du cancer. Mais pourquoi le pseudochancre est-il si fréquent à la lèvre supérieure? Cela se conçoit moins bien.
Cependant on peut dire que dans les baisers lascifs ou impurs, la lèvre inférieure qui tient à la mâchoire inférieure est plus déclive, plus mobile, moins permanemment appliqué sur l'organe contaminant, et que les matières virulentes y séjournent moins aisément.
La commissure des lèvres, la face interne des joues, les amygdales, l'isthme total du gosier, diverses parties de la langue reçoivent quelquefois directement la contamination.
Les péritomistes israélites peuvent contracter le pseudo-chancre d'un enfant en exerçant la succion, mais ils peuvent aussi repasser la maladie aux enfants. Quand un rabbin péritomiste infecte en un jour ou dans des jours très-rapprochés toute une série d'enfants, il est vraisemblable et même certain qu'il est infecté lui-même, que ce soit par la bouche, ou par une autre voie.
Qui ne connaît l'histoire de ce rabbin qui, il y a une trentaine d'années, infecta une quinzaine d'enfants: ceux-ci prirent donc la syphilis, et bien jeunes
encore par les parties sexuelles, hélas ! On vit des séries d'enfants affectés de symptômes qui ont commencé par où commence ordinairement la vérole, et comme le rabbin n'avait pas de chancres, mais la vérole, M. Ricord déclara que ce qu'il voyait était impossible. 11 y eut une enquête, l'opinion de M. Ricord prévalut.
Il y a quelques années, un jeune homme vint chez moi me consulter. Il avait la syphilis; elle était faible. J'en fus étonné, parce que la source où il avait puisé était forte. Voici ce qu'il me raconta :
Je suis israélite. J'ai été une des victimes du rabbin péritomiste. C'est ma mère, femme éclairée et qui existe encore, qui a, la première, jeté l'éveil. Elle m'a porté chez M. Ricord, qui a constaté sur moi la syphilis. M. Ricord voulait que cette maladie me vint de mes parents. Ma mère s'est indignée, d'où l'enquête qui a démontré bon gré mal gré la source de ma syphilis. — A dater de ce moment, les rabbins péritomisLcs renoncèrent à la succion.
Vous connaissez une source fréquente de syphilis parmi les souffleurs en verre. Ce sont les médecins de Lyon qui nous ont révélé ces faits. Ils ont écrit des Mémoires là-dessus. Tant de prolixité n'était pas nécessaire. Une fois admis que les souffleurs se passent un verre de l'un à l'autre et que la syphilis secondaire est contagieuse, il n'est pas dificile de conclure que cette maladie peut passer par le soufflage d'une bouche à l'autre.
Tous les efforts du médecin doivent se concentrer sur la prophylaxie. En temps et lieu nous en parlerons, et alors nous rendrons justice à nos confrères de Lyon.
Que de chirurgiens, que d'accoucheurs ont pris la vérole en touchant des femmes vérolées : ce n'était rien encore que de la prendre: — mais ils ont pu la donner ; ils l'ont donnée.
M. Jobert fut victime d'une syphilis contractée honorablement par le toucher. Je le vois encore dans la salle des Pas-Perdus de l'Académie avec son index empaqueté; il croyait avoir une blessure anatomique, je reconnus le pseudo-chancre et je le désillusionnai publiquement. Il me garda longtemps rancune d'avoir mieux vu et plus sombrement vu que lui. Après avoir dédaigné mon diagnostic, que ne s'est-il incliné devant mon pronostic ? 11 l'aurait conjuré en le reconnaissant. Surtout, lui dis-je, pas de mercure. Le mercure est funeste à votre âge. Je lui parlai des faits d'Esquirol, des miens, des analogies, de mes observations, de mes opinions. Rien n'y fit. On eut dit que le Destin s'acharnait contre cet homme, auquel la fortune avait tant souri!
Parlons un peu des accoucheuses qui ont, je ne dis pas contracté la vérole de leurs clientes, car le fait est vulgaire, mais qui la leur ont donnée.
J'ai lu dans un journal l'histoire d'une accoucheuse qui distribuait la vérole à toutes ses clientes, et elles étaient nombreuses. M. Pajot en cite une autre.
Les anatomistes prennent aussi la vérole en disséquant.
Vous avez peut-être entendu parler de M. Béraud ? M. Béraud était vérolé. Il eut plus tard un bubon phagédénique terrible dont je le sauvai. Mais le fait fut travesti, à tel point qu'à sa mort, venue treize ans plus tard, après une santé florissante, on accusa la syphilisation de l'avoir tué. Mais ce n'est pas de lui qu'il s'agit, c'est d'un de ses travaux.
Il a prétendu que certains accidents anatomiques offraient, comme la vérole, des symptômes primitifs secondaires et tertiaires. Il ajouta que le mercure et Tiode modifiaient ces accidents. M. Béraud qui n'était pas fort en fait de vérole décrivait la vérole croyant décrire quelque chose de nouveau. Il y avait encore dans ses observations des cas do transmission de la tuberculose. Je le lui ai dit alors.
Le nez, parun mouchoir ou autrement, les paupières, je ne sais comment, ont été le point de départ de la vérole par un pseudo-chancre cpii s'y était placé. Un coup de rasoir l'inocule au menton, un coup de peigne au cuir chevelu. Une grando dame prit la vérole par le sinciput ; sa fille do chambre avait la vérole et se servait de son peigne. Le peigne aura gratté d'une de ses dents une de ces acnés secondaires si fréquentes du cuir chevelu ; la môme dent aura écorcho le péricràne de la dame. Tout s'explique ; la dent du peigne donne la vérole comme la dent du chien la rage.
On parle d'infection par l'ombilic. Il s'agit peuL-ètro d'une poussée secondaire en cet endroit. La structure et les anfractuosités de cette partie ont pu aider à l'erreur.
On parle aussi de syphilis contractée dans la parturition, au passage de l'enfant aux organes sexuels de la mère : 1°. L'enfant peut être contaminé par sa mère; 2° il peut contaminer sa mère; mais ici, je crois qu'on a plutôt conjecturé que constaté. En tout cas, je ne connais pas d'observation bien authentique.
Gomment décrire les caractères du chancre papuleux ou pseudo-chancre. Il a une évolution. Son commencement ne ressemble pas à son milieu et encore moins à sa fin. Le métier de peintre est ici difficile. Mais nous avons décrit sa marche depuis la papule initiale jusqu'à la vérole. Nous n'avons plus qu'à abstraire, à individualiser pour ainsi dire ses caractères du milieu, ses caractères persistants.
Forme. — Sa forme est arrondie avec une cupule centrale.
Étendue. — Son volume est bien variable. Mettons 2 centimètres de circonférence et 1 centimètre de profondeur. Nous aurons ainsi une moyenne.
Fonds. — Son fonds est grisâtre, inégal, pultacé, à l'évidoir.
Bords. — Une pente douce monte du centre de ce fonds à la circonférence qui est surélevée par l'induration.
Base. — La base est dure, élastique, variable en étendue, bien circonjointe, non inflammatoire; elle n'a pas non plus d'entourage ni d'aréolé inflammatoire.
Induration. — Ce qu'on appelle l'induration et qui l'entoure, revêt des attributs différents, suivant qu'on l'examine aux yeux ou à la main.
Sensation objective donnée par le chancre. — Aux yeux, à part l'infundibulum ulcéreux, cela ressemble assez bien à un cartilage tarse des paupières retourné et un peu chassieux. C'est seulement, en général, plus épais. Au tact, c'est aussi un peu cela, avec un peu plus d'épaisseur. On croirait qu'on manie quasi un morceau de cartilage ou un peu de gomme élastique. Je dis quasi, parce qu'il s'agit d'une sensation, d'une vue spéciale que personne, que rien, dis-je, ne peut remplacer.
Pus. — Le liquide sécrété est une sérosité en général pas très-abondante, mal liée, mélangée de pus, de sang, de détritus, de sanie.
Croûte. — Le tout peut former croûte. Épaisse, noirâtre, verdàtre, lisse. Ni aussi lisse, ni aussi luisante, ni enchâssée, ni aussi adhérente, ni si tenace que celle du chancre (chancre mou, chancre pustuleux), dont elle emprunte, du reste, un grand nombre de caractères.
Diagnostic. — Le diagnostic du chancre papuleux est direct ou différentiel.
Le diagnostic direct est objectif ou exploralif, c'est-à-dire qu'il se base sur des caractères matériels ou qu'il se déduit de l'inoculation.
Le diagnostic direct-objectif résulte du groupement du plus grand nombre de caractères matériels objectifs et des plus importants. Il invoque les commé-
moratifs et constate une longue incubation (coït éloigné d'au moins un mois avec un sujet secondaire).
Siège de prédilection : Sur le gland, sur le prépuce, sur le fourreau, au scrotum, au pubis, aux grandes lèvres, à l'entrée du vagin, au col de l'utérus, à la lèvre supérieure de la bouebe.
Début papuleux, solitarité babituelle, ses symptômes, sa forme, sa marche, sa sécrétion, son induration, la lymphite, l'adénite ou pléiade, la vérole.
Arrivons au diagnostic qui se fait par Yinoculation. C'est M. Ricord qui l'a inventé. D'autres avant lui avaient bien pratiqué l'inoculation; mais ce n'était pas en grand ni à ce point de vue. M. Ricord donc l'a inventé. Il ne faisait l'inoculation qu'au malade. Je vous ai dit bien des fois ce que cela avait de défectueux.
Quoi qu'il en soit, autrefois, quand l'inoculation faite à temps réussissait, c'était un signe d'infectiosité possible. Tout chancre qui ne s'inoculait pas à une période de sa durée ne pouvait pas infecter.
Aujourd'hui, c'est le contraire qui est admis. Quand un chancre ne s'inocule pas il est vérolique, ou mieux, comme une foule de choses ne s'inoculent pas sans être vôroliques, la condition de la vérole est de ne pas s'inoculer.
Certes, la contradiction est profonde, radicale entre l'ancienne et la nouvelle doctrine. Or, on rencontre à chaque instant des contradictions aussi grandes dans le rapprochement des deux doctrines, on les rencontre à chaque pas, on ne rencontre que cela.
Il est inconcevable que rinoculabilité delà matière ayant un sens'tout différent qu'autrefois, on se serve pourtant des inoculations positives d'autrefois, qui ne concernent qu'un chancre non infectant, pour les appliquer au pseudochancre qui est leur chancre infectant, et qui ne s'inocule pas.
Ainsi M., Cullerier dépose du pus de chancre dans un vagin; au bout de quelques heures, il le reprend et l'inocule sans que la femme ait pris de chancre au vagin. Il en conclut, et on en conclut avec lui aujourd'hui, qu'un homme peut déposer du virus infectant dans un vagin qu'un autre reprendra pour être infecté, sans que la femme intermédiaire l'ait été.
On a voulu expliquer ainsi ce fait vrai à savoir que beaucoup de femmes communiquent la vérole sans qu'on leur trouve de symptômes ; mais nous allons voir que le nemo dat quod non habet est encore ici applicable, mais il faut savoir l'interpréter.
Revenons un peu à la fameuse expérience de M. Cullerier. D'abord du pus de chancre pourrait bien être déposé sur la muqueuse d'un vagin sans s'y inoculer, tandis qu'une matière de pseudo-chancre plus ténue, plus pénétrante, le pourrait. Ensuite un vagin constitutionnel fournissant du pus chancreux quand on l'excite, M. Cullerier, en supposant que son expérience soit bien faite, aurait bien pu tomber dans ce piège.
Cette expérience ne peut donc pas expliquer une chose qu'on explique autrement. Elle n'explique pas mieux comment de la matière d'une blcnnorrhagie uréthrale peut donner un chancre sans qu'il y en ait dans l'urèthre.
En résumé, un pus déposé sur une muqueuse n'y est probablement pas repris plus tard pour s'inoculer ailleurs, mais ce qui s'inocule est vomi par cette muqueuse, soit parce que cette muqueuse est le déversoir d'un état constitutionnel, soit parce que le pus y a agi sur place localement, comme la varioloïde, sans affecter la constitution, et qu'il est possible qu'il le régénère. Mais encore aujourd'hui il faut préciser la portée de l'inoculation : positive, elle ne prouve pas absolument la non infectionnabilitc puisque, d'après nous, le chancre est
susceptible d'infecter, et que, môme à la rigueur, nous savons que certaines affections syphilitiques, excitées, peuvent produire une matière qui, inoculée, engendre le chancre mou ; négative, elle prouve bien moins, étant faite au malade, puisque la matière du psoudo-chancre n'est jamais presque inoculable à ce dernier.
Voici, du reste, un tableau synoptique, théorique et pratique qui indique avec précision la valeur de I'inoculation :
Inoculation posilive (infectionnabilité). — On sait que dans mon opinion l'inoculation pourrait être positive par Bidenkapisme.
Inoculation négative (non infectionnabilité). — On sait que dans mon opinion une inoculation faite au sujet ne peut pas avoir une signification absolue.
Inoculation positive (non infectionnabilité). — On sait que dans mon opinion.... (comme ci-dessus).
Inoculation négative (infectionnabilité). — On sait que dans mon opinion la lésion pourrait ne pas être inoculable au sujet et l'être à un autre.
Dans les doctrines de la syphilisation : Toute inoculation négative faite au sujet ne suppose pas la même chose sur un sujet sain.
Nous passerons maintenant au diagnostic indirect ou différentiel du chancre papuleux.
L'affection qu'on peut confondre avec lui est vérolique ou non vérolique. Voyons d'abord les affections non véroliques.
Epithélioma ou cancroïde. — Il offre un liseré blanc, pâle, adhérent, de 1 millimètre de largeur, non proéminent, que j'ai montré à M. Hardy, et qui est caractéristique. L'épithélioma est éternel, comparé au pseudo-chancre, et n'offre pas d'induration ; à la longue pourtant il est possible de faire une confusion momentanée entre l'épithélioma et le pseudo-chancre.
jLupws chronique. — Rare aux organes génitaux ; petits tubercules massés, d'un rouge clair ; cicatricules intermédiaires et limitrophes ; petits abcès dans la peau, plus petits que,l millimètre, et qu'on ne voit presque qu'à la loupe ; absence d'ulcération.
Herpès. — Groupement de vésicules passagères sur un fond rouge. Dans le pseudo-chancre pas de vésicules, solitarité et puis durée infiniment plus longue. Pour l'herpès, les jours sont des mois ; les mois sont des jours pour le pseudo-chancre.
Acné. — Elle existe à la face, à l'anus, sur les organes génitaux, au front, aux épaules. Elle dure longtemps, en ce sens qu'une pustule est remplacée par une autre voisine, et qu'elle ne s'étend ni se déplace; elle est arthritique ou scrofuleuse, et les anamnestiques doivent être interrogés. L'acné étant une maladie folliculaire, on voit en général le goulot du follicule.
Les écorchures viennent et passent rapidement. Elles sont à vif, présentent des angles et pas d'induration, à moins qu'on n'ait créé une induration factice par des cautérisations, des attouchements intempestifs.
Il y a des rougeurs physiologiques qui peuvent être prises momentanément
pour le chancre au début, mais leur largeur, leurs irrégularités, leur persistance, leur immobilisme, en ce sens qu'elles sont toujours les mêmes sans avancer ni reculer, en co sens qu'elles ne subissent pas d'évolution, qu'elles ne suintent pas, etc., tout cela les fait aisément reconnaître.
Parmi les accidents véroliques qu'on peut confondre avec le pseudo-chancre, il y a lo chancre pustuleux (chancre mou), la balano-posthite, la plaque