PERFECTIONNEMENT DE LA VACCINATION DE BRAS A BRAS
2 octobre 1833. — Fiard rend compte à l'Académie de médecine de ses essais pour reproduire le cow-pox par l'inoculation à la vache de la matière des eaux-aux-jambes du cheval et du virus de la variole humaine.
Il conclut de ses insuccès que le cow-pox est une maladie propre à la vache et absolument indépendante de toute affection étrangère.
Si Fiard eût consulté la nosologie et l'histoire, il se serait gardé de s'engager dans une voie expérimentale sans issue, ou tout au moins de tirer de ses tentatives infructueuses une conclusion erronée.
Et en effet : D'une part, les eaux-aux-jambes représentent Yeczéma chronique ou Yeczéma impétigineux de l'homme (eczéma des cuisinières ou des épiciers). Or, n'est-il pas absurde de supposer que la matière nullement virulente de cette affection chronique puisse créer une maladie virulente aiguë, telle que le cowpox ou la vaccine'/ D'autre part, après les expériences décisives deLoy, de Lafontet d'autres médecins, on devait s'abstenir de rechercher l'origine du cowpox ailleurs que dans le virus du grease pustuleux du cheval (horse-pox), maladie qui est certainement distincte de la variole humaine.
Cependant Fiard a eu des imitateurs, même dans ces derniers temps, comme si la science était une toile de Pénélope sans cesse à refaire. Quand donc la vérité sera-t-elle appelée à briller de tout son éclat? Combien d'années encore devront s'écouler pour qu'il n'y ait plus d'opposants à l'opinion si vraie de Jenner : La vaccine a sa source dans une maladie du cheVal !
— 10 octobre 1768. — L'Impératrice de Russie, Catherine II, inaugure l'inoculation dans ses États en s'y soumettant elle-même la première. Cette opération lui fut pratiquée à Czarskozelo, parle docteur anglais Dimsdale, dans le plus grand secret et même à l'insu du premier médecin de la cour. Le public n'en a été instruit qu'après l'éruption qui ne fut pas considérable. Cette princesse courageuse, de retour à Pétersbourg, fit inoculer en sa présence son fils, le Grand- Duc Petrowitz, qui devint plus tard Paul Ier. Elle assista aussi à l'inoculation de douze enfants des principaux seigneurs. Ces événements, dont l'issue a été
heureuse, furent annoncés et terminés par des fêtes et des réjouissances dans les principales villes de l'empire. Ils devinrent le signal de la propagation de la méthode dans toutes les Russies et jusque dans le fond de la Sibérie, où la variole sévissait avec rigueur.
— 13 octobre 1848. — L'Académie vote les conclusions du Rapport sur les vaccinations pratiquées en France pendant l'année 1846.
Ce Rapport traite à fond la question desavoir si la vaccine amortit la petite vérole quand les deux éruptions naissent ensemble. On sait qu'un préjugé vulgaire prétend qu'elle l'aggrave.
Le rapporteur amoncelé des faits pris de çà et de là. — Cent onze viennent de M. Clérault. Douze morts. La conclusion est que la vaccine a mitigé la variole. — M. Legendre en fournit cinquante-six. Neuf morts. Même conclusion. — M. Hérard n'en ramasse que dix-huit; mais il compte sept morts! Aïe! Que va-t-on conclure? Que tantôt la vaccine modifie la variole et tantôt ne lamodifie pas
Le lecteur conclut de tant de conclusions qu'il ne doit rien conclure, et rit aunez... de la statistique.
— 19 octobre -1765. — Girod (de Besançon) inocule dix enfants qui guérirent sans accident. Ce succès devint le signal d'un grand nombre d'inoculations qui furent pratiquées en Franche-Comté. Uu curé de campagne se fit le Pierre l'Hermite de cette croisade contre la variole. Au bout de quelques années, le nombre des opérations de Girod s'élevait à 25,000. A peine y eut-il quelques cas de mort. La nature nous décimait, dit La Condamine, l'art nous millésime. Les titres que Girod reçut pour récompense portaient cette inscription : Variolis incisione domitis. On y lisait : Mais c'est principalement en levant à force de soins, de succès et de désintéressement les obstacles multipliés que Von opposait dans sa province à la méthode salutaire de l'inoculation, qu'il s'est placé au nombre des bienfaiteurs de son pays.
— 20 octobre 1865. — L'enterrement de M. Malgaigne a eu lieu aujourd'hui vendredi au milieu d'un concours de professeurs, d'académiciens, de médecins et d'élèves en médecine.
Deux discours ont été prononcés, l'un par M. Velpeau au nom de la Faculté de médecine, et l'autre par M. Béclard au nom de l'Académie de médecine.
Qu'il me soit permis de prononcer quelques paroles d'adieu et de bénédiction au nom de ceux qui ne sont rien et qui étaient beaucoup pour Malgaigne. Il leur tendait aisément la main, parce qu'il était généreux et bon et qu'il aimait surtout à prodiguer les efforts de sa justice et ses encouragements à ceux qui en avaient le plus besoin. Son intelligence supérieure ne le trompait pas, quand il mettait sa vaillante éloquence au service des causes méconnues. Il savait qu'il était compris, parce que c'est dans le cœur que le cœur trouve son plus vif et plus fidèle écho.
Malgaigne plaçait l'amour du vrai avant tout, et il éprouvait une satisfaction infinie quand cet amour se conciliait avec les désirs ou les intérêts de ses confrères. Cette alliance du bien et du bon était son élément; il y trouvait son t bonheur en réalisant la définition du grand orateur romain : Vir probus, dicendi peritus.
Comme tous ceux qui aiment passionnément la lumière, il s'est exposé quelquefois à mécontenter ceux que l'obscurité environne, mais non pas ceux qui désiraient en sortir.
Les hommes de la trempe de Malgaigne n'apparaissent pas d'emblée tels qu'ils sont. Il faut savoir les deviner, à moins qu'une circonstance fortuite ne les révèle. De si éminentes qualités seraient souvent profanées et perdues, si elles n'étaient dissimulées sous une enveloppe trompeuse pour quiconque ne ressent pas l'influence d'une sympathique attraction. Les pierres précieuses, ne s'offrent pas à tous les regards : les connaisseurs seuls savent les découvrir dans l'écrin.
En ces quelques paroles, je n'ai pas flatté le portrait de Malgaigne; j'ai reproduit la nature, sinon avec le pinceau d'un artiste, du moins avec ce daguerréotype intime et fidèle que possèdent ceux qui aiment la droiture, admirent le talent et prennent plaisir au sentiment de la reconnaissance.
— 28 octobre 1754. — Pierre-François Percy, baron, commandeur de la Légion d'honneur, ancien inspecteur général du Service de santé des armées, membre de l'Institut et de la plupart des Académies de l'Europe, ancien professeur de la Faculté de médecine de Paris; de l'ordre de Sainte-Anne de Russie, du Mérite civil de Bavière (ici une demi-douzaine d'etc), naît àMontagney, en Franche-Comté (aujourd'hui département de la Haute-Saône, arrondissement deGray).
La liste de ses titres est considérable et se trouve partout. Ne parlons que de ceux dont on ne parle pas, car on en passe et des meilleurs!
Et d'abord citons, sans ordre chronologique, un opuscule : exposition des faits, etc., concernant les effets de lavaccination (1812) (1).
Continuons : Le 31 mai 1783, Percy reçoit de l'Académie de chirurgie une médaille d'or, couronnement d'un Mémoire relatif à l'inoculation delà blennorrhagie (2).
Percy, quoique jeune (29 ans), était fort circonspect. Une s'est pas jeté dans cette voie aventureuse à la légère : il avait pris vent et sondé d'avance les dispositions de l'Académie qu'il avait trouvées favorables. Comment se fait-il que le Mémoire de Percy n'ait jamais été publié en entier?
Mais voici une affaire autrement grosse; Percy n'y va pas toujours de main morte ! Il ne propose ni plus ni moins que l'inoculation de la vérole comme moyen de la guérir; et c'est à l'Académie de chirurgie qu'il s'adresse! On a détruit la date de cette téméraire audace. Mais qui.ne reconnaît à tant de hardiesse que le vieux monde craque et que déjà la révolution gronde'/ L'indépendance de la pensée précède invariablement la liberté dans les actes.
Le début de Percy couve des orages : « Tous ces secrets qu'enfante la cupidité, qu'étaie le mensonge et qu on entend annoncer avec tant d'emphase, n'ont guère d'autre succès qu'une destruction simulée de la vérole. Ils détruisent, il est vrai, ceux de ses symptômes qui frappent davantage les yeux; mais ils en laissent subsister le principe; ils lui donnent des entraves; ils suspendent ses progrès, mais le plus souvent ils la font dégénérer monstrueusement (3). »
Suit un vigoureux réquisitoire contre le mercure, et la proposition même déjà réalisée d'inoculer la vérole pour la modifier et la rendre mieux soumise à l'action des remèdes. « Il faudrait donc pour disposer la vérole chronique à être combattue efficacement, la rendre aiguë, il faudrait la revivifier, lui restituer
(1) Dezeimeris; dictionnaire de LA médecine ancienne et moderne, t. III, p. 695.
(2) C. Laurent; histoire de la vie et des ouvrages de percy. Versailles, 1S27, pajje 17.
(3) Fabre ; recherches sur différents points de physiologie, de pathologie et de thérapeutique Paris, 1783, page 321.
m RPHÉMÉRIDES.
son premier caractère; il faudrait, en un mot, la renouveler ; mais le moyen d'y réussir? Ici, j'hésite; j'ose à peine articuler celui que j'ai mis en usage. Une nouvelle invasion de cetle maladie, l'introduction d'un nouveau virus, l'inoculation syphilitique, puisqu'il faut le dire, voilà celui que je crois seul capable de remplir cet objet (I). »
Qu'est-ce qui a pu porter l'auteur à concevoir et à exécuter cet audacieux projet? Ce sont des expériences pratiquées sur les animaux. Il présuma « que peutêtre dans l'homme cette expérience ne serait ni plus orageuse, ni plus incertaine. » (Fabre.)
Un petit méchant résumé publié à Bâle d'un Cours fait à Lyon, manifeste un ironique pressentiment de ce qui est arrivé par l'initiative dePercy et même de ce qui arrivera plus tard. « Quelque tête bien organisée, » y dit-on, « va sans doute bientôt proposer d'inoculer la vérole pour se soustraire à ses cruelles atteintes. Un pareil système n'aura pas sans doute besoin d'une réfutation bien ample. En attendant que ce système paraisse, et que par gradation Ton prouve qu'il faille inoculer dans l'enfance toutes les maladies qui dépendent d'un virus, pour en être à jamais préservé (2).»
Après avoir rapporté deux Observations et une seule Expérience, le prudent Percy feint la crainte d'être allé trop avant et semble se préparer à résipiscence. « Au reste, ce n'est point une découverte que je viens déposer au tribunal de la chirurgie, c'est seulement un aperçu; c'est, si l'on veut, un délire de mon imagination. Que je m'estimerais heureux s'il pouvait ouvrir une voie de plus dans le traitement des maladies vénériennes ou du moins suggérerquelque entreprise salutaire (3)! » E pur simuove!
Mais, soyez tranquille, quelqu'un se chargera d'amortir ce qui se montre encore de l'enthousiasme du jeune novateur; l'éteignoir n'est pas loin du flambeau ! Le boisseau à côté du candélabre!
Fabre, nourri dans le sérail..., est l'arbitre de la syphilis à l'Académie de chirurgie. C'est leRicord ou le Cullerier, pour ne citer que les morts, du siècle passé. Il a été huit ans l'élève et l'ami de J.-L. Petit. Savoir et savoir-faire. L'honneur et l'argent. Les arbitres de ce genre ne manquent jamais ! Fabreest nommé rapporteur. C'en est fait de l'œuvre de Percy.
Voici la substance du Rapport: Percy est plein d'avenir, il faut donc qu'il se tienne bien! Son travail renferme de bonnes choses, mais sa conclusion est mauvaise. Enfin, Fabre vante la sagesse et la réserve de Percy; il va même jusqu'à parler de son génie ! C'est pour l'étouffer!
Percy n'est désormais qu'une victime couronnée de fleurs et qu'on immole, ïl n'a plus été question de son idée, sur laquelle le silence du sépulcre pèse toujours. Mais certainement le Mémoire original existe quelque part, et l'heure de la renaissance est proche !
Récompense est promise à qui exhumera le travail de Percy de la poussière où il repose au milieu des papiers de l'Académie royale de chirurgie. Il est temps enfin de pénétrer dans ces catacombes delà science!
Laissé à lui-même, Percy n'aurait pas comprimé l'essor de ses aspirations. Peut-être que son esprit se serait élevé jusqu'à la perception nette des propriétés prophylactiques el curatives du virus. •
Vers la fin de sa carrière, alors que les fumées de la vaine gloire s'étaient
(1) Fabre, loc. cit., page 324.
(2) Portefeuille antivénérten, par MM. I,. et R., étudiants en médecine. Rédigé d'après les leçons publiques de M. d'Yvoiry Petit in-24; à Basle, 1785, page 211.
(3) Fabre, loc. cit., page 332.
dissipées et avaient fait place à des pensées plus sereines et détachées de ce monde, Percy exprimait, en présence de ses amis, le regret d'avoir laissé éteindre cette lampe qu'il avait allumée (1). 11 seglorifiait tout bas d'avoir guéri plusieurs personnes par l'application de sa méthode, et délivré deux généraux « d'une maladie qui les menait à une mort obscure et honteuse (2). »
Percy aurait tracé un sillon lumineux plus éclatant à travers la postérité, si le désir d'être utile l'eût emporté dans son esprit sur celui de ne pas déplaire; s'il eût préféré la vraie grandeur aux grandeurs, la gloire à la renommée, les suffrages de sa conscience et ceux de la postérité aux éloges de ses contemporains et aux palmes de l'Académie de chirurgie : en un mot si, élevant son caractère à la hauteur de son talent, il avait su affranchir son génie des entraves de toute pression étrangère.
Peut-être un jour exaltera-t-on la gloire de Percy pour rabaisser le mérite de ceux qui, avant de connaître ses travaux, se sont engagés dans la même voie et y ont découvert ses traces 1
l01' novembre 1828. — Fondation de la Gazette des hôpitaux. Le journalisme médical se développera désormais entre deux écueils, celui de n'enregistrer guère que des fragments de science, et celui d'abaisser la barrière qui doit exister entre notre libérale profession et les professions industrielles.
— 3 novembre 1722. — Mort de Jean Mery à Paris. Mery était aussi exact anatomiste qu'habile chirurgien. Il signala, le premier, dans le périnée de l'homme les deux petites glandes qui, par un quiproquo de la gloire, ont pris le nom de l'anglais Cooper.
M. Huguier s'est fait l'historiographe le plus consciencieux et le plus complet de ces mêmes glandules chez la femme et dans les femelles des mammifères.
Mery était chirurgien de l'Hôtel-Dieu lorsque vint à Paris, porté par la renommée, un homme vêtu de bure et coiffé d'un capuchon. Père Bridaine de la lithotomie, et ni plus ni moins qu'inventeur de la taille latérale, frère Jacques, — c'était son nom régulier, — ignorait les autres, pour ainsi dire, en s'ignorant lui-même. Sa simplicité, sa candeur et son abnégation n'avaient d'égales que son inscience et la confiance modeste qu'il apportait dans sa mission. Il opérait les malades et leur disait, sans se donner le soin de les panser : Votre opération est faite, Dieu vous guérisse !
Mery reçut l'ordre de voir opérer frère Jacques à l'Hôtel-Dieu et d'apprécier sa méthode. Il fit un Rapport assez favorable, et se rétracta en partie dans un second Rapport, trop empreint du rigorisme de la science constituée. Il aurai^ dû seulement signaler les perfectionnements dont la méthode de frère Jacques était susceptible et concourir à les réaliser.
Entre temps, le hollandais Raw, peu scrupuleux, ayant régularisé l'opération de frère Jacques, sans lui en faire honneur, acquit une grande renommée et une grande fortune.
Les passions et les intérêts des hommes se trouveront-ils donc toujours à rencontre de la vérité et de la justice!
— 19 novembre 1722. — Léopold Auenbrugger naît à Graetz, en Styrie. Sa biographie est courte, parce qu'il n'a été grand homme que longtemps après
(1) F. Ribes; mémoires et observations d'anatomie, de physiologie, de pathologie et DE chirurgie, Paris, 1841 ; tome I, page 416.
(2) M. L. Fournier ; manuel de siphilixie Paris, 1817; note de la page 70. *
sa mort. Il nous apprend qu'il fut disciple de Van-Swieten. On ignore la date de son décès. Voici le titre de son litre de gloire:
Leopoldi Auenbrugger medicina doctoris in cœsareo regio nosocomio nationum hispanico medici ordinarii, Invcntum novum ex percussione thoracis humani ut signo abslrusos intérni pectoris morbos detegendi. Vindobonœ, 1761 (1). C'est-àdire : NOUVELLE MÉTHODE POUR RECONNAITRE LES MALADIES DE LA POITRINE PAR
la percussion des parois de cette cavité, par Léopold Auenbrugger, docteur en médecine, médecin ordinaire de l'hôpital impérial de la nation espagnole. Vienne, 1761. — In-8°, 95 pages.
C'est un livre d'or. — L'auteur déclare d'abord qu'il n'a pris la plume ni par vanité ni par ambition, mais dans le désir de mériter l'approbation des justes appréciateurs de l'art médical. Il exprime ensuite son mépris pour les envieux qui ne manquent pas de poursuivre ceux qui ont enrichi les sciences et les arts par leurs découvertes.
Il termine son ouvrage en exprimant le ferme et légitime espoir de contribuer par cette publication au soulagement des malheureux malades (miseris segris (i) in solatium) et au perfectionnement de l'art médical.
Nous ignorerions peut-êlre l'existence de ce monument, s'il n'avait fixé l'attention de Stoll, et si Stoll n'avait obtenu l'admiration de Corvisart.
Cependant, un médecin de Montpellier, De Rosière de la Chassagne, en a publié en 1770 une traduction médiocre à la suite d'un traité médiocre des maladies de poitrine (3). Le prudent traducteur a bien garde de se compromettre; loin de lui le dessein de favoriser une nouveauté : Je ne dis rien, ni pour ni contre cette méthode (4). Il semble même essayer de dégager la propre responsabilité d' Auenbrugger; toujours est-il qu'il s'avise d'attribuer à Hippociale la première idée de la percussion. MaisHippocrate n'avait point pratiqué autre chose que la succussion thoracique.
Pouteau (de Lyon) a eu recours à la percussion en 1771. Voici un texte qui le prouve : « Les accidents toujours plus graves m'engagèrent plusieurs fois à regarder à nu la poitrine pour chercher, quoiqu'on vain, quelque différence sensible entre l'un et l'autre côté, pour essayer la percussion recommandée par M. Awenbrugger, médecin, comme un moyen de s'assurer quel est le côté affecté (o). »
Corvisart se fit le traducteur et le commentateur d'Auenbrugger. Il s'acquitta de ce rôle modeste et glorieux avec-sagacité et délicatesse (6).
Un certain Lœillard d'Avrigni voulut faire opposition à Corvisart comme Obicius avait réfuté Sanctorius, et comme Flesselle avait dénigré Fernel. Il ■Raccorde à la percussion aucune espèce de confiance. Il la croit illusoire, incertaine, et peut-être même dangereuse (7). Mérat prit la peine de le réfuter (8).
(1) Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris. Dans le catalogue VIII ; II; 2; 5.
(2) Corvisart a supprimé dans son texte le mot œgris, qui existe dans l'édition de Vienne.
(3) Manuel des pulmoniques, ou Traité complet des maladies de poitrine On y a
joint une méthode de reconnaître ces mêmes maladies par la percussion du thorax, traduite du latin d' Auenbrugger.
(4) Loc. cit., pa/e 7 de la Préface.
(5) Pouteau, œuvres posthumes, 1783; t. I, p. 336.
(6) Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine
par la percussion de cette cavité, par Auenbruirger ; ouvrage traduit du latin et
commenté par J.-N. Corvisart In-8°, Paris, 1808.
(7) Journal général de médecine, t. LXVII, p. 57.
(8) Ibidem, page 252 et suivantes.
M. Piorry, en inventant le plcssimètre, a agrandi et fertilisé le champ qu'avait défriché Auenbruggcr; il y a recueilli une riche moisson, tandis que Corvisart n'y avait plus guère trouvé qu'à glaner.
M. Piorry a rencontré aussi des Flesselle et des d'Avrigni qui lui ont reproché son enthousiasme, j'allais dire ses exagérations, comme si l'homme était capable de grandes choses sans la passion qui anime et la conviction qui soutient. Mais il a été bien vite dédommagé par l'admiration et le concours d'écrivains intelligents et dévoués. Les noms de Maillot (1) et d'Henri Favre (2) s'offrent ici, entre autres, sous ma plume.
Quant aux titres de M. Piorry (3) qui vont avoir leur couronnement dans le traité de plessimétrisme, ils ne peuvent, à cause de leur nombre, être mentionnés par occasion.
•19 décembre 1863. — Melchior Robert, chirurgien des hôpitaux et professeur à l'École de médecine de Marseille, vient de nous être ravi par une mort prématurée; il n'était âgé que de 43 ans.
D'un esprit juste et pénétrant, homme de conviction et par-dessus tout dévoué au progrès, Melchior Robert parvenait vile à discerner de l'erreur la vérité qu'il aimait passionnément. Il n'hésila jamais à se mettre en avant, à se sacrifier même pour la défendre. Dans une circonstance où il renia une erreur avec autant d'abnégation que de loyauté, il apporta dans sa conversion une bonne grâce et une ardeur empreintes de la plus vive et de la plus généreuse onction.
Telles étaient la délicatesse et l'aménité de son caractère, la droiture de son cœur et l'élévation de son esprit qu'il se faisait des amis de ses adversaires et des apôtres de ses amis.
Melchior Robert était bon et affectueux, d'un commerce doux et agréable; il était homme d'esprit et le modèle des hommes de cœur. Son honnêteté et sa foi dans le progrès n'avaient d'égales que la pureté et la vivacité de ses sentiments. Il ignorait ce que c'était que penser sans agir : son dévouement se trouvait à la hauteur et au bout de toutes ses convictions. Aussi est-il mort à la tâche et pour ainsi dire sur la brèche de la profession médicale et du bien public.
A toutes ses charges et à toutes ses occupations médicales, il joignait la fonction délicate et active de Conseiller, municipal à Marseille. Noble cumul, que celui qui consiste à sacrifier son repos et même sa vie au bien de ses concitoyens et aux intérêts de la science!
Melchior Robert est auteur de plusieurs travaux dont le plus important est un livre sur les maladies vénériennes. Cet ouvrage, parvenu à la deuxième édition, passe avec raison pour un des meilleurs traités que nous possédions sur la matière.
Melchior Robert laisse une veuve et deux enfants auxquels il lègue un nom pur et honoré.
(1) Traité pratique de percussion. Paris, 1843.
(2) France médicale, 1864, passim.
(3) Exposé analytique des principaux travaux de P. -A. Piorry In-4°,
Paris, 1856.
DBS APPLAUDISSEMENTS
ET