‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 194 sur 205 · SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE · texte numérisé non relu

SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE

Messieurs et honorés Maîtres,

Les anciennes écoles faisaient jurer aux adoptes de notre profession de demeurer respectueux et reconnaissants envers leurs initiateurs; aujourd'hui l'expression de ce devoir ne passe plus par nos lèvres, mais il n'en est que plus inviolable dans nos cœurs. C'est pénétré de ce même devoir et de confiance en vos lumières et en votre bienveillance que je vais vous entretenir d'intérêts qui vous sont chers, parce qu'ils sont ceux de tous vos élèves, et par suite du corps médical entier.

Il s'agit, Messieurs, du professorat particulier de l'anatomie, dont plusieurs d'entre vous ont parcouru avec éclat la carrière, et dont l'existence est aujourd'hui frappée, au mépris de ses glorieuses traditions, et malgré la sanction expérimentale d'une utilité pratique de tous les jours et d'une féconde impulsion scientifique. Je n'ai pas la pensée de blâmer des intentions, je me borne, et mon rôle est bien assez triste, à déplorer l'erreur. Une plaie peut être dangereuse sans être envenimée et bien qu'on la dérobe aux regards, de même qu'on dissimule, sous le voile de l'intérêt des élèves, un ensemble de mesures attentatoires au libre essor des pensées scientifiques.

Ce serait abuser de vos instants que de vous détailler (d'ailleurs ne le savezvous pas mieux que moi?) ce qu'a été jusqu'ici l'enseignement dont je traduis en ce moment la détresse. Dans le principe, les professeurs particuliers étaient propriétaires d'amphithéâtres où ils enseignaient librement, comme on enseigne librement les mathématiques, la chimie, une science quelconque. Us ont dû plus tard, cédant à des convenances infiniment respectables d'hygiène et de moralité publiques, échanger ces amphithéâtres contre des locaux officiellement concédés, officiellement garantis, et dans lesquels ils pussent et purent, en effet, concourir aux progrès de la science, soit en s'appliquant à des recherches originales, soit en accomplissant un rôle plus modeste, celui de vulgarisateurs.

Or, le professorat est un sacerdoce dont personne mieux que vous ne sent la dignité, et de tout temps il a été permis au prêtre de vivre de l'autel. Aussi, de touttemps, les professeurs d'anatomie ont-ils traité de gréàgréavec les élèves, à la satisfaction mutuelle des deux parties contractantes, aussi légitimement, aussi dignement, aussi honorablement qu'un malade acquitte ou qu'un médecin reçoit des honoraires, sans que jamais personne ait songé à désapprouver ces libres et loyales conventions, dont la condamnation serait la ruine certaine de l'enseignement qu'elles garantissent et cimentent. Oui, Messieurs, il y a là un engage- .ent que personne n'est tenu de contracter, un engagement donc auquel l'élève ne souscrit qu'en pleine connaissance de cause, et j'y insiste; sans que rien ne l'y contraigne. Par conséquent, s'il se rapproche spontanément du professeur particulier, celui-ci le doit exclusivement à son travail, à son zèle, à son dévouement, en un mot, à ses qualités personnelles. Le libre choix de l'étudiant en médecine, l'inviolabilité de ses droits, quel que soit le

(1) Cette lettre a été écrite en 1843 a l'occasion des modifications attentatoires a la liberté de l'enseignement qui venaient d'être introduites a l'Ecole pratique avant, la rentrée de la Faculté et pendant l'absence de MM. les Professeurs.

Page 1