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COMMUNICATIONS FAITES A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Il y a pour les lysses ou vésicules rabiques, comme pour la vaccine, une tradition populaire, répandue dans plusieurs pays situés à de grandes distances les uns des autres et notamment dans l'Ukraine, dans l'Esthonie et dans la Grèce (1).

Les paysans de l'Ukraine et de l'Esthonie sont les fermiers du Holstein et du Gloucesler...

Les Salger (2), les Jesty (3), les Sutton et Fewster (4), les Faust (5), les Nash (0), s'appellent Heysham (2), Joënnis (3), Etmûller et Ideler (4), Baumbach (5), Magistel (6).

Que manque-t-il pour que le parallèle soit achevé et la découverte tout à fait confirmée? Un Jenner et des Anglais, un grand homme et une grande nation. Si M. H. Bouley veut être le grand homme, la grande nation est toute trouvée.

Deux choses fort différentes sont à prendre en considération à propos des lysses : existent-elles (7) ? leur cautérisation prévient-elle la rage ? On s'est beaucoup occupé de la seconde chose, qui paraissait la plus importante et la plus difficile à vérifier, mais on a un peu négligé la première, qui était la plus vraie» Jusqu'à quel point cette conduite a-t-elle contribué à égarer l'opinion des médecins et des vétérinaires? Le fait est que le nombre des observateurs qui ont vu les lysses dépasse le nombre de ceux qui sont parvenus à prévenir la rage en les cautérisant (8)

(1) Lettre du professeur Koreff à M. le baron DupuyWen sur la découverte de M. %larochetti concernant la rage, dans le t. XIX du Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, 74e cahier, août 1824, p. 161 et suiv.

(2) Salger publie en 1713 le de lue vaccarum, et Heysham en 1777 le de rabie CA- NINA, où il parle d'une glande pleine de virus située sous la langue.

(3) Benjamin Jesty est un fermier anglais qui, s'appuyant sur une tradition populaire* vaccine sa famille et plusieurs de sa contrée.

Saare Joënnis est un paysan du district de Juisley/en Esthonie, qui cautérise les morsures rabiques et les lysses de plusieurs paysansi

(4) Observateurs scientifiques, les uns de la vaccine* et les autres des lysses.

(5) L'un a inoculé avec succès la vaccine et écrit un Mémoire ; l'autre a ouvert et nettoyé avec succès des lysses et a également écrit un Mémoire.

(6) L'un a fait un Mémoire très-savant et fort pratique sur la vaccine ; l'autre a vu et a décrit les lysses, qu'il divise notamment en cristallines et en opaques (vésicules et pustules).

(7) J.-B. Porta, dans le chap. il du liv. III de phytognomica , intitulé : herbas et animalia, qux damna, eadem remédia prestaret désigne ainsi les lysses : vermis qui sub linguarabidi canis invenitur.

(8) Koreff, loco citato, p. 168.

Magistel, mémoire sur l'hydropHobie, Paris, 1824. Magistel a-t-il bien vu et cautérisé toutes les lysses de ses malades? N'y en avait-il pas de profondes et d'inaccessibles? Il signale lui-même la .difficulté de rechercher les lysses et la difficulté plus grande de les cautériser toutes avant leur rupture. La mort vient bientôt mettre un terme aux angoisses du patient et aux embarras du médecin.

Sans vouloir ici traiter à fond une question de la plus haute importance, ne puis-je pas rappeler que, dans toutes les maladies virulentes, le virus a un foyer où il se rassemble dans un moment donné'/ Or il est rationnel de penser que le foyer du virus rabique est une production spéciale qui siège au voisinage de l'endroit d'où découle ordinairement la contagion. C'est le quartier général du virus.

Ce n'est pas que le virus rabique ne puisse se rassembler ailleurs que sous la langue, pas plus que les vésico-pustules greasiennes n'apparaissent toujours et exclusivement au talon. Karamsin a parlé, à la Société de Moscou, le 9 février 1812 (1), d'un vieillard qui avait montré et ouvert des lysses au-dessus et sur les côtés de la langue. M. Urban a observé souvent, dans la morsure ou à son pourtour, une tumeur entourée d'un cercle rouge et couverte de plusieurs phlyctènes (2). Ne doit-on pas lire : plusieurs lysses ? Magistel a constaté positivement des lysses dans le voisinage de morsures qui siégeaient à l'oreille, à la lèvre et à la tempe. Ne sont-ce pas des lysses que M. Piorry a observées sur le poignet d'une femme, à l'endroit même d'une morsure canine (3)V II se serait, dans ces divers cas, produit exceptionnellement pour le virus rabique ce qui se passe régulièrement pour d'autres virus, tels que ceux de la syphilis et de la variole, à savoir : que la première manifestation affecte le siège de l'inoculation. Je devrais même peut-être dire que le virus rabique rentre plutôt encore dans la règle que dans l'exception; car s'il ne se montre pas ordinairement des lysses au siège de la morsure, toujours est-il qu'il s'y manifeste fort souvent, comme pour les représenter, des tiraillements, des douleurs, des déchirures de la cicatrice, avec suintement d'une sérosité brune, vraisemblablement identique à la matière des lysses. Il paraîtrait aussi qu'il en part quelquefois aussi une sorte à'aura rabida.

J'ai eu mardi dernier avec un savant professeur d'Alfort une conversation sur la recherche des lysses.

Je ne crois pas, m'a dit ce professeur, à Vexistence des lysses. D'ailleurs, nous avons précisément à Alfort un chien 7nort de la rage, sur lequel je vous invite à venir les découvrir.

C'est absolument comme si l'on me proposait d'aller chercher des prunes sur un arbre au mois de janvier.

Pourquoi en effet ne découvre-t-on pas les lysses? Parce qu'on les cherche sur l'arbre lorsqu'elles sont tombées. Tous les observateurs en signalent l'existence éphémère avant l'accès de rage et ils ajoutent (Magistel, p. 42) qu'elles s'ouvrent avec une facilité inconcevable et qu'il s'écoule alors (p. 23) une humeur blanche, gluante. On comprend aisément que, quand un homme ou un animal est mort de la rage, il y a longtemps déjà que les lysses ont été rompues et

(1) Gazette de Pétersbourg, 14 août 1823, no 65. Koreff, loco citato, p. 166 et 167.

(2) Acutorum morborum, t. I, 1. 3. J'emprunte cette citation à M. Piorry (Courrier médical du 17 octobre 1863). Consultez aussi le Dictionnaire d'Hurtrel d'Arboval, t. IV, p. 31 (1828).

(3) Journal du Progrés, t. II, p. 44. Académie de médecine, séance du 13 octobre 1863. Courrier médical du 17 octobre 1863. Cette communication de M. Piorry mérite d'être méditée.

En 1820, Trolliet (de Lyon) écrit un volume de 380 pages sur la rage. Il ignore même qu'il ait été jamais fait mention des lysses dont il ne parle pas, et pourtant je lis clans une de ses Observations (p. 60), qu'un sujet qui devint hydrophobe, le 27 juin, avait eu des aphthes dans la bouche le 25 et les attribuait a ce que les abeilles avaient recueilli sur des fleurs de sorbier le miel qu'on lui avait fait prendre.

effacées. C'est leur contenu qui, entraîné par la salive, rond cette dernière virulente. Dans la salive, le virus est donc mitigé par une dilution. 11 est plus pur et plus énergique dans les lysses mômes. Qui sait si ce n'est pas là qu'on ira prendre un jour ce virus puissant pour lui faire remplir un rôle thérapeutique ?

Je crois encore qu'à l'égard des lysses les médecins s'en sont trop rapportés aux vétérinaires et ceux-ci trop aux médecins. Si l'on en juge par là question de l'origine du vaccin, cet excès de confiance et d'accord réciproques n'est pas le plus sûr indice des vrais progrès de la science.

Mais où et comment faut-il donc chercher les lysses? Le voici :

A. — Chez l'homme. On examinera plusieurs fois par jour et soigneusement la bouche, le pharynx, le larynx, etc. (pharyngoscopie, laryngoscopie, etc.), surtout aux époques qui précèdent le moment qu'on présume pouvoir être fatal.

B. — Chez les animaux. 1° On fera chez eux le même examen (chloroforme, occision opportune, etc.).

2° On leur inoculera la rage par le procédé des frictions virulentes sur les muqueuses que nous avons employé, M. Mathieu et moi, pour l'inoculation du grease. Il n'est pas besoin de dire que l'opérateur aura la prudence de faire ces frictions soit à l'aide d'une touffe de linge, soit au moyen d'un pinceau. Il choisira de préférence les muqueuses anale et génitale, parce qu'elles sont éloi- . gnées des dents. Il n'exceptera pas toutefois d'une manière absolue la muqueuse buccale, dont l'examen n'est pas impossible (chloroforme, occision). Nul doute qu'on ne vît ainsi paraître des lysses à un moment donné sur ces diverses muqueuses. Peut-être pourrait-on aussi recourir à des inoculations pratiquées par des piqûres sur des parties de peau très-douces de jeunes animaux

Mais j'oubliais que le moment n'est pas encore venu de livrer aux flots de l'opinion ma cargaison d'idées sur les virus. J'atten drai une mer plus calme, moins infestée de pirates, et un vent plus propice. La syphilisalion sera ma boussole.

(Courrier médical du 22 avril 1864.)

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