DANS LES CONCOURS A L'ÉCOLE DE MÉDECINE
Étant admis le concours comme le' meilleur mode pour la nomination des professeurs à l'École de médecine, je ne saurais approuver la manière dont se comportent les étudiants à l'égard des compétiteurs et des juges eux-mêmes. Je réprouve en toute conviction le droit qu'ils s'arrogent de témoigner de leur approbation et de leur improbation par des applaudissements et des sifflets. Ce prétendu droit constitue un abus dont il me sera facile de faire ressortir les inconvénients, je dirai plus, les dangers.
Je ne me dissimule pas que mes idées sur ce point pourront paraître étranges à ceux qui ne fondent leur manière de voir que sur un examen superficiel; mais je dis ce que je crois être la vérité, et je préfère cent fois encourir la critique de mes condisciples plutôt que de faire taire les inspirations de ma conscience: Amici homines, sed magis arnica veritas.
Loin de moi l'idée de porter atteinte au droit inaliénable de chacun déjuger par soi-même, de se faire une opinion personnelle et delà manifester; bien au contraire. Mais je veux qu'il existe dans les concours, comme ailleurs, une limite bien tranchée entre la liberté, qui met chacun à sa place, lui prescrit des devoirs en lui concédant des droits en raison du rôle qui lui est dévolu dans la société, — et la licence, qui pervertit les attributions et confisque tous les droits en s'affranchissant de tout devoir, c'est-à-dire qui, refusant de s'astreindre aux plus petites exigences sociales, prétend, par une choquante contradiction, multiplier les obligations, après avoir violé les prérogatives d'autrui.
La liberté est pour tout le monde, la licence est pour quelques-uns contre tout le monde. Leur confusion, qui n'est que trop fréquente, est vraiment déplorable dans ses résultats.
Les concours qui m'ont suggéré ces courtes réflexions en fournissent la preuve.
En effet, si les élèves veulent jeter leur gramme dans la balance de la justice, n'en résulte-t-il pas que les juges intègres et forts sont calomniés, et que d'autres cèdent aux influences qui les assiègent; que les compétiteurs, intimidés ou enhardis par de bruyantes manifestations, avisent moins à satisfaire leurs juges que leur auditoire, dont toujours les connaissances sont imparfaites, et la capacité, comme jury, souventen défaut? Delà ces bons mots, ces lazzis et ces calembours, que la science réprouve, et qui sont souvent mieux accueillis que les résultats d'une observation patiente et judicieuse, et que les fruits mûris d'une profonde méditation. N'en rôsnlte-t-il pas que le public extérieur, séduit par les apparences, indécis au milieu de jugements opposés, se prononce contradictoirement et à la légère, modifie à chaque moment son avis, ou s'arrête à une opinion mal assise et souvent erronée?
La scienco n'est pas, comme on l'a inconsidérément avancé, une république où le premier venu puisse mettre sa main dans l'urne. On n'obtient accès dans son sanctuaire qu'après un noviciat long et pénible : car, à ses yeux, ce sont les veilles surtout qui fondent les privilèges et les titres. La science, qu'on me permette cette allégorie, est une maîtresse jalouse et discrète, qui n'accorde ses faveurs qu'au dévouement absolu et irrévocable.
Qu'on ne se récrie pas si je refuse aux étudiants, si je me refuse à moi-même