‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 196 sur 205 · LETTRE SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE

Au reste, Messieurs, il n'est malheureusement pas besoin de chercher ailleurs que parmi les élèves français les victimes des mesures que je vous dénonce. Vous multipliez tous los jours, et avec raison, les barrières que doivent franchir les futurs docteurs ; or, n'est-ce pas pour les candidats être mis à l'épreuve de la plus amère dérision, que de voir s'accroître votre exigence, en môme temps que se resserrer le cercle des moyens auxquels ils peuvent recourir pour y satisfaire? Quel parti seront-ils contraints d'adopter pour apprendre l'anatomie? Ils préféreront à l'antique quartier latin, pouryfixer leur demeure, le voisinage d'un autre amphithéâtre et d'autres pavillons d'où il ne leur sera pas possible de venir, plusieurs fois dans le jour, assister aux cours et aux examens de l'École de médecine. Mais, objectera-t-on peut-être, nous préviendrons ces déplacements en rendant obligatoires les exercices de l'École pratique. Comme si l'on pouvait concilier une pareille contrainte avec les libérales allures de votre enseignement! Quoi donc! vos élèves, vos aides d'analomic dirigeront des exercices obligatoires, quand vos cours, vos cliniques ne le sont pas! Je

m'arrête J'ai touché une corde qu'un sentiment de délicatesse ne me permet

pas de faire vibrer plus fort. Et puis, Messieurs, ne doit-on pas tenir compte, dans nos institutions médicales actuelles, de positions exceptionnelles où se trouvent un grand nombre d'élèves, positions qu'on pourrait sans doute modifier en changeant tout, mais qui n'en sont pas pour cela moins respectables?

Voici quelques-uns de ces élèves. Ce sont : — Ceux qui ont été malades.

— Ceux qui suivent deux enseignements différents. J'en connais, par exemple, et dans l'élite des jeunes gens, qui aspirent au double honneur du doctorat en Sorbonne et du doctorat en médecine. — Ceux qui fréquentent des hôpitaux ou hospices très-éloignés, tels que l'hôpital Saint-Louis et l'hospice de Bicêtre.

— Ceux qui habitent des maisons de santé, ou bien d'autres établissements particuliers où ils rendent des services. — Ceux qui sont chirurgiens militaires et qui viennent en congé pour subir des examens. — Ceux qui se livrent à un professorat particulier quelconque, ou bien remplissent des fonctions dans des établissements universitaires ou nationaux. — Ceux qui sont pressés par leurs parents, par des affaires. — Ceux qui ont échoué à leur deuxième examen. — Ceux qui n'ont point renoncé à l'anatomie après avoir subi honorablement le deuxième examen. — Ceux qui désirent travailler pendant les vacances. — Ceux dont l'intelligence ne répond pas au désir ou au besoin d'apprendre. — Ceux qui veulent pousser leur instruction sur une partie spéciale plus loin qu'on ne le fait habituellement. — Ceux qui sont autorisés par la loi et les règlements à subir des examens pour obtenir'le grade d'officiers de santé sans être bacheliers ès lettres, et par conséquent sans avoir pris d'inscriptions.

Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre. Le professorat particulier est indispensable à tous les élèves que je viens de passer en revue, ainsi qu'à beaucoup d'autres, en supposant qu'il soit inutile à la majorité des étudiants; et je soutiens que les nouvelles mesures nous rendront désormais impossible, non-seulement l'enseignement pratique, mais encore l'enseignement théorique.

Que pouvons-nous faire en effet, relégués et isolés (car on nous conteste jusqu'au nombre de nos prosecteurs!) avec un sujet et demi par mois, dans un pavillon qui ne reçoit le jour que d'un côté? Si je ne craignais do parler de moi, je vous dirais, Messieurs, que dans mon cours do l'hiver dernier, sans d'autres jours d'intermission que les jeudis et les dimanches, j'ai fait quatorze leçons sur les centres nerveux. Où aurais-jo pris la matière de cet enseignement, sans les sujets des élèves que je dirigeais, et même do ceux qui, sachant mes démonstrations gratuites, s'empressaient de contribuer à les rendre le

Page 1