MUQUEUSE
Quant au chancre pustuleux, nous en avons déjà dressé le diagnostic différentiel.
La balano-posthite est superficielle, étendue, sécrète abondamment. Petites exulcérations multiples, peu profondes, sans induration, sans racines, sans retentissement spécifique sur les ganglions.
Plaque muqueuse. — Que de choses sous ce nom ! petites exulcérations superficielles de la bouche, de l'anus, des muqueuses sexuelles, consécutives à des rougeurs ou à des puslulettes. Mais la vraie plaque muqueuse, c'est le tubercule plat, c'est une papule lenticulaire, chagrinée, placentaire, ulcérée et suintante à la surface. Celle-là peut, à bon droit, être confondue avec le pseudochancre, car c'en est un.
Je m'explique : Inoculez la variole, vous aurez à l'endroit de l'inoculation une pustule qui sera d'abord dans l'état d'une pustule variolique ordinaire, mais bientôt elle dépassera cet état. La partie s'enflammera, suppurera, se durcira et rougira loin à la ronde. La matière sécrétée sera surabondante, les ganglions axillaires se prendront, etc., etc. Cela ne ressemblera plus à une pustule variolique, mais pourtant cela en sera une, et on aurait pu facilement la reconnaître au début.
Eh bien! le pseudo-chancre est à la plaque muqueuse ce que la pustule d'inoculation variolique est à la pustule variolique secondaire. Elle lui ressemble dans le commencement : mais, plus tard, elle s'en éloigne, elle s'agrandit, elle en exagère, en amplifie les caractères; l'induration de la base, la pléiade, etc., lui appartiennent en propre, mais la plaque muqueuse, de poussée, n'en a pas moins son cachet différentiel. Elle est multiple, aplatie, ses bords sont relevés, il n'y a pas d'infundibulum au centre. Elle a des granulations à elle qui ne sont pas identiques aux granulations qui sont cicatricielles du pseudo- chancre. Elles ont moins de sécrétion et ne sont pas indurées, ai-je dit, à la base.
Pronostic. — Triple point de vue: Celui de ses ravages locaux, des accidents mercuriques qui pourront être la suite de traitements intempestifs et outrés, et enfin de la vérole qu'il donne.
Ravages locaux. — Ils seront légers, à peine y aura-t-il une cicatrice. Il faudra surveiller les adhérences possibles, prévenir la production d'un phimosis ou d'un paraphimosis.
A la rigueur, le phagédénisme peut y accéder à la suite d'une médication locale excitante. Gomment cet événement qu'ont constaté les dualistes n'a-t-il pas suffi à leur apprendre que le pseudo-chancre était de la même famille que le chancre? Ils ont mieux aimé imaginer lo chancre mixte qui résulterait, suivant eux, de la coexistence des deux chancres en un seul, de façon que si la sécrétion chancreuse précède, c'est que le pseudo-chancre paraît plus tard à cause de son incubation. Mais la sécrétion chancreuse suit, c'est qu'une inoculation chancreuse a été faite sur le pseudo-chancre.
Mais nous, nous n'avons pas besoin de toutes ces créations hypothétiques. Ne savons-nous pas, du reste, qu'un pseudo-chancre mal mené peut sécréter du pus chancreux (Bidcnkapisme).
SUR LE CHANCRE ET LE PSEUDO-CHANCRE. 471 Quelquefois, à la suite du pseudo-chancro, il y a persistance de l'induration. C'est presque toujours la persistance de la vérole : alors le traitement général suffit, autrement on pourrait avoir recours aux fondants iodiques locaux. S'il y avait de la gêne ou des lésions consécutives, on les traiterait comme si elles venaient d'aiiîeurs.
Accidents mercuriques. — C'est l'effet du traitement. Huntcr et Graves en ont tracé le sombre tableau. Aujourd'hui on n'en parle plus guère ; ce serait ouvrir à deux battants les portes à la syphilisation.
V role. — Il n'y a pas à se demander si le pseudo-chancre donne la vérole. C'est déjà la vérole. Mais on peut se demander si elle sera grave. Une bonne constitution, un bon tempérament, un tempérament tempéré, si je puis dire, résisteront davantage. Il y a, en outre, des maladies qui n'aiment pas la vérole, ce sont ses antagonistes, la tuberculose, le cancer. Il y en a d'autres qui vont avec elle, la scrofule (synergisme). Les précédents du malade sont d'une grande importance ; s'il n'a eu maille à partir avec aucun accident vérolique, pas même la blennorrhagie, gare à lui ! Si les parents ont été purs de génération en génération, gare encore à lui davantage! Ce sont les honnêtes, les purs, les enfants qui sont les plus éprouvés de cette maladie, qu'on prétend envoyée pour nous punir de nos débauches.
En outre, nous savons, nous autres syphilisateurs, qu'il y a des pus forts et des pus faibles, des matières fortes et des matières faibles. Sans doute une matière faible peut se régénérer dans un terrain propice, mais elle ne le fait pas toujours. Or, toutes choses égales, une matière forte donne une vérole qui doit l'être également.
Comme pour le chancre pustuleux (chancre mou), — mais peut-être moins que pour lui, — il peut y avoir à la suite du chancre papuleux (pseudo-chancre), la complication des phimosis, des paraphimosis, des adhérences. On les prévient ou on en prévient l'éternisation par des pansements convenables. Au besoin, on pratique des opérations pendant ou après.
Traitement. — Traitement prophylactique. — Renvoyé à la prophylaxie.
Traitement abortif. — On vient toujours trop tard. Peut-être ferait-on cependant avorter un pseudo-chancre si on le saisissait au début et qu'on fit des ablutions persévérantes et constantes avec une solution de sublimé. Cette solution devrait être assez forte pour agir, assez faible et tiède pour pénétrer.
En voici la formule :
Deuto-chlorure de mercure. . . 1 gramme.
Alcool 20 grammes.
Eau distillée , 100 —
Une partie clans trois parties d'eau tiède.
Traitement curatif. — Peu nécessaire; c'est celui de la vérole : vin aromatique, guaco, acide phénique, etc.
On traite les accidents suivant ce qu'ils sont.
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX