C. La troisième, du virus variolique
Elles sont entachées d'un péché originel commun, car toutes supposent à tort que la vache, et non le cheval, est le véritable terrain du virus qu'on veut régénérer.
La troisième méthode renferme de plus un vice qui lui est propre ; c'est d'admettre en principe une parenté entre le virus variolique et le virus vaccinal, quand cette filiation n'est rien moins que démontrée.
Elles offrent donc toutes les trois, à des degrés divers, des choses à blâmer, et en laissent d'autres à désirer.
Elles ont chacune, en outre, des imperfections de détail qui constituent dans la pratique de sérieux obstacles. On doit pourtant avoir de l'indulgence pour la première méthode par rapport à ses antécédents, puisque nous n'avons jamais eu de vaccin que par elle, et à cause de circonstances atténuantes qu'on va bientôt avoir à apprécier.
A. Première méthode. — Voici d'ailleurs ses états de servico et son côté faible. On ne s'entend guère sur ce que c'est que le grease. Bien des choses disparates ont été englobées dans cette vague dénomination. (Je ne dis pas les eaux aux jambes, qualification sous laquelle Huzard range l i7 noms divers de maladies !!!)
a. Le grease est pour beaucoup d'auteurs une sorte d'eczéma impétigincux. Cet eczéma peut sans doute être consécutif au grease pustuleux ou autrement
dit antivariolique. Mais alors co>greaso a complètement quitté la scène et a ôtô'remplacô par une affection qui n'a rien de commun avec lui. En un mot, il ne reste plus aucun élément spécifique.
b. Le vrai précise présente lui-môme deux formas qui ne diffèrent entre elles que du plus au moins: 1° le grease local, qui est un grease affaibli, représentant exact de la fausse vaccine ; 2° le grease pustuleux (greaso vosiculo-pustuleux, grease antivariolique, grease constitutionnel, horse-pox de M. Bouley, variole de cheval de M. Depaul, cLc). C'est un grease très-fort qui est de la même origine que le précédent. Il représente très-exactement la vraie vaccine. C'est donc lui qu'il importe de rechercher.
Voici maintenant l'indication des circonstances atténuantes :
-1° On a quelquefois trouvé le grease pustuleux. Il est vrai qu'il ne se rencontre pas toujours, et que jusqu'à ces derniers temps, on n'a pas très-bien su le distinguer d'autre chose. Mais aujourd'hui que nous en savons le signalement, il nous semble facile de le reconnaître.
2° Non-seulement on peut le reconnaître à l'occasion, mais encore on peut s'assurer s'il sécrète ou non un virus énergique. On n'a qu'à s'en référer sur ce point à ceux de nos précédents articles où se reflètent des éclaircissements venus de la syphilisation.
Mais il ne faut pas négliger le soin important de récolter à point le virus à l'endroit de l'inoculation ou de la contamination, de préférence à tout autre endroit. Nous enseignerons, dans la description du grease pustuleux, la manière de distinguer cet endroit, qui existe même dans les cas où l'on a attribué au grease une origine spontanée.
En résumé, la première méthode aurait rendu plus de services qu'elle n'a fait, si l'on avait su: 1° mettre le doigt sur le grease pustuleux; 2° distinguer le moment où le virus de ce grease est non-seulement inoculable, mais encoi'e très-fort; 3°. reconnaître le siège de la contamination afin d'y récolter le virus; 4° enfin, se garder de la crainte d'inoculer à l'homme une matière directement empruntée au cheval.
B. Deuxième méthode. — Elle paraît de prime abord séduisante, mais son inefficacité n^en devient pas moins manifes te. La vache, en effet, rend le virus
j moins fort qu'elle ne l'a reçu. On obtient le contraire de ce qu'on cherche.
La transmission du vaccin à la vache est un témoignage, selon moi superflu, de la force de ce virus et un bill de garantie, que nous pouvons avoir autrement, contre la syphilis. D'ailleurs, cette garantie ne dépasserait pas la première génération humaine de ce vaccin ex vaccina.
La vache est si peu, à mon sens, un terrain propre à la régénération du vaccin que je suis au contraire fermement convaincu que ce virus se retremperait plus fortement par son insertion à des adultes sains et vigoureux appartenant à l'espèce humaine, pourvu que ces adultes n'aient pas été vaccinés et n'aient point eu la petite vérole. *
C. Troisième méthode. — Elle compte deux procédés: le procédé ordinaire ou par inoculation; le procédé de Sunderland ou par infection.
Il est fort heureux qu'on ait imparfaitement réussi par l'emploi de cette méthode; car le virus variolique, retransmis de la vache à l'homme, aurait pu répandre dans les populations des germes de contagion variolique.
Que faudrait-il pour qu'on parvînt à inoculer le virus variolique à la vache? Il faudrait:!0 rencontrer un virus humain très-énergique; 2° l'inoculer par
plusieurs piqûres enscmblo, ou, ce qui revient au même, par une large surface.
Quelles seraient les conséquences du succès? Il y en aurait deux principales : 1° on serait assuré que le virus est fort; 2° celui-ci se serait un peu affaibli.
Or, nous ne manquons pas de moyens de savoir, ce dont nous n'avons du reste pas grand besoin, que tel virus variolique est fort ou affaibli. Nous n'avons pas non plus la moindre intention de l'affaiblir. Ce que nous voudrions, c'est qu'il devînt vaccin, et il ne pourrait le devenir qu'à la faveur d'une étroite parenté préexistante entre les deux virus.
Résultat brut de l'emploi de ces trois mélbodes, sauf quelques réserves faites en faveur de la première: impuissance et dangers.
Je propose une méthode résumée dans une phrase :
On peut régénérer le vaccin humain, en le faisant passer par l'organisme d'un nombre nécessaire et suffisant de chevaux, adultes, vigoureux, bien portants, et n'ayant jamais été affectés du grease pustuleux.
Nous fabriquerons ainsi du vaccin meilleur que celui de la nature, et nous aurons appris à le bien récolter, c'est-à-dire que nous le recueillerons à l'endroit même de l'inoculation.
Notre vaccin sera meilleur que tout autre parce que nous choisirons bien nos chevaux régénérateurs, et que nous n'apporterons aucune parcimonre relativement au nombre de ces chevaux et à celui des inoculations que nous leur ferons subir. Rien donc ne sera livré au hasard.
Je constate sans étonnement, mais non sans regret/que les orateurs de l'Académie ne paraissent pas devoir abonder dans mon sens. Je propose et j'expose ce que je crois être une vérité nouvelle; mais je ne l'impose pas. D'ailleurs, cette vérité serait-elle vraiment nouvelle si chacun l'acceptait d'emblée?
M. Depaul, ainsi que je l'avais annoncé, est remonté à la tribune. Il est partisan de la troisième méthode de régénérer le vaccin. Son argumentation a été remarquable, et, avec raison, fort appréciée. M. Depaul a fait impression, je crois, sur tout le monde, excepté. sur moi; c'est que mon opinion est assise solidement.
Le discours de M. Depaul se divise en deux parties. Dans l'une, il rassemble des faits pour démontrer l'existence de la variole chez le cheval ; dans l'autre, il condense des preuves expérimentales et logiques de la possibilité de reproduire la vaccine par l'inoculation du variolin faite aux animaux et plus particulièrement à la vache.
Mais, d'une part, personne n'a jamais nié que le grease pustuleux ne soit une maladie varioliforme ; or, les faits avancés par M. Depaul et la logique rigoureuse de son argumentation n'aboutissent pas à démontrer autre chose. D'autre part, on ne saurait contester la réalité de l'inoculation de la variole aux animaux, ni la possibilité de reporter cette maladie sur l'homme et de reproduire ainsi des phénomènes semblables à ceux qu'on obtenait autrefois par l'inoculation directe de la variole. Mais le point important serait de démontrer que ces phénomènes sont absolument identiques à ceux de la vaccine.
J'indique, comme moyen de vérification, l'expérience suivante dont les résultats seraient péremptoires :
On prendra deux chevaux placés, autant que possible, dans les mêmes conditions.
On inoculera à ces animaux, aux mêmes endroits, par le même procédé, et par un pareil nombre de piqûres, à l'un du vaccin, à l'autre du variolin.
On inoculera ensuite, au besoin, à d'autres chevaux, et dans les mêmes circonstances, la matière fournie par les pustules d'inoculation de chacun d'eux,
do manière à avoir ainsi deux séries parallèles d'inoculés : d'un côté exclusivement parle vaccin, de l'autre exclusivement par le variolin.
Si les deux virus sont identiques, on verra se produire des phénomènes identiques dans les deux séries.
Si les deux virus sont différents, les phénomènes produits le seront aussi ; et c'est, je crois, ce qui arrivera.
M. Depaul n'a pas dit tout ce qu'il avait à dire. C'est la faute d'un comité secret qui a absorbé une portion de la séance. On devrait s'arranger de manière à ne pas morceler ainsi la discussion.
Pour nous dédommager, celle-ci s'est continuée dans la salle des Pas-Perdus. Là, chacun a pu parler à son aise.
Ma méthode régénératrice du vaccin a eu l'honneur d'y défrayer en partie la conversation. Une seule objection, que je sache, a été faite à cette méthode par M. Bouley, c'est qu'il avait déjà essayé, sans succès, de pratiquer l'inoculation du vaccin humain au cheval. J'ai répondu, et je réponds encore, sans hésiter, qu'il n'avait pas rempli exactement mon programme. D'abord le cheval inoculé par lui pouvait avoir déjà eu le grease pustuleux ; ensuite le renforcement du virus peut, dans certains cas, exiger plusieurs générations chevalines de ce virus.
Le virus syphilitique, qui est notre étalon des virus, ne se renforce pas toujours lui-même dans une seule génération sur l'homme. Il en faut quelquefois plusieurs successivement.
Séance du Ie' décembre 1863.
Au commencement de la séance, M. Rufz de Lavison, Directeur du Jardin zoologique d'Acclimatation, présente un cheval et une jument de Java, atteints l'un et l'autre de la maladie pustuleuse qui est l'objet de la discussion actuelle. Ces deux animaux sont en effet atteints d'un grease pustuleux produit par inoculation, constituant chez la jument une sixième et chez le cheval une septième génération. Ces résultats ont été obtenus par des expériences que nous avons faites, M. Mathieu, vétérinaire très-distingué, et moi. Je suis donc à même de fournir sur cette présentation des détails qui, à défaut d'autres, auront le double mérite de la précision et de l'actualité. Nos lecteurs seront ainsi mis à même de suivre et de comprendre sans efforts la discussion de l'Académie. J'ajouterai que nous nous tenons, M. Mathieu et moi, à la disposition de ceux d'entre eux qui désireraient étudier de plus près des animaux atteints du grease pustuleux, et, en outre, que nous avons en réserve et à leur discrétion du vaccin de première qualité.
L'occasion de faire des expériences nous a été donnée par un cheval atteint d'un grease pustuleux d'une origine en apparence spontanée.
Ce cheval est de race anglaise, hongre, âgé de quatre ans et demi, et était arrivé depuis 13 jours d'Angleterre lorsqu'il a été soumis pour la première fois à notre examen. Voici l'esquisse de son observation dont nous avons pris les premiers traits le 20 octobre 1863. Je parlerai ensuite des inoculations que nous avons faites, M. Mathieu et moi.
Renseignements : Ce cheval paraît être en santé; cependant, depuis hier, il mange avec un peu de difficulté ; il salive beaucoup.
Mardi, 20 octobre. — Le cheval a encore toutes les apparences de la santé. L'appétit est conservé. L'action de prendre les aliments et de les introduire
dans la cavild buccale s'exécute avec une certaine difficulté. La salive est abondante, filante, spumeuse.
Vendredi, 23 octobre. — Sur la lèvre supérieure, au voisinage de la commissure gauche, existent des pustules au nombre de 10 à 15, de volume variable, dont deux, les plus voisines do la commissure, sont ulcérées. La plus grosse a 1 centimètre de diamètre. L'ulcération est superficielle, à fond pultacé. Elle sécrète un liquide un peu jaunâtre, transparent, qui se concrète en croûte jaune sombre et un peu luisante. Cette croûte a de la tendance à adhérer aux parties sous-jacentes. — La seconde en grosseur est plus régulière. Elle présente les mêmes caractères. En la pressant, on voit sourdre le liquide virulent et limpide par une foule de petites ouvertures. Dans une portion peu éloignée de la circonférence, dans l'ulcération, existe un poil de moustache que l'on ne peut arracher par une traction assez forte. La base de ces pustules est indurée dans une étenduo qui est la même en tous sens, et qui varie, suivant les pustules, de 1 centimètre à 1/2 centimètre.
Les autres pustules disséminées çà et là, dans le voisinage, sont plus petites, ne sont pas ulcérées et sécrètent cependant un liquide virulent. Quand on les presse, la partie superficielle s'en détache facilement; l'épiderme et les poils très-fins et très-courts s'enlèvent en même temps; puis apparaît, sur chacune d'elles, une ulcération peu profonde, un peu pultacée et présentant un certain nombre de petits points rouges par lesquels, à l'aide de la pression, on fait sourdre du sang mélangé à de la lymphe vaccinale en abondance.
Sur le pourtour des naseaux, et notamment sur le bord libre de l'aile externe du naseau droit, existent quelques petites ulcérations,' à fond jaunâtre, résultant de la concrétion de la lymphe. Çà et là, sur la surface externe de l'aile droite du nez, sont quelques petites pustules sans caractère particulier.
L'éruption, quoique plus accumulée à la face, est cependant répartie sur toutes les parties du corps, notamment à l'encolure, aux flancs, à la région digitée des quatres membres. — Sur la couronne, les pustules sont plus larges, elles se dépilent à la moindre pression et laissent voir des ulcérations qui sécrètent une quantité considérable de liquide virulent. La couronne du membre postérieur gauche porte quatre grosses pustules à l'origine du sabot.
Sur le fourreau existent deux pustules. Les oreilles en laissent voir trois.
Au niveau de la commissure inférieure du naseau droit, sur la muqueuse nasale, à 2 centimètres environ de l'orifice inférieur du canal lacrymal, existent cinq pustules du diamètre d'un grain de chènevis; elles sont rondes, plates à leur sommet, jaunâtres et entourées d'une auréolette rose. A la partie correspondante de la cavité nasale droite est une pustule de même forme, de même dimension que les précédentes, mais moins avancée que celles-ci.
Dans la bouche, les pustules sont confluentes, en grand nombre, à la face interne des lèvres, des joues, sur les gencives. Dans le canal lingual et sur les côtés du frein de la langue, elles forment une surface continue de 8 centimètres de longueur sur 5 centimètres de largeur ; cette surface est gaufrée, ulcérée. Là un grand nombre de ces pustules présentent des points gangréneux; elles ont un mauvais aspect et saignent au moindre contact du doigt. La langue en laisse voir quelques-unes sur lés bords de sa partie libre, mais il n'y en a pas à Sa face supérieure ni au palais. Certaines de ces pustules sont très- régulières : on y constate, au centre, un point blanc pultacé, autour de celui-ci une auréole jaunâtre résultant de la présence du liquide virulent. Cette première auréole est entourée d'une seconde, plus saillante, très-étroite, blanche, bien déterminée, épidermique ; enfin une auréole rosée environne le
tout. Leur diamètre, non compris cette dernière auréole, varie de 3/4 de centimètre à 2 millimètres environ.
Les glandes sous-linguales sont tuméfiées et douloureuses à la pression.
Les ganglions lymphatiques sous-linguaux sont aussi un peu tuméfiés et douloureux. Les lymphatiques des lèvres et des joues sont gorgés, saillants, et donnent à la partie inférieure de la mâchoire du côté droit un aspect légèrement bouffi. L'un de nous a pensé que ce gonflement maxillaire pouvait bien êtro périoslal.
Lo poil a perdu de son brillant et offre notamment sur les côtés de l'encolure, aux avant-bras, à la face interne des cuisses, aux flancs et surtout autour des couronnes, de nombreuses pustules très-faciles à trouver, non-seulôment à l'aide du toucher, mais aussi parce que là où ces pustules existent, les poils qui les recouvrent sont hérissés en petits faisceaux, et s'arrachent à la moindre traction. Ils sont agglutinés à leur base par une matière concrète, jaune doré, qui n'est autre que la sécrétion virulente de la pustule. La disparition des poils et de cette matière concrète dorée laisse voir une ulcération dont la sécrétion, claire, limpide, est des plus abondantes.
26 octobre. — Le cheval est en voie de guérison. Les pustules marchent partout vers la cicatrisation. Les pustules de la membrane nasale ont laissé des ulcérations si superficielles qu'à peine la muqueuse se trouve lésée; on distingue cependant que ces ulcérations sont un peu blanchâtres au centre et qu'elles sont entourées d'une auréolette rose peu prononcée.
La tuméfaction des glandes sous-linguales et des ganglions lymphatiques sous-linguaux a disparu; mais une tuméfaction longue de 4 centimètres, épaisse de 1 centimètre et demi, dure au toucher, un peu douloureuse, et qui semble avoir son siège dans le périoste (il a déjà été parlé de cette tuméfaction à propos de la visite du 23) existe au bord postérieur droit du maxillaire inférieur, au niveau de la scissure maxillaire.
Le virus de ce cheval nous a servi à pratiquer de nombreuses inoculations dont nous allons rendre compte, avec le soin d'écarter des détails qui seraient un hors-d'œuvre dans le compte rendu d'une séance académique et dont la multiplicité pourrait embarrasser l'intelligence du lecteur. Notre récit comportera donc quelques lacunes qui seront comblées plus tard. Avant tout, nous avons pour but d'être clair.
Commençons par mettre sous les yeux de nos lecteurs un tableau synoptique que nous avions remis à M. Rufz avant la séance.
Ce tableau renferme tous les résultats présentés à l'Académie par M. Rufz, en même temps que les chevaux de Java.
Nous y ajouterons quelques renseignements complémentaires que le lecteur comprendra facilement, ayant le tableau sous les yeux*
SéantJes des 1er et 8 décembre 1863.
Le 20 octobre 1863, trois piqûres sont faites, à la lèvre supérieure du cheval de M. Mathieu, avec une lancette chargée de salive visqueuse, provenant du cheval de race anglaise indiqué à la première génération du virus.
Une friction d'une durée de vingt à trente secondes est faite à ce même cheval sur la membrane muqueuse buccale et sur le côté gauche du fourreau de la verge, avec un linge imprégné de cette même matière.
L'épithélium de la muqueuse nasale est enlevé, avec l'ongle, à l'entrée de la
Pt3
t? DP
eu
? ° G ■*i> eu
« TJ
ta o c!
CN d S- 3 vu
° a « o --h cd
ri
Si
me
eu]
co
vu ,^ 4> O