TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR JEAN DE CARRO
Quatre ans après l'apparition du premier écrit de Jenner sur la vaccine (an
INQUIRY 1NTO THE CAUSES AND EFFECTS OF THE VARIOL^E VACCINEE), c'est-à-dire en
1802, la vaccination était pratiquée avec une sorte d'enthousiasme et avec un trèsgrand succès dans presque toutes les parties du monde. Mais un article de la doctrine de Jenner relatif à l'origine du vaccin, que l'illustre inventeur faisait provenir du cheval (l), rencontrait de nombreux contradicteurs. « C'était donc sur l'Angleterre, » dit De Carro, « que les vaccinateurs du Continent jetaient les yeux pour obtenir la solution de ce problème (2). »
A cette époque, le Dr Loy, chirurgien à Pickering, dans le Comté d'Yorck, trancha péremptoirement la question dans le sens de l'opinion de Jenner par la publication d'une brochure in-8° de 29 pages intitulée : account of some experiments on the origin of the cow-pox, c'est-à-dire : Relation de quelques expériences sur l'origine du cow-pox.
Cette brochure répondait à un vœu et presque à un besoin ; elle eut beaucoup de succès. En même temps qu'elle écartait un nuage de l'auréole de gloire de Jenner elle apportait la garantie qu'on pourrait désormais remonter quelquefois à la source même du précieux préservatif. Elle fut traduite en plusieurs langues et arriva en France par Genève, durant les rigueurs du blocus continental. Ce fut grâce à De Carro, qui en publia une édition française, assez incorrecte d'ailleurs, dans la bibliothèque britannique (3) .
On parla d'abord beaucoup de ce travail, puis on s'en occupa moins, enfin on ne le cita que de loin en loin, et d'après les auteurs, comme par ouï-dire. On arriva de cette façon à ne plus savoir exactement ce qu'il contenait, et surtout à ne plus en rien croire. Sic transit gloria mundi, Après avoir été glorifiée dans le principe, la brochure de Loy avait donc été oubliée; on aurait pu dire d'elle, en parodiant un vers célèbre de La Fontaine :
De près c'est quelque chose, et de loin ce n'est rien.
L'oubli fut porté si loin à l'égard de Loy que, dans les premières séances de la longue discussion qui vient d'avoir lieu à l'Académie de médecine sur l'origine du vaccin, on ne fit pas même mention de cet auteur, dont le travail était exclusivement consacré au sujet de la discussion.
Aussi, quelles ne furent pas la surprise et la satisfaction générales quand M. Bouvier, renouant une chaîne historique plusieurs fois brisée depuis Jenner, est venu exposer devant l'Académie, dans une dissertation savante, les Expériences de Loy et les travaux de ses successeurs qui n'étaient guère mieux connus.
(1) M. Bousquet a avancé, j'ignore sur quels fondements, dans la séance du 3 février 1857 de l'Académie de médecine, que Jenner avait d'abord eu l'opinion que l'origine primitive du cow-pox remontait à la vache.
(2) Bibliothèque britannique, Sciences et arts, t. XXI, p. 379.
(3) Ibid., loc. cit., p. 380 et suivantes.
Apres le remarquable discours de M. Bouvier, on ne négligeait plus de citer Loy devant l'Académie, mais on ne le lisait guère davantage. Chacun semblait s'être fait un Loy théorique, adapté aux idées qu'il voulait faire prévaloir.
Je crois donc bien faire en publiant une édition de la brochure de Loy. Il ne sera plus désormais permis de se livrer à des suppositions en citant cette autorité. Le moment d'ailleurs est opportun pour cette publication; les esprits ayant été remués sont redevenus calmes sans être encore indifférents. C'est donc à présent qu'il faut préparer les matériaux d'une discussion qui n'a été qu'amortie. L'opinion publique, en effet, ne cessera pas d'être inquiète et avide de documents tant qu'elle ne sera pas fixée touchant les vrais rapports d'origine de la vaccine avec la variole. C'est sur ce terrain que le débat doit se ranimer un jour. Tout le monde alors sera bien aise d'avoir à sa disposition le travail du chirurgien do Pickering.
Ce n'est pas que cet auteur ait tout dit sur la question et ne se soit jamais trompé. Nous en savons plus longque lui, — etpeut-être le savons-nous mieux. Sa manière de voir a été éclaircic sur quelques points, — rectifiée ou complétée sur d'autres. Néanmoins, son Mémoire est encore un enseignement des plus fructueux. A quelques égards, Loy n'a été ni dépassé, ni même atteint. Il ne craignait point notamment d'inoculer le grease pustuleux directement du cheval à l'homme. C'est bien à tort que nous hésitons à suivre son exemple. L'appréhension d'inoculer la morve peut aisément être écartée par l'intervention de vétérinaires instruits. Quant à la crainte de transmettre à des enfants un virus trop énergique pour leur frêle organisation, l'expérience a déjà plusieurs fois parlé pour la dissiper. Vaut-il donc mieux courir la chance de communiquer la syphilis par la vaccination ou se résigner à ne conférer qu'une préservation imparfaite contre la variole? Si l'on veut une préservation à toute épreuve contre ce Iléau, c'est à l'énergique virus équin qu'il faut nécessairement avoir recours.
En résumé, le Mémoire de Loy n'a rien perdu de son intérêt et ne laissera pas de projeter des lumières sur une discussion dont la perspective n'est pas éloignée.
Il ne dépendait pas de Loy de corriger quelques-unes des imperfections de son travail. Il exerçait dans une province où l'on n'a pas les mêmes ressources pour cultiver la science et faire des publications que dans les grands centres de population. A son époque, la doctrine dermatologique de Willan ne s'était pas encore répandue et l'on ignorait l'art de décrire les maladies de la peau.
Il m'a semblé que la manière la plus avantageuse de faire connaître Loy était de mettre son travail au niveau des derniers progrès de la science par l'adjonction de quelques Notes appelées par des renvois dans le texte original. La différence des caractères typographiques permettra de distinguer facilement et de suivre couramment le texte du Mémoire, malgré l'interposition des Notes.
J'avertis enfin que, faute de mieux, je copie presque textuellement la traduction de J. de Carro.