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DES APPLAUDISSEMENTS ET DES SIFFLETS DANS LES CONCOURS

le droit déjuger. Il y a ici une distinction essentielle à établir: tout le monde peut juger, c'est-à-dire former un jugement, le formuler, mais non pas en sifflant ou en frappant des mains en présence des juges qui seuls ont droit de juger, c'est-à-dire de prononcer une décision.

Il est bien vrai que les épreuves de concours sont des épreuves de professorat, et, m'objectera-t-on, condamner les sifflets et les claquements de mains aux concours, c'est faire le procès des applaudisssements qui, chaque année, sont prodigués aux professeurs. Je ne recule pas devant les conséquences de mon principe, et je prétends qu'on ne doit pas applaudir les professeurs : car leurs cours ne sont pas de fait obligatoires, et s'abstenir d'y assister est un sifflet qui, bien que peu bruyant, va droit à son adresse. Quant aux applaudissements, vous en avez été trop prodigues pour qu'ils aient quelque valeur; c'est une monnaie qui ne doit plus avoir coiîrs que pour payer des comédiens. Je suis sûr que nos savants rient sous cape quand nous leur donnons des bravos larga manu et alta voce.

J'ajouterai, sans m'étendre davantage sur un point qui m'écarterait de mon objet, que nous allons aux cours pour apprendre, et que nous sommes rarement à même de nous prononcer a priori sur la qualité de la pâture intellectuelle que nous y allons chercher. Nous ne préférons que trop souvent à des mets confortables ceux qui flattent noire palais.

Eh! pourquoi, je vous prie* pour en revenir aux concours, voudriez-vous que les choses s'y passassent autrement qu'aux Chambres législatives, aux Tribunaux, aux Académies, etc.? Ici comme là sont des tribunes publiques, où l'on peut entendre en silence et se former un avis ; mais le public est-il admis à faire des lois, à porter un arrêt? Vote-t-il à l'Institut, à l'Académie de médecine? Non, sans doute, et je ne sache pas que personne ait voulu lui en reconnaître le droit. D'où vient donc une si flagrante opposition de doctrines? Si les cas ne sont pas semblables, qu'on mette le doigt sur le point qui les différencie ; qu'on m'arrête là où le raisonnement qui s'applique aux uns cesse d'être juste pour les autres.

Ce n'est guère qu'au théâtre que le public est admis à se prononcer bruyamment, pourvu qu'il ne dépasse pas certaines limites. « C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant. » Les spectacles en effet sont surtout et peut-être exclusivement destinés à l'amusement du public. Quoi de plus juste qu'il exige qu'on l'amuse? Heureux si les cabaleurs par état ou par goût ne venaient trop souvent altérer le plaisir du paisible spectateur!

Mais je devine une objection qui m'attend: En permettant d'avoir un avis, qu'on ne peut manifester bruyamment, vous faites une concession illusoire, car une opinion tacite mérite à peine d'êlre qualifiée de ce nom. Je concevrais facilement cette objection si nous vivions à Saint-Pétersbourg, où les étudiants ne peuvent pas juger 'défavorablement leurs professeurs, même en conversation, sans s'exposer à en subir la peine. Mais nous sommes en France, pays où la liberté existe, quoique limitée, pays où la presse aux cent bouches reproduit toutes les opinions qui méritent publicité. Une protestation écrite est légitime chez nous : pensez-vous qu'apostillée par des milliers de signataires elle n'aurait pas autant d'influence qu'un peu d'air agité par des sifflets? Je reviens ici à la distinction dont j'ai parlé entre la liberlé et la licence. Les étudiants russes ne sont pas libres, et nous, nous franchissons les limites de la liberté; nous nous jetons imprudemment dans le domaine de sa fausse sœur, la licence. Pour être trop exigeants sur des riens, nous provoquons à des représailles préjudiciables à la liberté : car, dans sa lutte contre la licence, le pouvoir s'arrête difficilement; le but atteint, il le dépasse; et foule aux pieds

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