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LETTRE SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE

parti qu'il préfère, c'est une arclie sainte qu'a constamment respectée l'enseignement particulier de l'anatc-mic.

Tel est l'exposé succinct et fidèle des précédents de notre professoral.

Voici maintenant la part qu'on lui a faite:

On ouvre, comme par le passé, des amphithéâtres aux professeurs particuliers, on leur concède encore, à prix d'argent, une modique, bien modique part de sujets, je veux dire un sujet et une ouverture par mois, afin qu'ils puissent poursuivre à leurs dépens un enseignement public. En un mot, ils sont libres d'enseigner, avec un sujet et demi acheté par mois, de la même façon qu'un médecin serait libre dans l'exercice de notre art si, donnant les médicaments, il ne pouvait loucher d'honoraires; de la même façon encore qu'un Français serait libre de publier ses opinions, à la condition de payer le fisc et l'imprimeur sans mettre à contribution ses lecteurs. C'est là une bien généreuse innovation, sans doute, en fait d'interprétation de la Charte, qui promet la liberté de l'enseignement et proclame celle de la presse !

Il faudrait, Messieurs, de bien graves raisons, qui sont loin d'exister, pour arrêter au milieu de leur carrière des hommes qui ont suivi une vocation honorable, tandis qu'on voit de toute part se rétrécir les sentiers déjà bien étroits de la science et de l'honneur, et s'agrandir les voies du charlatanisme! Et c'est quand les intérêts solidaires de notre science et de l'humanité sont en souffrance, qu'on nous dénie les matières premières de l'enseignement! Pourquoi donc notre profession, si utile, et dont le noviciat est si long, se trouveraitelle frappée d'une aussi funeste exception? On ne veut sans doute pas disconvenir que la concurrence ne soit un des plus puissants mobiles de progrès. Mais alors de quelle valeur peut être le motif que l'on prétexte de l'inutilité et même des dangers du professorat particulier? Inutile et dangereux, aurait-il prospéré longtemps? Quoi ! des élèves qui se succèdent sans s'entendre, que le besoin d'instruction seul dirige, auraient, comme d'un commun accord, secondé une institution contraire à leurs vœux ! Non, sans aucun doute: et ce qui prouve précisément la vitalité du principe de la liberté de l'enseignement, c'est qu'on est obligé, pour l'étouffer dans un cas particulier, d'innover contre lui des articles réglementaires. Il vit, puisqu'on le frappe; il est vivace, puisqu'il résiste; et, si vous souffrez qu'il succombe aujourd'hui, il ressuscitera demain, parce que les principes sont éternels!

S'il ne me convient pas d'insister sur ce qui nous concerne, mes collègues et moi, je puis et je dois le faire dès qu'il s'agit des intérêts d'autrui. Or, vous n'ignorez pas, vous, Messieurs, que des médecins instruits, que des notabilités même, soit de Paris, soit de la province et de l'étranger, sont venus, à la veille d'un concours, d'une opération, d'un travail quelconque, ou bien dans un pur intérêt de science, demander pour des heures, des jours, des époques particulières, des renseignements, et souvent même des leçons à ceux qui se livrent à la pénible et utile carrière de l'étude cadavérique. Ai-je besoin, en un mot, de vous dire ce que nous vous devons en partie, à savoir que l'école de Paris est le centre de tout enseignement médical en Europe, et que les étrangers, -gradués ou non, viennent dans le sein de l'École pratique apporter ou chercher des lumières, comme ils viennent le faire dans les hôpitaux. Faut-il donc, en les mal accueillant, répudier une partie de notre gloire nationale, cl déroger (puisse n'être point par système) aux généreuses traditions qui depuis Louis XIV n'ont cessé d'étendre sur le monde la suprématie de la France? Pardonnez-moi la digression et peut-être l'exagération de celte dernière phrase, à cause de la probité de mes sentiments et de la sincérité de mes convictions.

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