A M. G. GASKOIN, SURGEON, ETC. (LONDON
Paris, le 29 novembre 1867.
Cher Confrère et ami,
Ne vous excusez pas de votre indolence ; je suis votre maître passé en ce genre. J'ai pourtant une justification : c'est que je voulais vous écrire longuement, et puis, le temps a marché.
Je vous remercie d'abord infiniment de votre lettre et de vos articles ; ils sont intéressants on ne peut plus.
Un jeune imprimeur que j'estime, M. Paul Butât, ira à Londres au commencement de janvier prochain; Il vous portera quelques documents sur l'histoire de la syphilis. Je tâcherai d'y joindre une copie de Dias de Islaet de Villalobos.
Il se chargera aussi, pour vous en épargner le souci, de prendre quelques livres sur la vaccine dans la librairie dont vous avez eu la bonté de m'envoyer le catalogue.
La syphilisation pour percer trouve maints obstacles dont sont exemptes d'autres découvertes : 1° la nalure d'un sujet que beaucoup de gens prudes et prudents ne veulent pas regarder en face. On ne se vante pas volontiers d'avoir eu recours a cette méthode. On peut craindre, en la protégeant, d'être soupçonné d'y avoir eu recours; 2° comparée à celle de la vaccine, par exemple, l'application de la syphilisation est d'une longueur rebutante; 3° comparée aux médicaments ordinaires telles que les préparations mercurielles, elle offre beaucoup plus d'embarras. Il est si simple pour le praticien de prescrire des pilules, par exemple, et pour le malade, de les absorber!
D'un autre côté, la syphilisation a des avantages : 1° les charlatans n'iront jamais s'y frotter; 2° elle ne peut devenir l'objet que d'une pratique spéciale.
Si la langue anglaise m'était plus familière, je ne manquerais pas de faire un voyage en Angleterre et môme aux États-Unis, quoique la clientèle soit un motif pour moi de rester à Paris.
J'ai reçu de MM. Curgenven et Drysdale le programme d'une Association for the prévention of contagion OF VENERÈAL diseases. Cette Association parviendra-t-elle à rendre des services clans le sens de l'objet qui nous occupe?
M. Curgenven m'a envoyé, en outre, la réimpression d'un intéressant opuscule de Jenner.
Je vous remercie bien de tous les détails intimes que vous me donnez sur votre existence, et je serai toujours heureux de correspondre avec vous. Bien à vous confraternellement et amicalement.
Monsieur,