‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 171 sur 205 · A M. LE DOCTEUR CLEDAT DE LA VIGERIE, A USSEL (CORRÈZE · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR CLEDAT DE LA VIGERIE, A USSEL (CORRÈZE

Paris, le 29 mars 1S68.

Très-honoré Confrère,

M. Fargeix m'écrit que c'est vous-même qui avez signalé aux deux vétérinaires de Tulle et de Bort les lysses sous la langue du loup enragé. Je vous en félicite, car c'est a première fois que cette observation a été faite sur le loup. Votre nom restera attaché à la découverte do ce symptôme.

Je désire avoir le plus de renseignements possible là-dessus. Je compte sur votre obligeance dont je vous serai fort reconnaissant.

M. H. Bouley a d'abord nié que le loup lût évidemment enragé; mais il ne fera aucune difficulté de revenir sur cette opinion émise précipitamment.

M. Depaula prétendu qu'une mâchoire presque entière de brebis n'aurait pu passer par l'œsophage d'un loup, mais j'ai répondu victorieusement, en rapportant une autopsie faite par Champion d'un loup enragé dans l'estomac duquel on trouva un pariétal et une portion de coronal avec l'orbite et l'œil d'un chien. Voilà une masse assez respectable 1 Votre dévoué confrère.

A M. LE PROFESSEUR BŒOK, A CHRISTIANIA (NORVEGE)

„ . , n c , Paris, le 13 janvier 1869.

Tres-cher Confrère et ami,

Pardon mille fois de mon silence ; j'attendais la fin d'une campagne et cette fin n'arri-

qu'en pareille circonstance le plaisir l'emporte sur la peine. J'ai fait hier ma dernière lecture à l'Académie de médecine où j'ai trouvé une faveur exceptionnelle; M.Ricord lui-même, qui présidait l'Académie quand j'ai fait ma première lecture, a entonné mon éloge; mais je doute que cet éloge ait été très-sincère, car M. Latour m'a attaqué le lendemain. Je crois que M. Ricord a voulu agir en gentilhomme qui fait des compliments aux importuns,— sauf à les l'aire plus tard fustiger par un valet.

Le chef des vétérinaires, M. H. Bouley, successeur de M. Lecoq, a été bien plus chevaleresque. J'attaquais son camp et ses idées; mais, à deux reprises, il a revendiqué pour moi la parole. Il s'est même fait l'interprèle de choses que je voulais dire à l'Académie. J'ai terminé par un éloge de sa conduite que M. Ricord a pris pour une critique. L'Académie et le public n'ont pas pu s'empêcher de rire et de m'approuver. M. H. Bouley vient d'être nommé rapporteur dans la Commission'de la rage. Je crois, d'après quelques paroles que nous avons échangées, qu'il finira par se mettre de mon côté. J'ai compris que mon plaidoyer l'avait ébranlé. Vous verrez que je n'ai laissé échapper aucune occasion de revendiquer directement ou indirectement les avantages de la syphilisation.

Votre migraine est l'inverse de la mienne. Mes accès durent plus de temps, mais ils sont beaucoup moins fréquents que par le passé, et beaucoup moins violents. La migraine est une forme de la goutte. Si vous venez ici nous en causerons, et je vous dirai ma tactique contre ce tyran.

Votre retraite de l'Université de Christiania est bien légitime. Peu d'hommes auront fait autant que vous, et vous ferez beaucoup encore, quelque part que le destin vous conduise. Votre successeur Bidenkap est digne de vous.'La science lui devra aussi beaucoup. Vous me parlez bien de l'année prochaine comme date de votre retraite, mais vous ne me dites pas si c'est l'année astronomique ou l'année scolaire.

J'aimerais mieux qu'au lieu d'aller en Italie vous vous arrêtassiez en France et à Paris; je suis sûr qu'il vous serait possible d'y être aussi bien en famille, et sans beaucoup plus de dépenses que partout ailleurs.

J'ai attendu longtemps de vous un résumé en français de ce qui avait été dit et conclu sur la syphilisation dans votre Société et au Congrès pour le répandre dans nos journaux; j'ai même promis à Delasiauve pour « le Journal de médecine mentale » le cas de paralysie générale ayant cédé à la syphilisation. Je suis prêt à tirer parti de ces divers documents, si vous pouvez me les fournir.

Quant à la brochure de M. Heiberg, elle m'a vivement intéressé et je le remercie beaucoup : 1° de l'avoir écrite, 2° de me l'avoir envoyée. Qu'il m'en envoie, si possible, quelques exemplaires et je la ferai reproduire dans nos journaux.

Il serait bon qu'elle fût offerte aux Académies et à la Société de chirurgie, Je suis sûr que M. Larrey se chargerait de la présenter; la meilleure voie serait que M. Heiberg le lui demandât par lettre. Ils sont tous deux chirurgiens militaires.

Quant à mon livre sur LES VIRUS il est tout écrit ex abrupto. L'aire n'était pas autre chose qu'une réaction. Je vous assure que cet aire n'a pas produit un mauvais effet à l'Académie à propos de la rage. Il fixe l'attention. D'ailleurs m'avez-vous entendu jamais me plaindre qu'on ait empêché mes Cours, brisé ma position, qu'on m'ait suscité des procès? Je n'ai opposé à tout cela qu'une vie modeste, de la résignation, de l'expectation, quand un autre aurait poussé les hauts cris. Pendant 20 ans on a dénigré dans les Cours

les journaux, les Sociétés, etc., la syphilisation et moi. J'ai attendu que la loi me donnât la liberté de parler, et à présent je parle. Depuis le Congrès j'ai plus gagné d'adhésions que je n'ai pu faire en 15 ans.

Mon livre qui n'est d'ailleurs qu'une réunion d'articles a assez bien réussi. Mon intention était d'en supporter les frais, mais les libraires m'en ont pris pour plus que cela ne m'avait coûté. J'en ai gardé un certain nombre d'exemplaires que je donne â mes amis. Si je trouve une occasion de vous en envoyer plusieurs pour les amis de Norwége, ie n'y manquerai pas.

L'étude de la rage, au point de vue de l'hérédité, m'a mis sur la voie de découvertes inattendues relativement à l'hérédité de la syphilis. Encore un peu de patience et j'expliquerai comment une syphilisée peut encore, pendant quelque temps, avoir des rejetons syphilitiques. Tout est à l'avantage de la syphilisation.

Pendant que je termine ma lettre je reçois nos journaux et je vois que ma dernière lecture a entamé les plus récalcitrants. Pour la première fois de sa vie, M. A. Latour fait mon éloge. Pourtant j'ai parlé de l'inoculation de la rage comme de la meilleure ressource que je présageais dans l'avenir.

Mes souhaits de nouvel an à vos dames et à tous nos amis, Bidenkap, Heiberg, Egebert, etc.

Votre bien dévoué ami.

A M. LE DOCTEUR A. HERBET, A CURCIAS-DONGALON (AIN).

Paris, le 8 mars 1869.

Cher Confrère,

M. H. Bouley me communique votre lettre. Il pense que les craintes à avoir ne sont pas grandes, mais que des précautions doivent être prises.

Dans mon dernier Mémoire, je préconise le traitement mercuriel s'il y a certitude d'inoculation rabique. Je dis, en outre ceci : « Si j'étais mordu demain par un animal enragé, je me soumettrais après-demain à un traitement par l'hydrothérapie énergique et longtemps continué. Je voudrais suer, suer et suer encore (1). »

C'est ce dernier parti que je prendrais à la place de notre Confrère qui doit être rassuré.

Le siège de l'inoculation serait brûlé s'il s'y manifestait quelque chose, ne fût-ce qu'un sentiment de gêne et n'importe quand.

Ce que je vous dis a l'adhésion de M. H. Bouley, c'est en son nom que je vous écris.

Bien à vous confraternellement.

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