RÉSUMÉ
I. La syphilis, après avoir pris terre en Espagne, fit explosion en 1495, sou les murs de Naples qu'assiégeaient les Français et que défendaient les Italien et les Espagnols.
II. Marcel (de Gumes), son premier historien, parle du point de départ de cet maladie aux organes sexuels et de pustules répandues consécutivement sur : corps, mais il ne mentionne point la contagion. Il fait intervenir une influence céleste. Ce fut là une opinion commune do son temps. Plus tard, Fracas' ' exprima poétiquement la même pensée.
III. On est peu d'accord sur les circonstances premières ou écologiques de L'apparition de la syphilis en Europe. Voici quatre versions principales entre lesquelles il faut discerner, choisir la vérité :
1° La syphilis de Naples était une épidémio de morve. 2° Elle consistait en une recrudescence ou dans un mélange de maladies anciennes el connues.
3° La syphilis est née spontanément en Italie. 4° Enfin elle est venue d'Amérique.
IV. ir0 Opinion. — Identité aveç la morve. — Les principaux partisans de cette opinion sont Van Helmont, M. Ricord et Beau.
V. Leurs arguments se déduisent : t° d'une ressemblance entre la syphilis et la morve; 2° de la première manifestation historique de la morve qui aurait eu lieu à Naplos, sur les chevaux, pendant que la syphilis apparaissait sur les hommes.
VI. On leur répond que : 1° A part son intensité, la syphilis n'a pas cessé d'elle partout et toujours la même; 2° la ressemblance des deux maladies étant fort importante, il est généralement possible d'établir le diagnostic différentiel de la morve et de la syphilis ; 3° nulle part on n'a constaté qu'en passant d'une espèce animale à une autre, l'une de ces maladies se soit transformée en l'autre; 4° la morve n'atteint pas autant d'hommes que la syphilis, mais elle frappe ses victimes plus sûrement, plus promptement, plus terriblement ; o° enfin Végèce et Absyrte paraissent avoir décrit la morve dans les iv° et vu0 siècles.
VII. 2e Opinion. — Recrudescence et mélange de maladies anciennes et connues. — Gullerier I01', Lagneau père et. la plupart des adeptes de l'école physiologique ont été les fauteurs principaux de cette opinion.
VIII. Ils arguent qu'on retrouve les symptômes épars de la syphilis dans les auteurs anciens qui en auraient méconnu la solidarité ou la connexion, c'està-dire qui auraient ignoré la liaison de ces symptômes et leurs rapports avec une seule et môme maladie.
IX. Mais les symptômes allégués appartiennent à d'autres maladies et notamment à la lèpre tuberculeuse.
X. Quant à la connexion des symptômes, qu'on prétend si difficile à établir, elle n'a pas échappé au jugement grossier des sauvages de l'Amérique.
XI. Dom Galmet confond la syphilis avec la maladie de Job, parce qu'il y avait dans cette dernière, fort ressemblante à la lèpre, des ulcères et des dou-' leurs.
XII. La symptomatologie différentielle de la syphilis et des autres maladies pustulo ou tuberculo-ulcéreuses, est au moins aussi facile à formuler que celle du choléra indien et du choléra nostras.
XIII. Enfin des symptômes épars, sans cause une et spécifique., ne doivent pas être artificiellement rassemblés pour constituer la syphilis.
XIV. 3e Opinion. — Naissance spontanée. — Cette manière de voir, exprimée par Marcel, Fracastor et par d'autres, est surtout maintenue par Sanchez et par plusieurs Allemands. On l'appuie sur des conjectures ou l'on n'invoque en sa faveur qu'une symptomatologie confuse.
XV. Mais partout où la syphilis a été récemment importée, cette maladie a bientôt acquis la violence et la notoriété de l'épidémie du xve siècle.
XVI. Rien de semblable ne s'est passé en Amérique, relativement à la syphi^ lis. Conséquemment nous ne l'y avons pas transportée. Elle y régnait donc avant la conquête.
XVII. 4e Opinion. — Origine américaine. — Cette dernière opinion est la
première en importance ; elle est vraie à l'exclusion des autres. Astruc en est le principal, le plus glorieux soutien.
XVIII. Il existe en sa faveur des preuves historiques, des preuvos nosologiques et des preuves philologiques.
XIX. Les preuves historiques sont, entre autres, le témoignage précis, sincère, éclairé d'Ovicdo, celui de Thevet, dont la science moderne a établi la justesse, et les détails circonstanciés fournis par Rodcric Dias.
XX. On peut suivre la maladie chronologiquement et géographiquement depuis son départ des Indes, dans son passage à travers l'Espagne, à son arrivée en Italie, puis en France et à sa dispersion dans le monde.
XXI. Les preuves nosologiques consistent : 1° Dans la généralisation et la bénignité de la maladie constatées aux Indes occidentales à l'époque de leur découverte; 2° dans sa marche en Europe, d'abord insidieuse, puis vive et terrible, et enfin suivie d'une graduelle décroissance.
XXII. Les preuves philologiques sont : l°Tous les noms de la maladie et de ses symptômes retrouvés dans le Dictionnaire Caraïbe et dans le vocabulaire des Indiens à l'exclusion de ceux des maladies que nous avons exportées en Amérique ; 1° les noms modernes de la maladie, empruntés des noms des peuples dont chacun croyait la tenir ; les Espagnols, seuls, l'ayant appelée la maladie des Indiens.
XXIII. Pendant plusieurs siècles, on voit reparaître et disparaître les mêmes idées, la même médication. Le mercure, sans cesse balloté, ne triomphe définitivement jamais même parmi les savants. Dans aucun temps, dans aucun pays, il ne devient populaire ; loin de là il inspire partout et toujours une juste aversion au peuple. 11 faut donc porter ses vues ailleurs; il faut donc attendre l'œuvre du temps qui met chaque chose à sa place.