MALADIE PROPRE AU CHEVAL
Les personnes qui sont dans l'opinion que les discussions nuisent aux progrès de la science ou sont au moins stériles, auraient pu facilement se détromper, en assistant aux séances de l'Académie de médecine de l'année 1863, et du commencement de l'année 1864, c'est-à-dire aux séances dans lesquelles a été agité le sujet de l'origine du vaccin.
Les discussions sans doute peuvent, en froissant des intérêts ou en choquant des amours-propres, soulever des nuages qui obscurcissent momentanément les meilleurs esprits et ralentissent même le mouvement du progrès, surtout si les hommes qui se trouvent offusqués occupent de hautes positions scientifiques. Mais si le débat a été public et libre et que chacun ait pu formuler son avis et s'éclairer par lui-même, la science reprendra bientôt son élan avec plus de sûreté et de fermeté.
La discussion offre plusieurs avantages.
Elle stimule les esprits et les force à chercher. Celui dont les arguments ont manqué le but dans un premier engagement, ne néglige pas de se préparer des avantages dans une lutte nouvelle, en se munissant de meilleures armes que celles qui ont éclaté dans ses mains, ou en apprenant à les mieux manier.
Un grand écueil dans les recherches et dans les discussions, c'est d'y apporter des idées préconçues. Celles-ci sont pour la plupart l'expression de la science d'hier, de la science du passé. Elles obstruent et elles obscurcissent les voies de l'esprit et ne peuvent, par conséquent, pas favoriser la venue de nouvelles idées.
Il n'en est pas ainsi des hypothèses. Les hypothèses ne sont pas plus des affirmations que des négations. Elles tiennent le milieu entre la science d'hier et celle de demain. Toute solution supposée équivaut à une question posée, et toute question posée est souveat bien près d'être résolue. Les hypothèses sont des phares qui, s'ils n'indiquent pas toujours la route, montrent au moins les écueils et permettent de se mouvoir, ce qui vaut mieux que de rester immobile.
Je vais justifier ces propositions, à propos des découvertes faites ou au moins confirmées à Alfort sur le grease pustuleux, en d'autres termes sur l'origine du vaccin.
Dans les discussions qui ont eu lieu sur l'origine de la vaccine, M. H. Bouley a émis deux hypothèses en deux temps différents, mais très-voisins l'un de l'autre.
Rapprochant l'opinion de ceux qui ont prétendu avoir produit le cow-pox par l'inoculation faite à la vache de la matière des eaux-aux-jambes du cheval, de l'affirmation de MM. Lafossc et Leblanc qui avaient vu le cow-pox provenir d'une maladie de cheval autre que les eaux-aux-jambes ; tenant compte, en outre, de cette circonstance probable que le grease anglais ou la maladie du talon de Jenner était une autre source do cow-pox bien distincte des deux précédentes; prenant enfin en considération d'autros origines du cow-pox qui
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avaient été signalées, de temps en temps, par divers observateurs, M. H. Bouley, dis-je, rapprochant dans son esprit ces divers éléments par une synthèse un peu précipitée ou tout au moins non suffisamment justifiée puisqu'elle méconnaissait à la fois les lois de l'analogio et le principe de l'unité morbide, M. H. Bouley avait émis une première hypothèse, à savoir que plusieurs maladies du cheval pouvaient donner le cow-pox à la vache. La seconde hypothèse dérivait de la première. M. H. Bouley, en chercheur infatigable, s'était dit : en inoculant à la vache toutes les maladies possibles du cheval, je finirai certainement par savoir quelle est celle qui fournit le cow-pox. Or, M. H. Bouley a la main heureuse, et la première maladie du cheval qu'il tenta d'inoculer à la vache fut celle qu'il avait considérée jusque-là comme une affection aphtheuse et dont il sera question plus loin. 11 obtint ainsi un vrai cow-pox.
M. H. Bouley se hâta d'en conclure, et c'est précisément en cela que consiste la seconde hypothèse, qu'il avait trouvé un fait révolutionnaire, une nouvelle maladie du cheval qui fournissait le cow-pox. Mais si M. H. Bouley s'était moins hâté de parler, si, gardant pour lui son hypothèse, il avait mieux ou plus longtemps observe son cheval et ceux qui pouvaient être dans le même cas, ne se serait-il pas convaincu que ce cheval avait des pustules sur le corps, ou au moins qu'il s'en rencontrait sur le corps d'autres chevaux atteints de la môme affection V Le résultat a été le môme pour la science, sinon pour M. H. Bouley, qui n'avait eu que le tort de penser tout haut et en pleine Académie. Il s'est rectifié lui-même jusqu'à un certain point, et c'est la science, en définitive, qui a le bénéfice de sa rétractation, c'est-à-dire de ses observations subséquentes, des éclaircissements ultérieurs qu'il a fournis, des nouvelles données d'observations et d'expériences auxquelles il est parvenu, en travaillant, en quelque sorte, sous les yeux de tout le monde.
M. H. Bouley a donc fait des hypothèses, mais il a été plutôt stimulé qu'enchaîné par elles. Il n'a pas même attribué une importance exagérée à sa seconde hypothèse, bien qu'elle parût légitimement basée sur l'expérimentation directe. Au contraire, il a bientôt constaté lui-même par de nouvelles observations, appuyées par d'autres expériences, que ces aphthes auxquels il avait donné trop d'importance comme vaccinogènes, n'étaient qu'un des symptômes d'une maladie constitutionnelle qui avait bien d'autres manifestations, et qui en présentait notamment d'essentielles à la peau. M. H. Bouley a ainsi du même coup, — M. Depaul aidant, — rectifié des erreurs et découvert des choses importantes. •
Je ne quitterai pas ces considérations générales, sans faire ressortir l'importance qu'il y aurait à fonder deux nouvelles Sections à l'Académie de médecine, savoir : une Section d'Histoire et une Section de Médecine comparée. S'il y avait eu dans cette Compagnie savante une Section d'histoire, y aurait-on méconnu les traditions Jenneriennes, je dis plus: les traditions du Comité central de vaccine; je dis plus encore : les traditions de l'Académie elle-même, héritière de ce Comité central. En un mot, n'aurait-on pas su ce qu'était le grease pustuleux? M. H. Bouley aurait-il pu appeler, sans qu'il s'élevât de réclamation, révolutionnaire un fait essentiellement restaurationnaire ? Tout cela soit dit, bien entendu, sans diminuer en rien le mérite incontestable de M. II. Bouley.
Au moyen d'une Section do médecine comparée, qu'il ne faudrait pas confondre, telle que je la conçois, avec la Section importante de médecine vétérinaire dont les points de vue et le but sont différents, n'aurait-on pas eu facilement dos renseignements exacts sur la nosographie du grease pustuleux et principalement dans tous ses rapports avec lo cow-pox?
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On a reproché à Jenner do no point avoir donné la description du grease vaccinogène, c'est à tort peut-être ; Jenner, en effot, ne s'est pas cru obligé de décrire une maladie que tout le monde paraissait connaître dans son pays. Il pouvait se tromper, sans doute; cependant on découvre dans ces derniers temps, et l'on sait aujourd'hui plus ou moins nettement ce que c'était que le grease de Jenner. On possédait un mot, lo mot grease, qui n'exprimait rien pour nous de précis. Mais aujourd'hui qu'on vient de trouver la chose, on va avoir une signification nette do ce mot. Il ne s'agit plus que de bien décrire et de bien spécifier celte chose. Quo fait-on, au contraire? On s'expose à jeter de la confusion dans les esprits par des dénominations nouvelles. N'était-ce pas assez que d'avoir obscurci les idées pendant plus d'un demi-siècle par les dénominations mal définies d'eaux-aux-jambes et de javart!
Dans un cadre nosologique bien fait, cette maladie doit trouver sa place parmi les maladies virulentes en même temps que la syphilis, la variole, la rougeole, la scarlatine, etc.
Nosologie. — Noms : Grease (fermiers du Gloucester, Jenner); mal du talon (Jenner); grease çonstitutionnel (Loy) (1) ; vesicle equina (Geely) (2); cow-pox, vaccin, maladie vaccinogène (H. Bouley); horse-pox (H. Bouley) ; variole de cheval (Depaul) ; giardone (Birago) (3) ; giovardo ou chiovardo (Sacco) (4) ; farcin de rivières (Bourgelat) (5) ; farcin bénin léger (vétérinaires français modernes) ; javart, eaux-aux-jambes ; picote (Dupuy) (6) ; cachexie claveléiforme (7); herpès phlyetenodes (H. Bouley, Reynal), etc.
Ce luxe indigent de terminologie n'est pas un bon signe, car il obstrue les abords et encombre les sentiers de la science. M. H. Bouley lui-même, un esprit pourtant si distingué! se laissant aller à l'entraînement pour le néologisme, a créé le mot horse-pox. C'est un produit anglais de contrefaçon française :
1° Ce mot signifie quelque chose sans offrir rien de précis. Qu'est-ce que la vérole du cheval ? A quelle maladie de l'espèce humaine correspond-elle par son principe? Si c'est à la variole, pourquoi préjuger ainsi, et, pour ainsi dire, contre soi-même, une question en litige, et fournir une arme à ses adversaires?
2° Il brise la continui té des traditions Jenneriennes ;
3° Enfin, il ne se prête à la formation d'aucun dérivé.
Le mot grease est également anglais; il a été employé par Jenner et adopté par Loy. Il est excellent, précisément parce qu'il n'offre pas le moindre rapport avec la nature de la maladie que nous lui faisons signifier. Il ne peut ainsi donner lieu à aucune confusion et n'engage aucunement l'avenir. Il devrait donc satisfaire tous les esprits. Nous emploierons transitoirement, pour écarter les idées que représentent les termes d'eaux-aux-jambes et de javart, l'expression de grease pustuleux, sauf à revenir, plus tard, au motgrease sans qualificatif, qui est plus commode et plus court, qui a pour lui la sanction du temps et, pour ainsi dire, le droit de premier occupant. Outre que le mot grease ne
fl) Account of some experiments on the origin op the cow-pox. In-8, 1802, 29 page?. V. ci-dessus, p. 612 et s.
(2) Rayer. Cours de médecine comparée. Introduction. Paris, 1863, p. 47.
(3) MÉMOIRE SUR L'ORIGINE DE LA. VACCINE DÉPENDANTE DU GIARDONE, etc. Milan, 1803.
(4) Traité de vaccination, etc.; traduit de l'italien. Paris, 1813.
(5) Dupuy. Traité historique et pratique sur les maladies épizootiques des bêtes a cornes et a laine ou sur la picote et la clavelée. Paris, 1837, in-S°, p. 3S0. Bourgelat. Mémoire sur la maladie épizootique de 1770.
(6) Ibidem. Passim.
(7) Dupuy. Passim.
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préjuge rien, il se prête à une foule de combinaisons de mots dénominatifs tels que :
Grease local, grease constitutionnel, grease vésiculeux, grease pustuleux, grease vésico-pustuleux; maladie greasienne, affection greasienne, lésion greasienne, éruption greasienne; lymphite greasienne, adénite greasienne, périostite greasienne; grease buccal, grease cutané, grease équin, grease vaccin, grease ovin, grease por-%, cin, grease canin, grease humain... contagion greasienne, contamination greasienne inoculation greasienne, friction buccale greasienne, friction anale greasienne, friction génitale greasienne, friction nasale greasienne, friction conjonctivale greasienne; virus greasien ou greasin, lymphe greasienne, matière greasienne; greasiner, greasination, vésicule greasienne, pustule greasienne, vésico-pustule greasienne ; aphthes greasiens, ulcération greasienne, auréole greasienne, cicatrice greasienne ; greasides (comme on dit syphilides), etc.
Étiologie. — La question de l'étiologie est loin d'ôtre résolue. Mais la solution du problème est d'une haute importance, comme tout ce qui a trait à cette singulière maladie. Il n'y a d'insignifiant que la thérapeutique, au point de vue vétérinaire bien entendu ; c'est en effet à cause du peu de gravité de cette maladie que les vétérinaires n'y ont pas fait assez attention. L'étiologie est ce qu'il y a de plus important, parce que cette maladie est la source du vaccin. Remonter à son origine, c'est donc remonter à la source du vaccin. Ce n'est donc pas seulement pour qu'on puisse reconnaître cette maladie et la traiter qu'il est important d'en connaître l'étiologie, mais encore et surtout pour qu'il soit possible de se la procurer chaque fois- qu'on en a besoin.
Pâturages humides. Chaleurs excessives qui font rechercher pour les chevaux et par eux l'humidité et l'abreuvement. Chevaux de rivières (Bourgelat, Jenner). Jenner donne à entendre que les chevaux contractaient cette maladie en laissant leurs pieds séjourner longtemps dans d'humides pâturages. Bourgelat en voit la cause dans le passage continuel du chaud à l'humide. Selon lui, l'humidité du printemps est la cause la plus ordinaire du grease. Cet avis est aussi celui du chevalier De Carro.
Cette étiologie paraît, jusqu'à un certain point, justifiée par les nombreuses observations qui ont été faites, pendant l'été de 1863, à Alfort et ailleurs. Plusieurs des chevaux qui furent atteints du grease, en dehors de la contagion directe apparente, venaient d'êtrô récemment achetés et avaient été mis au vert avant d'être vendus; or, on se rappelle que les chaleurs étaient excessives à cette époque, et on comprend que ces chevaux mis au vert, c'est-à-dire placés dans des conditions de liberté relative, ont dû chercher les lieux humides, les rigoles, les abreuvoirs, etc.
A cette question d'étiologie s'en rattache une autre qui est bien autrement importante.
Le grease pustuleux constitue-t-il à lui seul toute une maladie, ou fait-il simplement partie d'une autre maladie, soit à titre de manifestation symptomatique, soit à titre de manifestation évolutive?
J'ai beaucoup de tendance à croire qu'il n'est qu'une partie d'un tout, d'une maladie, et voici mes raisons :
Le vaccin est un virus fixe, contagieux, mais non infectieux. Il est donc de ceux qui se conservent dans l'organisme, et qui peut-être, quoi qu'on en ait dit, peuvent y créer des états morbides, s'ils ne sont pas bien maniés ; peut-être même des dispositions héréditaires.
LE GREASE PUSTULEUX. 635
Mais quelle est donc la maladie avec laquelle il peut se lier de manière à faire avec elle une unité morbide? No serait-ce pas la gourme?
Sacco prétend avoir prévenu Vétranguillon des jeunes chovaux par l'inoculation du vaccin. Je n'attache pas une créance bien grande dans les affirmations de Sacco. Mais il est des choses qu'on peut moins imaginer que d'autres, et qu'alors ou prend mieux dans la nature que dans son imagination ou dans le désir d'annoncer du nouveau. Cette affirmation de Sacco est du nombre, or, l'étranguillon ost-il autre chose qu'une manifestation gutturale de la gourme.
Un vétérinaire anglais du nom de White rapproche la gourme de la petite vérole de l'homme et de la clavelée du mouton (1). Enfin M. H. Bouley n'a-t-il pas dit à l'Acadcmio de médecine que le grease pustuleux était une maladie qui coïncidait avec une autre maladie? Ce n'est pas mon opinion ; je croirais bien plutôt qu'il n'y a là qu'une seule maladie e!, deux ordres de symptômes. Mais peut-être que M. H. Bouley ne commet qu'une erreur nominale, consistant à confondre, comme le font parfois des vétérinaires, l'affection avec la maladie, et comme il l'a déjà fait, quand il a dit que plusieurs maladies (il voulait dire plusieurs affections) étaient de nature à reproduire le grease pustuleux.
Cette entité, cette unité morbide, gourme-grease, bien démontrée, il y aurait à en tirer des conséquences scientifiques et pratiques; mais je me bornerai ici à cinq réflexions seulement :
1° On arrivera certainement un jour à n'avoir besoin que de la gourme du cheval, qu'on peut trouver partout et toujours, pour retrouver le vaccin.
2° Dans toutes les expériences chevalines de régénération du vaccin on devra écarter tous les chevaux qui ont jeté leur gourme.
3° L'observation facile des chevaux nous apprendra si la gourme mal jetée leur laisse des maladies. Comment elle doit être jetée pour laisser du bien.
4° On sera sur la voie de bien savoir quels sont les animaux vaccinogènes en sachant quels sont les solipèdes passibles de la gourme.
5° Enfin l'observation de tous ces phénomènes greasiens-gourmeux ne nous mettra-t-elle pas sur la voie des symptômes vaccinaux humains quels qu'ils soient, présents, futurs, primitifs, constitutionnels?
On a beaucoup discuté dans ces derniers temps sur les voies de communication du grease. Est-il contagieux? Est-il infectieux? 11 est fâcheux qu'on ne s'entende pas mieux sur la signification précise des mots contagion et infection qui sont partout mal définis. Il s'agit donc ici d'une question qui non-seulement n'est pas bien posée, mais qui encore ne peut pas l'être tant que les mots dont on se servira présenteront une signification équivoque.
Posons donc autrement la question et demandons-nous simplement quelles sont les voies de communication de cette maladie d'un animal à un autre, d'un animal à l'homme, et de l'homme à l'homme.
•1° Tout le monde convient qu'elle se propage par inoculation. La vaccine est là pour le prouver. Cette maladie n'est pas autre chose que la vaccine. Personne n'ignore qu'en dehors de l'apposition directe delà sérosité vaccinale sur le derme dénudé, il n'y a pas de communication possible ; même chose a lieu sur les animaux. Tant d'Expériences publiques ont été faites qu'il n'y a pas à insister. M. Mathieu et moi, nous avons pendant six mois entretenu le grease pustuleux en le faisant passer d'un cheval à un autre; c'est donc une voie de
(1) Abrégé de l'art vétérinaire, oujDescription raisonnée. des maladies du cheval, etc., par J. White , traduit de l'anglais sur la 11° édition; annoté par M. Dela-
guette, Vétérinaire des Gardes-du-corps du Roi. 2° éd. Paris, 1827.
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transmission acquise à la science sur l'admission de laquelle il ne peut y avoir aucun doute.
2° Il est incontestable que le grease pustuleux du cheval offre en général des symptômes buccaux. Nous avons démontré, M. Mathieu et moi, qu'on peut communiquer le grease au cheval, à la vache et à d'autres animaux, en leur frictionnant les gencives et d'autres muqueuses, l'es génitales, par exemple," avec le principe contagieux, sans faire à ces organes une solution de continuité, quoiqu'il ne paraisse pas que cela puisse s'effectuer sur la peau. Ce n'en est pas moins un second mode de communication sans effraction. Entrée du principe contagieux par les ouvertures naturelles des muqueuses.
3° Maintenant ce principe du grease peut-il, sans altération, se répandre sous une forme non matérielle, non visible, dans l'atmosphère, de manière à infecter les bêtes ? Je ne le crois pas ; dans tous les cas que j'ai observés et qui ont été signalés, le principe de la maladie avait toujours pu se communiquer immédiatement, matériellement, visiblement, d'après l'un ou l'autre des deux modes indiqués. Il serait d'ailleurs fort étrange que ce principe, qui est le même, fût par l'atmosphère communicable aux animaux et ne le fût jamais à l'homme. " Voilà donc un principe auquel on donne de singuliers attributs : 1° Il ne pourrait plus redevenir lui-même, après avoir passé par l'organisme des animaux ; il aurait acquis une transformation indélébile. 2° De volatile qu'il était et de transmissible par l'atmosphère, il cesserait de l'être, de façon que le passage à travers les animaux lui conserverait la propriété de se transmettre par l'atmosphère aux animaux et la lui enlèverait pour l'homme.
Jecrois donc, jusqu'à nouvel ordre, qu'il n'y a que les deux voies de contagionque je viens d'indiquer et surtout la première.
Affection. — Son siège ordinaire et visible est la peau de tout le corps et la membrane muqueuse buccale.
Est-elle pustuleuse ? Est-elle vésiculeuse ?
Une discussion s'est élevée sur ce sujet à l'Académie; à la manière vive dont on a parlé, affirmé, nié, et dont on s'est même taxé d'ignorance, on aurait facilement cru que les termes de vésicule et de pustule étaient parfaitement définis et qu'il ne pouvait y avoir aucun malentendu à l'égard de leur ^signification. Il n'en est rien cependant. On trouve encore ici plus de vague que quand il s'agit de définir les mots de contagion et d'infection.
Dans la dernière édition du dictionnaire de nysten, on ne définit pas la vésicule et on se borne à dire, à l'article pustule, que c'est une très-petite tumeur cutanée qui suppure au sommet. Dans cet ouvrage, on place la vaccine parmi les pustules, quoique la vaccine constitue une assez grosse tumeur cutanée remplie de sérosité qui ne suppure que fort tard et tout aussi bien à la base qu'au sommet.
Bateman et plusieurs des élèves de Willan et dé Biett mettent la vaccine au rang des vésicules. «la vaccine, disent Cazenave et Schedel, est une affection plutôt vésiculeuse que pustuleuse, mais nous nous croyons excusables en plaçant son étude après celle de la variole par les rapports essentiels qui existent entre ces deux maladies. » (Abrégé pratique des maladies de la peau, 1828, p. 178).
Comme exemple d'analogie entre la vésico-pustule vaccine et l'élément primitif d'une autre affection cutanée, je citerai une syphilide que M. Bazin a trèsbien décrite sous le nom de plaque muqueuse de la peau. Dans le début de la vésico-pustule vaccine, comme dans le. cours de cette syphilide, l'épidémie est à la fois gonflé et soulevé, mais il n'est pas réellement écarté, par de la séro-
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sité, des éléments do la peau qui sont au-dessous de lui. La sérosité est infiltrée, plutôt que réunie. Il m'est arrivé plusieurs fois d'entamer avec une lancette l'épidémie de la plaque muqueuse de la peau et celui do l'élément initial de la vaccine, sans pénétrer dans un petit espace séreux que je croyais d'abord rencontrer. Plus tard, l'intervention du loucher et l'habitude avaient bien vite rectifié mon illusion. Ces considérations m'autorisent à employer l'expression de vésico-pustule, et même à me servir indifféremment, pour plus de brièveté, tantôt du mot vésicule, tantôt de celui depustule.
Ne pourrait-on pas cependant préciser mieux que ne l'ont fait les auteurs le sens de ces deux dénominations, en établissant entre la vésicule et la pustule un parallèle? Ce parallèle devrait être fondé sur la détermination des éléments de la peau qui sont affectés, sur la nature du liquide et sur les conditions de son enveloppe; ensuite sur l'indication des auréoles, des ulcérations et des croûtes qui peuvent exister, et enfin sur la mention des cicatrices finales.
La vésicule est plus superficielle ; le derme n'est pas atteint ou à peine est-il superficiellement excorié. La pustule est plus profonde et entame le derme. . Dans la vésicule, comme dans la pustule, il y a soulèvement de l'épiderme ; mais dans la pustule, il y a en outre inflammation de parties plus profondes.
Le liquide de la vésicule est longtemps séreux ou séroïde, et s'il devient purulent, ce n'est, en apparence du moins, que vers la fin. Il en est autrement de la pustule (pus), dont le liquide est constamment purulent ou puro-sanguinolent.
La vésicule ne s'accompagne pas ou s'accompagne à peine d'auréole. La pustule est accompagnée d'une auréole vivement enflammée.
La vésicule se termine plutôt par la formation d'une lamelle qu'elle ne se couvre d'une véritable croûte; elle n'est généralement pas accompagnée, comme la pustule, d'ulcération ni suivie de cicatrice.
' En voilà de reste pour établir que la vaccine est une affection qui n'est pas plus exclusivement pustuleuse que vésiculeuse, et pour donner gain de cause à ceux qui ne veulent reconnaître dans la classification de Willan qu'un système commode pour le diagnostic et pour la description des espèces.
A la peau donc se montrent principalement des vésicules qui, à un moment de leur évolution, peuvent être considérées comme constituant des pustules. Ce sont des vésicules, parce que le derme est à peine entamé et que le liquide sécrété est presque constamment séreux ou séroïde. Ce sont des vésicules converties en pustules, parce qu'il y a plus tard production de pus, de croûtes, d'ulcérations et de cicatrices.
On peut même dire que l'élément primitif se montre quelquefois sous la forme de papules par suite d'une sorte d'avortement de cet élément; en effet, avant qu'il y ait vésicule il y a papule, et quelquefois l'évolution ne va pas au delà de la forme papuleuse. En tout cas, et pour me tirer d'embarras, je me servirai désormais dans ma description du mot vésico-pustule qui rendra assez bien le sens de ce que j'ai observé à la peau et dans la bouche des chevaux.
Ces vésico-pustules sont généralement en grand nombre et disséminées sur toute la surface du corps. Elles sont quelquefois discrètes, quelquefois confluenlcs. Cela dépend de l'intensité de la maladie. Mais, en général, elles sont bien plus multipliées comme aussi leurvolume est très-considérable à l'endroit qui a été le premier attaqué par le virus, et qui peut être considéré par conséquent comme le point de départ de la maladie ; car je ne crois pas plus, comme ie l'ai dit plus haut, à la contagion par l'atmosphère qu'à la naissance spon-
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tanée de cette maladie. Il y a donc une localité qui correspondrait syphilitiquement parlant au chancre ou au pseudo-chancre, et où .les choses se passent de môme. C'est de là que partent les vaisseaux lymphatiques qui arrivent à des ganglions où l'infection a déjà retenti. Dans cette localité, comme je l'ai dit, les vésico-pustulcs sont généralement conlluentcs, elles y constituent des masses, des groupes dont les éléments, plus larges et circulaires, empiètent souvent les uns sur les autres et forment par l'intersection de leurs cercles des délinéations.
J'ai vu une fois cet assemblage de vésico- pustules siégeant à la partie postérieure de la couronne où il formait une masse qu'on aurait pu comparer, à cause de la manière dont ces vésico-puslules étaient réunies, à un groupe de syphilides circonscrites. J'ai constaté encore des groupements semblables aux commissures labiales, au milieu de la lèvre supérieure ou aux points intermédiaires à ces deux parties et au nez. Dans une circonstance enfin, ce point de départ de la maladie, révélé par une accumulation de vésico-pustules et par un retentissement ganglionnaire correspondant, siégeait sur un des côtés de l'encolure, à un endroit qui avait été en rapport avec la selle ou tout autre véhicule du virus.
Dans tous ces cas, un gonflement ganglionnaire correspondant indiquait que c'était bien là la porte d'entrée et le point de départ de la maladie.
Les vésico-pustules étaient constamment arrondies, à moins qu'elles n'eussent été déformées par le grattage. Le liquide en est d'abord clair — (voir plus loin des détails sur ce liquide). — Il y a presque transparence. L'aspect est toujours primitivement jaunâtre. Mais bientôt le mélange du liquide avec le sang — (voir plus loin la description de la croûte) — donne à la vésico-pdstule une couleur sombre et un aspect de dalte luisante. Phénomène bien dissemblable de ce qui se passe chez l'homme, où il y a une différence énorme dans la couleur de la peau et peut-être dans celle d'autres éléments organiques. La puslule présente en outre quelques différences d'aspect qui tiennent aux différences de couleur et de texture de la peau. Ainsi, sur le cheval, la peau tire plus sur le noir; sur la vache, plus sur le blanc jaune ; sur l'homme, plus sur le blanc. Il suit de là que pour bien reconnaître la vésico-pustule, il faut l'avoir vue pour ainsi dire partout; avec sa couche gris-suie, sur le cheval, à moins que l'inoculation ne soit faite sur une partie de peau privée de pigment ; — jaune blanc sur la vache; — blanc mat ou argenté sur l'homme. Il faut aussi tenir compte de la nuance et de l'épaisseur de l'épidémie.
Leur surface n'est pas conique, mais elle est régulièrement arrondie, aplatie, nummulaireet souvent ombiliquée, c'est-à-dire un peu déprimée au centre. La largeur de ces vésico-pustules est de l centimètre environ de diamètre. Quelques-unes pourtant présentent jusqu'à 2 centimètres de diamètre, mais jamais au delà à moins qu'il ne s'agisse de pustules provenant d'une inoculation. Celleslà sont en général plus développées. Il y en a aussi qui ont moins de 1 centimètre de diamètre ; on en trouve mémo qui n'ont que quelques millimètres d'étendue. Ce sont là des vésico-pustulettes abortives. Au-dessous sont de petites papules plus abortives encore, pour ainsi dire. La hauteur et l'épaisseur de ces vésico-pustules est de 2 à 3 millimètres environ au voisinage du centre, mais non pas tout à fait au centre où, à cause de la dépiession qui y existe, cette dimension est moins considérable. En effet, les vésico-pustules parvenues à leur état le plus complet de développement, c'est-à-dire du 5e au 8° jour, sauf des variétés qui tiennent à des circonstances particulières de l'évolution de la maladie ou de l'affection, présentent au centre une petite dépression de 1 milli-
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mètre dediamètro environ, laquelle a une petite croûte enchâssée quelquefois dans une croûte plus proéminente. Puis vient une zono remplie de liquide ordinairement séreux, quelquefois séro-sanguinolent, plus rarement ou tout au moins toujours plus tard séro-purulcnt, purulent ou puro-sanguin. Tout cela est d'ailleurs variable, suivant le moment de l'évolution de la vésico-pustule que l'on examine, ou suivant aussi que cet élément primitif a été contrarié dans son évolution par des grattages provenant de l'homme ou de la bête.
Il y a enfin une base plus ou moins élevée, mais peu étendue, qui correspond à une zone foncée au début, pâle par la suite. Celle base n'est ni bien accusée, ni bien étendue, ni bien circonscrite, et existe surtout dans les vésico-puslules qui sont plus grosses et qui correspondent au point de départ de la maladie. C'est aussi de ces vésico-pustules que parlent quelques lymphatiques formant des cordes, lesquels vont aboutir à des ganglions et spécialement aux ganglions sous-maxillaircs si faciles à explorer quand la maladie a débuté par la bouche.
Le liquide de la vésico-pustule est une sérosité limpide, jaunâtre, parfois légèrement sanguinolente, un peu gluante. A peine est-elle sortie de son réservoir, qu'elle se coagule etqu'elle forme des croûtes stalacliformes, luisantes et affectant la couleur jaune du rayon de miel. La forme et l'aspect de toutes les croûtes de la maladie, quelles qu'elles soient, tiennent à 'des combinaisons, à des mélanges variés du liquide avec le sang, le pus, les poils, leurs bulbes, les éléments et les matières chromiques de la peau de l'homme et des animaux. Il se joint à ce liquide bien plutôt et plus facilement du sang que du pus (réserve faite de l'examen microscopique). Celui-ci ne paraît se sécréter que vers la fin et comme élément cicatriciel.
A part les cas où la vésicule a été entamée et ceux où elle a été distendue, rompue par le liquide abondant, la croûte n'est pas très-épaisse. D'abord bornée au centre de l'élément, elle en gagne bientôt toute la surface. Elle est couleur de datte sèche, luisante, comme gluante au doigt. De 1 à 2 millimètres d'épaisseur, presque aussi épaisse à la périphérie qu'au centre, convexe en dehors, un peu concave en dedans; elle présente en dehors l'aspect que j'ai dit et en dedans quelques inégalités, mélanges de points noirs et gris, empreinte du passage des poils dont elle n'a pas détruit le bulbe. Cette croûte n'est ni trop ni trop peu adhérente, excepté au centre où elle l'est beaucoup. Elle se détache aisément en masse là où il n'y a pas trop de poils, partout ailleurs en fragments assez bien agglutinés.
L'ulcération sous-jacente, quand elle est bien développée , et qu'elle a acquis tous ses caractères, car il serait bien difficile d'entrer dans le signalement des nuances, cette ulcération est circulaire, peu profonde, à peine taillée à pic, grisâtre, présentant un fonds pultacé et parsemé d'une multitude de points noirs formés par les poils qui repoussent, leurs bulbes n'ayant pas été détruits. Plus tard, avant que l'ulcération ne soit complètement cicatrisée, on voit les poils qui ont repoussé présentant plusieurs millimètres de hauteur. La cicatrice est circulaire, gaufrée, soit de niveau avec la peau, soit un peu déprimée à pic. Sa couleur est d'un blanc mat, ou du moins d'une teinte moins sombre que les parties voisines. Mais bientôt elle change d'aspect dans les régions occupées par les poils. Ceux d'abord enlevés repoussent parco que leurs bulbes n'ont pas été détruits. Ils changent ainsi d'abord l'aspect de la cicatrice quand ils sont faibles, puis bientôt devenus forts et vigoureux, c'est-à-dire normaux, ils la masquent complètement. Mais sur les muqueuses du nez, des lèvres, des parties génitales, etc., la cicatrice paraît lisse, un peu moins rosée, un peu
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plus blanche que la muqueuse voisine, et finit enfin par disparaître complètement. La cicatrice est plus large et plus accusée de toutes manières quand elle occupe la place d'une vésico-pustule d'inoculation. 11 est tout naturel que là où le travail a été plus considérable, les parties aient .été plus entamées et qu'il en reste des traces plus indélébiles. C'est ainsi que les cicatrices vaccinales sont en général très-accusées môme chez les enfants. Mêmes réflexions pour les cas où la variole et les différentes formes de la syphilis ont été inoculées.
Quant à la durée de la maladie et des affections, on peut dire, d'une manière générale, que quand le grease pustuleux est spontané sur un cheval, celui-ci présente des vésico-pustules pendant une quinzaine de jours environ, et parvenues à divers degrés de développement.
Si la maladie a été inoculée, que ce soit surtout pendant l'hiver, c'est-à-dire à une époque où la généralisation se fait moins bien, si, en un mot, la maladie n'a pas été accompagnée ou l'a été à peine d'une éruption générale, les vésicopustules d'inoculation deviennent plus larges, durent plus longtemps, sont plus longtemps plus ou moins spécifiques. Mais cela ne veut pas dire le moins du monde qu'elles le soient pendant toute leur durée et jusqu'à complète cicatrisation, ni surtout qu'elles le soient au même degré.
Si la maladie a élé inoculée, les pustules des premiers jours, c'est-à-dire celles qui correspondent à la porte d'entrée du virus, existent à différents degrés d'évolution pendant tout le cours de la maladie. Mais celles qui viennent ensuite et qui sont moins développées offrent une évolution moins complète et bien plus rapide. Elles sont souvent disparues les premières. Quelquefois même elles sont abortives.
J'ai déjà parlé du point initial, de ce point qui, syphilitiquement parlant, correspondrait au chancre ou au pseudo-chancre et qui m'a paru ne manquer que rarement. En admettant que ce point de départ n'eût pas été apparent dans quelques cas, n'y aurait-il pas là une analogie de plus avec la syphilis et la variole où quelquefois la porte d'entrée s'est pour ainsi dire fermée presque aussitôt après avoir été ouverte? Il y a plus, on a vu des séries de vaccinations qui • avaient réussi au point de vue de la préservation, s'étaient révélées par certains phénomènes, mais n'avaient jamais été révélées par la présence d'aucun accident local à l'endroit de l'insertion. M. Kergaradec a publié un Rapport curieux à cet égard dans le Journal général de médecine.
Les symptômes subjectifs tels que le prurit, la démangeaison, la cuisson, les picotements, les lancinements ne peuvent pas être aussi bien étudiés chez les chevaux que dans l'espèce humaine; car les chevaux ne parlent pas. Mais ils se grattent, se frottent au râtelier, montrent de l'impatience et témoignent de la douleur par leurs mouvements et par leurs plaintes. Or il n'est pas douteux, d'après leurs manifestations, que dans le grease ils éprouvent à certains moments de la démangeaison, de la cuisson et souvent même de la douleur assez forte. Cette douleur devient surtout évidente quand on touche aux vésicopustules, qu'on les gratte, et principalement quand on y exerce, avec un instrument, de petites manœuvres dans le but de se procurer de la matière virulente.
Sun la muqueuse, les vésico-pustules siègent à la langue, à la surface interne des joues et surtout à la face interne des lèvres. On en découvre aussi quelquefois sur la muqueuse des parties génitales et de l'anus. Je ne parle pas des cas où une inoculation muqueuse a été faite artificiellement au moyen d'une friction virulente, pas plus (jue de ceux où l'inoculation s'est faite naturellement par cette voie, et où une muqueuse, et spécialement la muqueuse buccale,
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s'est trouvée ainsi la porte d'entrée du virus. Dans ces cas, les vésico-puslules sont plus nombreuses, mieux accusées, confluentes, plus ulcérées et durent plus de temps. Elles sont, en général, plus petites que sur la peau. A la surface interne des lèvres elles sont de volume variable et souvent confluentes ; mais elles y sont toujours plus petites qu'à la peau. Leur peu de développement peut dépendre de la délicatesse de la membrane muqueuse qui ne peut pas subir une forte extension sans se rompre et dont le tissu cellulaire est moins susceptible d'engorgement. En outre chaque élément primitif semble avoir pour centre un follicule muqueux. Cela est visible non-seulement à la loupe, mais encore à l'œil nu. On voit même aisément à la loupe le centre du follicule par lequel a débuté le mal. A l'état de début ou de développement incomplet cet élément primitif forme une convexité, un petit cône d'environ 3 millimètres de saillie, lisse, pâle, laiteux en quelque sorte. Il offre un petit point folliculaire au centre. Quand cet élément primitif acquiert un développement plus complet, on voit un ombilic central, bien formé, régulier, circulaire. Un cercle épidermique plus large inscrit cet ombilic. Il est soulevé lui-même par delà lymphe et quelquefois même par un peu de pus.
Quelquefois aussi il y a deux cercles intermédiaires à une légère aréole et au point central. Alors le plus interne de ces deux cercles qui offre 1 à 2 millimètres de diamètre est comme ulcéré, pultacé, grisâtre, quelquefois même un peu noirâtre, et c'est l'autre cercle, le plus périphérique, qui est le plus large et qui paraît soulevé par de la lymphe ou un peu de pus. Il y a donc alors du centre à la périphérie comme une petite cocarde qui offre d'abord le point central, la zone ulcérée, la zone lymphatique et enfin l'aréole.
L'épithélium étant enlevé naturellement ou artificiellement, on voit, comme à la peau, une ulcération suivie elle-même d'une cicatricule. Mais on conçoit que cette cicatricule est à peine et n'est pas longtemps visible.
L'ulcération est encore bien moins profonde qu'à la peau. Elle n'offre ni des poils, ni des points noirs qui les remplacent ou qui en soient les vestiges, mais elle présente un fond pultacé, mamelonné, en un mot les mêmes caractères graphiques.
Ainsi, la nature du liquide, la forme de la vésico- pustule, la forme et l'aspect de l'ulcération, tout montre, et l'inoculabilité bien plus encore, sans qu'il soit nécessaire d'insister, qu'on a affaire à l'affection muqueuse d'une maladie dont la vésico-pustule précédemment décrite est l'expression ou l'affection cutanée.
Contagion. — De cheval à cheval, la contagion a été facilement constatée. Il a suffi d'une sorte de cohabitation pour que les chevaux contaminassent leurs voisins. Du reste de nombreuses inoculations positives ont été pratiquées.
Quant à la contagion du cheval à la vache, elle a été plusieurs fois aussi constatée par inoculation. M. H.Bouley a produitsur plusieurs vaches un excellent cow-poxquiaservi, entre les mains de M. Marchant, à inoculer plusieurs enfants et à travers quelques générations successives. Un vaccin de bonne qualité a toujours été ainsi obtenu. M. Mathieu et moi nous avons reproduit les expériences et varié beaucoup les tentatives et les manières de les réaliser.
Nous avons fait en outre des expériences dont nous avons l'initiative et dont le résultat heureux a rendu hommage aux dogmes de la syphilisation dont nos tentatives étaient le corollaire. Sans nous laisser décourager par les essais infructueux de M. H. Bouley, nous avons pu régénérer aisément le principe de la maladie par des inoculations convenables de ce principe à l'espèce chevaline et
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nous avons presque constamment réussi, quelque part que nous ayons emprunté ce principe, soit sur l'homme, soit sur la vache, soit sur d'autres animaux.
Sa contagion à l'homme a clé constatée par l'accident de l'élève Amiot, dont j'ai esquissé l'histoire (1). Cet élève, en effet, a contracté par un doigt une vraie vaccino comme cela s'était produit du temps de Jcnner. Jenner, Loy, Cazenaveet Schedel, M. Lafosse et bien d'autres avaient observé et décrit des faits do ce genre.
Le cheval, pas plus que l'homme ni qu'aucun animal, ne peut avoir une seconde fois cette maladie, pourvu qu'il l'ait eue d'abord assez forte. Le non bis in idem est ici parfaitement applicable. Bourgelat le savait. Nous l'avons d'ailleurs plusieurs fois expérimentalement démontré. Le grease, en effet, c'est le cow-pox, c'est la vaccine. A peine y aurait-il lieu à expérimenter sur le cheval une chose qui doit s'y passer comme sur la vache, comme sur l'enfant, comme sur l'homme. D'ailleurs les vésico-pustules dernières venues du cheval qui sont abortives, petites, ne témoignent-elles pas en quelque sorte d'un droit de premier occupant pour les pustules les premières venues ?
Diagnostic. — Le diagnostic est entier dans la description. Maladie générale peu accentuée ou mieux peu connue dans ses prodromes, parce que les chevaux pouvant travailler ne sont vus que quand l'éruption est déjà faite. 11 est possible que quelquefois l'éruption se fasse en dedans, sur les muqueuses respiratoires par exemple. Dans ces cas la maladie pourrait devenir grave. Telle paraît être du moins l'opinion de vétérinaires instruits, entre autres de MM. H. Bouley et Gharlier. N'est-ce pas là l'étranguillon de Sacco et des vétérinaires de son temps?
En résumé : Maladie éruptive ; vésico-pustules cutanées et aphthes également caractéristiques.
Les vésico-pustules, sont arrondies, de 1 centimètre, en moyenne, de diamètre, ombiliquées au centre ; leur croûte est plus ou moins foncée et quelquefois d'une couleur et d'un aspect de datte sèche ; l'ulcération est superficielle, pultacée, mamelonnée, pointillée ; le liquide est citrin, mélicérique, etc.
Les aphthes sont petits, soit coniques, soit ombiliqués. Ils se trouvent généralement agglomérés en dedans des joues, sur la langue, etc. Il y a quelquefois des ulcéraLions semblables à celles de la peau, réserve faite, bien entendu, de la différence de tissus.
Retentissement ganglionnaire dans le département du lieu primitivement affecté.
Contagion aux chevaux, à l'homme, à la vache, et dans ce dernier cas production du cow-pox. Inoculabilité à d'autres animaux; bénignité en général de la maladie.
Ce tableau est si net qu'il suffit d'avoir vu quelques chevaux malades pour ne pas s'y méprendre. Mais pourtant des hommes instruits s'y sont mépris puisque les vétérinaires les plus expérimentés ont méconnu cette maladie. Il y a donc lieu à tracer ici un diagnostic différentiel auquel messieurs les médecins vétérinaires devraient donner leurs soins les plus assidus.
Voici une esquisse rapide, nécessairement imparfaite, incomplète de ce diagnostic, une esquisse en un mot telle que peut la faire un médecin humain, exclusivement humain, et non doublé d'un médecin vétérinaire.
Morve. — Diagnostic différentiel d'une très-grande importance. En effet le
(1) Voir ci-dessus, p. 536.
LE GREASE PUSTULEUX. 643
grcasin (virus groasion) étant sur le cheval qui est son propre terrain de meilleure qualité que partout ailleurs, c'est au cheval qu'il vaudrait mieux remprunter toujours pour l'inoculer à l'homme. Et alors ne faut-il pas qu'un diagnostic pour ainsi dire infaillible de la morve du cheval soit pour nous une garantie que nous ne risquerons jamais de communiquer à l'homme cette épouvantable maladie?
Un premier caractère se déduira pour nous de la gravité de la morve opposée à la bénignité du grease. Mais la morve peut à son début être légère, à symptômes obscurs, latente en un mot, et on serait exposé à l'inoculer à l'homme de la même manière qu'on a pu inoculer la syphilis aux enfants en leur insérant le vaccin. C'est à quoi il faut bien prendre garde. Mais, en tout cas, un cheval morveux ne porte ni les attributs, ni les apparences d'une brillante santé.
Généralement dans la morve il y a des abcès, un j étage abondant, des chancres nasaux çà et là, des pustules à la peau, aussi caractéristiques pour leur compte que celles du grease, et des ganglions turgescents multiples et disséminés. Nous avons dit généralement, car il y a des cas de morve chronique chez le cheval où le chancre nasal, le jetage nasal, la glande intermaxillaire, etc., peuvent manquer. Dans le grease au contraire, dont les affections ou les symptômes cutanés portent également avec eux des caractères distinctifs, il n'y a de tuméfiés, d'entrepris que les ganglions où aboutissent les vaisseaux qui partent des lieux primitivement affectés. Les aphthes buccaux sont d'ailleurs aussi caractéristiques que les vésico-pustules cutanées.
Farcin. — C'est une des formes de la même maladie que la morve. C'est surtout une affection ganglionnaire et lymphatique, purulente, qui ne pourrait être confondue avec le grease pustuleux qu'au même titre, mais moins facilement, que la morve dont le vrai farcin n'est pas exactement distinct.
Farcin léger. — Ce qui peut-être a laissé méconnaître pendant longtemps l'identité du farcin avec la morve et a empêché de distinguer le grease pustuleux du vrai farcin, c'est qu'on a décrit sous le nom de farcin plusieurs unités morbides distinctes.
On a notamment désigné le grease pustuleux lui-même sous le nom de farcin léger (farcin de rivière de Bourgelat). Serait-ce de ce farcin-là qu'auraient été guéris des vétérinaires et des élèves d'Alfort? En tout cas, je n'ai pas à établir de diagnostic différentiel entre deux maladies qui n'en font qu'une et ne diffèrent entre elles absolument que par le nom. Le grease pustuleux a été pris pour un farcin léger. Je me borne à constater l'erreur et à renvoyer le lecteur à ce que j'ai écrit plus haut à l'article du nom de la maladie.
Variole.' — Il est fort douteux que cette maladie ait été jamais observée chez le cheval. La variole est une maladie-fort grave dont les pustules marchent presque toutes en même temps, sont en général plus accumulées que celles du grease, et présentent dès le principe et plus accusée une dépression centrale, laquelle n'a rien de croûteux.
Les pustules de la variole fournissent vite du pus et en donnent toujours en abondance. Le grease pustuleux donne surtout do la sérosité citrine. Le grease pustuleux ne se communique pas, quoiqu'on en ait dit, par les voies de l'atmosphère.
Clavelée des moutons. — La clavelée est une maladie grave qui tue un grand nombre de moutons. Le grease est une maladie bénigne. La clavelée n'est pas seulement très-contagieuse, elle est encore infeeliousc. Quand ello s'est mise dans un troupeau de bêtes ovines ello les saisit en grand nombre et elle
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fait plus que de les décimer. Les puslules claveleuses intéressent plus ou moins profondément la peau. Elles sont essentiellement différentes des vésicopustulcs greasiennes.
Cette différence est surtout remarquable quand on étudie la vésico-pustule de la clavelée inoculée. Celle-ci, dont l'évolution est plus longue que celle du grease inoculé, atteint parfois 40 millimètres de diamètre et plus de 15 millimètres d'épaisseur. Sa surface convexe est bornée par une zone saillante d'un rose foncé, au delà de laquelle, et comme limite extrême, existe une auréole d'une teinte rose clair. Quand la croûte épaisse, très-limitée, à bords épais, d'un brun foncé, qui succède à la vésico-pustule inoculée vient à se détacber, on peut constater que la peau et le tissu cellulaire sous-cutané ont disparu là où existait la vésico-pustule. Une cavité profonde, régulièrement concave, à bords taillés à pic, remplace cette croûte dont les caractères ne doivent pas être oubliés.
La clavelée est avant tout une maladie du mouton, dont le vrai terrain est le mouton et dont le principe se régénère sur le mouton. Le grease est au cbeval ce que la clavelée est au mouton. Mais la réciproque n'est pas vraie.
L'inoculation tranche du reste péremptoirement la question de non identité. La clavelée s'inocule facilement au mouton comme le grease au cheval; il n'en est pas de même du grease relativement au mouton, bien qu'on parvienne à le lui inoculer sans grands résultats. Mais ce grease ne le préserve pas de la clavelée. Ce qui prouve, pour le dire en passant et du même coup, la non-identité de la variole et de la clavelée. Quant à l'inoculation de la clavelée au cheval, je ne sais si elle a été faite, mais à coup sûr elle ne préserverait pas du grease.
Fièvre aphtheuse des ruminants. — La fièvre apbtheuse des ruminants est une maladie incomparablement plus grave que le grease. Elle est essentiellement infectieuse, tandis que le grease n'est que contagieux. Objectivement la maladie aphtheuse offre de grosses phlyetènes séreuses et comme soufflées au chalumeau. Les vésicules du grease sont jaunâtres et aussi caractéristiques. On dit que les bêtes peuvent avoir plusieurs fois la fièvre aphtheuse, ce qui n'est pas absolu. On sait qu'il est loin d'en être ainsi pour le grease pustuleux. La croûte de la maladie aphtheuse diffère beaucoup de celle du grease pustuleux. Enfin, l'inoculation juge péremptoirement la question de non-identité. M. Mathieu et moi avons facilement donné le grease à des vaches qui avaient la maladie aphtheuse, et nous avons vu cette maladie aphtheuse se déclarer sur des vaches qui avaient déjà eu le grease ou le cow-pox (1).
Blessures. — Certaines petites blessures ont des caractères propres et siègent dans de certains endroits plus vulnérables que d'autres. Elles ne sont pas ordinairement régulières, confluentes. Elles sécrètent du pus et non pas de la sérosité. Si ces blessures sont petites, elles se cicatrisent en général en moins de temps que les pustules greasiennes n'en mettent à parcourir leur évolution. Mais si au contraire les blessures sont étendues, on ne saurait d'aucune manière les confondre avec les vésico-pustulcs greasiennes.
Piqûres d'insectes. — Elles ont aussi leurs caractères. On voit les points piqués, on constate les phénomènes. Elles siègent aux endroits vulnérables; rien dans la bouche, etc.
Maladie pédiculaire des volailles. — On nomme ainsi une maladie parasitaire que les chevaux contractent dans le voisinago et dans la fréquentation des volailles. La peau des chevaux est couverte de squames irrégulières, pou-
(1) Voir ci-dessus, p. 503.
LE GREASE PUSTULEUX. 645
drcuscs, chagrinéos, etc. Il n'y a ni sérosité, ni pus, ni croûtes, ni cicatrices ultérieurement. L'animal se gratte beaucoup pendant la nuit, quand le parasite le tourmente, et, privé de sommeil, il dépérit. La maladione se guérit pas spontanément et cède aisément à l'éloignoment de la cause et à l'action des parasiticides. La récidivo arrive souvent. Co n'est donc que vers la fin du grease qu'une confusion pourrait ôlre possible. Mais on peut trouver encore des vestiges de vésicules dans la bouche. D'ailleurs il y a toujours à la peau des cicatrices distinctives, c'est-à-dire régulières, lisses ou un peu gaufrées, arrondies et assez blanches.
Acné crayeux de la muqueuse buccale. — Les follicules sont pleins de petits corps blancs, arrondis, multiples, durs et pourtant friables comme des grains de sel ou de grès. Pas de sérosité dans les cryptes crayeux, pas d'ulcérations à leur suite. Rien à la peau; jamais traces de maladie générale.
Pustulation stibiée. — Les chevaux sont quelquefois soumis dans un but thérapeutique à l'action de breuvages émétisés. Leur bouche et le voisinage de cette partie peuvent devenir le siège de vésico-pustules que M. H. Bouley m'a dit avoir un instant confondues avec le grease vésico-pustuleux. Cependant la cause de l'affection, son existence bornée à la bouche et aux environs de cette partie, sa durée moins longue que celle du grease, la purulence presque immédiate des pustules, la possibilité de récidives indéfinies produites à volonté et dans toutes saisons, la non-contagiosité, le manque de point central et de cellules dans la pustule, et enfin l'absence de prodromes fébriles et de toute autre espèce de maladie générale, voilà des caractères tant positifs que négatifs, dont on pourrait encore augmenter le nombre, lesquels ne permettent pas qu'on puisse confondre longtemps une pustulation stibiée avec le grease pustuleux.
Pronostic. — Le pronostic est favorable pour le cheval, puisque la maladie n'a aucune gravité. Mais ceux qui pansent les chevaux greasieux peuvent être atteints du grease, s'ils ont des écorchures aux doigts, comme l'a été l'élève d'Alfort Amiot. Jenner, Loy, Biett et beaucoup d'autres en avaient d'ailleurs, comme nous l'avons dit, signalé des exemples. Bien entendu que les chevaux ayant la même litière et le même râtelier que les chevaux malades, et qui n'ont pas encore eu le grease pustuleux, peuvent en être infectés. Mais qu'on ne se méprenne pas sur le mode et les voies de contagion qui peuvent être invoqués alors. La matière greasienne des chevaux malades est facilement déposée su)' les aliments, sur la paille. Aussi est-ce la bouche d'abord et ensuite les jambes qui sont le plus fréquemment la porte d'entrée du virus.
Je ne publierai aucune Observation particulière de grease pustuleux chez le cheval. L'Observation du cheval de M. Mathieu que j'ai publiée antérieurement (l) suffira pour servir d'échantillon. C'est d'ailleurs une maladie qu'on verra désormais souvent se reproduire, qu'on pourra même produire à volonté, et que MM. les médecins vétérinaires qui connaissent bien le cheval seront infiniment plus à même de bien décrire que nous. Mais je proposerai un programme, un plan à suivre pour chaque Observation. Le voici :
1° Faire connaître le cheval, sa race, son âge, son tempérament, sa constitution, son état ordinaire de santé, ses antécédents. Y a-t-il soupçon de morve, de farcin, d'une maladie contagieuse quelconque? Est-ce la première fois qu'il a le grease? Y a-t-il ou préalablement à l'éruption un état morbide général?
(1) Voir ci-dessus, p. 543 et suiv.
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Y a-t-il eu de la fièvre, de l'inappétence, du dégoût, de la faiblesse, de la somnolence, etc. ?
2° Origine do la maladie. Vient-elle d'un autre cheval, de l'herbe, des fourrages, etc. En un mot, la contagion est-elle évidente ou y a-t-il une autre source do la maladie? Quels sont ses rapports avec la gourme ?
3° Point de départ organique de la maladie, c'est-à-dire endroit primitivement contaminé. Phénomènes qui se sont passés ou se passent encore à cet endroit. La vésico-puslule y est-elle plus développée qu'ailleurs? Lymphatiques qui en parlent. Ganglions auxquels ces lymphatiques aboutissent.
4° Éléments morbides primitifs et secondaires, c'est-à-dire description des vésico-puslules cutanées et muqueuses, situation, nombre, confluence ou isolément, forme, volume, ûge de ces éléments, leur caractère, leur durée, etc.
5° Résultais de la maladie, cicatrices, etc.
Quelle est la place du grease dans une pathologie générale, comparée? De quelle maladie doil-il être rapproché?
La question est plus embarrassante qu'on ne croit, parce que la science n'est pas fixée sur les bases d'une classification des virus. Quel est le principe qui doit servir de guide? Quel est le phénomène qui doit dominer les autres?
A un point de vue, le grease pustuleux inoculé offre la plus parfaite ressemblance avec la vérole inoculée par le produit des accidents secondaires. Des deux côtés nous voyons : absence de contagion par la voie de l'atmosphère, travail local, retentissement lymphatique et ganglionnaire, fermentation universelle de l'organisme, éruption générale et immunité acquise contre de nouvelles atteintes.
A un autre point de vue, la ressemblance avec la variole est frappante. Mais il s'en distingue énormément par l'absence de la contagiosité atmosphérique.
Dois-je donc mettre le grease à côté de la variole malgré le danger qu'on les confonde^ ou à côté de la vérole ? Ne dois-je pas les mettre tous trois dans
la même case?
Mais je ne veux donner ici qu'une esquisse; ce sera moins qu'une classification générale, qu'un tableau synoptique des virus. Il s'agit de faits et d'idées qui trouveront mieux leur place dans des considérations générales que je prépare sur les virus.
Au point de vue où je me place, je diviserai les maladies virulentes en deux groupes.
Je commencerai par convenir que rien n'est plus arbitraire, artificiel, incomplet, défectueux et systématique que la classification que je propose. Je la fais, parce qu'il en faut une. A tout prendre, ne vaut-il pas mieux s'appuyer sur ces béquilles de la pensée que de demeurer immobile et coi?
1° Groupe de maladies dont les analogies de forme et de conduite avec le grease pustuleux sont incontestables :
"Variole et clavelée. — Mais la variole et la clavelée sont très-communicables par l'atmosphère, tandis que le grease pustuleux ne l'est pas. C'est une chose qu'il faut constamment répéter parce qu'on a trop souvent dit le contraire.
Mais la variole est grave, essentiellement pustuleuse et purulente, communicable par l'atmosphère, attaque difficilement les chevaux et les vaches, tandis que le grease estsurtout séreux, non communicable par l'atmosphère et attaque aisément le cheval et la vache.
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Mais la clavelée est une maladie essentiellement moutonnière et se communique par l'atmosphère parmi les bêtes ovines, comme une traînée de poudre.
2° Groupe des maladies dont les analogies do forme et do conduite avec le grease pustuleux peuvent être contestées ou n'existent aucunement. Ici, six sous-groupes :
A. Syphilis, etc. — B. Rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, etc. — C. Fièvre jaune, peste, choléra, etc. — D. Pcripneumonie exsudative, maladie morvofarcineuse, etc. — E. Rage, etc. — F. Pustule maligne, etc.
On voit par mes etc., que je me borne ici à des indications, et que je ne veux pas traiter à fond la question.
En rapprochant le grease de la variole et de la clavelée, j'ai eu bien soin de faire observer qu'il ne s'agissait pour moi que d'une analogie de forme. En effet, il est un caractère par lequel le grease se rapproche bien mieux de la syphilis, même de la rage, et peut-être de l'affection farcino-morveuse. Ce caractère consiste en ce que ces deux premières maladies, et peut-être la dernière, ne se transmettent pas par l'atmosphère, précisément parce que leur principe est d'une altération facile, et que celle-ci, sans doute, se fait dans l'atmosphère.
Réflexion importante. — Le grease peut être confondu avec des maladies qui ont son apparence, mais qui n'ont rien de lui, la pustulation stibiée, par exemple, tandis qu'il ne ressemble pas à la rage, qui a pourtant beaucoup de rapports avec lui.
Applications. — Quelle peut être l'utilité de la connaissance de cette maladie? D'abord, c'est une connaissance nouvelle, une science de plus.
Tout ce qui est vrai est utile ou le sera. On ne confondra plus cette maladie avec rien: avec aucun farcin, par exemple.
Mais ici, en dehors de l'utilité générale, de l'utilité pathologique, si je puis dire, qu'elle immense utilité! Cette maladie bien connue, bien distinguée de la morve et de l'état morveux, fournira à l'homme le vaccin, soit directement, soit par l'intermédiaire de la vache, du porc, etc.; sa lymphe pure sera la plus précieuse, la plus bienfaisante des liqueurs.
Esquisse historique. — Cette maladie était connue par tradition avec ses vertus dans certains Comtés de l'Angleterre, clans le Holstein, les Cordillères des Andes.
Bourgelat l'inoculait déjà aux chevaux pour les en garantir. Jenner, Loy et Sacco lui donnent une signification.
Cette partie de la science subit ensuite une sorte de moyen âge d'ignorance scientifique. On se sert du grease sans le connaître. De temps en temps un vétérinaire, un maréchal-ferrant l'observent, mais sans le reconnaître et le discerner bien. On méconnaît son nom, ses qualités, ses attributs.
M. Lafosse, professeur à l'École vétérinaire de Toulouse, met la main dessus. M. H. Bouley ne le laisse pas non plus échapper, et, aidé de l'initiative de M. Marchant, médecin à Charenton, nous donne irrévocablement et à jamais le cow-pox. Ce seul fait démontre combien il serait important que les médecins et les vétérinaires se fréquentassent davantage.
La meilleure manière d'utiliser le budjetdc la Chaire de médecine comparée, ne serait-elle pas do le dépenser à envoyer aux frais du Gouvernement quelques jeunes et intelligents docteurs, quclquos internes distingués à l'École
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d'Alfort, et quelques élèves de celle-ci aux Cours de la Faculté de médecine et dans les cliniques de nos hôpitaux?
Cet argent ne serait-il pas mieux employé qu'à payer un Cours qui ne se fait pas?
En tout cas, et comme résumé général, la science doit de vifs remercîments à M. H. Bouley, — et je lui en dois, pour mon propre compte, de plus vifs encore, parce qu'il m'a fourni l'occasion d'étudier une maladie des plus importantes que je désirais connaître depuis fort longtemps.