‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 169 sur 205 · LETTRES MÉDICALES D'UN VÉTÉRAN DE L'ÉCOLE DE BRETONNEAU · texte numérisé non relu

LETTRES MÉDICALES D'UN VÉTÉRAN DE L'ÉCOLE DE BRETONNEAU

A M. le professeur Trousseau et autres, pour mettre un terme à des erreurs professées sur les maladies éruptives et la spécificité, par J.-F. MiQUEL, docteur en médecine à Tours et autrefois à Amboise. — Tours, librairie E. Mazereau, 1867.

Volume compacte, faits nombreux, bien observés : vues ingénieuses. Style simple, clair. Dix-neuf lettres presque toutes fort longues et qu'on trouve néanmoins trop courtes, tant elles offrent d'intérêt.

Les six premières de ces lettres sont un traité de la Scarlatine. Elles contiennent» en outre, des vues générales sur les maladies virulentes aiguës.

La septième lettre a pour sujet YOzène. M. Miquel préconise comme traitement de cette affection l'obturation des narines. Il en généralise l'emploi a tous les cas morbides, fré-

quents d'après lui, qui dépendent d'une lésion des cavités nasales. Des engorgements lymphatiques de la région parotidienne et du cou paraissent céder à ce moyen simple. Il agit sans doute en empêchant le contact île l'air, et rentre par conséquent dans la méthode de l'occlusion pneumatique. Avis à M. J. Guérin. La huitième lettre a pour titre : Sur V inoculation.

Vaccination, variolation, clavelisation, existence simultanée sur un individu de la vaccine et de la variole, tels sont les sujets qui ont été soumis à la pratique de l'auteur. Les réflexions auxquelles il se livre à ce propos pourraient être considérées comme classiques, s'il n'attachait pas une importance exagérée à la localisation, ou mieux à la limitation des phénomènes produits par les virus, et s'il ne considérait pas une maladie virulente faible comme aussi efficace qu'une forte, contre l'action ultérieure de son propre virus, élevé à un grand degré d'énergie. Les lecteurs du Courrier médical me comprendront sans que je donne de plus amples détails.

On lira comme une nouveauté des plus séduisantes, — tant la vérité à peine à se faire jour! — des expériences qui datent de plus d'un quart de siècle sur l'inoculation de la scarlatine. Elles paraissent calquées sur celles de Home (d'Édimbourg), relativement â l'inoculation de la rougeole. Cette conformité est d'un bon augure et constitue un excellent témoignage en leur faveur , car il n'y a que la vérité qui se ressemble ainsi à ellemême! 11 est bien regrettable que Home et Miquel, ces deux avant-gardes intrépides du progrès, n'aient point été suivis par l'armée des travailleurs. Cet isolement ne marque pas leur erreur, mais au contraire il constate leur vaillance dans la poursuite de la vérité.

La neuvième lettre traite de la Contagion. Elle est courte, mais remplie de considérations fort justes. Le sujet de la spontanéité des virus y est touché de main de maître. M. Miquel soutient que les maladies virulentes ont des germes tout aussi certains quoique invisibles que ceux des insectes qui infestent et infectent nos personnes ainsi que nos appartements. Omne virulentwm ex semine.

Dixième lettre. Evacuations sanguines. Idées originales, faits à l'appui.

Onzième lettre. Sur les fièvres intermittentes.

Anatomie pathologique : le foie, la rate et surtout les reins congestionnés.

Règles judicieuses de l'administration du quinquina : En général, il suffit d'une seule dose d'un, peu moins de 1 gramme de sulfate de quinine prise dans un moment rapproché de la fin de l'accès.

La compression du ventre est un moyen succédané ou adjuvant des préparations quiniques, quelquefois même un moyen exclusivement efficace. Elle est positivement indiquée, soit après l'abus ou dans les cas à'assuétudinisme, soit dans ceux d'intolérance formelle à l'égard de l'écorce du Pérou. Ce traitement tout mécanique doit faire se dégorger les parenchymes et se rengorger M. Piorry.

Douzième et treizième lettres. La Dothiénentérie. Détails sur la contagion. Préoccupation excessive de l'éruption intestinale; abstinence d'alimention trop absolument préconisée. Toutefois, travail hors ligne. La dothiénentérie est le triomphe de l'École de Tours.

Quatorzième lettre. Sur la Dysenterie épidémique.

Dans cette lettre, qui est fort courte, se place une digression sur le traitement de la blennorrhagie. L'auteur tranche lestement et nettement la question du modus agendi des balsamiques dans cette affection; sont-ils spécifiques ou substitutifs? Non, ils sont sédatifs, répond M. Miquel. Il part de cette assertion pour instituer un traitement analogue de la dysentérie. Dieu veuille qu'il ait raison !

Quinzième lettre. Variole. Méthode ectropique : lotions au sous-nitrate de bismuth, au sulfure de potasse, au sublimé ; succès.

Seizième lettre. Sur le rhumatisme articulaire. Toujours effet, suivant l'auteur, de l'existence dans le sang d'un principe organique altéré. Le rhumatisme s'abat effectivevement, de préférence, sur ceux qui ne changeant pas assez souvent de linge, s'exposent à résorber les matières de leurs propres sueurs (les militaires, les marins, les voyageurs, les pauvres, les sales). Les statuaires, quoique ne faisant partie d'aucune de ces catégories, sont néanmoins sujets au rhumatisme à cause de l'humidité de leurs ateliers qui est un obstacle à la transpiration.

Pour calmer des douleurs arthritiques et musculaires qui l'obstruaient notre bien regretté confrère Furnari se mettait en sueur par la pratique du jardinage. Puis il laissait ses chemises mouillées sécher sur son propre corps. Il prétendait retirer de grands avantages de cette thérapeutique singulière! similia similibus ! Mais un beau jour il succomba a' ce qu'on désigne sous le nom de rhumatisme cérébral. C'est une opinion fort plausible de M. Miquel que le rhumatisme, il l'instar de la goutte, cause bien moins la mort par lui-même que par suite des effets d'une médication perturbatrice et inopportune.

Dix-septième lettre. Névroses. Que de désordres de cette catégorie sont dus, suivant M. Miquel, à la rétention et a l'altération consécutive des excréta et notamment des

fèces! Les exemples abondent sous la plume de M. Miquel. Il en donne peut-être de trop nombreux. Cette lettre est, à tout prendre, une des plus curieuses et des plus pratiques. Elle renferme des détails qui seraient de nature a faire pâmer d'aise M. Piorry, si l'auteur ne paraissait pas avoir négligé l'emploi du plessimètre, sinon même tout à fait celui de la percussion.

Dix-huitième lettre. Hydrocéphalie. Toux férine, etc.

Importance trop grande assignée aux désordres gastro-intestinaux dans l'étiologie de la toux férine (catarrhe sec de Laënnec). Bretonneau et M. Miquel ont très-bien rencontré en trouvant, chacun de son côté, le même traitement que l'auteur de I'auscultation médiate, qui consiste principalement dans l'emploi du bicarbonate de soude à haute dose.

On donne trois explications qui se peuvent concilier entre elles de l'efficacité de ce médicament : 1° d'après Laënnec, il fluidifie les sécrétions, humecte les bronches et favorise l'expectoration des erachats perlés ; 2° d'après Ml Bazin, le catarrhe sec serait une manifestation arthritique, qui par conséquent se trouverait tributaire du sel alcalin; 3» M. Miquel •pense que le sel de soude balaie le tube digestif et fait justice de matières qui pourraient s'y corrompre et devenir peccantes.-

Au-dessus de ces théories et des plus légitimes prescriptions thérapeutiques planent les enseignements souverains de l'hygiène. Le séjour dans un air sec et tempéré, l'habitation de climats doux, l'arrivée de la belle saison, le chauffage et l'aération des appartements, en un mot, tout ce qui favorise la transpiration et éloigne l'humidité froide est préférable aux médications les mieux instituées.

Ajouterai-je que l'honorable et savant M. Boudant (de Clermont), proclame l'efficacité des eaux du Mont-Dore contre le catharre sec ?

Dix-neuvième lettre. Sur la diphthèrite. C'est moins une série de remarques qu'un traité complet de la matière.

Dans quelle classe de maladies faut- il mettre la diphthèrite? Dans celle des maladies contagieuses.

Dans quel groupe? Dans celui des maladies dont le principe a une existence ou peut

au moins faire un long séjour, sans être anéanti, au dehors de l'organisme

Mais comme l'espace m'est compté, je refoule ma tendance à entrer

dans des considérations générales sur les virus.

En résumé, ces lettres méritent de grands éloges. Elles sont la glorification de l'école de Bretonneau, qui a produit les Velpeau, les Trousseau, les Moreau (de Tours), etc. L'auteur n'est pas un des moins lumineux de cette pléiade illustre, malgré l'oubli, sinon les dénis de justice de l'Académie de médecine à son égard.

Ces Lettres auront donc beaucoup d'acheteurs? Non, car les bons livres ne peuvent compter que sur un nombre restreint de lecteurs choisis. Ah ! si un libraire de Paris avait pu pratiquer à son aise des dégâts dans le manuscrit de M. Miquel ! S'il avait donné à ce livre une forme et un titre différents ! Peut-être alors l'œuvre du praticien d'Amboise aurait-elle pu obtenir une certaine vogue. Le commerce n'a-t-il pas des artifices; la mode et la réclame n'offrent-elles pas des séductions ?

Mais que M. Miquel n'éprouve aucun regret; car son livre fera beaucoup plus de chemin que de bruit. Un bon sillon ne demeure pas stérile.

(Courrier médical du 1er février 1868.)

Paris, le 3 mars 1868.

Monsieur le Président,

Le plus grand hommage qu'on puisse rendre à un Corps savant est de lui apporter des paradoxes appuyés de preuves. Voilà pourquoi j'offre à l'Académie ce Livre, inspiré tout entier par ses discussions (1).

Les doctrines qu'il renferme se résument aisément.

J'ai recherché les origines de la vaccine au flambeau de l'histoire, sans abandonner les sentiers de l'observation, et j'ai été conduit ainsi a formuler la manière de régénérer et de renforcer le vaccin.

J'ai démontré que la variole et la vaccine, indépendantes l'une de l'autre à leur point de départ, conservent toujours leur autonomie malgré des apparences et des propriétés

(1) Les virus au tribunal de l'académie et dans la presse. Voir à l'Appendice l'analyse sommaire de cet ouvrage dans l'Index bibliographique.

communes, et que ces deux maladies ne deviennent jamais réductibles l'une à l'autre, lors même qu'elles se rencontrent accidentellement sur un seul organisme : il n'existe entre elles aucune parenté. — La cocote et la clavelée appartiennent aussi, chacune de son côté, à deux autres familles bien distinctes.

J'ai rattaché à une formule simple, et j'ai utilisé pour la science et pour la pratique les cas de communication de la syphilis occasionnés, non par la vaccine, mais par la vaccination. J'ai indiqué les moyens faciles d'eu prévenir le retour, sans s'écarter de la grande route ouverte par Jenner.

J'ai rapporté de nouvelles preuves historiques de l'origine américaine de la syphilis, et je les ai fortifiées par des considérations neuves de pathologie virulente. J'ai montré en même temps que cette maladie n'a rien de commun, — si ce n'est de grossières ressemblances, — soit avec la lèpre tuberculeuse du moyen âge, soit avec la morve des chevaux.

•J'ai précisé les circonstances et les limites dans lesquelles cette maladie humaine peut se transmettre aux animaux.

J'admets l'unité du virus de la syphilis, quoiqu'il se manifeste par des lésions et par des symptômes fort variés. Ce virus présente plusieurs modes, c'est-à-dire plusieurs manières d'être, et des degrés divers d'énergie.

Je crois avoir découvert le secret de la nature dans la guérison spontanée de la syphilis; j'ai cherché à suivre le même courant qu'elle, mais plus rapidement, malgré le choc et la résistance de ceux qui le remontent par une tradition séculaire.

J'ai saisi, comme sur le fait, les lysses ou vésicules rabiques. On a nié, selon moi, leur existence pour n'avoir pas assez tenu compte de leur précocité, de leur superficiellité, de leur éphémérité, de leur variété de siège, de leur degré de fréquence, et surtout parce qu'il leur avait été assigné en prophylaxie une importance exagérée. Elles ont donc été mises à l'écart par réaction. Telles que je les représente, au contraire, on pourra les admettre sans risque de tomber dans l'extrême.

Enfin, je ne dis rien de la tuberculose.

Recevez, etc.

Page 1