A M. LE DOCTEUR ESTÈVE, A. CARPENTRAS (VAUCLUSE
Paris, le 7 juillet 1860.
Monsieur et honoré Confrère,
Est-il bien sûr, d'après les détails que vous me donnez, que vous ayez affaire à un cas non mixte, c'est-à-dire à un cas isolé et franc do syphilis tertiaire?
1° N'est-ce pas le cancer, plutôt que la syphilis, qui détruit ainsi une partie de la oue, en frappant d'ankylose la mâchoire inférieure? Le cancer, mais non pas l'affection syphilitique tertiaire, procède de la périphérie vers le centre.
2° Les affections cancéreuses et aussi les affections scrofuleuses dont il ne peut être, il est vrai, ici question, retentissent dans les ganglions voisins, mais les affections syphilitiques tertiaires ne le font pas.
3° La syphilis tertiaire ne s'accompagne pas ordinairement de vives douleurs. Le cancer entraîne toujours cette triste complication.
4° Les affections syphilitiques tertiaires, et même les affections mercurielles, paraissent céder pour un temps aux traitements antisyphilitiques ordinaires.
5° La syphilis ne met pas si tôt la vie du malade en danger.
Est-ce en présence même du malade que M. Alquié a formulé son diagnostic? Il aurait bien pu, dans ce cas, ne pas vouloir effrayer son client. M. Alquié s'est-il appuyé sur un examen microscopique?
Quand la syphilisation sera complètement maîtresse du terrain, on pourra, on devra même tenter dans les cas de ce genre la deuto-syphilisation et même la syphilisation ordinaire, mais à présent il ne convient pas de le faire, dans les petites villes, fût-ce à Carpentras.
Je me suis bien trouvé dans des cas que je suppose analogues au vôtre, d'un pansement fait avec un mélange de cerat, de laudanum et de suie de charbon de terre.
Cette suie produit en Angleterre le cancer des ramoneurs. Similia similibus, etc., ai-je dit.
J'ai aussi donné cette suie en pilules. Mais je ne parle jamais de suie au malade, qui ne voudrait pas croire qu'un remède pût lui venir des ramoneurs. Les mots grecs qu'il ne comprend pas, — comme lignycérat (Xcyvuç, suie), — sont bien mieux de son goût.
Telle est en quelques mots, mon cher Confrère, mon opinion, à laquelle je vous prie de ne pas attacher une bien grande importance, vu la distance où je me trouve d'un fait que vous observez de très-près ; au contraire je vous remercie beaucoup d'avoir songé à la syphilisation, mais peut-être jugerez-vous à propos de choisir un meilleur cas pour faire prendre à Carpentras la nouvelle méthode.
Agréez, etc.
A M. LE PROFESSEUR BCECK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)
Paris, le 8 septembre 1860.
Très-cher Confrère et ami,
Votre travail est une statistique importante qu'aucun journal ne pourra insérer, mais dont tous ils voudront parler. Je vous engage à faire la publication en Norwége à cause des noms propres (impression en gros caractère, format de brochure, in-8°). Faites que cela ressemble à un petit livre pour que cela puisse être mis chez un libraire et se vendre. Je vais donc me mettre en mesure de vous renvoyer rapidement vos feuilles.
M. Mansouroff a fait avec succès sa lecture à la Société médicale allemande où j'ai prononcé aussi un petit discours.
Pendant la syphilisation, le virus accomplit une évolution dans l'organisme. Rien de semblable dans l'emploi du tartre stibié. D'où les récidives. M. Mansouroff m'apprend des récidives en Russie après le traitement par la vaccination.
Tous ces essais infructueux sont suscités par la syphilisation elle-même. On est ébloui de son importance et on cherche à côté d'elle quelque chose qui lui ressemble, et la remplace. Vains efforts ! C'est en la suivant et non en la décriant qu'on trouvera mieux. Je ferai que votre travail soit présenté à toutes les Sociétés médicales et à l'Académie des sciences.
J'ai envoyé vos planches à M. Sperino par le commissionnaire Mellier. La voie m'a paru plus convenable que la poste.
Agréez, etc.