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TOUS MOURURENT DELA RAGE

Jamais résultat plus concluant n'a été publié sur les lysses. Commentée trait de lumière a-t-il été mis à néant?

Autre texte: «A l'École royale vétérinaire de Lyon (procès-verbal de 1823), on a observé des pustules aux côtés du frein de la langue, sur deux chiens, savoir: sur l'un, deux pustules qui se montrèrent du troisième au quatrième jour, et sur l'autre, qui ne fut amené à l'École qu'après l'ouverture spontanée des pustules, quelques heures avant sa mort, on a vu sur le côté gauche du frein de la langue deux petites ulcérations à bords légèrement élevés. » (Hurtrel d'Arboval.)

« On a », dit le même narrateur, « ouvert avec la lancette les pustules souslinguales du premier des deux chiens que nous avons cités, et la sérosité mêlée de sang qu'on retira fut introduite sous l'épidémie de la langue d'un autre chien en état de santé, qui n'a pas, pour cela, cessé de jouir de cet état. » (Hurtrel d'Arboval).

Mais savons-nous si tous les chiens sont susceptibles de contracter la rage? Non, quoique cela soit probable. Savons-nous davantage si les lysses sont également virulentes à toutes leurs époques? Nous n'en savons rien. De plus, une seule Expérience négative n'est guère probante étant faite sur un organe si mal choisi, si mal placé ! Quelles peuvent être les garanties d'une inoculation unique pratiquée sous la muqueuse de la langue, si fragile, si abreuvée de sucs, si balayée. Ajoutez à cela que l'examen de la cavité buccale est beaucoup plus difficile que celui d'autres parties, et qu'il peut même devenir dangereux!

(1) Traité de i/auscultation médiate, etc., 4e édition, 1837, t. I, p. 304.

Les auteurs de cette Expérience auraient donc pu être mieux inspirés. Ils ont évidemment cédé à la préoccupation des médecins qui s'imaginaient que, pour réussir dans l'insertion delà syphilis, il fallait s'attaquer aux parties génitales; ou bien de ceux dont la pensée était de même, que l'inoculation de la peste devait se faire à la région inguinale, siège de prédilection des bubons. Us ont, en conséquence, tenté l'insertion rabique à la région sous-iinguale, qui est la place habituelle des lysses. Ne devaient-ils pas, au contraire, choisir pour cette opération une partie très-accessible et glabre de la peau, où ils auraient pu facilement constater les résultats. Ils auraient dû aussi sentir la nécessité de répéter plusieurs fois et de varier les expériences. Ne faut-il pas s'entourer de précautions infinies et multiplier les témoignages négatifs, surtout quand il s'agit d'un phénomène aussi difficile à reproduire qu'à bien constater.

En 1826, on a observé à Alfort, sur les cadavres de deux chiens qui ont succombé en présentant les symptômes de la rage, « deux petites érosions de forme ovoïde, placées une de chaque côté du frein de la langue et ne paraissant intéresser que la couche mince d'épiderme qui recouvre la muqueuse. » (Hurtrel d'Arboval.)

Le 30 août 1827, M. J. Cloquet, maître dont chacun prend plaisir à prononcer le nom, rapporte, à l'Académie de médecine (section de chirurgie), l'histoire et l'autopsie d'une femme qui venait de mourir hydrophobe à la suite de la morsure d'un chien enragé. Entre autres détails, M. Cloquet dit simplement : « A l'ouverture du cadavre, on trouva une très-petite pustule sous la partie gauche de la langue. » N'est-ce pas un exemple exceptionnel de lysse posthume (1)? Je le mets à l'actif, fort réduit, des chercheurs opiniâtres de la dernière heure.

La grande majorité des lysses observées (on a pu en faire la remarque), siégeaient au côté gauche de la face inférieure de la langue. Est-ce l'effet du hasard, ou bien la physiologie pathologique donnera-t-elle un jour l'explication de ce phénomène singulier? Il faut ajouter que la plupart des morsures avaient aussi pour siège le côté gauche (2).

A dater de ce moment, la notion des lysses est devenue confuse. Si, de loin en loin, des observateurs isolés en font encore mention, leur voix n'est pas écoutée. ■

Ainsi, en 1835, Maillet, chef de clinique à Alfort, écrit les lignes suivantes en publiant les détails de l'autopsie d'un chien enragé :

« Du côté droit de la face inférieure de la langue, depuis un pouce en arrière du frein jusqu'à un demi-pouce de l'extrémité libre, on remarquait près du plan médian huit ulcérations très-superficielles et de diverses grandeurs; les plus larges, qui étaient les plus postérieures, au nombre de deux, avaient le diamètre d'une lentille, et leurs bords, légèrement proéminents, étaient entourés d'une aréole rougeâtre; ces ulcérations, comme toutes celles que je vais décrire, ne semblaient intéresser que l'épithélium de la langue. Il n'y avait point d'injection des capillaires situés au delà de l'aréole. Les autres ulcères

(1) Journal général de médecine, octobre 1827, p. 135.

(2) Dans l'attitude défensive, nous présentons le côté gauche, en nous faisant un bouclier du bras gauche. Le côté gauche est ainsi plus exposé aux morsures.

Les premières traces de syphilides naissent d'ordinaire du côté et autour de l'endroit contaminé. On voit souvent des papules s'élever dans les environs du sein d'une nourrice, alors que les autres parties de la peau semblent encore intactes.

L'analogie est un admirable instrument de recherches 1 On voit plus distinctement tous les virus à la fois qu'un seul 1 Le tout est plus apparent que la partiel

de la largeur d'une tête d'épingle et même moins, avaient une forme assez irrégulière. Les uns étaient allongés d'avant en arrière, d'autres étaient arrondis; leurs bords, peu saillants, n'étaient point dentelés; aucun d'eux n'était bordé d'une aréole. Par la pression latérale, on faisait suinter de chaque ulcération une très-petite gouttelette d'une sérosité incolore, en trop petite quantité pour pouvoir servira des expériences d'inoculation. J'ai remarqué aussi une petite vésicule miliaire, transparente, à parois non ulcérées; cette vésicule s'est affaissée très-promplement.

« Du côté gauche il existait, un peu en arrière du frein de la langue, au milieu d'une tache rougeàtre, quatre ulcérations un peu moins larges, mais du reste ayant les mêmes caractères que celles correspondantes du côté droit (1).»

Renault et Delafond assistaient à cette autopsie, dit Maillet. Et il fit bien de le dire, car ce n'est pas Renault ni Delafond qui se sont empressés de nous l'apprendre. Ils n'ont pas discontinué de se taire.

Peut-être, cependant, Renault y faisait-il allusion dans la séance de l'Académie de médecine du 4 avril 1843, quand il déclarait, de concert avec Dupuy, qu'il n'avait vu qu'une seule fois les vésicules sublinguales signalées par Marochetti.

Il les avait vues ! — une seule fois! — D'accord, mais enfin il les avait vues!

Quelle prévenLion pesait sur l'esprit distingué de Renault pour que, ayant été le témoin d'un fait aussi important, il n'ait pas voulu l'éclaircir, il n'ait point essayé d'en pénétrer la signification.

Ainsi, c'est bien décidé : dorénavant, il ne doit plus être question des lysses que pour les rejeter. Et s'il le faut, les esprits forts de la science abreuveront d'ironie ou poursuivront de leurs sarcasmes ces âmes à la fois « tourmentées » et crédules qui recherchent les paradoxes et qui «semblent possédées d'une horreur instinctive pour les chemins battus (2). » (Textuel.)

On en a donc fini avec les lysses. »

Les meilleures choses et les plus vraies ont leurs mauvais jours. Les semences fécondes sont] d'abord étouffées. — Mais un jour elles se relèvent, et ce qui, la veille, était l'erreur, le lendemain, entouré d'une auréole, reprend l'éclat de la vérité.

L'histoire et l'analogie m'éclairant l'esprit, m'ont conduit à admettre l'existence des lysses. D'un côté, il me paraissait invraisemblable que des observateurs de différents temps et de divers lieux eussent annoncé comme à l'envi un phénomème imaginaire'. D'un autre côté, je ne trouvais pas en harmonie avec l'uniformité des plans de la nature qu'une maladie fréquemment inoculée par la dent des animaux dérogeât d'une façon si singulière à la règle des autres maladies inoculables.

J'ai été amené ainsi à rechercher des lysses; puis, j'ai convié les autres à des investigations queje ne pouvais poursuivre moi-même.

Grâce surtout aux soins de M. Mathieu et de ses fils, je suis parvenu à découvrir sous la langue des chiens et ailleurs soit des exulcérations régulières, soit même de petites vésicules. -Ce n'est point le cas d'en parler plus longuement.

Ensuite, j'ai apporté à l'Académie une langue surmontée d'une lysse, que chacun ici môme a pu voir de ses yeux. Cette langue m'avait été procurée par un élève d'Alfort, aujourd'hui vétérinaire à Dijon, M. Henry, dont ma plume, reconnaissante mais discrète, a réservé le nom jusqu'à présent.

(1) Dans e recueil de médecine vétérinaire pratique, année 1835, p. 73 à 78.

(2) Montpellier médical (article de M. Jaumes), mars 1867, n° 3, p. 255. Voltaire dit que les voyageurs des grandes routes jettent des pierres sur ceux qui suivent les chemins de traverse. Jetez-moi donc des pierres, Monsieur Jaumes 1 Et sans rancune!

L' Académie a désigné une Commission pour examiner celte lysse; mais celleci (je parle de la lysse) n'a duré que ce que durent les lysses. Elle s'est vite affaissée, ou peut-être l'enveloppe s'en est-elle rompue par accident. En un mot, elle a disparu d'une façon soudaine entre les mains de l'honorable M. Leblanc, nommé commissaire. La science attend de lui les derniers détails.

L'année passée, M. Peuch, chef de service à l'École vétérinaire de Lyon, a découvert des lysses, au nombre de sept, à la langue d'un chien mort de la rage. Il les décrit fort bien et il annonce de nouveaux faits (l); mais peu s'en faut qu'il ne fasse amende honorable du témoignage de ses sens devant le tribunal de l'opinion commune. M. Peuch, quia du talent, mérite qu'on lui enseigne moins de modestie.

Cette liste de renseignements ne saurait être close sans une mention distinguée des recherches qui ont conduit à la découverte de quatre lysses intactes sous la langue du loup enragé de la Corrèze. Selon toute vraisemblance, ces vésicules venaient de se former au moment où l'animal a été frappé du coup de la mort. Elles se seraient sans doute éteintes s'il eût vécu encore quelques heures.

L'Académie a reçu communication de ce dernier document par la bouche de M. H. Bouley (2), avec l'accent d'une noble et bienveillante franchise dont je me suis senti pénétré. Ce chef aimé de la médecine vétérinaire a promis, en outre, de provoquer de nouvelles enquêtes dans les Écoles.

Le sort d'une vérité longtemps méconnue reposera désormais en de meilleures mains que les miennes.

Le principe de la rage ne se communique pas par l'atmosphère; donc il n'y aurait rien à craindre du virus si celui-ci avait séjourné quelque temps en dehors d'un organisme; donc encore, il est vraisemblable qu'il séjourne longtemps sur le chien, sous une forme ou sous une autre; donc enfin, il est probable qu'on trouvera ce principe sous une forme assez bénigne (représentant le chancre) pour qu'on puisse s'en servir curativement. Quand un chien qui devient enragé a déjà un certain âge (indéterminé), ne faut-il pas éloigner l'idée d'hérédité V

En général la durée d'une maladie est en raison directe de la durée de son incubation. La rage, comme la syphilis peut donc avoir une durée très-grande. Peut-être est-elle, comme elle, tantôt latente ou en puissance, tantôt évidente ou en action. En tenant compte de tous les cas de latence, la rage serait beaucoup plus fréquente qu'on ne croit et cela sans qu'il soit besoin de supposer qu'elle naisse spontanément.

Dans un Mémoire communiqué à la Société de médecine vétérinaire M. Mathieu cite le fait suivant, à propos duquel il n'a pas pu donner de détails plus précis.

Un lévrier de Syrie, dont le propriétaire habite Ville-d'Avray, est mordu par un petit chien à la fin du mois de juin de l'année 1836. Il couvre sa femelle au commencement de juillet; celle-ci met bas au commencement de septembre et quatre jeunes chiens sont gardés.

(1) Journal de médecine vétérinaire de lyon, juillet et août 1817, p. 343.

(2) Séance du 14 avril 1868, et ci-dessus, p. 757.

Au commencement d'octobre, deux de ces petits sont donnés, l'un à un voisin, et l'autre à un habitant de l'Orléanais. Le 8 octobre le lévrier de Syrie éprouve des symptômes de rage ; il mord sa femelle et les deux petits restant. Par prudence on sacrifie ces trois victimes le 10 octobre. Le 12 le même sort est subi par le petit donné au voisin.

Il ne restait plus que le jeune chien envoyé aux environs d'Orléans. Qu'allaitil devenir? Il mourut bientôt d'une rage en apparence spontanée.

Ainsi un père au commencement de la période d'incubation de la rage, aurait transmis ce mal à un de ses petits? — Or, pour le transmettre, il fallait qu'il l'eût ; que dis-je, il fallait que le principe en eût pénétré déjà dans le sperme.

M. Mathieu parle dans le même Mémoire de vaches qui avortent pendant la période d'incubation de la rage. Est-ce parce que le virus ou la maladie agissent sourdement, sollicitent des contractions expulsives de l'utérus? ou bien est-ce parce que le produit est déjà malade? Est-ce pour ces deux causes en même temps ou par d'autres ?

Je ne veux pas me laisser emporter ici à parler de la syphilis. Les analogies, les hypothèses, les probabilités se pressent dans mon esprit. Quel génie pourra explorer ce monde inconnu, sonder cet abîme d'incertitudes ? Car il ne s'agit pas ici de suivre les faits pas à pas ; il faut les prévoir, les devancer, les faire naître, en saisir et en conbiner les lois.

La science est à ce prix; les faits en sont à peine la charpente.

7 mars 1866. — J'ai écouté toute la matinée l'aboiement d'un chien enragé; il s'agit de le décrire.

Voici son caractère matériel : il est plus sourd, plus rond, moins long, moins articulé que le cri ordinaire ; il y a des hiatus.

Voici ce qu'on croirait: l'air expiré rencontre une glotte qui ne réagit qu'incomplètement ou qui ne réagit aucunement sur lui. Il est donc poussé en deux ou trois saccades dont les jonctions ou les articulations sont arrondies et non espacées. On dirait que les ondées vonts'élargissant, et s'arrêtent tout à coup; quelque fois pourtant il y en a une ou deux dernières qui vont en diminuant.

Peut-être aussi le son n'est-il pas modifié dans la bouche malade comme il devrait l'être.

Quand le chien bien portant aboie, il jette des cris séparés qui doivent avoir une signification pour les autres chiens; le chien enragé pousse un roucoulement, un soupir tout d'une pièce, et dont il n'est pas maître. Le chien enragé jappe plutôt qu'il n'aboie; il glapit plutôt qu'il ne jappe.

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