A M. LE DOCTEUR SALES-GIRONS, A PIERREFOND (OISE
Paris, le 19 juin 1859.
Mon très- cher Confrère,
Je vous suis infiniment reconnaissant des sentiments dévoués que vous m'exprimez. Aussi bien vos prophéties m'ont-elles porté bonheur.
Vous dites bien ! La modération naît d'elle-même en ceux qui ont raison et gain de cause (ce qu'il ne faut pas confondre). Donc, sans avoir l'effronterie de me montrer modeste, je ne me suis pas senti la force de prendre la responsabilité du fragment d'article qui se trouve en tète du dernier numéro de la Revue.
Mais j'ai eu deux autres motifs, dont l'un a sa source dans un sentiment de justice, et l'autre dans une sorte de coquetterie littéraire.
Je ne voudrais rien écrire en syphilis sans avoir dit cé que je pense du rapporteur de la Commission.
Croyez que, malgré l'assertion de M. Latour, il n'a pas été enfoncé qu'une porte trèsouverte. Le rapporteur a dû être plus que savant pour triompher, mais homme, ce qui est infiniment plus rare in nostro docto corpore.
2e Motif. — N'étant pas forcé d'écrire, je désire au moins n'être que moi quand je prends la plume. Je croirais commettre un larcin que de signer une lettre que je n'aurais pas écrite.
Vous pensez avec raison que l'expression doit être d'autant plus décente que l'idée ellemême est moins de bonne compagnie; mais il n'y a souvent que certains mots qui puissent bien rendre certaines idées. J'avoue qu'à la rigueur le mot vérole n'est pas de ce nombre.
N'y a-t-ilpas mieux à faire pour un journaliste que de rechercher les locutions de bon goût? N'est-ce pas d'aviser à ce que ses lecteurs soient fidèlement tenus au courant de ce qu'ils ont intérêt à connaître? Ne croyez pas, mon cher Confrère, que j'adresse ici un reproche à la Revue, que vous dirigez si bien !
Je me sens peu propre dans ce moment-ci à un travail de ce genre, en dehors de mes occupations favorites. J'essaierai pourtant de vous être de quelque utilité, en passant de temps en temps chez votre imprimeur. Je ferai le sacrifice de mes répugnances au désir que j'ai de vous être agréable.
Croyez à mon dévouement le plus confraternel.
A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)
Paris, le 3 juillet 1859.
Très cher Confrère,
C'est bien à regret que je vous ai renvoyé sans le'faire transcrire votre second manuscrit sur la Radesi/ge. Je l'ai lu et corrigé deux fois ; mais notre langue est tellement châtiée que j'aurais l'ait de nouvelles corrections en relisant une copie. Cela veut dire qu'à
l'occasion la version française de votre remarquable et lucide travail gagnerait à être revue Mais vous comprenez que je n'ai pas voulu retarder d'un jour votre départ de Christiania. 1
Si vous le pouvez et le jugez convenable, rendez-moi votre manuscrit afin queje puisse en communiquer un résumé aux journaux ou à notre* Société médicale du Panthéon.
Mon intention est de communiquer votre intéressante scabies croûteuse à la Gazette liebdomudaire et au besoin a d'autres journaux.
M. Retzius est à Paris avec sa famille. 11 en part jeudi pour aller en Suisse. J'ai causé avec lui de la syphilisation et de vous.
Je sais que vous aurez cet été un Congrès à Copenhague et qu'il y sera beaucoup question de la syphilisation. H
Viendrez-vous bientôt à Paris? Prévenez-moi de votre arrivée.
Votre bien dévoué.
A. M. POGGIOLI, MÉDECIN INSPECTEUR DES BAINS DE MER, A FÉCAMP (SEINE-INFÉRIEURE).
„ , , . Paris, le 1er août 1859.
Cher Confrère et ami,
Ce que vous me dites de votre malade me fait penser qu'il serait inutile d'insister sur le traitement mercuriel, à moins qu'il ne persiste chez ce malade quelques taches sous les cheveux ou quelques pustules du cuir chevelu.
En effet, si l'alopécie est ici un symptôme de syphilis, soyez sûr que ce symptôme va faire comme les autres et disparaître. Pas n'est besoin de continuer le traitement mercuriel. Il serait même superflu de recourir à un traitement par l'iode.
Mais si l'alopécie dépendait d'une production végétale parasitaire, si elle avait par exemple débuté par des cercles tonsurans, ou mis complètement â nu certaines parties du cuir chevelu, des lotions avec :
Eau distilllée. . . 2 centigrammes.
Sublimé 5 centigrammes.
seraient un excellent remède.
Il ne faudrait pas dans ce dernier cas que le malade prît des bains de mer y trempant la tête, l'eau salée activant en général le développement des végétaux parasites des poils, comme d'ailleurs des végétaux parasites des endroits non velus.
Croyez, cher Confrère, à l'expression de mon dévouement.
A M. C. SPERINO, MÉDECIN EN CHEF DU SYPHILICOME, A TURIN (ITALIE)
Paris, le 27 août 1859.
Très-cher et très-honoré Confrère,
Je n'ai pas répondu de suite à votre dernière lettre qui m'a été très-agréable. J'ai dès alors pensé que les Italiens auraient besoin de s'aider beaucoup eux-mêmes s'ils voulaient conquérir l'indépendance de toute la péninsule. Jusqu'ici le Piémont se tire à son grand honneur du rôle glorieux qu'il s'est assigné de concert avec son brave et chevaleresque Souverain. Espérons que les trois Duchés finiront par conquérir leur indépendance, c'est-àdire leur annexion au Piémont. Mais je crains bien que les fers de la malheureuse Vénét ie ne soient pas brisés et que les Légations ne puissent pas se soustraire au joug abrutissant et séculaire qui pèse sur elles. Il est difficile de causer longuement de ces choses par lettres. Vous pourrez le faire avec mon ami M. I. Geoffroy-Saint-Hilaire, en communion d'idée avec moi. Il passera bientôt par Turin où il ne manquera pas de vous visiter. Peut-être vous parlera-t-il de la conversation qu'il a eue récemment sur la syphilisation avec le prince Napoléon, toujours bien disposé pour nous.
Vous avez sans doute appris que le professeur Hebra a fait à l'Académie impériale de médecine de Vienne une communication très-importante sur et pour la syphilisation (C mars dernier). Mais je n'ai pu me procurer le texte de cette communication.
M. Ricord semble avoir complètement abdiqué, scientifiquement parlant, depuis la journée du 31 mai. Il ne fait plus, et il parait même qu'attendant sa retraite il ne reprendra plus son service de l'hôpital du Midi. Ses élèves n'ont plus foi; ils se taisent en lui tournant le dos. M. Ricord n'est donc plus désormais un obstacle pour nous. Néanmoins, personne n'entreprendra la syphilisation dans un service public, tant que je n'aurai pas forcé les portes de Saint-Lazare. C'est toujours la notre Delcnda Carthago.
Ferez-vous des syphilisations cet hiver? La manufacture des thèses en syphilis ne
LETTRES DE M. AUZIAS-Tl 'RENNE.
fonctionnant plus à l'hôpital du Midi, je voudrais bien voir paraître quelques dissertations inaugurales sur la syphilisation, et je crois qu'il me serait possible, à cause des facilités de communication, d'envoyer à Turin et même à Christiania quelques élèves en médecine sur la fin de leurs études.
J'ai prêté mon exemplaire italien de votre ouvrage au Prince de Capoue, frère du roi de Naples. Ce Prince est si bien disposé pour la syphilisation qu'il a gardé le volume. Si vous en aviez un autre à ma disposition, vous me feriez d'autant plus de plaisir que je suis souvent consulté sur la littérature de la syphilisation et que je désire en conserver les Archives aussi complètes que possible.
Recevez, etc.