EN COLLABORATION AVEC M. MATHIEU
DE LA PÉRIPNEUMONIE ÉPIZOOTIQUE (1).
Parmi les importantes questions qui*se rattachent à la science médicale, il en est peu qui, depuis une quinzaine d'années, aient eu le privilège de fixer l'attention du monde vétérinaire à un aussi haut degré que Vinoculation du virus produit de la péripneumonie contagieuse, comme moyen prophylactique de cette redoutable et ruineuse affection.
Il serait aussi superflu de développer cette proposition dans cette enceinte qu'il le serait d'y faire l'historique de la découverte du docteur Willems, des nombreux essais auxquels elle a donné lieu et des opinions, diverses qui ont été émises sur la valeur prophylactique de cette inoculation.
Il était dans l'ordre naturel des choses médicales qu'un fait aussi important déterminât une émotion très-vive, que la doctrine nouvelle subît le contrôle de l'expérimentation, que celle-ci parfois irrationnellement dirigée donnât des résultats différents, et que deux camps se formassent, l'un des partisans, l'autre des adversaires de la nouvelle doctrine. L'auteur lui-même ne pouvait manquer d'être en butte à des attaques parfois injustes et passionnées. Il eût été vraiment trop heureux, lui, l'initiateur d'une idée féconde, s'il eût échappé à l'injustice de ses contemporains, de ceux auxquels devait profiter sa découverte.
L'enfantement d'une idée ne s'accomplit jamais sans douleur; il y a toujours des larmes dans son berceau !
L'heure de la justice semble cependant avoir sonné pour le médecin de Hasselt: le dernier Rapport de la commission'belge est non-seulement favorable à la pratique de l'inoculation prophylactique de la péripneumonie contagieuse, mais il résout, en faveur de M. Willems, la question de priorité de cette importante découverte. Disons cependant qu'en 1800 Odier (de Genève), écrivait: « Qui sait cependant si la pulmonie qui fait tant de ravages parmi les bêtes à cornes ne pourrait pas être prévenue par quelque artifice semblable à la vaccination.» (Bibliothèque britannique, vol. XVI, p. 289.)
Nous avons dit que des résultats différents furent la conséquence des expériences entreprises dans le but de vérifier l'exactitude des faits avancés par le Dr Willems. Cette divergence devait fatalement exister, car l'auteur avait bien énoncé que l'inoculation était le moyen préventif de la péripneumonie contagieuse, mais il n'avait pas complètement tracé les règles selon lesquelles il fallait procéder. L'inoculation de la variole, du vaccin, de la syphilis est soumise à des règles précises, bien déterminées et desquelles il est impossible
(1) Communication faite à la Société centrale de Médecine Vétérinaire, le 10 août 1865, par M. Mathieu, au nom de M. Auzias-Turenne et au sien.
de s'écarter sous peine de faire fausse route. Il [n'en pouvait être autrement de la péripneumonie contagieuse.
Ici doivent naturellement trouver place quelques propositions fondamentales, véritables axiomes sur lesquels repose ce qu'il est nécessaire de connaître de la doctrine des virus pour comprendre l'inoculation rationnelle.
A. — L'état de virulence est toute une série de phénomènes pathologiques qui peut se transmettre, par l'inoculation, d'un animal à un autre animal, avec toute la série des manifestations morbides qui en est le cachet spécial.
B. — Il est des états de virulence qui peuvent se transmettre à plusieurs espèces. Il en est qui ne s'observent que sur une seule espèce'.
C. — Chaque affection virulente a un terrain qui lui est spécialement propre; l'homme est le terrain de la syphilis, le bœuf est celui de la péripneumonie contagieuse; cependant certaines maladies virulentes pourraient, croit-on, naître sur des terrains qui ne seraientjas les mômes; le grease pustuleux qui se développe sur le cheval pourrait aussi se manifester sur la vache; hâtonsnous d'ajouter que cette double origine n'est rien moins que rigoureusement démontrée.
D. — La manifestation spontanée d'un état quelconque de virulence n'est pas étayée sur des preuves qui, scientifiquement, puissent être considérées comme l'expression de vérités incontestables : la rage spontanée, la clavelée spontanée, le grease spontané ne sont peut-être pas plus spontanés que la variole et la syphilis.
E. — Un état de virulence étant donné, il acquiert de l'énergie par le fait d î transmissions, d'inoculations successives. Après un laps de temps indétermin i et toujours sous l'influence d'une succession d'inoculations, cet état de viru lence arrive à son maximum d'intensité ; à celui-ci succède une période dé croissante résultant de l'affaiblissement graduel de l'élément virulent, qui enfin disparaît et fait place à l'état normal.
Cette vérité, devenue banale à force d'avoir été observée et répétée, n'a par conséquent besoin d'aucune démonstration/Elle fait partie de l'histoire générait des épizooties, dont voici la marche ordinaire: au début, quelques sujets son' plus ou moins gravement affectés; puis le nombre des malades augmente. L'intensité des symptômes suit aussi une marche progressive croissante. Après un temps indéterminé, variable selon la maladie, arrive un moment où le nombre des sujets contaminés atteint son chiffre maximum et où les symptômes atteignent aussi leur summum d'intensité.
Cette seconde période, désignée en pathologie générale sous le nom de période d'état, en précède une troisième, la phase décroissante ou de déclin. Celleci est suivie du retour à l'état normal.
Telle est l'allure générale d'une épizoolie sur l'étendue du territoire où elle manifeste son influence morbide, telle est aussi son allure locale dans les divers centres d'une moindre étendue relative où elle a pénétré. Il se passe dans un milieu limité, l'écurie, l'étable, la bergerie, etc., ce qui s'observe sur une surface plus ou moins considérable sous puissance d'épizootie.
Dans cette écurie, dans cette étable, dans cette bergerie, l'état de virulence s'accroît par de successives contaminations. Il arrive à la période d'état; puis il décroît parle fait de contaminations de moins en moins énergiques. Mais si cet état de virulence, déjà très-affaibli, vient à faire irruption sur un terrain vierge, il s'y régénère et devient le nouveau pointde départ d'une nouvelle manifestation morbide qui, elle aussi, aura son début, sa période ascendante, sa période d'état et sa période de déclin. Exemple : la clavelée ou la péripnoumonie conta-
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gieuse existent à leur période de déclin dans un milieu quelconque ; un animal malade est distrait du lieu infecté et introduit dans un troupeau d'animaux sains non préalablement préservés par l'inoculation. Eh bien! l'état de virulence sous puissance duquel est l'animal contaminé va acquérir une intensité nouvelle en s'inocuiant, et la maladie épizootique contagieuse va suivre sur ce terrain nouveau une marche identique à celle qu'elle a suivie dans les milieux primitivement infectés.
F. — Une maladie virulente peut, au début de sa manifestation, revêtir chez divers sujets différents degrés d'intensité. De là le point de départ d'états de virulence forts et d'états de virulence faibles.
Ce principe, l'un des plus essentiels de la doctrine des états de virulence, est peut-être celui dont le médecin inoculateur doit le plus se pénétrer. C'est une des bases de la doctrine. C'est un phare lumineux qu'il ne faut jamais perdre de vue dans la pratique des inoculations, sous peine d'errer à l'aventure. Oui, une même maladie épizootique contagieuse donne naissance à des virus forts et à des virus faibles. L'observation ne vient-elle pas démontrer que le virus, agent spécifique de la péripneumonie, n'a pas toujours la même intensité, ne détermine pas toujours des effets identiques; que dans telle étable la maladie se manifeste sous un type des plus aigus, qu'immédiatement les symptômes y revêtent le cachet d'une haute gravité et qu'en peu de temps le drame pathologique arrive à son dénoûment toujours fatal ; que dans telle autre étable elle affecte, dès son début, une forme relativement bénigne, qu'elle est caractérisée par des symptômes sans gravité, et qu'en peu de temps le retour à l'état de santé peut être constaté?
Si nous laissons la péripneumonie contagieuse et si nous portons notre attention sur une affection très-étudiéedans ces derniers temps, le grease de Jenner et de Loy, le horse-pox de M. H. Bouley et le grease pustuleux de l'un de nous, ne trouvons-nous pas des degrés différents dans sa manière d'être chez le cheval? Et la clavelée, et la syphilis et la variole ont-elles toujours et partout le même cachet? Comment expliquer les effets si divers de l'inoculation du virus rabique chez l'homme et chez les animaux, la statistique si rassurante d'Hunter, celle non moins consolante de notre savant Secrétaire général, les cas de guérison spontanée de la rage, signalés par MM. Decroix et Rey, si vous n'admettez pas des virus forts et des virus faibles? Nous pourrions multiplier nos citations, mais nous espérons, en vous entretenant de I'inoculation du virus de la péripneumonie, arriver à la démonstration pratique de cette vérité.
Nous ne dirons rien du- manuel opératoire de l'inoculation, cette importante question ayant été savamment élucidée par Delafond et par MM. Colin et Reynal dans les séances de la Société impériale et centrale de médecine vétérinaire des 14 et 28 novembre 1861 et 9 janvier -1862.
Quant au moyen à mettre en pratique pour obtenir le liquide à inoculer aussi pur que possible, il peut se résumer à introduire verticalement par sa pointe, dans le tissu pulmonaire choisi, un petit cône creux, en verre, à paroi de 1 millimètre d'épaisseur et 8 centimètres de hauteur, de 3 centimètres de diamètre à sa base. Ce cône est criblé de petites ouvertures rondes de l à 2 millimètres de diamètre et recouvert extérieurement d'un linge fin et propre.
Quelques instants après son introduction dans le poumon malade, le liquide virulent filtre à travers le linge et les trous de l'appareil, et bientôt l'intérieur de celui-ci est rempli de sérosité dans laquelle l'opérateur peut charger sa lancette.
Un procédé à peu près semblable a déjà été proposé par M. Colli-Lenzi, vétérinaire italien.
Nous nous hâtons de déclarer que nous n'avons jamais employé de liquide virulent filtré pour nos inoculations, nous basant sur ce fait observé par l'un do nous, que la dilution et la filtration diminuent l'énergie des liquides virulents.
Nous nous sommes bornes jusqu'ici à charger notre lancette dans la sérosité qui vient sourdre dans de petites tranchées faites, avec le bistouri, dans la partie de poumon dont nous avons fait choix.
Ceci posé, nous allons immédiatement envisager l'inoculation du virus de la peripneumonie dans ses résultats; et, dans le but de mettre de la clarté dans notre exposition, nous formulerons sous la forme de propositions les questions à résoudre.
A. — L'inoculation du virus de la péripneumonie contagieuse est-elle un moyen préventif de celte maladie?
Pour toute réponse, laissons parler les faits.
Le 9 avril 1861, M. H. Bouley et l'un de nous constatons l'existence non équivoque de la péripneumonie contagieuse sur une vache du sieur P..., nourrisseur à Boulogne (Seine). L'inoculation est conseillée et acceptée.
Le 10, la vache visitée la veille est sacrifiée; les poumons encore chauds sont mis à notre disposition, mais, au moment de pratiquer l'inoculation, le sieur P. .. ne consent plus à nous laisser opérer que six de ses vaches, c'est-à-dire le tiers environ de l'effectif de son étable.
Trois mois après, les animaux constituant les deux tiers non inoculés avaient succombé, et les six vaches opérées le 10 avril étaient en parfaite santé.
Les vaches non inoculées ne furent pas ici les seules victimes. M. P... étant obligé, pour les nécessités de sa clientèle, de posséder dans sa vacherie un nombre toujours le même de laitières, les vides faits par la mort étaient immédiatement comblés par des vaches nouvelles. Celles-ci succombèrent à leur tour et la maladie ne cessa que sous l'influence de l'inoculation pratiquée, en août, sur la tolalité de l'étable. Nous demandons qu'on n'oublie pas ce fait essentiel, que ces deux inoculations d'avril et d'août, toutes deux suivies de résultats conformes aux idées émises par M. Willems, ont été faites avec le virus recueilli dans le poumon de la dernière malade de l'étable, c'est-à-dire sur celle où, au moment de l'opération, l'état de virulence était à son point le plus élevé.
La peripneumonie se manifesta encore à deux reprises, en novembre 1862 et août 1864, chez M. P..., et, chaque fois, l'enzootiefut arrêtée au début par l'inoculation.
Dans ces deux dernières circonstances, la dernière malade fournit encore le virus inoculé.
Nous ferons observer que les vaches de 1861, 1862 et 1864 n'étaient pas les mêmes, car le plus grand nombre des nourrisseurs des environs de Paris n'ont l'habitude de garder leurs vaches que pendant les quelques mois qui suivent le vêlage, c'est-à-dire durant la période la plus abondante de la sécrétion lactée.
Novembre 1863. — M. B..., nourrisseur, route do Versailles, à Auteuil, possède 30 vaches. Depuis les derniers jours de septembre, il en a perdu 18. L'affection, depuis son apparition, dovient de plus en plus grave. En peu de jours, nous ne doutons pas que la mort mettrait un terme au mal, si les bêles atteintes du fléau n'étaient livrées à la boucherie.
Le 6 novembre 1863, l'inoculation est pratiquéo parles procédés ordinaires. M. Symph. Bouley veut bien nous prêter son bienveillant et précieux concours.
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Ici, une fois do plus, los résultats dépassèrent nos provisions : la péripneumonic contagieuse s'arrêta immédiatement.
En I86't, août et septembre, des vaches hollandaises importèrent de nouveau la péripneumonie dans l'établo de M. B..., peuplée alors de 15 vaches inoculées le 6 novembre 1863, et d'un nombre égal de vaches nouvelles, plus ou moins fraîches de lait, appartenant aux races normande, flamande et hollandaise. L'onzootie sévit alors avec une grande intensité sur les dernières arrivées, qui succombèrent en partie, et respecta toutes les inoculées du 6 novembre 18G3. L'inoculation mit encore un terme à cette seconde et très-meurtrière invasion de la péripneumonie.
Octobre 1862. — Du 15 au 22 octobre 1862, M. P..., nourrisseur à Sèvres, a perdu 3 vaches de la péripneumonie contagieuse. L'inoculation est décidée; le virus est puisé clans le poumon de la dernière malade (22 octobre 1862). Quinze vaches sont opérées, et l'affection disparaît immédiatement.
Depuis, en octobre 1864, la péripneumonie se montra de nouveau chez le sieur P..., dont les laitières avaient été renouvelées. Une fois de plus l'inoculation eut raison du fléau.
Novembre 1864. — Du 5 au 15 novembre 1864, M. L..., à Auteuil, a perdu deux vaches de la péripneumonie. Il se décide à faire inoculer sa vacherie. Le 15 novembre, l'inoculation est mise à exécution. Depuis la péripneumonie n'a pas reparu (1).
Nous ne pouvons ici passer sous silence un fait déjà signalé, et que nous avons observé quelquefois dans des étables frappées de la maladie que nous étudions. Quelque temps après l'invasion de l'affection chez M. L... toutes les vaches firent entendre une toux semblable à celle des vaches frappées de la péripneumonie. L'inoculatio 1 f , c a peu de temps, disparaître cette toux.
Nous ne citerons pas ici d\> bez ponbreuses inoculations pratiquées toujours avec le même succès dans des étables dont le nombre des vaches ne dépasse pas dix. Dans ces vacheries, comme dans celles que nous avons mentionnéesplus haut, la dernière malade a toujours été sacrifiée pour fournir le virus, parce que chez elle, par le fait de la contamination, la manifestation virulente existait à son maximum relatif.
Nous terminerons ici cette première série d'Observations. Nous en citerons d'autres quand le moment sera venu. Mais nous constatons qu'il ressort déjà des faits relatés plus haut que l'efficacité préventive de l'inoculation, pratiquée soit au début, soit à une époque déjà avancée de la maladie, ne peut être mise en doute un seul instant. Nous démontrerons que les insuccès ne dépendent que de l'inobservation des règles.
B. — L'inoculation du virus de la péripneumonie est-elle un moyen curatif?
Nous venons, à l'aide de faits incontestables, d'établir que l'inoculation est le moyen préventif de la péripneumonie contagieuse. Nous allons démontrer qu'elle est aussi un moyen curatif.
Entrons dans une étable en puissance de péripneumonie contagieuse, et rendons-nous un compte aussi exact que possible de l'état sanitaire des divers sujets dont elle se compose.
Nous pouvons diviser ceux-ci en trois catégories :
(1) Le 21 février 1864, l'affection aphtheuse, importée par une vache nouvellement achetée, sévit sur les vaches de M. L... Le second jour de l'apparition de cctle maladie, nous avons vacciné deux vaches, et sur ces dernières le vaccin s'est régulièrement développé de concert avec la maladie aphtheuse. Nous avons déjà signalé a l'Académie de médecine un fait semblable.
1° Celle des malados chez lesquels les symptômes de l'affection sont évidents. Les individus de cette première catégorie peuvent être comptés.
2° Celle des sujets chez lesquels la maladie existe à l'état latent ou d'incubation. Ces sujets sont déjà sous l'influence morbide, à laquelle, plus que d'autres, ils ont probablement une certaine disposition. Dans un temps indéterminé, qui ne dépassera pas deux ou trois mois, et qui pourra être moindre, le virus se manifestera. Cependant, jusqu'ici, aucun symptôme ne trahit encore un état qui, déjà, a de la gravité. On ne peut individuellement désigner ces malades, que nos moyens d'investigation sont encore impuissants à nous faire séparer des animaux en santé; mais, de par la logique, nous sommes forcés de reconnaître que cette catégorie existe.
3° Enfin, la troisième division comprend les animaux que l'influence virulente n'a pas encore impressionnés.
Inoculons le virus puisé dans le poumon de la dernière malade, c'est-à-dire le virus qui, par le fait de contaminations successives, est arrivé à son maximum de puissance relative.
Voici quels seront les résultats obtenus :
Sur la première catégorie, c'est-à-dire celle des individus chez lesquels les symptômes sont évidents, l'inoculation sera généralement sans effets bien appréciables.
Sur les sujets de la seconde, sur ceux chez lesquels la maladie est à l'état latent ou d'incubation, l'inoculation aura des résultats curatifs.
Enfin, sur les animaux de la troisième division, l'influence de l'opération sera incontestablement préventive.
Tels seront les résultats de l'inoculation rationnelle.
Maintenant opérons différemment:
Supposons une étable où l'élément morbide soit un virus fort. Cette étable est peuplée de vingt vaches.
Une est malade; les symptômes sont appréciables. — Cinq sont sous le coup du mal à l'état latent. — Le reste est en santé.
Inoculons un virus faible comparativement à celui qui est l'agent de la maladie dans le milieu qui nous occupe; voici quels seront les résultats obtenus:
Chez la malade, l'opération sera sans effets bien marqués. — Chez les cinq sujets que nous avons supposé être sous le coup de l'affection à l'état latent ou d'incubation, l'inoculation sera sans résultat préventif. Tôt ou tard (peut-être plus tôt par le fait de l'opération), elles seront frappées de la contagion. — Enfin, les dernières seront préservées; un virus faible, du moins dans les cas que nous avons observés, leur aura suffi.
Rien n'empêche cependant que de bons résultats puissent être la conséquence de l'inoculation d'un virus puisé hors de l'élable; mais alors ce virus devra être plus fort que celui sous l'influence duquel l'étable contaminée se trouve; dans ce cas, l'habitude et la sagacité du praticien peuvent lui venir en aide.
Ce que nous venons d'exposer ne s'applique qu'à des étables contaminées, et si notre théorie, élayée de faits nombreux, démontre que l'inoculation est nonseulement un moyen préventif, mais encore un moyen curatif, elle démontre aussi la cause des insuccès signalés.
Quant aux étables saines, où l'inoculation est simplement préventive, le vétérinaire peut indistinctement inoculer avec un virus fort ou avec un virus faible. Ce dernier est peut-être préférable, en ce sens qu'il impressionne moins les inoculés, et qu'il les expose peut-être moins aussi à cette série d'accidents
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consécutifs, parfois graves, sur lesquels nous appellerons plus loin votre attention. Cependant, de môme qu'une variole légère no préserve pas toujours celui qui en a été atteint d'une variole plus intense, il est possible que les cas de péripneumonie observés sur des animaux déjà inoculés ne se soient manifestés que sur des sujets primitivement inoculés d'un virus faible.
Nous avons signalé plus haut des inoculations pratiquées avec le virus fourni par la dernière malade contaminée de rétable à inoculer. Nous avons constaté l'arrêt immédiat du mal, et par conséquent les propriétés préventives et curatives de l'inoculation. Nous allons maintenant, par un exemple puisé dans notre pratique, essayer de justifier une fois de plus la règle que nous avons posée. Cet exemple aura une portée plus grande encore; il donnera la raison des insuccès souvent constatés.
Août 1864. — M. T..., nourrisseur à Boulogne, près Paris, est propriétaire de vingt-deux vaches. Depuis quatre mois, son étable est ravagée par l'épizootie, et le nombre des victimes de celle-ci est considérable. Les symptômes marchent avec une rapidité telle, qu'en peu de jours l'intervention du boucher devient une nécessité impérieuse.
Le 16 août, M. T... se décida, sur nos conseils, à l'inoculation de son bétail.
Nous l'avions prié de nous donner connaissance du premier cas de péripneumonie qui éclaterait dans son étable, afin d'inoculer le virus produit dans le poumon de cette dernière malade.
Le 20 août, à neuf heures du soir, M. T... invita l'un de nous à se rendre chez lui pour inoculer ses vingt-deux vaches; mais il n'avait pas tenu compte de notre recommandation, et le poumon qu'il mit à notre disposition était celui d'une vache à lui inconnue, tuée à Neuilly pour cause de péripneumonie contagieuse.
Nous observâmes à M. T... que nous ne répondions pas du succès de l'opération, nous fondant sur l'ignorance dans laquelle nous étions de l'origine et de la puissance du virus à inoculer.
Le résultat de l'opération fut ce qu'il devait être, le virus inoculé étant relativement faible : sept vaches, qui probablement étaient sous le coup de la maladie à l'état latent, succombèrent. Ne furent préservées que celles qui n'avaient subi aucune atteinte du mal; un virus relativement faible les sauva.
Ce fait indique combien est essentiel le choix du poumon qui doit fournir le virus; combien la provenance de ce poumon importe à l'inoculateur. Ceci posé, en admettant qu'on ait fait choix du poumon de la dernière malade de l'étable, est-on certain qu'à toutes les périodes de la maladie le virus sera le même, aura la même valeur prophylactique?
Cette question, dont l'importance est extrême, nous semble résolue; nous dirons que toutes les fois que nous avons à choisir la malade qui doit nous donner, après sa mort, le virus à inoculer, nous attendons que le poumon affecté (souvent il n'y en a qu'un) soit arrivé à cet état pathologique désigné sous le nom d'h'épatisation, et que le souffle tubaire nous indique. Nous n'employons que les poumons où cet état pathologique date de quelques jours. Les poumons dont les deux tiers, les trois quarts sont envahis par le mal, nous ont donné la sérosité dont l'inoculation a déterminé les plus heureux résultats. Ajoutons encore que nous puisons notre sérosité à inoculer dans les parties du poumon malade où les lésions sont de date récente.
Quant à M. Willems : « Il est fondé à croire que les effets préventifs du virus, qu'il soit pris à la première, à la seconde ou à la troisième période de la pleuropneumonie, sont toujours les mômes; cependant il a toujours remarqué que
la tuméfaction et l'inflammation sont plus grandes quand le virus est pris à une période plus avancée de la maladie. » Nous ne partageons pas la confianeo de M. Willoms quant au virus puisé dans un poumon malade à la première période.
Le fait suivant sorait do nature à faire croire que si la pustule vaccinale ne possède pas, à toutes les périodes de son évolution, une sérosité ayant un égal pouvoir prophylactique, il en est probablement de môme de la sérosité contenue dans le poumon d'une vache affectée de péripneumonie contagieuse.
Le 3 avril dernier M. Pr..., nourrisseur, à Boulogne, nous prie de visiter son étable qui depuis quelques semaines est ravagée par la péripneumonie. Toutes ses vaches (quatorze) toussenl. Nous conseillons l'inoculation et nous prions M. Pr... de nous prévenir aussitôt qu'il aurait une vache malade; le poumon de cette dernière devant nous fournir la sérosité virulente à inoculer.
Le 5, nous sommes avertis qu'une vache reconnue malade depuis la veille a été livrée à la boucherie et immédiatement sacrifiée. Les poumons encore chauds sont chez M. Pr..., où nous sommes attendus. A notre arrivée chez notre client nous examinons ces poumons; ils sont encore chauds.
Le quart inférieur du poumon gauche est seul malade (nous passons sous silence les altérations des plèvres); la maladie semble récente; elle est récente en effet, car le sieur Pr... nous déclare que sa bête était à peine malade et qu'il ne s'est déterminé à la livrer à la boucherie que pour éviter la perte qui devait résulter pour lui de la maigreur rapide qui s'observe chez les bêtes frappées de la maladie qui nous occupe.
Ce poumon, ne présentant que les lésions du début de la maladie, ne devait nous donner qu'un virus faible, aussi M. Pr... fut-il prévenu par nous du peu de succès que nous présagions de l'inocu'ai/oo.
Les quatorze vaches furent opérées.
Le 29 avril, cinq des vaches inoculées so t œo Les. L'inoculation, pratiquée sur cinq, avait déterminé des phénomènes loi. a ix appréciables sur quatre seulement.
Le même jour (29 avril), les neuf vaches qui restent sont ircculées une seconde fois avec la sérosité recueillie dans le poumon de la dernière sacrifiée (vache inoculée le 5 avril) et encore livrée à la boucherie au début de la maladie. — Malgré cette inoculation, la mortalité a suivi son cours fatal.
Aujourd'hui M. Pr... ne possède plus que les quatre vaches sur lesquelles l'inoculation a été suivie de phénomènes locaux appréciables.
Il est probable que ce sont, les seules qui, au moment de l'inoculation du S avril, n'étaient pas sous le coup de l'affection à la période d'incubation. Ici encore un virus faible n'a pu préserver les vaches déjà contaminées au moment de l'inoculation.
C. — Le développement de la pleuro-pncumonie contagieuse peut-il être le résultat du contact plus ou moins prolongé de bêtes non inoculées avec des bêtes inoculées depuis peu?
Le 15 novembre 1864, M. L..., nourrisseur à Auteuil, après avoir perdu trois vaches de la péripneumonie, fait inoculer les dix-huit bêtes à lait qui lui restent.
Le 23 novembre, trois vaches nouvellement achetées sont introduites dans une étable où se trouvent quatre des vaches inoculées le 15. Ces trois nouvelles arrivées semblent en santé.
Le G janvier 18G5, l'une do ces vaches présente des symptômes évidents de la péripneumonie contagieuse.
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Cette dernière malade était-elle déjà, à son arrivée chez M. L..., sous puissance de la maladie à l'état latent? Ceci est une hypothèse admissible. A-t-ellc contracté l'affection pendant son séjour au milieu d'animaux nouvellement inoculés et se trouvant, par conséquent, dans un état maladif incontestable et trèsprobablement contagieux? Ceci est très-possible et conforme aux faits observés on médecine humaine, notamment pour la variole inoculée. Toujours est-il que cette dernière vache succomba en peu de jours aux atteintes de la maladie, qui revêtit chez elle un cachet de gravité au moins égal à celui que présenta la vache dont le poumon avait fourni le virus inoculé, le 15 novembre, aux dixhuit vaches composant alors l'étable.
D. — Quelle peut être la cause des accidents qui surviennent après l'inoculation du virus de la péripneumonie?
Bien que l'inoculation ait été pratiquée selon les règles généralement établies, il n'est pas rare de constater au point où l'opération a eu lieu une tumeur d'une nature spéciale, chaude, douloureuse à la moindre pression, se développant sur une étendue plus ou moins grande de la queue. Parfois ces engorgements, qui ne sont qu'une manifestation de la maladie, gagnent la croupe, la région sacrée. Ils sont constitués par des amas considérables de sérosité qui infiltre le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire. Cette sérosité doit être virulente et pourrait probablement servir à pratiquer l'inoculation. Quelle cause doit-on assigner à ces accidents parfois graves et dont une des moindres conséquences est la gangrène de l'extrémité inférieure de la queue ?
Nous ne pouvons rien préciser de positif à cet égard; cependant, deux fois entre autres, nous avons constaté ces accidents sur des vaches irritables, difficilement maintenues pendant l'opération et chez lesquelles la pointe de notre instrument avait pénétré au delà de l'épaisseur de la peau. Hâtons-nous d'ajouter aussi qu'il nous est arrivé maintes fois de blesser la peau dans toute son épaisseur, sans cependant avoir à constater plus tard des lésions de la nature de celle qui nous occupe.
Peut-être aussi l'intensité trop grande du virus, surtout quand l'inoculation est pratiquée sur une vacherie saine, joue-t-elle un rôle dans la production de ces phénomènes morbides. 11 est bien entendu qu'il ne peut être question ici de ces manifestations de gangrène traumatique, signalées depuis longtemps et dues à l'inoculation de matières septiques.
Avant de terminer, nous avons cru utile d'envisager la péripneumonie contagieuse dans ses rapports avec l'hygiène publique. Personne n'ignore que les nombreuses vaches frappées de l'épizootie sont livrées à la basse boucherie et consommées soit par l'armée, soit parles habitués des petits restaurants à bon marché. La viande, vous le savez aussi, n'offre à l'observation rien de particulier , elle est généralement normale, mais il n'en est pas moins vrai que l'animal, avant d'être abattu, était en puissance d'un état virulent incontestable. Ceci compris, nous disons : La péripneumonie peut-elle se communiquer à l'homme et déterminer chez lui des accidents généraux et locaux d'une incontestable gravité ? Aucune observation assez positive ne vient répondre affirmativement, mais est-on bien certain que parmi les cas de péripneumonie qui se manifestent chez les nombreux individus qui, par leur profession, manipulent des viandes provenant de vaches contaminées, il ne s'en soit jamais rencontre dont l'affection ait revêtu un cachet spécial se rapprochant du type que nous étudions? Souvenez-vous de la contagion de la morve du cheval à l'homme, il y a dans les débats soulevés par cette question un grave et utile enseignement. Songez que beaucoup d'étables des environs de Paris sont transformées en chambres de santé pour les personnes
délicates qui, à tort ou à raison, chorchent [la guérison d'affections plus ou moins graves dans une atmosphère dont l'analyse serait effrayante.
Nous venons de dire qu'aucune observation assez positive n'autorise à croire à la contagion de la péripneumonic des bêles bovines à l'homme; voici cependant un fait qui, bien que très-incomplètement observé, mérite d'être pris en sérieuse considération. A la suite d'inoculations pratiquées le G novembre 4863 dans la vacherie infectée do la femmo X..., à Autouil, une éruption se manifeste aux mamelles de plusiours vaches inoculées. Ce phénomèno, très rare, il est vrai, a déjà été signalé. La femme X... prétendit s'être inoculée, en trayant ses vaches, le produit de cette éruption; elle eut une violente fièvre de réaction à la suite de laquelle une éruption spéciale en tout semblable, selon la malade, à celle de ses vaches, se manifesta à la main. La femme X..., âgée de 64 ans, très-vigoureuse, fut alitée pendant deux ou trois jours. Nous ne fûmes avertis de cet accident que trop tard pour être à même d'étudier les lésions des mamelles des vaches inoculées. Le docteur Auzias-Turenne vit cette malade trop tard aussi pour déterminer la nature de l'affection; cependant, il ne put reporter les phénomènes morbides par lui observés qu'aux conséquences d'une inoculation. Je dois ajouter que celle-ci n'a dû avoir rien de commun avec la vaccine ni avec l'exanthème impétigineux, si fréquent aux mamelles des vaches laitières.
Quant au séjour des personnes malades ou non dans les étables infectées, nous devons cependant à la vérité de dire que nous avons vu deux femmes de 20 à 25 ans passer impunément pendant cinq mois les nuits et la plus grande partie des jours dans une étable où régnait la péripneumonie la plus intense. Si ce dernier fait tendait à faire penser que cette maladie n'est pas infectieuse du bœuf à l'homme, le premier serait de nature à faire craindre la contagion par inoculation. Quoi qu'il en soit, nous n'avons, en publiant les faits qui précèdent, qu'un but: appeler l'attention de nos collègues sur une question d'hygiène publique dont l'importance ne peut être mise en doute un seul instant.
Nous ne terminerons pas sans vous signaler un fait qui mérite d'être noté : pendant le cours de l'enzootie, deux boucs placés successivement dans l'étable du sieur T..., à Boulogne-sur-Seine, succombèrent après avoir, au dire de leur propriétaire, présenté une série de symptômes identiques à ceux qu'il observait chez ses vaches. Nous ne nous portons pas garant de la véracité de cette assertion, mais nous n'avons pas cru devoir la passer sous silence.
Nous terminons ici les quelques notes que nous avions à vous communiquer, notre but en les livrant à votre haute appréciation a été d'apporter notre faible contingent de faits à l'étude d'une des questions médicales les plus importantes.
Pour nous, la découverte de M. Willems a l'avenir; elle est la consécration nouvelle de cette vérité: l'inoculation, comme moyen préventif et curatif, est le point le plus élevé auquel soit parvenu le génie médical.