DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
Un fait important vient de se produire à l'occasion des revaccinations générales qu'on pratique dans l'armée. Sur 60 artilleurs revaccinés à Toulouse, 9 ont éprouvé des accidents typhiques ou érysipélateux plus ou moins graves. Le baron Larrey, envoyé à Toulouse à cette occasion par M. le Ministre de la Guerre, a fait à l'Académie de Médecine, dans la séance du 02°2 juillet 1858, un petit Rapport de ce qu'il avait vu ou appris, et il y a joint le détail des précautions qu'il a conseillé de prendre pour prévenir le retour, de semblables ou d'autres accidents. Au nombre de ces précautions est celle de bien prendre garde que les sujets qui fournissent le vaccin ne soient atteints de syphilis. Rien n'est plus sage, assurément, que ce conseil. Je connais des faits qui prouvent qu'on peut gratifier de la grosse vérole d'innocents petits êtres dans le but, d'ailleurs fort louable, de les préserver de la petite.
Ce ne serait certes pas sur 60 syphilisés qu'on verrait survenir 9 exemples d'accidents graves. La syphilisation n'offre pas même les dangers généralement très-minimes de la vaccination. Le Dr L... et moi savons bien ce qu'il en est, par suite de syphilisations que nous avons pratiquées sur des personnes qui se trouvaient placées dans une situation très-analogue, pour ne pas dire plus, à celle des artilleurs de Toulouse.
{Revue étrangère médico-chirurgicale du 46 août 1858.)
L'Académie de médecine s'est émue dans l'avant-dernière séance (19 mai 1863). Un membre, M. Devergie, a donné une secousse au piédestal de Jenner. Deux virus se sont pour ainsi dire trouvés momentanément en présence: c'était bien assez d'un pour jeter l'alarme et semer le trouble.
Personne ne doute depuis longtemps à l'Académie, bien que l'Académie ait paru l'ignorer jusqu'ici complètement, qu'il ne soit possible de donner la syphilis par l'inoculation du vaccin. La partie vaut donc beaucoup mieux que le tout, à l'Académie.
J'avais dit dans la Revue étrangère médico-chirurgicale du 16 août 1858 : « Je connais des faits qui prouvent qu'on peut gratifier de la grosse vérole d'innocents petits êtres, dans le but, d'ailleurs fort louable, de les prévenir de la petite. »
Plus tard, j'écrivais en ces termes au Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics : « Est-il possible, par exemple, de donner la syphilis en inoculant du virus-vaccin fourni par un sujet syphilitique? Cela ne pourrait évidoment avoir lieu que si les accidents constitutionnels de la syphilis .étant contagieux, il se faisait une poussée syphilitique, c'est-à-dire une production de matière syphilitique dans une pustule vaccinale. » (Lettre insérée ci-dessus p. 364-366.)
SYPHILIS EX VACCINA.
J'avais en vuo dans ces deux textes (je le dis surtout pour m'excuser do produire clos citations personnelles) quatre faits qui avaient passé sous mes yeux et dont trois étaient, — Dieu me pardonne ! — de la plus pure provenanco académique.
J'avais observé l'autre de concert avec notre confrère Charles Faivre. 11 s'agissait d'un enfant, J. B..., affecté d'ecthymas syphilitiques et d'accidents plus graves du côté des muqueuses. Cet enfant avait encore à un bras un pseudo- chancre (produit immédiat de la contagion secondaire, que les débris de l'ancienno école du Midi persistent à appeler chancre pour couvrir leur défaite), et uno pléiade axillaire du môme côté. Il n'avait pas tardé à succomber.
J. B... avait été vacciné de bras à bras par une sage-femme de Ménilmontant, à l'endroit où siégeait le pseudo-chancre. Par une enquête, j'étais parvenu à savoir que le sujet vaccinifère était mort couvert de boutons, n'ayant eu qu'une seule pustule vaccinale à la suite de six piqûres d'insertion. Cette pustule était au 11° jour de son existence et fournissait une quantité notable de pus lorsqu'on avait emprunté d'elle la matière inoculée dans le cas présent. Je n'ai pas eu de renseignements sur le compte des parents de ce vaccinifère. J'ai appris en outre que trois jours avant la vaccination qui avait communiqué la syphilis à J. B..., deux autres enfants avaient reçu l'insertion de bras à bras d'une matière fournie par la même pustule, et que ces deux enfants, chez qui plusieurs piqûres avaient réussi, se portaientjà merveille. J'ignore du reste tout à fait s'il a coulé du sang quand on a récollé la matière qui a servi à ces différentes vaccinations.
Ma pensée fut, à celte époque, que la vaccinifère étant héréditairement contaminé, le virus syphilitique avait pénétré de dedans en dehors dans son unique pustule, pendant l'intervalle qui s'était écoulé entre les deux premières et la troisième vaccination.
Il ne me paraissait, en effet, pas invraisemblable que, puisque dans des circonstances, rares à la vérité, le virus syphilitique peut être déposé dans une humeur d'une élaboration aussi parfaite que le sperme, de manière à vicier les sources mêmes de la vie, il ne me paraissait, dis-je, pas invraisemblable que ce même virus puisse, à un moment donné, exister dans une pustule vaccinale sur son déclin.
Des détails importants manquent à ce fait. Les trois autres sont encore plus incomplets. Mais je les voyais tous à la clarté du flambeau de la syphilisation, et j'y découvrais des enseignements inaccessibles à l'esprit du commun des syphilistes. Que mon immodestie ne blesse personne, puisque chacun peut, en étudiant les lois de la syphilisation, acquérir autant et plus de clairvoyance et, par conséquent, jouir au moins des mêmes avantages que moi !
Ma conviction se trouvait donc fixée, dès lors. Les gens étrangers à l'art ou peu instruits que j'avais consultés sur les circonstances de ces Observations, n'auraient pas pu m'induire en erreur sur l'enchaînement de phénomènes dont j'avais seul la clef. Ainsi ces faits, insuffisants pour d'autres, étaient très-importants pour moi, puisqu'ils servaient de complément à des données scientifiques que je savais être certaines de par la syphilisation. C'est pourquoi je n'aurais pas été surpris et j'aurais été bien loin de me plaindre qu'ils eussent paru récusables à ceux que la syphilisation n'avait point encore éclairés. Au contraire, j'étais fier du privilège dont je jouissais d'y découvrir clairement des vérités encore obscures pour la plupart des observateurs.
Le fait de M. Devergie, dont le [sujet a été montré à l'Académie le 12 mai, et le récit rapporté le 19 dans cette Compagnie, offro encore plus de lacunes.
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En voici les traits les plus remarquables : Un adolescent do 15 ans est vacciné de bras à bras par deux piqûres, à l'hôpital Sainte-Eugénie, lo vaccinifère étant un enfant à la mamelle. Nul autre détail sur ce vaccinifère et ses pustules.
Trois jour? après, une petite croûte brune se forme sur les piqûres. Peu à peu la croûte s'élargit, la peau devient un peu rouge. Cette rougeur persiste et même s'étend jusqu'au départ du malade do l'hôpital (treize à quinze jours après la vaccination), et pendant son séjour à la Maison de convalescence où il se rend.
Cinq à six semaines après la vaccination, le sujet se trouve en pleine syphilis. Le point de départ de la maladie est évidemment l'endroit du bras piqué par le vaccinateur. Le pseudo-chancre induré (accident secondaire communiqué directement) et une pléiade axillaire correspondante sont encore présents. M. Ricord veut bien s'accorder avec M. Devergie là-dessus. Personne, d'ailleurs, n'est d'un avis différent. Nous pouvons donc rapidement passer outre.
Mais la partie de l'Observation que j'ai soulignée n'est certainement pas la traduction exacte de ce qui s'est passé. M. Devergie, scrupuleux et véridique jusque dans l'erreur même, a sans doute rendu fidèlement le récit du malade. Ce n'est pas ainsi que se comporte le pseudo-chancre. Quinze jours après la piqûre, aucun phénomène appréciable ne se montre encore à Tendroit piqué. Ici, au contraire, il s'est fait à cet endroit un travail visible, non interrompu, à dater de l'instant de l'inoculation. Il est tout simple qu'un adolescent de •15 ans n'ait point pu rapporter exactement les circonstances d'une évolution virulente, que les plus habiles ont mal décrite, et sur laquelle je me réserve de donner plus tard de très-amples éclaircissements.
Cette croûte, qui se forme sur les piqûres et s'élargit graduellement, embrassait-elle les deux piqûres V Quelle distance existait entre ces deux piqûres ?
Bien d'autres questions pourraient être faites.
Mais les lacunes et les inexactitudes du fait relaté par M. Devergie ne font qu'amoindrir, sans les détruire, son importance et sa signification. Le rapport est vrai, puisqu'il n'est pas exact et qu'une partie de la chose rapportée est fausse.
Il n'est, hélas ! que trop certain, qu'on peut faire naître l'indication de syphiliser en vaccinant! Qui sait même si l'on ne pourra pas choisir un jour des vaccinifères parmi les sujets syphilisés, parce qu'ils seront considérés comme étant certainement et absolument exempts de syphilis ? Mais je n'insiste pas sur ce qu'on pourrait prendre à tort aujourd'hui pour une plaisanterie à propos d'un grand fait: — la syphilis transmissible par la vaccine, — lequel réunit tout le monde dans une touchante et expressive unanimité. Je démontrerai une autre fois qu'il ne sera pas indéfiniment nécessaire d'emprunter le vaccin à l'espèce humaine, puisqu'on aura les moyens de le reproduire, quand on voudra, sur les animaux.
M. Ricord s'est adjugé, dans la controverse, une fiche modeste de satisfaction, que personne assurément n'essayera de lui ravir. Il s'est glorifié d'être resté trente années sur un grand théâtre d'observation sans avoir même entrevu le phénomène de la contagion secondaire, que j'ai vu, pour mon seul compte, passer tant de fois sous ses yeux! Si M. Ricord n'est pas plus difficile en fait de titres de gloire, nous allons tous nous empresser de lui en procurer de semblables !
Le fait de M. Dévergie a fixé l'attention des membres de l'Académie. Il a été comme un premier coup de feu, un cri de garde à vous ! MM. Ricord, Depaul, Gosselin, Larrey et Cloquet ont immédiatement, et d'une façon plus ou moins explicite et directe , fait ressortir l'intérêt de cette communication : c'est
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vraiment beaucoup que d'avoir ainsi mis en branle des hommes aussi importants !
Prenons acte de ce réveil. 11 sera pour nous l'occasion d'exprimer des desiderata, do poser des questions et môme de produire quelques solutions.
Les faits nouveaux n'offrent rien qui doive embarrasser le vrai savant, c'està-dire l'observateur exact et scrupuleux de la nature. Au lieu de le troubler, ils l'éclaircnt. Loin de les nier ou de les interpréter à sa guise, il s'y soumet et y conforme ses doctrines et sa conduite. Il les considère comme des révélations, et s'en sert comme de points de départ pour arriver à de nouvelles conquêtes scientifiques.
La gloire de Jenner n'a rien à craindre de l'événement qui nous occupe. Jenner n'ignorait pas ce qu'est venu nous apprendre M. Devergie après bien d'autres. Il savait que le même arbre peut porter à la fois de bons fruits et des fruits amers. Mais il enseignait à les distinguer les uns des autres. Ne négligeons donc pas d'étudier ses écrits et de recueillir pieusement les traditions qu'il a laissées.
Les inventeurs trouvent des ressources inattendues. Ne les a-t-on pas taxés d'être des illuminés !
Ne profitons pas seulement de l'œuvre impérissable de Jenner ; cherchons encore à la perfectionner : dans cette intention, tirons parti des événements malheureux.
Désormais, on sera plus attentifs à l'état de santé des vaccinifères et de leurs parents. On suivra de plus près et pendant plus longtemps les vaccinés. On ne se hâtera pas de donner les certificats de vaccine. L'humiliante gratification de 3 francs infligée aux parents pourra être d'autant plus facilement convertie en une acceptable et faible indemnité, que le déplacement de ceux-ci deviendra plus fréquent et plus nécessaire. L'Académie ne confiera qu'à un médecin le soin de recueillir le vaccin et de surveiller les éxpéditions du précieux virus. Elle ensevelira enfin sous la poussière la plus épaisse de ses cartons sa vieille et laide Instruction sur la vaccine, et elle la remplacera par des conseils plus en rapport avec l'état actuel de la science et des esprits.
La vaccination sera mieux faite, parce qu'elle sera plus difficile à faire et qu'elle sera dès lors confiée à des mains plus habiles. Elle ne devra plus sortir des attributions du médecin. Peut-être même pourra-t-elle devenir un jour l'objet d'une lucrative et honorable spécialité.
Aucune précaution, s'est écrié M. Ricord, ne peut mettre un médecin à Vabri du danger de transmettre la syphilis en vaccinant. M. Ricord assombrit le tableau. Un médecin qui connaît la double évolution de la syphilis et de la vaccine sera parfaitement en mesure de pratiquer des vaccinations à la fois préservatives de la variole et exemptes d'adultération syphilitique. Opposons donc à ce décourageant scepticisme l'opinion plus rassurante et plus vraio de M. Depaul.
M. Ricord objecte à nos motifs de confiance et de sécurité que les enfants, dont le sang est congénitalement vicié, jouissent quelquefois d'une bonne santé, du moins apparente, pendant six mois et même pendant un temps plus long après leur naissance, et qu'ensuite il leur survient des manifestations syphilitiques. Le jour de leur naissance correspondrait donc, d'après M. Ricord, quant à l'évolution de la syphilis, au jour de la contagion chez l'adulte.
M. Depaul est bien plus près de la vérité en soutenant que la syphilis se montre chez les enfants peu de temps et souvent même immédiatement après leur naissance. Bien plus, un grand nombre d'enfants meurent avant d'être
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nés, précisément parce que la syphilis parcourt chez eux à son évolution ou fait explosion pendant la vie intra-utérine.
Si je ne craignais d'être accusé de m'adresser à moi-même une personnalité, j'avancerais, on finissant cet article, que les syphilistes, y compris même M. Ricord, — sont seuls en mesure de faire do bonnes vaccinations, et que les syphilisateurs, appuyés sur des- connaissances spéciales et guidés par l'analogie, sont surtout capables d'en pratiquer d'excellentes. Ne doivent-ils pas, en effet, toutes choses étant égales d'ailleurs, comprendre la vaccine autrement et la connaître mieux que la plupart des médecins ? Quoi qu'il en puisse coûter à ma modestie ou à mon amour-propre, mon devoir est de produire cette importante vérité.
(Courrier médical du 30 juin 1863.)
Le fait suivant et la conversation à laquelle il a donné lieu sont extraits du procès-verbal de la Société de chirurgie, séance du 26 août 1863. Les soulignements sont de mon fait. Ils ont trait à des circonstances sur lesquelles j'ai voulu fixer l'attention du lecteur :
M. Chassaignac montre un jeune enfant atteint de syphilis, et donne les détails suivants :
M (Emile), âgé de deux ans, rue Ernestine, 8, nourri par sa mère, a été sevré il y
a un an. D'après les renseignements fournis par la mère, Une pourrait y avoir d'infection syphilitique héréditaire.
Cet enfant a été vacciné le samedi 27 juin. Au bout de deux ou trois jours, la première éruption vaccinale s'est montrée; les pustules sont arrivées à suppuration vers le neuvième jour; elles ont séché, les croûtes sont tombées à peu près quinze jours après la vaccination. Les cicatrices paraissant définitives et normales, la mère a cessé d'observer les bras de son enfant. .
Quelques jours après, cependant, il y a de cela au moins quinze jours, la mère a observé trois ulcérations à la place des cicatrices : une à gauche, deux à droite. Ces ulcérations ont suppuré, se sont étendues, surtout depuis trois ou quatre jours; elles ont aujourd'hui l'étendue d'une pièce de cinquante centimes. Celles de droite sont recouvertes d'une croûte épaisse à la périphérie, mince et de formation récente au centre. Elles sont indolentes et reposent sur une base dure.
L'ulcération gauche présente à peu près les mêmes caractères, mais elle est plus enflammée; son centre est dépourvu de croûte.
A droite, on voit deux cicatrices normales ; à gauche, on en voit deux : l'une a le caractère normal, l'autre présente un soulèvement papuleux récent (la mère prétend que ce soulèvement s'est formé depuis hier).
Les ganglions de l'aisselle sont engorgés des deux côtés. Les ganglions cervicaux sont aussi légèrement développés. On trouve aussi les ganglions sous-maxillaires à gauche. Pas de croûtes à la tête, rien à l'anus, pas de maux de gorge. Sous l'oreille droite, on aperçoit une papule cuivrée, recouverte de petites squames grisâtres : aspect caractéristique. Sur la poitrine, l'abdomen et dans le dos apparaît une éruption présentant un léger relief, d'une coloration légèrement rouge cuivré en certains endroits, surtout à la partie supérieure de la poitrine. Ailleurs, la coloration normale de la peau est à peu près conservée. (Cette éruption est très-récente, suivant la mère.)
M. Cullerier. — C'est là un des plus beaux cas de syphilis vaccinale que j'aie vus. Il y a le chancre induré, les accidents généraux, l'évolution syphilitique suivant l'évolution vaccinale, comme cela a été indiqué par M. Viennois; il y a eu deux incubations bien positives. II existe des ganglions presque partout, ceux de l'aine sont engorgés sous l'influence de l'éruption cutanée, qui cependant n'est pas encore très-prononcée. Il serait à désirer que l'on connût l'enfant qui a 'fourni le vaccin, et la santé des parents.
M. Guérin. — Quoique ce fait ne laisse pas de doute dans mon esprit et que je sois bien persuadé que c'est une syphilis vaccinale, je voudrais que les parents fussent examinés et que l'on fit une enquête minutieuse. Je me suis assuré tout à l'heure que l'enfant sur lequel on a pris le vaccin avait saigné, et M. Viennois a prétendu que c'était le sang qui communiquait la syphilis. Je pense que M. Cullerier a employé une expression qui traduit mal sa pensée, quand il dit que les ganglions de l'aine se sont développés par
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suite de l'affection cutanée. Si c'est là son opinion, je ne la partage nullement; car, selon moi, l'induration des ganglions indique l'affection constitutionnelle et pas autre chose.
M. Boinet. — Ce fait soulève une foule de questions. Il faudrait connaître, non-seulement la santé des parents, celle de l'enfant quia fourni le vaccin, mais encore si d'autres enfants ont été vaccinés de la même façon, et ce qu'ils sont devenus.
M. Chassaignac. — Je comprends que M. Boinet pose toutes ces questions; mais on ne peut les résoudre magistralement, comme il semble le croire. L'enquête est difficile sur un pareil sujet, il faut qu'elle soit conduite avec beaucoup de ménagements.
M. Cullerier. — Il existe déjà un certain nombre de faits de syphilis vaccinale, mais la plupart ont été mal observés. Celui de M. Chassaignac est un type.
M. Chassaignac. — Mon intention est d'attendre quelque temps avant de faire un traitement; du reste, je demande l'avis de mes collègues sur ce point.
M. Guérin. — Je comprends que l'on demande toutes sortes de preuves; mais, avant tout, la vérole est évidente ici : dès lors je ne vois aucun avantage à ajourner le traitement, qui réussit mieux au début que plus tard. Les bains de sublimé guérissent bien les accidents cutanés.
M. Guersant. — Dans des cas semblables, chez les enfants, les bains de sublimé et quelques gouttes de liqueur de Van Swieten m'ont réussi.
M. Cullerier, dont l'assertion a fort heureusement été rectifiée par un de ses collègues, a signalé un engorgement des ganglions de l'aine qui se serait produit, selon lui, sous l'influence d'une éruption cutanée non cependant encore très-prononcée.
Je partage la répugnance de ce collègue, M. Guérin, à croire qu'il y ait le moindre rapport de cause à effet entre une éruption constitutionnelle et un engorgement disséminé de ganglions.
Il existe quelquefois un rapport inverse de développement entre les syphilides et les ganglions. Qui n'a vu, soit des syphilides très-intenses être à peine accompagnées d'engorgements ganglionnaires, soit de nombreux ganglions très-engorgés exister en même temps que des syphilides peu prononcées?
J'ai vu le développement des ganglions précéder l'éruption au lieu de la suivre et, dans un cas, des ganglions considérables de différentes parties du corps s'amoindrir promptement et comme disparaître à l'occasion d'un mouvement fébrile (que la fièvre fût cause ou effet) et la diminution de volume de ces ganglions coïncider avec une éruption syphilitique abondante.
L'opinion de M. Cullerier est donc l'expression d'une théorie qui ne se trouve pas conforme aux données de l'observation. Du reste, notre confrère a eu le bon esprit de n'y pas tenir beaucoup, puisque l'objection que lui a faite M. Guérin est demeurée sans réponse.
J'ai la satisfaction de partager l'avis de M. Cullerier touchant l'importance du fait communiqué par M. Chassaignac, mais est-ce à dire que ce soit pour moi un type de syphilis vaccinale? Non, sans doute, car trop de lacunes ont été signalées à M. Chassaignac par ses collègues et par M. Cullerier lui-même, lequel a très-justement formulé les desiderata suivants : « Il serait à désirer que l'on connût l'enfant qui a fourni le vaccin et la santé des parents. »
Le fait communiqué par M. Chassaignac est un des plus beaux cas de syphilis vaccinale que j'aie vus, a dit M. Cullerier. Il a ainsi donné à entendre qu'il avait vu des faits de syphilis vaccinale mieux observés que ceux que nous possédons. Il a effectivement ajouté que les faits de syphilis vaccinale publiés jusqu'ici ont été la plupart mal observés. Ces mots mal observés, qui impliquent des défauts dans l'esprit de l'observateur, ne sont pas synonymes de ceux-ci : incomplètement observés.
Plus satisfait que M. Cullerier de ce qui existe dans la science, moins exigeant, sans doute parce que je puis moins donner, je voudrais seulement connaître la date do ses Observations, si tant est que j'aie bien compris sa penséo
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et que ces Observations aient réellement été faites. Dans celte conjecture, cette date est-elle antérieure ou postérieure à l'époque où, après avoir combattu avec autant de bonne foi et de vaillance que de mauvaise fortune, la contagiosité des accidents secondaires, le chirurgien de l'hôpital du Midi a fini avec plus ou moins de bonne grâce par se rendre à l'évidence devant la multiplicité des faits et par reconnaître au moins la moitié de la vérilo?
Il est vrai que les bains de sublimé (à l'instar d'autres traitements mercuriels) guérissent bien les accidents cutanés chez les enfants ; mais anéantissent-ils la diathèse? Personne ne le croit. Voilà pourtant le but à atteindre. N'est-il donc pas temps d'instituer enfin une médication moins incertaine?
Dans ces transmissions vaccino-syphilitiques, le sang du vaccinifère peut bien être, quoiqu'il n'ait vraisemblablement pas seul ce fatal privilège, le véhicule de la syphilis. Mais il s'agit, en tout cas, d'une transmission secondaire.
Les choses doivent donc se pass'er (réserve faite, bien entendu, de ce qui concerne exclusivement l'insertion vaccinale) absolument comme dans la contamination syphilitique secondaire.
En conséquence, ce que nous.savons de cette contamination pourra éclaircir quelques circonstances de la transmission de la syphilis par le vaccin, tandis que cette transmission à son tour pourra réfléchir quelque lumière sur les phénomènes de la contagion syphilitique secondaire.
Or, que représente, dans la conjoncture actuelle, l'action locale du virus vaccin, c'est-à-dire cette pustule qui est suivie de cicatrice? Quel rôle joue-t-elle à l'égard du principe syphilitique? N'est-ce pas comme un caustique ou un emporte-pièce qui détruit ou enlève au bout d'un certain temps la partie qui a été contaminée et dont la place sera occupée plus tard par le pseudo-chancre (premier accident local à la suite de la contamination secondaire)? Cela ne démontre-t-il pas clairement qu'il serait inutile au bout de ce même temps d'emporter par le fer ou le feu la place même d'une contagion secondaire ?
La cautérisation abortive des pseudo-chancres, comme celle des chancres, est encore en grande faveur parmi nous. Il peut donc être opportun d'en signaler une fois de plus l'inutilité. Peut-être sera-ce en outre donner occasion à quelque chercheur moderne de faire cette notable découverte en la bardant d'observations!
(Courrier médical du 19 septembre 1863.)
Voici les détails d'un fait qui a été montré par M. Hérard à l'Académie de méd ecine dans la séance du 2 septembre 1863. Je transcris le récit de la Gazette hebdomadaire du 5 du même mois :
M. Hérard soumet à l'examen de l'Académie un enfant de 25 mois, atteint d'une syphilis constitutionnelle d'origine vaccinale. Cet enfant était d'une excellente santé, et rien chez ses parents ne révèle les traces d'antécédents syphilitiques. Il fut vacciné le 27 juin, le même jour et dans la même Mairie que l'enfant présenté dernièrement à la Société de chirurgie, et chez lequel tous les membres présents ont reconnu l'existence d'une syphilis vaccinale. Trois semaines après la vaccination, de nouveaux boutons se montrent au niveau des piqûres de vaccine, puis des croûtes, puis des ulcérations. Quelques semaines plus taîd, roséole syphilitique; puis l'enfant maigrit et devient pâle; les ganglions de l'aisselle et les ganglions cervicaux s'engorgent ; la roséole s'efface et fait place à une syphilide papuleuse. C'est dans cet état que M. Hérard présente le jeune enfant à l'Académie.
Voici du reste ce que chacun a pu constater à l'Académie et ce que j'ai vu moi-même de très-près, sinon pendant aussi longtemps que je l'eusse désiré.
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L'enfant porte à chaque bras un pseudo-chancre (premier accident local qui suit la contamination secondaire).
Du côté droit, ce pseudo-chancre est surmonté d'une croûte conoïde, graduée ou étagée, c'est-à-dire résultant de la superposition et de la soudure de couches distinctes, arrondies et de plus en plus larges depuis le sommet qui est libre jusqu'à la base; d'une couleur sombre et d'une surface luisante, comme si on l'avait enduite d'un vernis de gomme arabique. Cette croûte offre environ 1 centimètre et demi de diamètre a la base et 1 centimètre de hauteur. Elle est sèche et fortement adhérente par sa base.
Autour de ce pseudo-chancre et dans un rayon de 3 centimètres environ existent des papules lenticulaires, lisses, régulières, peu saillantes, peu rouges, toutes à peu près de môme volume (3 à 4 millimètres de diamètre) et qui se pressent les unes les autres.
Dans l'aisselle de ce côté, on constate deux glandes engorgées de forme et de volume différents. L'une offre la forme et le volume d'un noyau d'amande; l'autre est plus petite et arrondie. Toutes les deux sont mobiles, presque indépendantes, ou, mieux, simplement reliées entre'olles par quelques vaisseaux lymphatiques également engorgés. Ces glandes paraissent être douloureuses à la pression.
Du côté gauche, la croûte du pseudo-chancre a les mêmes caractères que de l'autre côté, sauf son volume qui est moins considérable. Ce pseudo-chancre est également entouré de papules ; mais celles-ci nesout pas autant accumulées que du côté droit.
Dans l'aisselle gauche, on perçoit un seul ganglion engorgé. Il est arrondi et offre le volume de celui qui est le plus gros du côté droit. Il est de même assez mobile et un peu douloureux à la pression.
Après ces minces détails, il me serait très-facile d'user d'un lieu commun et de faire un énorme étalage de desiderata. Je pourrais m'écrier, par exemple, avec tout le monde :
Qu'est devenu le vaccinifère? L'a-t-on observé? Et le vaccinateur, quel est-il ï qu'a-t-il fait? qu'a-t-il vu ? Surtout, que s'est-il passé aux bras de l'enfant depuis l'insertion vaccinale jusqu'au moment où l'on s'est aperçu qu'au travail vaccinal en succédait un autre ? En un mot, l'évolution vaccinale a-t-elle été régulière et constatée telle par un homme de l'art?
Mais contentons-nous de ce que nous avons, et cherchons à en tirer le meilleur parti possible. A mon sens, l'œuvre la plus méritoire de nos jours ne doit point consister uniquement à amonceler des matériaux ; elle doit avoir pour objet principal d'utiliser les matériaux qui existent.
Je ferai d'abord quelques remarques touchant ce fait spécial. Je le rapprocherai ensuite d'autres faits, de façon à extraire de leur ensemble des connaissances plus approfondies.
Mes remarques particulières sur le fait de M. Hérard se borneront à trois :
4° Cet enfanta été vacciné le même jour et dans la même Mairie que le sujet présenté par M. Chassaignac à la Société de chirurgie (Séance du 26 août 1863), et dont nous avons parlé ci-dessus.
Il est vraisemblable que les deux cas se rapportent au même vaccinateur, à la môme lancette et au même fluide. Il est encore possible que d'autres victimes aient été faites. Un virus aussi énergique que celui qui a agi dans la circonstance actuelle n'a-t-il eu pour excipient que le sang du vaccinifère? Nous reviendrons, dans un instant, sur ce dernier objet.
2° Il est des plus remarquable que le virus ait pris des deux côtés. Il arrive
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souvent, en effet, que de plusieurs inoculations du principe syphilitique sous forme secondaire, pratiquées en même temps sur le môme sujet, une seule soit positive.
3° A peine y a-t-il eu trois semaines d'incubation. C'est, en effet, une loi générale de i'action des virus que le temps d'incubation est en raison inverse do l'âge des sujets et de l'activité de leur circulation. Aussi la plupart des animaux, surtout quand ils sont jeunes, offrent-ils plus tôt des manifestations que l'homme.
Voici maintenant quelques considérations générales résultant de l'ensemble des faits que possède la science :
La possibilité d'inoculer la syphilis du môme coup que la vaccine doit être mise au rang des découvertes nouvelles. Ce n'est pas qu'il ne s'en soit produit plusieurs fois des exemples, malheureusement significatifs, depuis l'origine de la vaccine jusqu'à l'époque toute moderne où l'attention publique a été plus particulièrement fixée là-dessus. Mais ces faits remontaient alors le courant des idées. Us étaient donc promptement submergés.
Tout fait nouveau demande une expression nouvelle qui le caractérise. Il est important dès le principe de bien choisir cette expression, pour qu'on ne soit pas obligé de la remplacer plus tard par une autre. La nomenclature médicale n'est-elle déjà pas bien encombrée de mots de toutes les façons?
Le mot de syphilis vaccinale ne me convient guère, j'aimerais mieux celui de syphilis ex vaccina.
De quoi s'agit-il en effet? Est-ce d'une syphilis antécédente à la vaccine ou du moins coexistant avec elle, d'une syphilis modifiée en quoi que ce soit par la vaccine? Non. Il s'agit d'une syphilis qui ressemble à toutes les autres, qui vient après la vaccine et à l'occasion de la vaccine. Toutefois, si l'on voulait absolument indiquer par une épithète la singularité de son origine, l'adjectif vaccinien serait moins impropre pour marquer un point de départ que celui de vaccinal. En effet, les deux mots réunis syphilis vaccinale voudraient dire une syphilis qui aboutit à la vaccine, mais non pas une syphilis qui en vient. Or, il s'agit d'exprimer cette dernière circonstance.
Quel est le véhicule ou l'excipient du virus syphilitique au moment où il est emprunté au sujet vaccinifère ? La science est si peu avancée sur ce point que l'obscurité qui y règne se répand jusque sur le langage. Comment, en effet, pourrait-on rendre bien clairement par des mots des suppositions s'appliquant à des objets qui, comme les virus, sont eux-mêmes très-imparfaitement connus? Tâchons au moins, à défaut d'une grande clarté, d'être conséquents avec nous-mêmes.
Le virus syphilitique est-il dans une poussée syphilitique absolument semblable à toutes les autres, à cette seule différence près que cette poussée se serait produite à la suite et à la place d'une pustule vaccinale?
Le virus est-il dans le sang ?
Existe-t-il à l'état de mélange ou de combinaison avec la lymphe vaccinale?
Avant d'entrer dans l'examen de ces trois hypothèses, est-il nécessaire de faire observer qu'elles ne s'excluent pas réciproquement?
Première Hypothèse. — S'agit-il d'une poussée syphilitique consécutive à la poussée vaccinale? En d'autres termes, lorsque le vaccin commençait à perdre ses propriétés dans sa propre pustule, le virus syphilitique s'est-il insinué à sa place en vertu du principe ubi stimulus, ibi fluxus? Alors la vaccination n'au- • rait pas réussi en tant du moins que vaccination, et il est certain qu'il y a des faits où elle a réussi à ce litre. Toutefois, j'ai observé un cas dans lequel cette
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hypothèse eût été applicable. Dans ce cas, en effet, l'insertion avait donné la syphilis, mais non pas, paraît-il, la vaccine. (Voir ci-dessus p. 664.)
Deuxième Hypothèse. — Le virus serait dans le sang des vaccinifères. C'est là ce que j'appellerais volontiers l'hypothèse lyonnaise. Où en sont les preuves? Le sang d'un syphilitiquo est susceptible à un certain moment de transmettre la syphilis. Il a pu, sans doute, souiller la lancette de l'opérateur; mais n'y a-t-il que cela do possible ? On va chercher à le prouver.
M. Bœck a fait, nous dit-on, un mélange de pus chancreux avec de la lymphe vaccinale ; il a pratiqué ensuite l'inoculation de ce mélange. Le résultat a été constamment et exclusivement la production de chancres.
De ce fait particulier, on a, je no dirai pas déduit, mais induit une loi générale. On a voulu en conclure que le mélange ou la combinaison, comme on voudra dire, de deux virus ne pourrait pas s'effectuer sans que l'un de ces deux virus perdît ses propriétés spécifiques. Tout au moins on à voulu en inférer que le virus syphilitique à l'état secondaire ne pourrait pas conserver ses propriétés, en même temps que du vaccin avec lequel il aurait été mélangé ou combiné conserverait les siennes.
En imaginant cet argument, on n'a pas remarqué que le virus syphilitique du sang ne pouvait guère être inoculé du même coup que le vaccin sans qu'il y eût mélange ou combinaison de ce sang avec la lymphe vaccinale.
L'Expérience de M. Bœck a réellement produit le résultat qu'on indique, mais elle n'implique aucunement les conséquences qu'on veut en tirer relativevement à la mixtion du vaccin avec le virus pseudo-chancreux (autrement dit le virus à l'état secondaire).
Le virus chancreux exige, avant de manifester son action, un temps moins long que le virus vaccin. (Notez bien qu'au contraire le virus pseudo-chancreux incube bien plus longtemps que le vaccin.) En outre, un chancre abandonné à lui-même dure plus de temps qu'il n'en faut à la pustule vaccinale pour paraître, se développer et s'éteindr». Comment donc celle-ci pourrait-elle se montrer en face d'un premier occupant plus vivace et plus durable qu'elle et qui, en tout cas, la masquerait complètement?
Si l'on tentait d'inoculer un mélange de vaccin avec de la matière pseudo-chancreuse ou secondaire, on verrait très-vraisemblablement une pustule vaccinale apparaître d'abord et parcourir son évolution régulière, et plus tard un pseudochancre se montrer à son tour au même lieu. C'est là une expérience que je tenterai, si jamais ma carrière thérapeutique m'en fournit une légitime et honnête occasion.
La durée de l'incubation du vaccin et la durée de la pustule vaccinale réunies n'égalent pas le temps de la seule incubation de la matière du pseudochancre. C'est que les phénomènes produits par cette matière se passent tout d"abord et pendant un certain temps d'une manière latente dans les profondeurs de l'organisme, avant que tout effet local se soit manifesté. Au contraire, l'effet qui suit l'insertion du pus de chancre est d'abord plus local qu'intérieur, et, en tout cas, le premier phénomène en est généralement plus précoce dans son apparition que les premiers indices de la pustule vaccinale.
La contamination par le sang est donc possible dans les cas de syphilis ex vaccina. Mais fournit-elle l'explication la plus large de ces cas? Cela est loin d'être prouvé.
On a vu malheureusement, en Italie et ailleurs, des séries de fatals succès en ce genre. Est-il donc vraisemblable que, dans tant de circonstances, le vaccin ait été souillé d'une suffisante quantité de sang syphilitique?
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Troisième Hypothèse. — Il y aurait mélange direct des deux menstrues virulentes. Rien n'en donne absolument la preuve. Néanmoins, sa justification est bien admissible. D'abord, il y a des séries de syphilis ex vaccina qui ne peuvent guère avoir d'autre explication. Ensuite, n'est-il pas présumable que les médecins auxquels ces cas malheureux sont arrivés avaient exclusivement cherché à recueillir de la lymphe vaccinale?
On obtiendrait, à ce propos, des éclaircissements par des expériences qui seraient instituées ad hoc sur les animaux. Dans ce but, on inoculerait à un seul et même animal le mélange de deux virus qui prennent ordinairement bien sur son espèce, et dont le temps d'incubation de l'un différerait beaucoup de celui de l'autre.
Je n'assimile pas aux expériences que je propose d'instituer celle qui consisterait à mélanger, pour les inoculer ensuite, la sécrétion du chancre avec celle du pseudo-chancre ; car ces deux matières procèdent de la même souche syphilitique, et quoiqu'elles aient, à certains égards, des attributs fort dissemblables, l'appréciation des phénomènes serait difficile, indépendamment de ce que ceux-ci ne seraient pas absolument concluants pour la solution de la question actuelle.
Les faits de syphilis ex vaccina paraissent s'être considérablement multipliés depuis quelques années. Mais il n'y a malheureusement pas à douter qu'il ne s'en soit produit de nombreux à toutes les époques, depuis la découverte de la vaccine, et qu'un certain nombre n'ait passé sous les yeux d'hommes instruits. Comment donc ces faits n'ont-ils pas été signalés? C'est, avons-nous dit, qu'ils n'auraient pas été accueillis favorablement, surtout en France. Je n'ai pu faire accepter dans la presse, il y a quinze ans, un fait de communication de syphilis par la saignée, ni un autre fait relatif à un de nos confrères qui avait contracté la syphilis en disséquant le cadavre d'un vérolé.
Savez-vous ce qu'on disait, à l'époque dont je parle, de ceux et à ceux qui s'avisaient devoir des choses semblables? On leur disait ce qu'on leur dit aujourd'hui, quand ils avancent d'autres choses qui sont en désaccord avec les idées du jour, à savoir : qu'ils étaient demauvais observateurs, des hommes d'imagination. Mais à présent que leurs paradoxes d'autrefois sont devenus des vérités pour tout le monde, croyez-vous qu'on s'empresse de leur rendre justice? Non. On leur ravit sous des noms divers ou par divers prétextes la priorité de leurs découvertes. Tel qui fut raillé pour une idée en 1850, peut en être dépouillé fort bien en 1860. Ne dirait-on pas vraiment que notre petite république médicale est une société proudhonienne où la propriété c'est le vol?
Il est vrai que ces dénis de justice peuvent s'expliquer en dehors de toute idée de plagiat. On nie d'abord la vérité, parce qu'on est moins clairvoyant que ceux qui la voient poindre. Mais cette vérité paradoxale devient enfin visible à tous les yeux, et alors, chacun croit être le premier, sinon le seul, à l'apercevoir telle qu'elle est. Il va sans dire que les inventeurs ont constamment la berlue. Comme on leur fait payer cher la peine d'y avoir vu plus clair et de plus loin que les autres !
Deux barrières se seraient dressées, il y a quinze ans, en face de celui qui aurait publié un fait de communication de la syphilis par la vaccine, à savoir : la Commission de vaccine de l'Académie et le despotisme divertissant, — le pire des despotismes, — de l'hôpital du Midi. Les élèves et les praticiens trouvaient là leur panem et circenses.
Le Comité central de vaccine (des attributions duquel a hérité la Commission de vaccine) a été institué pour favoriser les progrès de la vaccine. Il a donc
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toujours été composé de partisans de la vaccine, c'est-à-dire de gens prévenus en faveur de cette découverte. C'était l'Arche sainte; aucune vérité préjudiciable n'y pouvait pénétrer. Mais aujourd'hui que la vaccine est devenue une puissance, elle se sent assez forte pour donner accès à toutes les vérités.
A une époque où les accidents secondaires de la syphilis ne passaient pas pour être contagieux, on aurait bien mal accueilli quelqu'un qui serait venu dire, par exemple : J'ai communiqué la syphilis en vaccinant. Lo fait n'aurait point paru vraisemblable et on ne l'aurait point accepté comme vrai. De plus, on n'eût pas manqué de suspecter l'habileté ou de dénoncer l'imprudence d'un observateur qui se fût porté garant d'un fait de ce genre. Il me serait bien facile do multiplier les preuves de ce que j'avance ici.
Maintenant que des faits nombreux sont avérés, il est urgent de prendre des mesures pour que d'autres faits semblables deviennent impossibles. Ce serait trop, vraiment, que de véroler des enfants et de tuer la vaccine du même coup !
Le vaccinalcur a, aujourd'hui, une des missions les plus sérieuses et les plus délicates que puisse remplir un médecin. Il doit être à même de se rendre compte de l'état du vaccinifère et de celui de ses parents. Que de réserve, que de sagacité, que de savoir ne doit-il pas apporter dans l'accomplissement de sa tâche! Mais il doit, avant toutes choses, être bien versé dans l'étude de la syphilis, et plus particulièrement dans la connaissance de la syphilis infantile.
La plupart des petits enfants vaccinifères de Paris appartiennent à des parents pauvres, lesquels viennent à l'Académie ou dans les Mairies recueillir une modeste prime. Il faut choisir parmi eux ceux qui, étantsains et robustes, sont âgés d'au moins un an. Les parents, — et surtout la mère qui est si souvent la source de la syphilis héréditaire, — doivent être sinon connus du moins examinés avec un soin tout particulier. Je ne parle pas d'autres précautions qui sont étrangères au sujet circonscrit que je traite.
A Paris, le personnel médirai est assez nombreux et assez dévoué pour qu'il soit possible d'y perfectionner, dès à présent, le fonctionnement de la vaccine.
Userait important que le vaccinifère, étant bien choisi et bien connu, fût examiné plusieurs jours et plusieurs fois avant qu'on lui insérât le vaccin pour le reprendre ensuite.
Les vaccinés eux-mêmes ne devraient-ils pas être suivis de très-près à la suite de leur vaccination?
Vacciner n'est plus une chose ordinaire, banale, que tout le monde sache faire. C'est un art savant et délicat, une spécialité, j'allais dire un sacerdoce. Jenner, qu'on ne peut trop imiter, n'avait-il pas son temple de la vaccine? « J'ai appelé, » dit-il, avec une grâce parfaite, « ma petite chaumière le Temple de Vaccina, et je suis toujours jaloux de le trouver rempli de fidèles. »
Un grand progrès tout de suite réalisable, selon moi, et que je prêche depuis longtemps, consisterait à insérer le vaccin à des animaux bien choisis et spécialement à des chevaux, pour le leur emprunter ensuite.
[Courrier médical du 2i octobre 1863.)
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