DÉPOSÉ A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 3i août 1869. — Présidence de M. Bouchardat.
M. le Secrétaire annuel, en déposant sur le bureau un pli cacheté de M. le Dr Auzias-Turonne, donne lecture de la lettre suivante, adressée par ce médecin au Président de l'Académie :
Monsieur le Président,
Il est généralement admis dans le monde des syphilistes que le bubon qui prend ses racines dans un chancre mou (bubon virulent ou d'absorption, chancre ganglionnaire, etc.) est voué à une suppuration inévitable.
Il est bien plus incontestablement reconnu que la suppuration de ce bubon étant faite et la fluctuation devenue sensible, la matière liquide doit forcément, surtout quand elle est abondante, trouver une issue à l'extérieur par les propres efforts de la nature ou par l'intervention de l'art. Il en résulte des souffrances longues et vives, des ulcérations de l'aine difficiles à tarir, souvent phagédéniques, et des cicatrices difformes, vilaines, indélébiles.
J'ai trouvé un moyen facile de conjurer ces graves résultats. J'élimine la collection virulente, sans ouverture, sans piqûre, sans écorchure, sans solution de continuité d'aucune sorte.
Pas n'est besoin de médicaments internes, d'emplâtres, d'onguents, de cataplasmes, de bains, de prescriptions hygiéniques particulières.
Il ne s'agit pas plus de syphilisation que de l'intervention d'un virus quelconque.
J'étale simplement, d'un trait de pinceau , sur la partie malade quelques gouttes d'une solution que je ferai connaître ; je répète plusieurs jours de suite cette application.
Le malade, qui souffre à peine, vaque à ses affaires et mène la vie commune : ses intimes et ses proches peuvent ne s'apercevoir de rien.
Il se rétablit doucement, inespérément.
Que se passe-t-il dans le bubon? Que devient l'amas de pus? Gomment disparaît-il?
Je présume qu'il se résout en deux éléments, dont l'un est entraîné dans la circulation, tandis que l'autre transpire par des pores passagèrement agrandis.
Je puis affirmer seulement qu'il vient une époque de la cure où tout à coup la chemise du malade paraît avoir été empesée. Cette surprenante exosmose se reproduit plusieurs fois.
La matière excrétée ainsi n'a pas été soumise à l'examen microscopique.
Le bubon s'affaisse et s'efface en conséquence ; il ne tarde pas ensuite à disparaître entièrement, sans laisser la moindre trace.
474 TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX
On examine, on tàte, on scrute la partie, on cherche, on veut trouver une ouvorturo. Il n'y en a aucune ; mais il y en a eu mille à peine visibles.
Parfois, lo désir do se rendre compte des choses, l'impatient besoin de connaître deviennent la source d'étranges commentaires. Chacun met en avant une explication ou veut proposer sa théorie.
Mais toujours la surprise et la satisfaction de l'observateur sont égales au ravissement du malade.
De plus, mon remède offre cela de remarquable, qu'il ne possède pas toute cette officacité contre les abcès non virulents et contre les bubons dont la suppuration n'est pas encore établie, ni surtout ramassée en foyer. Il semble même exaspérer les chancres si» lesquels on l'applique immédiatement. On dirait que le virus est son point de mire, mais qu'il ne va pas au-devant lui, qu'il ne l'altaquo pas directement ou de front.
C'est un remède secret, qui n'est pas nouveau; car Pline et Dioscoride l'ont vanté.
L'usage que j'en fais est nouveau, sans être secret, puisque j'opère publiquement.
Cette découverte, renouvelée des anciens, est susceptible d'applications inattendues qu'on sera curieux à la fois et satisfait d'apprendre.
Quelques-unes de mes Observations ont eu pour sujets des élèves en médecine ou des médecins; pour témoins, des praticiens appartenant à l'Académie, à la Faculté, aux hôpitaux.
Je me réserve d'invoquer leur témoignage. En attendant, je prie l'Académie d'être la gardienne de mon droit de priorité en acceptant le dépôt de ce pli cacheté.
Quelqu'un désapprouvera sans doute la forme inusitée de cette lettre remplie d'espérances. On suspectera peut-être la rectitude de mes intentions. Mais j'espère trouver grâce auprès de ceux qui. témoins de ma persévérance et de mes efforts, et animés du sentiment de la justice, auront à cœur de maintenir intacts les droits de la propriété scientifique.
Veuillez agréer, etc., etc.
MOYEN DE SUPPRIMER LA COLLECTION PURULENTE D'UN BUBON CHANCREUX. Paquet cacheté déposé à l'Académie de médecine, par M. le Dr Auzias -Turenne (1).
Première Observation. — Cette Observation a été rédigée par le sujet luimême, ancien interne d'un service de vénériens dans un grand hôpital.
« CURE D'UN BUBON VIRULENT ET FLUCTUANT PAR UNE NOUVELLE MÉTHODE RÉSOLUTIVE.
« M. X..., étudiant en médecine, contracte dans le cours du mois de janvier 1868 deux chancres mous au frein de la verge. La cicatrisation s'opérait, lorsque dans les premiers jours de mars, M. X... voit se développer insidieusement un engorgement inflammatoire à l'aine droite. M. Ricord, consulté à cet égard, jugea le 16 mars que la suppuration était imminente et conseilla les sangsues. Mais M. X... croit devoir s'appliquer un vésicatoire, pansé avec de l'onguent mercuriel double et des cataplasmes.
« L'insuccès le porte alors à consulter M. Auzias-Turenne, qui prescrit un régime doux, des bains et des frictions à la teinture d'iode.
« Cependant le bubon continue ses progrès et atteint le volume d'un œuf de poule. La 27 mars, la formation du pus s'est révélée par du frisson, un peu de fièvre et par une fluctuation palpable; la marche est impossible et le repos indispensable. M. X...
(1) Dépôt du 31 août 1869, sous le n° 285. — Retrait du 6 novembre 1877, par les Exécuteurs testamentaires.
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX
ne voit pas d'autre ressource que l'ouverture artificielle de l'abcès ; mais M. Auzias- Turenne, pénétre" des inconvénients et parfois des dangers qu'entraîne l'incision d'un chancre ganglionnaire qui n'a que trop de tendance au phagédénisme, a trouvé un moyen de faire résoudre le pus. Mais ce moyen, ajoute-t-il, n'a d'efficacité qu'autant que le bubon est virulent. Il attend donc que le pus soit bien collectionné en foyer, et le 2 avril il commence, pour la continuer chaquo jour, l'application de sa "'substance en frictions a l'aide d'un petit pinceau. Les jours suivants la peau se recouvre de vésico-pustules," accompagnées de démangeaisons.
« Le 5 avril, M. Auzias-Turenne ajoute à la solution alcoolique de sa substance un peu d'eau et l'absorption semble plus prompte. Les pustules deviennent plus, confluentes et plus grosses, la tumeur parait déjà so réduire de volume.
« Les 7 et 9 avril l'éruption s'est couverte de larges croûtes plus ou moins humides.
« Le 10, ces croûtes sont enlevées et l'application du remède plus pénétrante est suivie d'une amélioration réelle. La fluctuation et le volume du bubon ont sensiblement diminué. M. X... a repris son régime ordinaire. Il peut marcher à l'aide d'un bâton et suivre les cours de médecine.
« Du 12 au 17,1a résolution semble avoir un temps d'arrêt, en raison duquel M. Auzias- Turenne croit devoir ajouter plus de vertu à une nouvelle composition de sa substance.
« Le 18, M. Auzias-Turenne est non moins surpris que M. X... de voir suinter à travers des pores, comparables à des trous d'aiguilles, une sorte de sérosité qui empèse la chemise. Réduction évidente à la suite de cette transpiration.
« Le 20, M. X... fait une visite à M. Richet qui diagnostique encore du pus. *
« Le 21, frictions plus fortes et plus copieuses.
« Le 22, la fluctuation limitée au centre est entourée d'une circonférence rénittente, mais la surface est affaissée.
« Le 24, M. Richet affirme la résorption graduelle du pus. « Le 25, tout traitement est cessé.
« Les 26, 27, 28 et 29, M. X... vaque à toutes ses occupations. « Le 30, guérison complète; ni cicatrice, ni trace de la maladie. »
[Donné par M. D....t le 2 mai 4868.]
Deuxième Observation. — Le sujet de cette Observation est un confrère étranger, le Dr Gonstantinescu, qui m'autorise à faire connaître son nom. Je transcris la longue relation qu'il a rédigée lui-même :
« OBSERVATION FAITE SUR MOI-MÊME A L'OCCASION D'UNE MALADIE VÉNÉRIENNE.
« Le 10 mai 1869, j'ai aperçu sur la partie inférieure de ma verge, à 2 centimètres et demi en arrière du frein, et empiétant sur la partie gauche, une petite érosion que d'abord je n'ai pas prise pour un chancre, parce qu'elle n'avait pas commencé par une pustule comme les choses se passent d'ordinaire. Au commencement, cette érosion me causa des douleurs extrêmes au contact du linge ; pourtant je l'ai négligée quelques jours. Pendant ce temps, elle devint plus grande et commença à suppurer beaucoup; de plus en plus elle s'arrondit, puis elle acquit l'étendue de 1 centimètre en diamètre, en même temps qu'elle augmentait en profondeur; les bords étaient taillés à pic, le fond était grisâtre, enfin elle avait tous les caractères d'un vrai chancre, d'un chancre mou. Voyant son progrès, j'ai fait un pansement avec du vin aromatique, et après l'inefficacité de celui-ci, j'ai appliqué une solution de tartrate ferrico-potaïsique.
« Pendant cinq jours d'application de cette solution, mon chancre est resté dans le même état. Pour le modifier, comme je l'ai fait d'autres fois sur plusieurs chancres de mauvais aspect, j'ai employé une solution composée de sulfate de cuivre, d'alcool et d'eau. En appliquant cette solution légèrement caustique, je sentis beaucoup de douleur, mais la plaie fut beaucoup modifiée ; son fond arriva de niveau avec les téguments environnants, mais elle suppura encore beaucoup et ne se guérit pas.
« Pendant l'application de cette solution, par le fait du chancre lui-même ou par l'irritation accidentelle que je lui causais, il me survint un engorgement de la région de l'aine gauche; les ganglions se tuméfièrent beaucoup et en quelques jours ils constituèrent une tumeur très-allongée qui, par la douleur qu'elle me causait, m'empêchait de marcher. Alors, je pris deux grands bains; mais je ne réussis pas à faire résoudre ce bubon. Pendant trois jours, d'après les conseils de M. le docteur Auzias-Turenne, j'ai employé la pommade mercurielle double avec les précautions connues, pour faire avorter mon
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX
bubon, sans y parvenir. Le quatrième jour, j'eus une salivation extrême et un eczéma mercuriel sur la région ; mais le bubon resta dans le môme état. A cause de cet accident j'ai cessé ce traitement pendant trois jours, tout en prenant chaque jour un bain de deux heures.!)
Pendant ce temps, j'ai eu plusieurs fois des frissons 'et des maux de tête, surtout pendant la nuit, ce qui m'a fait croire à l'existence du pus.
« Aujourd'hui, 7 juin, mon bubon est très-avancé; les ganglions inférieurs sont plus gros que les supérieurs, de sorte que la tumeur semble constituée par deux foyers distincts, ne communiquant pas entre eux. Je sens des douleurs lancinantes, particulièrement dans le foyer inférieur, et je suis tourmenté par l'insomnie.
« Le 8 juin, je constate enfin la présence du pus par la fluctuation. Les deux foyers ne communiquent pas entre eux. De son côté, le chancre, que je lave à l'eau fraîche, ne donne pas encore de signes de guérison et suppure abondamment.
« Le 10, M. Després, chirurgien de l'hôpital de Lourcine, d'après l'invitation de M. le Dr Auzias, vient me voir et constate lui-même la présence du pus dans les deux foyers ganglionnaires. Vers les neuf heures du matin, M. le Dr Auzias-Turenne vient aussi, et commence son traitement dans l'intention de faire disparaître le bubon, sans que la suppuration aboutisse par une ouverture. Il y applique une substance médicamenteuse que je ne connais pas, en frottant pendant quelques minutes avec un pinceau pour en favoriser l'absorption ; vers les quatre heures du soir, après une nouvelle application, M. Auzias m'avertit que de petites pustules vont apparaître.
« Ljj 11 juin, à huit heures du matin, je vois que le foyer ganglionnaire supérieur a beaucoup diminué. Je n'y sens presque pas de douleur. Le foyer inférieur est encore douloureux, mais moins qu'auparavant; j'y sens encore la fluctuation. Enfin, autour du bubon et sur lui-même, je vois une nombreuse quantité de pustules miliaires, qui me causent beaucoup de démangeaisons. Vers huit heures, M. Auzias fait une nouvelle application de son médicament, et une autre vers huit heures du soir.
« Dans l'intervalle de ces applications, une nouvelle série de boutons pustuleux apparaissent. Us contiennent tous une matière purulente. Sur le foyer inférieur du bubon, je remarque une grosse bulle, à peu près de 1 centimètre et demi de diamètre, qui contient aussi de la matière purulente, et qui résulte évidemment du soulèvement de l'épi derme par la matière de plusieurs pustulettes confluentes.
« Le 12, les boutons deviennent très-nombreux. Ils occupent toute la surface de la périphérie du bubon. Sur le foyer supérieur, la fluctuation a presque disparu ; elle est encore très-sensible dans le foyer inférieur, dont la surface entière est couverte d'une bulle contenant beaucoup de matière, laquelle pourtant ne s'écoule pas aisément.
« A 7 heures du matin, après une nouvelle application de la substance, M. Auzias me recommande de bien garder mes yeux, pour ne pas souffrir comme lui, à cause qu'il s'était touché avec les doigts imprégnés de la matière, ou que son irritation lui était arrivée par les vapeurs.
« Vers les cinq heures du soir, nous constatons avec M. le Dr Auzias que la fluctuation dans le bubon supérieur est disparue et qu'elle persiste encore dans l'inférieur. J'incise la grande bulle dans la partie déclive, et une matière séro-purulente, trouble, qui s'en écoule, est recueillie sur une carte. M. Auzias détache un lambeau d'épiderme de la partie supérieure de cette bulle pour voir l'impression que fera sur moi le contact de l'air, et lorsque j'ai annoncé que cette impression n'était pas douloureuse, M. Auzias enleva le reste au moyen d'une pince. Un nouvel épidémie s'était formé en dessous à. l'exception du point culminant. J'ai éprouvé une cuisson vive à la nouvelle application de la substance. M. Auzias attribue cette douleur à l'action de l'alcool dans lequel il a mis la substance pour en faciliter la dissolution. Avant cette application, nous constatons que la tumeur est diminuée et un peu moins fluctuante. Les bulles qui entourent la périphérie de la région, contiennent toutes la même matière séro-purulente et ne sont pas encore desséchées. Elles me causent toujours de la démangeaison.
« Le 13, M. Auzias badigeonne de nouveau mon bubon avec sa substance, et nous constatons que le bubon supérieur est entièrement disparu, et qu'il découle des boutons une sérosité sale, sans mauvaise odeur.
« Le 14, je remarque au côté droit de mon nez, sur la paupière supérieure droite, sur le menton' et sur le lobule de l'oreille gauche, des boutons et de la démangeaison qui probablement me sont survenus par le toucber de ces parties avec les doigts imprégnés delà substance médicale.
« A huit heures du soir, nous remarquons encore avec M. le Dr Auzias :
« 1» Qu'en déprimant beaucoup la tumeur, je ne sens presque pas de douleur ;
« 2° Que par la pression exercée sur les bulles on faisait sortir une sérosité qui n'était pas de la matière du bubon, celui-ci n'ayant point d'ouverture ;
TRAITEMENT DU BUBON CIIANCREUX
« 3° Que le bubon s'est beaucoup affaissé et que la fluctuation a encore diminué;
« 4° Qu'il s'est formé une croûte mince sur toute la surface;
« 5° Que les bulles existant à sa périphérie commencent à s'effacer.
« Après quoi une nouvelle application de la substance m'a été faite.
« Le 15, une croûte s'est formée sur toute la surface du bubon, qui lui-même s'est encore affaissé, quoique la fluctuation persiste. Cette croûte est très-dépressible et amincie vers le milieu.' Je sens des douleurs pulsatilles par moments, et j'ai manifesté à M. Auzias la crainte que mon bubon ne fût sur le point de s'ouvrir. 11 m'assura [le contraire et fit une nouvelle application de son médicament. M. Auzias m'a invité même à ne pas omettre dans mon Observation cette crainte que j'ai eue relativement à l'ouverture du bubon. Quoi qu'il en soit, par comparaison, je suis beaucoup mieux qu'au commencement de ce traitement, caria tumeur fluctuante qui existait dans un ganglion supérieur a totalement disparu ; la tumeur inférieure diminue continuellement, je ne sens plus ces douleurs vives, et de plus, je peux marcher très-librement.
« Le 16, je sens encore un peu moins de douleur; la tumeur diminue, et la fluctuation aussi. D'après l'observation que nous avons faite avec M. Auzias, la croûte aurait empêché l'apparition des boutons en aussi grande quantité qu'auparavant et, paraît-il aussi, l'absorption aussi complète de la substance précédemment appliquée. Après avoir de nouveau exploré la tumeur et constaté que le pus en a encore diminué, M. Auzias dit que dorénavant il est maître du mal. Il me raconte en même temps que l'opinion de M. Després, relativement à mon bubon, était qu'il fallait l'ouvrir avec l'instrument ou que, à défaut de ce mode de traitement, il s'ouvrirait lui-même.
« Le 17, la croûte devient épaisse comme un parchemin, et on perçoit, à travers, là fluctuation. Les douleurs ont beaucoup diminué, et je marche plus librement. Pour favoriser l'absorption du médicament par l'élimination de la croûte, M. Auzias consent à ce que je prenne un bain. La croûte se rompt, en effet; mais j'observe après que le globe du bubon devient très-rouge, plus enflammé, et plus douloureux qu'avant le bain. Par suite, la fluctuation est plus superficielle, la tumeur plus douloureuse à la pression. Je ne sais pas si cette aggravation m'est survenue à cause du bain ou parce que j'ai beaucoup marché aujourd'hui, quoique plus péniblement qu'auparavant. Mais, après le repos, les souffrances diminuent un peu, et, vers huit heures du soir, M. Auzias fait une nouvelle application, promettant que l'absorption sera plus facile maintenant, et partant l'action de la substance plus énergique pendant la nuit; qu'enfin une nouvelle croûte va se former, et qu'en trois jours tout peut disparaître.
« Le 18, M. Auzias constate que la superficie du globe du bubon est assez épaisse pour qu'il ne s'ouvre pas par lui-même. Il fait une nouvelle application de sa substance, annonçant qu'en quarante-huit heures de nouvelles pustules vont apparaître. En effet, je ressens la démangeaison qui avait cessé après le bain, et, quoique la fluctuation se perçoive encore très-évidemment, je sens moins de douleur, et je marche très-facilement.
« Le 19, la rougeur et la douleur ont beaucoup diminué, la tumeur est moins grande, mais la fluctuation persiste encore. La démangeaison est revenue, et des croûtes partielles se sont formées. M. Auzias dit que si la guérison est retardée pour moi, comparativement à d'autres personnes qu'il a soignées de la même façon, c'est parce qu'il a mélangé la substance avec de l'alcool pour la dissoudre et l'économiser en même temps, circonstance qui en a diminué l'action. Quoi qu'il en soit, il assure que la guérison surviendra trèsprobablement dans quelques jours.
« Le 20, la tumeur est diminuée encore et la douleur aussi. On perçoit la fluctuation comme à travers un vide, c'est-à-dire que la peau se déprime en faisant une sorte de bruit, et qu'ensuite on perçoit la fluctuation plus profondément. La croûte s'est épaissie, et de petites croûtes jaunes se sont formées à l'entour. M. Auzias fait une nouvelle application de son médicament.
« Le 21, je constate encore la diminution progressive de la fluctuation et de la tumeur. A la suite de la dernière application, il n'est pas apparu de boutons, comme auparavant. Il semble que c'est par une sorte de saturation que cette substance ne s'absorbe plus en totalité, et par conséquent que les boutons n'apparaissent plus. Ils sont remplacés par de petites croûtes jaunâtres et humides, qui apparaissent à la suite de l'application de la substance, et qui se détachent vers la périphérie de la tumeur. Quoi qu'il en soit, je ne sens presque pas de douleur, je marche très-facilement, et M. Auzias, après m'avoir permis de sortir, me recommande de ne pas me fatiguer; il me conseille aussi de ne pas trop manger et de ne pas abuser de la permission de sortir.
« Le chancre, de son coté, marche aussi vers la cicatrisation. Je le panse avec de l'eau raiche plusieurs fois par jour.
« Le 22, rien de saillant.
« Le 23, quoique la fluctuation ait beaucoup diminué, de même que la douleur, je sens
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX
une démangeaison exagérée, qui me tourmente Burtout pendant la nuit et qui me force à me gratter. A la suite d'une nouvelle application que M. Auzias a faite, des croûtes se sont formées.
« Le 24, les croûtes se sont épaissies de plus en plus; elles donnent un suintement trouble, et la fluctuation est moins perceptible. Une nouvelle application est faite, mais cette fois avec la matière simple, c'est-à-dire non mélangée d'eau ou d'alcool. J'attribue à cette variation dans le procédé les démangeaisons, qui continuent encore avec la même force.
« Le 25, je ne sens point de douleurs; mais les démangeaisons existent encore, avec moins de force. Je marche très-facilement, comme si je n'avais rien. Les croûtes ont commencé a se dessécher, surtout à la périphérie. La fluctuation est devenue plus superficielle.
« Le 26, aucune application n'a été faite. Les démangeaisons ont cessé, et les croûtes sont tombées de toute la surface du bubon. Je constate très-peu de fluctuation, et je ne sens aucune douleur à la pression. Je marche aussi très-facilement.
« Le 28, la fluctuation se pérçoit encore à travers les croûtes qui se sont formées. Je sens de la démangeaison, et une excoriation s'est formée entre les bourses et la région interne de la cuisse. Je crois que cette excoriation est causée par l'écoulement de la matière qui exsude à travers les croûtes. M. Auzias fait une nouvelle application de sa substance.
« Le 29, d'autres croûtes se sont formées, tandis que les plus anciennes sont tombées. Une exsudation très-abondante s'est faite à travers elles, de sorte que les linges sont complètement empesés, absolument comme si le bubon avait été ouvert; mais, par le plus strict examen, je ne puis pas y découvrir un seul trou. Une nouvelle application du médicament est faite.
« Le 30, l'excoriation dont j'ai parlé a fait des progrès : c'est un véritable eczéma. Les démangeaisons sont très-exagérées ; mais, après les phénomènes qui se sont passés le jour précédent, le bubon a beaucoup diminué, et, lorsque les croûtes sont tombées de nouveau, la démangeaison a diminué. La fluctuation est à peine perceptible. Une application est faite encore.
« Le 2 juillet, les croûtes étant tombées peu à peu, je remarque que la tuméfaction a tout à fait diminué. Plus de douleur, plus de fluctuation ; les démangeaisons ont diminué aussi, mais l'excoriation persiste encore. Une nouvelle application est faite.
« Le 4, après une dernière application que M. Auzias fit, j'ai remarqué le même jour que le bubon s'est tout à fait affaissé. Une abondante transsudation de matière séreuse s'est produite encore.
« Le jour suivant, cette transsudation augmente énormément, après une promenade que j'ai faite à la campagne et un grand exercice. De sorte que j'ai pu remarquer que cette promenade ou, mieux, que la marche a été très-avantageuse, et qu'elle aurait pu faire partie de mon traitement, car, le lendemain, je ne sens plus de fluctuation ni de douleur, et mes compatrioles, étudiants en médecine, qui avaient vu mon état précédent, sont étonnés maintenant de l'efficacité de ce traitement. Parmi eux, je peux même nommer ceux qui m'ont vu souvent; ce sont : MM. Milsoteano, N. Georgesco, N. Poppesco, Calenici, et plusieurs autres.
« Le 6 juillet, après un bain que je prends avec la permission de M. Auzias, les croûtes sont toutes tombées, et la place qu'elles occupaient ne présente absolument aucune ouverture. Les démangeaisons ont cessé, et l'excoriation a totalement disparu. Je n'ai plus rien à ajouter, si ce n'est que ma guérison est complète à ce moment, grâce au procédé de M. Auzias et à l'efficacité de sa substance dont je ne connais pas encore la composition.
« Georges Démétrée Constantinescu. »
2-2 juillet. — Gonstantinescu est parti hier bien portant pour son pays, la Roumanie ; son aine est plate ; à peine y sent-on les ganglions ordinaires. Les mouvements de l'articulation sous-jacente jouissent d'une liberté parfaite. La surface inguinale est d'un rouge peu sombre ; c'est la couleur mais non le luisant d'une datte sèche* Il y a quelques papilles plus grosses peut-être que de coutume. En somme, guérison absolue.
Pendant son traitement, le Dr Gonstantinescu a composé et présenté à la Facultc une longue Thèse.
Troisième Observation. — Je la résume très-succinctement. Plus tard je la publierai avec détails.
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX. 47<J
C'est do toutes mes observations la première en date. Il y a plus de cinq ans que j'ai fait celte cure. Elle ofl're donc surtout cela do remarquable qu'elle a été mon premier essai. Je ne devrais pas môme prononcer le mot essai, car c'était plutôt un prétexte aux yeux du malade pour le faire patienter jusqu'au lendemain et le tranquilliser.
Un jeune Espagnol, atteint d'un bubon, avait consulté un grand spécialiste.
Celui-ci avait jugé l'ouverture du bubon indispensable et comme devant être pratiquée sans délai. Le Dr Sollet, ami et conseiller du patient, me conduisit un soir, et fort tard, dans l'hôtel que ce dernier habitait. Je devais pratiquer l'ouverture do son bubon.
L'heure avancée de la'nuit, la pusillanimité du malade, le défaut d'éclairage et diverses autres considérations me firent renvoyer au lendemain l'ouverture du bubon.
Ce bubon était gros comme un œuf de poule et fluctuant. La peau en était amincie, la douleur vive. Il y avait impossibilité absolue de marcher.
J'appliquai sur la tumeur ma solution que je portais avec moi pour un autre objet; mon but, ai-je dit, était de gagner du temps et de faire patienter le malade en lui laissant croire que je tentais quelque chose d'efficace et d'utile.
Dès le lendemain le malade éprouva de l'amélioration dans son état. L'expérience m'a appris depuis que le remède, n'ayant pas eu encore le temps d'agir profondément, ne devait pas revendiquer une grande part dans cette amélioration.
A l'arrêt du travail épuisé de la suppuration s'étaient joints le repos de la nuit, le calme du malade, et l'espoir qu'il avait conçu d'échapper à la nécessité d'une incision. Ces diverses circonstances avaient agi favorablement sur son moral, et, par suite, sur son état physique.
Il exigea une nouvelle application du remède, je la fis; deux jours après le mieux était réel, mais je ne conçus pas encore, au même degré du moins que le malade, l'espoir de la guérison sans l'intervention du bistouri.
Les jours suivants, j'eus le plaisir de me rendre à l'évidence. Enfin, neuf jours après, le malade partait guéri pour l'Espagne; je l'ai revu depuis trèsbien portant.
Ce fait me paraissait si extraordinaire que je ne me crus pas encore en possession d'une médication efficace; c'est pourquoi je ne me hâtai pas d'appliquer de nouveau le remède en pareil cas.
Quatrième Observation. — Je suis demandé par un jeune Polonais ; il avait un chancre du frein et un bubon de l'aine gauche. Le bubon était si douloureux que la marche se trouvait impossible ; mais il n'y avait pas encore de suppuration. Mon remède fut appliqué de la même manière et avec les mêmes soins que dans les trois Observations précédentes.
Ma surprise et ma déception furent grandes de voir le bubon s'ouvrir et donner du pus dès le quatrième jour; cela n'aurait certainement pas eu lieu sitôt, si le bubon eut été abandonné à lui-même. J'ai donc dû considérer mon remède comme n'ayant pas produit l'effet auquel je, visais.
Il est vrai que cette ouverture spontanée du bubon resta fort étroite, que la suppuration ne dura pas longtemps et que la cicatrice qui resta fut à peine apercevablc, tant elle était petite.
Cette Observation est la seule qui m'ait induit à penser qu'il fallait attendre une suppuration bien formée pour attaquer le bubon par ma méthode. Mais j'espère encore qu'on pourra un jour interjeter appel de cette décision précipitée.
TRAITEMENT DU BUBON CHANCREUX
J'ai huit autres Observations, dont trois sont fort détaillées; les cinq autres consistent en des notes courtes, mais précises. J'ai négligé à dessein la relation de circonstances qui reparaissent toujours les mêmes.
D'ailleurs les bubons fluctuants n'étant pas rares, je puis aisément mettre tous mes confrères à même d'observer ce qui se passe.
La substance que j'emploie est une solution alcoolique dcLAZER, autrement dit : SILFIUM CYRENAICUM.