SYPHILIS EX VACCINA
Dans une prochaine lettre je vous entretiendrai de l'autre source, qui est do beaucoup la plus abondante, d'introduction' du virus syphilitique dans un organisme, c'est-à-dire du pseudo-chancre.
Je vous parlerai donc encore beaucoup de la syphilis à propos de la vaccine. Le pavillon couvrira la marchandise.
D'ailleurs tous les virus ne sont-ils pas comme des frères par leurs analogies, et ceux qui les cultivent ne sont-ils pas des frères... ennemis? Scholœ medicœ doctores amicitiam inter se colant (l) !
Ce n'est pas sur vous que peut tomber cette plaisanterie, car vous êtes la bienveillance même et un vrai type de bon goût; vous ne devez donc recueillir de toutes parts que des sentiments d'admiration et de reconnaissance.
Agréez, etc.
{France médicale du 10 juillet 1806.)
Paris, le 15 août 1866.
Cher Maître et très-vénéré Confrère,
Dans ma dernière lettre, je vous ai parlé du chancre comme point de départ ou comme voie d'introduction de la syphilis dans un organisme, et je vous ai annoncé mon intention de vous entretenir bientôt d'une source bien plus abondante de contagion de cette maladie, à savoir le pseudo -chancre.
11 m'est très-agréable de remplir ma promesse. En ce moment, je voudrais être à même de tremper une fois ma plume dans cette hippocrène dont la vôtre est sans cesse abreuvée ! car toutes vos pensées sont marquées au coin d'un cachet inimitable qui les rend éternelles. Que ne m'est-il donné, comme à vous, de défier le plagiat et l'oubli ! mais la vérité sans ornement, la vérité toute nue du poëte, offre bien peu d'attrait; son sort est bien incertain. Que ne puissicz-vous donc ménager un bon accueil et présager un heureux destin aux lignes suivantes, en les marquant de l'empreinte animée de votre style!
Qu'est-ce que le pseudo-chancre ? C'est un chancre fictif, supposé, un chancre faux ; c'est, en d'autres termes, un chancre qui n'en est pas un, et dont l'existence est purement imaginaire. Le mot pseudo-chancre est le baptême d'une erreur de M. Ricord, prise en quelque sorte sur le fait et dévoilée ; c'est comme la dénonciation d'un flagrant délit.
Mais ce terme ne doit impliquer aucunement l'idée d'exclusion ou d'absence de la syphilis. Rien n'est, au contraire, plus syphilitique, plus vérolique que le pseudo-chancre. Pseudo-chancre, avant tout, ne veut pas dire pseudo-syphilis.
C'est moi-même, c'est moi seul qui ai introduit ce mot dans la science, après avoir découvert la chose qu'il représente.
Il s'agit d'une forme d'accident primitif, qui se présentait souvent, autrefois comme aujourd'hui, bien entendu, aux observateurs de l'hôpital du Midi; mais cette manifestation de la syphilis ne se produit qu'après une longue incubation. Or, parmi les personnes et dans le temps dont je parle, on ne croyait pas du tout, vous ai-je déjà dit, à l'existence de l'incubation.
Les débuts du pseudo-chancre sont lents, insidieux même ; ils n'effrayent
l'hôpital des inoculés â Londres. Ouvrage traduit de l'anglais, augmenté d'un précis de ce qui a été fait sur cette maladie, et de notes historiques par A. Aubert. D. M. Paris, an VIII.
(1) Statuta facultaris medecinee parisiensis, supremi seilatus authûritatô confirmata, anno MDCCLI. Parisiis, in-12, p. 52, art. LXXVI1.
VACCINATION ANIMALK. 689
personne; mais les connaisseurs no s'y laissent pas prendre; ils savent trèsbien à quoi s'en tenir.
On ne faisait attention à cette forme que lorsqu'elle existait depuis longtemps déjà, et qu'elle se trouvait bien accusée, c'est-à-dire qu'elle était parvenue aune période fort avancée de son évolution.
On lui appliquait alors l'expression de chancre induré, qui a été remplacée depuis environ doux lustres par lo presque homonyme de chancre dur.
Le chancre induré suppose l'existence préalable d'une pustule. C'est un chancre qui est accidentellement devenu dur et qui aurait pu ne pas le devenir. Tandis que la réunion des deux mots chancre dur implique l'idée d'une forme tout à fait distincte, sinon absolument indépendante de celle-là, d'une forme dont la dureté est une propriété essentielle, et pour ainsi dire indéfectible. La dureté dure, a dit un plaisant. Quelles plaisanteries n'a-t-on pas lâché en fait de syphilis, alors surtout que brillait au firmament de la science l'étoile devenue filante de M. Ricord!
Quand j'ai découvert que le prétendu chancre induré du Midi avait rarement commencé par une pustule, mais qu'il s'agissait presque toujours d'une autre forme, — bien plus que d'une autre espèce, — c'ontj'ai tracé l'évolution, j'ai rendu ma pensée et indiqué, autant que peut le faire un mot, l'originalité de celte découverte par l'expression de pseudo-chancre.
J'ai créé le mot pseudo-chancre pour dire : cela n'est pas un chancre, cela ne commence pas par une pustule. Ce double mot était le signalement d'une erreur, que le prestige de M. Ricord avait investie de presque un quart de siècle de crédit.
On peut lui substituer aujourd'hui, tant qu'on voudra, le mot de chancre dur, il n'en est pas moins certain qu'on donnait autrefois, pour point de départ à mon pseudo- chancre ou au chancre dur actuel de certains auteurs, une prétendue pustule caractéristique.
J'ai démontré le premier qu'on se trompait. Il n'est au pouvoir de personne de faire que je n'aie pas eu cette initiative. Eh quoi, pourrait-il suffire à ceux dont j'ai dénoncé l'erreur, ou à d'autres, de parodier subrepticement l'expression de ma pensée pour me ravir le mérite de la priorité de l'innovation présente !
En définitive, j'ai appelé pseudo-chancre ce qui se présentait souvent autrefois à l'hôpital du Midi, avec la syphilis pour conséquence obligée, et qu'on croyait être un chancre ayant débuté par une pustule. Le mot pseudo-chancre ne veut pas dire autre chose que source de vérole qu'on pensait être un chancre, un chancre à pustule, mais qui n'en est pas un.
Voici l'évolution du pseudo-chancre (chancre dur, chancre infectant, etc.).
Incubation : trois semaines au moins.
Début : une simple rougeur, puis une papule superficielle qui lui succède par une évolution non interrompue.
La surface de cette papule sécrète bientôt une petite quantité de sérosité, — peut-être déjà légèrement purulente, — dont la concrétion donne lieu à des squames.
Plus tard apparaît du pus en quantité; le mélange de ce pus avec la sérosité forme une croûte en se figeant.
Il se produit enfin sous la croûte une ulcération superficielle qui s'étend et môme souvent se creuse; la base et la circonférence do cotte lésion deviennent graduellement dures et comme cartilagineuses (chancre induré, chancre dur, etc.). En même temps la croûte, si on la respecte, s'épaissit.
690 SYPHILIS EX VACCINA.
Il faut noter que sous le prépuce et sur le gland les squames et les croûtes sont humectées et facilement entraînées parles sécrétions dont ces parties sont
le siège.
Les vaisseaux et surtout les ganglions lympathiques prochains sont pris et s' indurent à leur tour (adénopathie multiple, pléiade inguinale, etc.).
On voit ensuite les divers symptômes de la syphilis constitutionnelle se dérouler, comme un ruban, suivant l'expression pittoresque de M. Ricord.
Mais M. Ricord et ses disciples ne tenaient pas le commencement du rouleau : c'est moi-même qui le leur ai placé entre les mains.
Le pseudo-chancre ne se développe pas toujours si complètement; quelquefois il s'arrête au commencement ou au milieu de l'évolution dont je viens de tracer l'esquisse ; et soit que les ganglions prochains se prennent, soit qu'ils demeurent intacts, en apparence du moins, la suite du ruban syphilitique se déroule toujours avec autant de régularité et d'étendue.
On dirait même parfois que le développement considérable de l'accident primitif constitue, au bénéfice de l'organisme, comme un commencement de syphilisation qui atténue l'intensité des accidents consécutifs.
Voici diverses sources où vous pourriez puiser de plus amples renseignements sur toutes ces choses : 1° discussion sur la syphilis, etc., 1856 (1);
1° CORRESPONDANCE SYPHILI0GRAPH1QUE, etc., 1860 (u2); 3° DE LA CONTAGION
syphilitique, etc., 1860 (3); 4° enfin, quelques autres écrits disséminés dans des feuilles périodiques et notamment dans les colonnes de la Revue médicale, de la Revue étrangère médico-chirurgicale, du Courrier médical et de la France médicale.
Vous me permettez, — n'est-ce pas, — de vous parler confidentiellement de mes opuscules, puisque d'autres n'ont pas dédaigné de s'en servir et de s'en approprier la substance, sans indiquer en même temps la source où ils avaient puisé.
Il y a plus, c'est qu'ils ont presque tous passé sous silence le Rapport académique du regrettable M. Gibert, qui me rendait quelque justice à ce propos. (Académie de médecine, 24 et 31 mai 1859) (4).
Bref, inoculez le virus du pseudo-chancre aune génisse, et en supposant que vous réussissiez, il se passera un mois, pour le moins, avant qu'elle ne puisse produire de la matière syphilitique.
Or, comme la génisse vous donnera en quinze jours au plus tout ce que vous avez à attendre d'elle en fait de vaccin, vous serez dans la plus entière sécurité relativement à la contagion possible de la syphilis.
En d'autres termes, si vous semiez ensemble le vaccin et le virus pseudochancreux, vous pourriez toujours faire votre récolte de vaccin bien avant que la syphilis n'ait commencé à montrer ses premiers symptômes au siège de l'inoculation.
La vaccine et le pseudo-chancre, quoique inoculés ensemble au même point, ne pourront donc jamais s'y trouver reproduits en même temps, c'est-à-dire s'y montrer simultanément avec leurs propriétés respectives.
Ne faudrait-il pas, pour que cette rencontre se réalisât, que la vaccine fut douée de la propriété inconnue jusqu'ici et singulière de hâter l'évolution d'une syphilis avec le principe de laquelle son propre principe aurait été acci-
(1) Voir ci-dessu.s, p. 353 et suiv.
(2) Voir ri-dessus, notamment p. 464 et suiv.
(3) Voir ci-dessus, p. 493.
(4) Voir ci-dessus, p. 387 et s.
VACCINATION ANIMALI5. ' 691
denlcllemcnt marié ou mis en contact? Mais alors que de surprises ne seraient pas réservées à l'observateur mis en présence de deux virus dissemblables, particulièrement pour la durée de leur évolution, et qui se trouveraient comme par artifice dans unegrande conformité do temps et de lieu ! Que de choses étranges seraient révélées à cet observateur, que de phénomènes incompréhensibles passeraient sous ses yeux; ou plutôt, que de contradictions apparentes ne serait-il pas appelé à constater d'abord et à concilier ensuite dans les phénomènes ou les mystères de la nature !
Ainsi, qu'il s'agisse du chancre ou du pseudo-chancre (du chancre mou ou du chancre dur), la crainte d'inoculer la syphilis en môme temps que la vaccine dans le cours des vaccinations animales est tout à fait dénuée de fondement, à moins, je le répète, qu'un horizon nouveau et des plus inattendus ne s'ouvre tout à coup aux regards étonnés de l'observateur.
Est-ce à dire que je prétende plaider auprès de vous la cause de la vaccination ex juvenca? Non, pas le moins du monde. J'expose simplement en sa faveur une circonstance atténuante ; j'écarte d'elle une mauvaise objection, parce que je veux qu'on ne lui en adresse que de bonnes.
Mon désir est, sans aucun doute, qu'on essaye d'inoculer la syphilis à la génisse, parce qu'il est intéressant de savoir si elle peut la contracter, comme certains autres animaux, mais je ne crois pas que la solution de cette question doive influer beaucoup sur l'avenir delà vaccination ex juvenca.
Quant au singe, au cheval, au chat et au lapin, pour ne citer que ceux-là, ils peuvent avoir les deux formes (chancre et pseudo-chancre), et la vérole ellemême tout entière.
Si vous n'étiez pas à deux cents lieues de Paris, je vous montrerais, comme spécimen, un chat dont j'ai raconté dernièrement à l'Académie l'histoire intéressante, quoique inachevée, la maladie de la pauvre bête continuant encore son cours.
Mais je ne dois pas manquer de vous assurer que le chien, si souvent choisi pour des expériences de ce genre, m'a semblé être un des animaux les plus réfractaires à l'inoculation de la vérole, n'importe sous quelle forme.
M. Ricord ne vous semble-t-il pas, à ce propos, jouer doublement de malheur ?
D'abord, il prétend ne pas admettre que les animaux puissent contracter la syphilis ; mais on s'aperçoit aisément, à l'hésitation de son langage, que sa croyance est ébranlée et qu'un amendement honorable est à l'état latent ou d'incubation dans son esprit, sans qu'il paraisse s'en douter lui-même. M. Ricord n'est-il pas coutumier du fait de méconnaissance de l'incubation.
Ensuite, espère-t-il au moins que cette syphilis des animaux pourra souiller les sources de la vaccination animale. Espoir trompeur! Il n'est donc aucun moyen pour lui de se raccrocher aux branches, eût-il dans ses mouvements toute la souplesse et l'agilité des singes dont il s'est malignement moqué.
Mais ceux-ci ne voudront pas s'exposer à piquer la vanité de M. Ricord en usant envers lui de représailles. Ils craindraient de le détourner de la bonne voie de conversion dans laquelle il faut lui savoir gré de s'engager, même peutêtre à contre-cœur.
Quant à vous, illustre Maître, ne vous abritez pas longtemps sous la tente où, comme Achille, vous venez de vous retirer. Rapportez-nous, au plus tôt, la sagesse et l'éloquence d'Ulysse»
Plus que jamais la vaccine a besoin des fruits de votre expérience et de vos conseils, je voudrais pouvoir oser dire de votre atticisme et de votre urbanité.
602 SYPHILIS EX VACCINA.
Enfin, ayez de l'indulgence pour la prose IraînanLe et décolorée, et par conséquent fort indigne de lavôtre, d'un admirateur de votre talent, et agréez, etc.
(France médicale du 15 août 1866).
Dans les séances des 2 et 9 avril 1867, M. Depaul a donné lecture du Rapport officiel adressé à M. le Ministre du Commerce et de l'Agriculture sur les Expériences faites à l'Académie avec le vaccin animal. La discussion sur les Conclusions de ce Rapport a commencé dans la séance du 30 juillet et a continué dans les séances des 6, 13 et 27 août, et 3 septembre. M. Depaul a prononcé dans cette dernière séance un discours qui a été publié en brochure avec ce titre principal : SUR la vaccination animale. L'article suivant, qui résume la question, a été écrit a cette occasion.
Le discours de M. Depaul est une réponse à M. J. Guérin qui ne ressent pas, comme l'auteur, un amour extrême pour la vaccination animale.
Au commencement du siècle, on aurait reproché à M. Depaul à'envachiner le genre humain.
Ne sait-on pas que, bien plus tard, le Dr James reçut un public affront dans l'Académie dont il était membre pour s'être livré à la pratique et avoir fait trafic de la vaccination animale. Cet épisode académique auquel j'assistais a laissé dans mon esprit un souvenir pénible et profond.
Manet alta mente repostum.
Autres temps, autres hommes et autres choses. Mais la vérité est éternelle. Tâchons de la distinguer de l'erreur à travers les dissensions qui la marquent ou l'altèrent.
Trois points ont été principalement débattus dans les discussions des derniers temps sur la vaccine :
l°La syphilis peut- elle s'inoculer subrepticement en même temps que la vaccine?
2° Le virus de la variole est-il le même que celui de la vaccine? 3° Quelle est la valeur de la vaccination animale?
Ces trois sujets se sont imposés aux préoccupations publiques depuis qu'ils ont fini par germer au sein de l'Académie qui jusqu'alors les avait écartés. La vérité peut-elle donc, en plein xix° siècle, être mise sur le candélabre ou sous le boisseau, au gré de quelques hommes qui sont hommes!
Une question préalable plus importante est restée à l'écart.
D'où vient la vaccine à la vache? Pourquoi les pustules s'installent-elles sur le pis de l'animal plutôt qu'ailleurs? Pourquoi les vaches laitières, les vaches qu'on trait en sont-elles exclusivement atteintes? Pourquoi des parties sans cesse en rapport avec la main de l'homme sont-elles le siège du mal? La main de l'homme est donc l'intermédiaire. C'estelle qui transmet, inocule le virus. Le cheval qui reçoit ce virus des mains et par les voies de la nature présente ordinairement des pustules disséminées.
Jenner écrivait à DeCarro le 4 février 1802 : « Partout où l'on trouvera réunis un cheval, un homme, une vache et une laitière, on y trouvera aussi, de temps en temps, le cow-pox. » Cette idéo de Jenner sur l'origine équine du vaccin était infiniment digne d'occuper l'Académie.
Mais comment les épaules d'un seul homme, si larges qu'elles soient, pourraient-elles suffire à porter le fardeau de tant de recherches?
Laissons cette dernière de côté et revenons aux trois questions privilégiées.
La première, celle qui est relative à l'inoculation possible de la syphilis par la vaccination, avait autrefois frappé aux portes du Comité central et notam-
ment en 1810 (I). Mais on l'avait repoussée commo prévenue d'excitation à la haine et au mépris du Gouvernement do la vaccine. Les travailleurs se l'étaient tenu pour dit; ils avaient cessé do creuser un sillon qui, au lieu de médailles ne rapportait que des ronces et des épines.
Il était pourtant bien naturel de supposer, à l'avènement de la vaccine, qu'une inoculation substitutive de celle do la variole pouvait devenir comme elle une source de syphilis. Or, Guiot (de Genève) (u2) avait déjà jelé l'alarme sur ce point et on devait être sur ses gardes. Loin de là; il ne fut pas môme tenu compte des avertissements directs, et la voix de Chappon (3) fut sans écho, quand ce médecin déclara formellement que la rache vérolique, c'est-à-dire la vérole, pouvait avoir comme point de départ la vaccination.
Il n'est pas jusqu'à la conception qui fait jouer au sang inoculé le rôle le plus funeste dans la syphilis ex vaccina qui n'ait été explicitement indiquée par Nacquart (4) et très-positivement exprimée par J. Ragot Despranches (o). Mais il en est des idées comme des graines : elles ne- germent qu'à leur heure.
La seconde question ayant trait à l'identilé des deux virus n'a pas abouti comme la première. C'est en vain que M. Depaul a gravé en relief son opinion dans une phrase restée célèbre : Le vaccin n'existe pas. Les formules à l'emporle-piôce posent nettement les questions et en actiyentla solution. Or, il paraît bien aujourd'hui que le vaccin existe.
Troisième question : Vaccination animale. Quels sont ses avantages, ses inconvénients? Quel est l'endroit de la médaille, quel en est le revers? Le destin de la vaccination animale est-il d'entrer dans la pratique commune?
Les cartons du Comité central de vaccine regorgent de documents là-dessus. A Naples, on pratique en grand, paraît-il, la vaccination animale, et à Paris même le cilice de James s'est converti en couronne d'or pour un autre.
Colomb découvre un nouveau monde, Americ Vespuce lui donne son nom- Quiproquo de la gloire, disait Voltaire.
Deux circonstances favorisent le développement actuel de la vaccination animale: D'une part, elle paraît être le palladium de la syphilis ex vaccina; d'autre part, elle obtient les faveurs de l'Académie. Car, en fait de vaccine, M. Depaul a le droit de dire : « L'Académie c'est moi. »
Rien n'est plus propre à aiguillonner le zèle de ceux qui ont de l'appétit pour les distinctions académiques. Le moment est venu pour eux de se montrer. C'est pourquoi les fervents naissent du sol. Tel qui ne songeait pas il y a cinq ans à la vaccination animale, se trouve aujourd'hui l'avoir pratiquée, — l'Académie le déclare, — depuis vingt ans. (Historique.)
On va jusqu'à vouloir établir une marque de séparation entre un cow-pox qui n'a passé que par la vache et un autre cow-pox qui provient du vaccin humain ensemencé sur la vache! Quelle différence peut-il y avoir entre eux aux yeux surtout des personnes qui ne voient autre chose dans le cow-pox spontané que le résultat d'une transmission aux animaux du virus variolique humain?
Le virus préféré est-il plus fort, plus pur, plus sûr que le délaissé? Où est la preuve de sa supériorité? On découvre aujourd'hui presqu'à l'envie le cow-pox spontané. D'où vient qu'avec ce virus plus préservateur et plus inoffensif à la
(1) Rapport sur les vaccinations en 1810, p. 48.
(2) Mémoire historique sur l'inoculation de la petite vérole, dans le t. II, in-4" des Mémoires de l'Académie de chirurgie, p. 55G.
(3) Traité historique des dangers de la vaccine, in-8°, 1803, p. 187.
(4) Grand dictionnaire des sciences médicales, t. VI, p. 69.
(5) Dissertation sur la vaccine, 1804. Dans une note de la page 14.
694 SYPHILIS EX VACCINA.
fois on ne parvient pas à calmer des inquiétudes, à dissiper des préventions qui augmentent au contraire do jour en jour dans le public?
Que de choses à trouver, que de points à éclaircir, que d'erreurs à dissiper, que d'écueils à éviter pour que la vaccine sorlc triomphante de ces épreuves, pour qu'elle conserve! — qu'ai-je dit? — pour qu'elle recouvre tout son prestige! Ses destinées officielles reposent presque entièrement sur un homme dont la loyauté, le talent, l'activité et le courage ne suffisent pas à cette tâche immense.
Gomment le public pourrait-il être rassuré? Des cas de transmission de syphilis sont arrivés à la suite de vaccinations faites à l'Académie même, un jour où le Directeur de la vaccine « avait été pris à l'improviste et retenu par un devoir impérieux de la profession, par une femme qui était en danger, » et où « les inoculations furent faites par un employé de l'Académie. »
C'est raide! comme on dit aujourd'hui.
Quoi ! Il y a deux mille médecins à Paris, dont plusieurs manquent d'occupation et qui tous brûlent d'ardeur pour la science, et c'est un employé qui vaccine! Nous demandons vite une réforme mille fois plus urgente que des expérimentations sur la génisse.
Qu'on s'inspire de l'exemple de l'ancien Comité de vaccine. Ce Comité était composé à sa fondation de seize membres, tous zélés, tous actifs, tous ardents. C'étaient les Thouret, les Corvisart^les Pinel, les Leroux, les Hallé. les Huzard, les Guillotin, les Salmade, les Parfait, les Delaroche, les Marin, les Jadclot, les Delasteyrie, les Doullin Dubreuil, les Mongenot, les Husson. Leurs successeurs furent dignes d'eux. Ces hommes avaient fait grande la vaccine. Qu'estelle devenue?
L'honorable Président nous apprenait en montant au fauteuil que l'Académie avait pour mission de « modérer le Progrès. » Nous voudrions, nous, qu'on lui donnât des ailes.
DOCUMENTS A L'APPUI
'■>' siiruE.
Fragments rétrospectifs sur la vaccine.
Le chevalier Jean deCarro, qui a le premier pratiqué la vaccination en Europe et qui l'a introduite en Asie, publiait chaque année à Prague, en langue française, et à Munich, pendant qu'il était médecin des Eaux de Carlsbad, un opuscule intitulé : almanacii de CARLSBAD, ou Mélanges médicaux scientifiques et littéraires relatifs à ces Thermes et au Pays, etc.
Cet opuscule est fort rare, surtout en France. Le seul exemplaire que nous connaissions appartient à M. Ferdinand Denis, le savant Administrateur de la Bibliothèque Sainte- Geneviève, qui a eu l'obligeance de nous le signaler et de nous le communiquer.
Nous empruntons à I'almanach de carlsbad, de 1833, le Mémoire suivant qui offre un grand intérêt d'actualité,
DU JAVART PRÉSERVATIF TROUVÉ EN BOHÊME
Sa description et ses rapports avec le cow-pox et la petite vérole, par M. C.-G. Kahlert, Docteur en médecine et Professeur-suppléant d'art vétérinaire, à l'Université de Prague. (Traduit de l'allemand.)
Parmi les maladies des animaux domestiques et mammifères auxquelles les médecins ont donné, de nos jours, le plus d'attention, vu leurs rapports avec celles de l'homme, on doit mettre en première ligne ce mal du cheval que les Anglais nomment le grease (1).
Cette maladie éruptive de son talon fournit une lymphe qui, portée par hasard où à dessein sur le pis de la vache, y produit le cow-pox, dont l'immortel Jenner sut tirer l'antidote contre la petite vérole, prodige qu'après une série d'Observations et d'Expériences il révéla, en 1798, à l'humanité étonnée et reconnaissante.
Il s'en faut de beaucoup, comme lui et d'autres l'ont observé, que toute éruption, croûte ou ulcère du pied du cheval soit le grease, attendu que de semblables affections (2) sont souvent causées par de simples lésions, contusions, frottements, ainsi que par des engelures, la malpropreté, etc.
Le vrai grease est tout à la fois symptôme et produit d'une affection interne et, générale de l'organisme du cheval. Il est apparenté aux aphthes et au fourchet des animaux ruminants; c'est une affection métastatique, causée par un état fébrile antérieur, qui forme un dépôt critique au pied du cheval, ainsi que dans les maladies précitées des ruminants ; elle cause des aphthes dans la bouche (3) et des vésicules dans leurs pieds fourchus.
(1) Nous appelons grease pustuleux la maladie vaccinogène du cheval, qui est bien distincte, à notre avis, de la variole et que M. H. Bouley a fait connaître sous le nom de horse-pox.
(2) Des affections semblables sont connues dans l'espèce humaine et décrites par les dermatologistes sous les noms d'eczéma des épiciers, d'eczéma des cuisinières, etc.
(3) M. H. Bouley a démontre, le premier, qu'une des manifestations du grease pustuleux consistait en des aphthes dans la bouche. Il a inoculé la matière de ces aphthes aux pis des vaches et il a produit le cow-pox. Ce dernier a été inoculé à des enfants par M. Marchant, médecin à l'École d'Alfort.
M. Mathieu a imaginé un procédé aussi simple qu'ingénieux de communiquer le grease pustuleux à un cheval en lui frictionnant les gencives avec les doigts mouillés par un mélange de salive et de sérosité virulente. C'est du reste ce qu'avait proposé de faire, en 1806, sur l'homme adulte ou enfant, un médecin polonais, du nom de Polonus, qui dit dans une brochure imprimée à Metz : « La vaccination agirait avec un plus grand succès,-si la vaccine pouvait être introduite par le contact sur des vaisseaux absorbants sans l'aire de plaie. » Nous avons nous-même rassemblé un certain nombre de cas d'enfants qui, à la suite de la vaccine, ont eu des aphthes dans la bouche. A l'origine de la vaccine, les détracteurs de cette grande découverte'étaient friands de faits de ce genre.
C9G DU JAVART PRÉSERVATIF TROUVÉ EN BOHÈME
Ces trois maladies, particulières aux animaux domestiquesqueje viens d'indiquer, sont nommées par le savant vétérinaire Veith (de Vienne), fièvre aphtheuse et me' tasta tique (HA.NDBUCH der veterin arkiinriî il. Theil), dénomination dans laquelle on range l'éruption du pis (déjà signalée par Jenner, comme différente du cow-pox), le cow-pox luimême et l'ophlhalmie épizootique.
La douille affection morbide du pied du cheval était si imparfaitement distinguée, si souvent prise l'une pour l'autre, considérée par quelques-uns comme le même mal, il advint que chaque croûte, chaque ulcère, chaque suintement, observé aux pieds des chevaux, fut inoculé, et que le vrai grease lui-même le fut souvent dans son état pur i forme, c'est-à-dire trop tard.
C'est ce manque d'attention qui fit échouer tant d'expériences tentées pour produire le cow-pox par l'insertion du grease dans le pis de la vache.
Au lieu de pustules caractéristiques par leur forme et leur marche, on n'en obtint que d'irrégulières, qui se séchèrent et tombèrent promptement, sans autre résultat que celui de laisser des doutes sur l'identité du grease et du cow-pox, proclamée par Jenner et par d'autres.
La plupart des praticiens uniquement occupés de médecine humaine, connaissant peu les maladies exanthématiques des animaux, les divers essais faits avec ces matières morbides n'eurent pas les résultats espérés, vu que, par exemple, pour régénérer la vaccine, on se servit souvent d'une variété d'éruptions, aperçues sur le pis ou les trayons des vaches, qu'on prit à tort pour le vrai cow-pox (1).
Cette matière, communiquée à d'autres vaches, et même à des enfants, produisit des pustules irrégulières, qu'on propagea, et qui détruisirent les espérances que ces essais avaient iait naître.
Strictement parlant, on doit nommer paronychia equi erysipelatosa serosa, et en allemand mauke, la maladie qui nous occupe, formant enflure au pied du cheval (au paturon et parties adjacentes), se manifestant petit à petit par une inflammation érysipélateuse, consécutive à une affection fébrile de tout l'organisme. Ce mal s'aperçoit plus aisément dans les chevaux à pieds blancs, qui, ainsi que la rougeur observée chez l'homme, disparaît par la pression du doigt, pour bientôt reparaître, indique plus de tension et de chaleur que le reste du corps; cause à l'animal malade une douleur manifeste, quelque légèrement qu'on passe la main sur ses poils ; le gêne dans ses mouvements, enroidit l'articulation et !e fait boiter.
Enfin, il suinte de la partie affectée, principalement sur la partie postérieure du paturon, un fluide clair, jaunâtre, d'une odeur spécifique, qui, exposé à l'air, devient visqueux, agglutine les poils et finit par former des ulcères humides plus ou moins larges. N
C'est l'ulcère produit par cette affection fébrile, que Viborg, à cause de son identité préservatrice avec le cow-pox, nomme en allemand schutzmauke, et que, par son analogie avec la vaccine, on peut d'autant mieux nommer ëquin préservatif, que cet équin produit une vraie vaccine antivariolique.
Les Allemands nomment cet écoulement lymphatique non-seulement mauke, maisoffene beine, et quelquefois schale; les Français le nomment eaux-aux-jambes, peignes, javart simple; les Italiens, giavardo, chiavardo; les Anglais, the grease ou greasy heels.
On conçoit donc que, pour réussir, il ne faut jamais inoculer cet équin, lorsque le mal a pris une forme chronique {paronychia equi herpetica, chronica), lequel mal, négligé et empiré par diverses causes externes, devient incurable.
Vu l'aspect hérissé que prennent les poils du paturon, les Allemands ont nommé ce mal, dans son état avancé, straubfuss ou igelsfuss (pied de hérisson), parce que la matière visqueuse et puante, qui en suinte, agglutine les poils et les forme en mèches hérissées, qui rendent très-difforme le pied déjà enflé et œdémateux de l'animal.
Ce mal empire et entraine graduellement une désorganisation presque toujours incurable du pied du cheval.
Dansje cours de mes vaccinations, souvent contrarié par l'inertie d'un vaccin conservé trop longtemps, je ne cessai d'en désirer du frais, tiré du cheval ou de la vache, et de constater la théorie de Jenner, que plusieurs médecins rejetèrentpar l'unique raison
(1) Plusieurs fois nous avons été avisés, M. Mathieu et moi, de la prétendue existence du cow-pox sur des vaches aux environs de Paris. Des médecins, nous disait-on, avaient même vacciné des enfants avec le produit séro-purulent de ce prétendu cow-pox. Nous ne trouvions que des pustules d'impétigo ou d'acné, affections fort communes chez les vaches qui ont récemment vêlé, ou dont les trayons sont irrités par l'action de traire.
On comprend de quels avantages ont pu être des vaccinations si bien instituées !
DU JAVART PRÉSERVATIF TROUVÉ EN BOHÈME