‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 35 sur 205 · EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS A L'APPUI · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS A L'APPUI

Je donne avec un grand regret des détails longs et fastidieux; mais ces détails, écrits jour par jour, ne sauraient être résumés sans être interprétés, et par conséquent sans risquer d'être altérés.

Première série d'expériences et d'observations.

Le sujet de ces expériences est un vieux singe macaque dont j'ai parlé plus haut, et qui ne pouvait se lécher vers certaines parties, et notamment ta partie inférieure du scrotum, la face plantaire, et les commissures de ses mains de derrière, à cause d'une paralysie des membres supérieurs. Le malade auquel j'emprunte du pus est âgé de27 ans; il jouit d'une bonne constitution, et n'a pas eu d'autre uccident vénérien qu'un écoulement, antérieurement il la maladie dont il est atteint. Celle-ci consiste en un chancre du frein,

datant de cinq semaines, et en un bubon, à gauche, ulcéré depuis quatre jours; c'est le bubon qui m'a fourni le pus dont je me suis servi.

18 juillet 1844. Inoculation par trois piqûres peu distantes les unes des autres sur le

sourcil droit :

Chancre sourcilier droit, 1« jour.

25 juillet. — Chancre sourcilier droit, 8e jour. Deux des inoculations n'ont pas réussi. A la troisième existe un chancre sous une croûte.

Les efforts qu'on a faits pour prendre le singe dans sa cage ayant déchiré la croûte, on voit très-bien ce chancre qui est circulaire et présente 3 millimètres de diamètre.

l»r août. — Chancre sourcilier droit, 15e jour. 11 a 5 millimètres de diamètre. Je respecte la croûte qui le recouvre. Je fais de nouvelles inoculations d'un pus emprunté â un chancre phagédénique, et conservé pendant trois heures sur de la charpie, aux trois premières commissures de la main postérieure gauche :

Chancre commissural postérieur gauche, l" jour.

7 août. — Chancre sourcilier droit, 21e jour. Il paraît stationnaire. En soulevant la croûte, je le trouve arrondi, légèrement déchiqueté, pointillé ou piqueté à sa circonférence. Son fond est grisâtre, granulé. C'est un chancre type sans induration.

Chancre commissural postérieur gauche, 1° jour. Une ulcération existe à la première commissure digitale.

12 août. — Chancre sourcilier droit, 26° jour. Il s'est rétréci sans s'indurer.

Chancre commissural postérieur gauche, 12e jour. II s'est étendu surtout en profondeur.

16 août. — Chancre sourcilier droit, 30e jour. Sa croûte offre à peine 2 millimètres de diamètre. Cette croûte est fort adhérente et je ne l'enlève point.

Chancre commissural postérieur gauche, 16° jour. Il s'est encore étendu. J'en racle un peu la surface dans l'intention d'y prendre du pus que je veux inoculer ailleurs. Ce pus s'est mélangé de sang et j'ai pratiqué du même côté une inoculation au talon et dans plusieurs points de la face palmaire du pouce. Ces inoculations n'ayant pas réussi il n'en sera plus question.

18 août. — Chancre sourcilier droit, 32e jour. Il présente la même croûte, mais plus dure et plus sèche que précédemment.

Chancre commissural postérieur gauche, 18e jour. Il s'est un peu rétréci. Je romps sa croûte et je racle sa surface pour en recueillir du pus. Il saigne. Sa base est dure, c'est d'après moi de l'induration. Je fais avec son pus une inoculation au côté gauche du raphé scrotal et inférieurement :

Chancre scrotal gauche, 1« jour.

19 août. — Chancre sourcilier droit, 33° jour. Idem que le 18.

Chancre commissural postérieur gauche, 19° jour. Croûte, induration se prononçant mieux. J'y prends du pus que j'inocule à droite du raphé scrotal et inférieurement : Chancre scrotal droit, 1er jour.

Chancre scrotal gauche, 2° jour. Il y a une vésicule.

21 août. — Chancre sourcilier droit, 35° jour. La croûte s'étant rompue et détachée, on voit que l'ulcération existe.

Chancre commissural postérieur gauche, 21e jour. Rétrécissement, induration. Chancre scrotal gauche, 4° jour. Légère pustule. Chancre scrotal droit, 3* jour. Petite vésicule.

22 août. — Chancre sourcilier droit, 36e jour. Croûte.

Chancre commissural postérieur gauche, 22c jour. Croûte, induration

Chancre scrotal gauche, 5° jour. La pustule est sèche et dure; il est douteux qu'il y ait réellement chancre. (Je donne la transcription exacte de mes notes.)

Chancre scrotal droit, 4° jour. Croûte, pus sous la croûte. Ulcère à fond grisâtre, ■ pointillé de rouge ; bords découpés et taillés à pic. L'ulcère saigné quand on veut y ! prendre du pus. Je fais une inoculation de son pus à la partie interne de la cuisse droite i avec une lancette peu acérée. J'inocule encore au prépuce et au gland dans plusieurs • endroits ; toutes ces inoculations ont été négatives à l'exception de celle de la cuisse droite :

Chancre fémoral droit supérieur, l°r jour.

23 août. — Chancre sourcilier droit, 37<= jour. Croûte. Je romps la croûte, il y a une c cicatrice sous elle.

Chancre commissural postérieur gauche, 23° jour. Croûte. Je romps la croûte, il y a cicatrice. A dater de ce jour l'induration a diminué graduellement pendant quinze iours » au bout desquels il n'en restait plus de traces. -,

Chancre scrotal gauche, 6» jour. Papule comme ectymateuse, douloureuse; est-ce une inoculation qui n a pas réussi ou une pustule avortée ? (Transcription de mes notes )

Chancre scrotal dtoit, 5° jour. Croûte volumineuse, beaucoup de pus au-dessous. Le

DE LA SYPHILISATION

fond du chancre est parfaitement caractérisé. J'inocule ce pus à la cuisse droite, plus bas que précédemment :

Chancre fémoral droit inférieur, 1er jour.

Chancre fémoral droit supérieur, 2° jour. Croûte et ulcération sous-jacente.

24 août. — Chancre scrotal droit, C° jour. Croûte, pus abondant. Je prends de ce pus que je dépose sur le gland. Je frictionne beaucoup cet organe contre le prépuce.

Chancre fémoral droit supérieur, 3e jour. Croûte que je respecte. Chancre fémoral droit inférieur, 2e jour. Suintement séreux.

25 août. — Chancre scrotal droit, 7e jour. Croûte. Chancre fémoral droit supérieur, 4e jour. Croûte. Chancre fémoral droit inférieur, 3e jour. Croûte.

26 août. — Chancre scrotal droit, 8e jour. J'enlève la croûte, pus encore assez abondant. Caractère chancreux très -prononcé, fond grisâtre, bords taillés à pic. J'y prends du pus que je mets entre le prépuce et le gland, puis je fais exécuter au prépuce des mouvements de frictions contre le gland. Rien n'est paru plus tard sur le gland ni sur le prépuce. Il faut remarquer que la muqueuse de ces organes et particulièrement du gland est bien plus épaisse qu'elle ne l'est chez l'homme.

Chancre fémoral droit supérieur, 5e jour. Croûte. Chancre fémoral droit inférieur, 4e jour. Croûte.

27 août. — Chancre scrotal droit, 9e jour. La croûte s'est enlevée, il y a pus concret et peu abondant. Il existe des fongosités rouges dans le fond du chancre; celui-ci paraît ovalaire ; son plus grand diamètre a une ligne et demie et son plus petit une demi-ligne, son bord gauche est gonflé, saillant, comme induré.

Chancre fémoral droit supérieur, 6e jour. La croûte s'est rompue. Le pus est liquide et peu abondant.

Chancre fémoral droit inférieur, 5e jour. Je romps la croûte, pus.

28 août. — Chancre scrotal droit, 10e jour. Croûte, un peu de pus. Je l'inocule sur le prépuce et le gland. Cette inoculation a été sans résultat.

Chancre fémoral droit supérieur, 7e jour. Croûte. Chancre fémoral droit inférieur, 6e jour. Croûte.

Je fais de nouvelles inoculations avec du pus pris dans un chancre ganglionnaire ouvert depuis trois jours. (Le pus de cet ulcère inoculé à un autre singe a donné de trèsbeaux chancres.) Je fais quatre inoculations, une à chaque commissure de la main postérieure droite:

Chancres commissuraux postérieurs et droits, 1er jour, et quatre à la face interne de la cuisse gauche :

Chancres fémoraux gauches, 1er jour.

29 août. — Chancre scrotal droit, 11e jour. Croûte étroite, adhérente. Chancre fémoral droit supérieur, 8e jour. Croûte étroite. Chancre fémoral droit inférieur, Ie jour. Croûte étroite. Chancres commissuraux postérieurs et droits, 2e jour. Rien. Chancres fémoraux gauches, 2e jour. Rougeur et élevure.

30 août. — Chancre scrotal droit, 12e j0Ur. Papule et dureté. Cette dureté a fini par disparaître graduellement.

Chancre fémoral droit supérieur, 9e jour. Cicatrice rougeâtre sous la croûte. Chancre fémoral droit inférieur, 8« jour. Cicatrice et léger suintement sous la croûte. Je n'en parlerai plus.

Chancres commissuraux postérieurs et droits. 3° jour, Rien. Chancres fémoraux gauches, 3e jour. Croûtes.

31 août. — Chancre commissural postérieur et droit, 4e jour. La troisième commissure présente un petit chancre peu vivace.

Chancres fémoraux gauches, 4e jour. Avortement.

1er septembre. — Chancre commissural postérieur et droit, 5e jour. II marche vers la cicatrice. J'introduis, avec une sonde, du pus blennorrhagique dans l'urèthre. Aucun résultat n'ayant été produit, je ne parlerai plus de cet essai.

2 septembre. — Chancre commissural postérieur et droit, 6e jour. Cicatrice presque

entière.

5 septembre. — Il n'y a à peu près plus aucune trace de chancre.

Depuis le 5 septembre jusqu'au 25 du même mois de nombreuses inoculations ont été reproduites et variées avec du meilleur pus sans que rien ait été obtenu. Je ne parle pas de quelques papules ectymateuses éphémères qui n'ont laissé après elles qu'un peu de dureté*

Ces essais sont refaits avec le même insuccès du 15 au 30 octobre : de petits ulcères étroits et bientôt cicatrisés, de petites papules éphémères, voilà tout ce qu ils ont lourm.

De nouveaux essais échouent de même du lor au 10 novembre. Un jeune macaque, inoculé en même temps, et avec le même pus, a eu de3 chancres qui ont duré de 15 à 20 jours.

Le since meurt le 3 décembre. Tous les organes sont trouvés sains, à l'exception des organes pectoraux. Il y a pleuro-pneumonie à droite avec épancbement. Quelques ganglions axillaires et cervicaux, du côté droit, sont un peu plus rouges que ceux du côté opposé.

Dans le commencement de cette série d'expériences, la suppuration était abondante. Si mes visites n'étaient pas plus rapprochées, c'est parce que je tenais à ne pas fatiguer l'animal et à respecter les croûtes qui se formaient sur ses ulcérations. On était malheureusement obligé de faire trop d'efforts pour le prendre dans sa cage. En se reportant à l'époque dont il s'agit, on voit qu'alors j'échouais souvent, même quand un animal était indemne de toute inoculation, à cause de mon défaut d'habitude. Mais les revers que j'éprouvais ne diminuent en rien l'intérêt qui s'attache à ces expériences. En voici les principales conclusions :

■1° Du pus chancreux, conservé pendant trois heures sur de la charpie, a pu être inoculé avec succès (la connaissance de ce fait n'est pas nouvelle; j'ai d'ailleurs conservé du pus chancreux pendant plusieurs jours sans qu'il s'altérât; je ne mentionne donc cette conclusion que parce que des assertions contraires ont été émises dans ces derniers temps).

2° L'induration d'un chancre peut disparaître spontanément (c'est même ce qui a lieu ordinairement).

3° Un chancre de singe peut durer 35 jours (témoin le chancre sourcilier droit).

4° Le pus d'un chancre phagédénique a produit des chancres ordinaires et un chancre induré. D'où la nécessité d'admettre l'unité du virus chancreux.

1° On voit sur le même animal le second chancre s'indurer, tandis que le premier, le troisième, le quatrième, le cinquième, etc., ne s'indurent pas. C'est encore une preuve de l'unité du virus chancreux. Cela démontre en outre qu'il peut y avoir des inconvénients à multiplier les chancres sur un individu, à moins qu'on ne veuille les conduire jusqu'à la syphilisation.

6° Des chancres ont été seulement produits dans des lieux où l'animal ne pouvait pas se lécher (on peut à la rigueur en produire partout).

7° Quand un chancre est produit après un autre chez un animal, ce deuxième chancre dure moins que le premier, quelle que soit la source qui en a fourni le pus. Ce deuxième chancre se cicatrise, suivant les cas, plus tôt, en même temps, ou plus tard que le premier. Un troisième chancre est au deuxième ce que le deuxième est au premier, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus donner au même animal que des chancres avortés, c'est-à-dire qui mettent plus de temps que les autres à paraître après la contamination, pour disparaître très-rapidement. Enfin il n'est plus même possible de donner à cet animal aucun chancre.

8° Le pus blennorrhagique et le pus chancreux, déposés autour du gland, ou conduits dans l'urèthre, n'ont rien produit, qu'on ait ou non préalablement pratiqué des écorchures (mais celte partie des expériences n'a pas une grande valeur, parce que l'animal était très-près de la syphilisation, si même il n'était pas complètement syphilisé).

J'ai supprimé, dans le compte rendu, déjà trop long, de cette série d'expériences, de minutieux détails sur d'autres essais que j'ai tentés. J'ai promené, par exemple, sans aucun résultat, à la surface de la conjonctive oculaire et do la conjonctive palpébrale du singe, un pinceau trempé dans du pus chancreux

DU LA SYPHJLISATION

ou bien clans du pus blennorrhagique. L'époque avancée de ces tentatives, eu égard à la syphilisation, était peut-ôtre de nature à en compromettre le succès. Je dois pourtant dire que l'animal, s'ctant un jour débattu, me fit jaillir sur l'œil du pus d'un chancre ganglionnaire (pus que je cherchais à lui inoculer en ce moment), et que je n'ai ressenti ni douleur ni irritation. J'ai plusieurs fois reproduit cette espèce d'accident sur les animaux, et ceux-ci ne m'ont pas paru souffrir davantage que si on leur eût déposé un peu d'eau sur la surface du globe de l'œil.

Deuxième série d'expériences et d'observations.

Le sujet de ces expériences est un jeune singe macaque toque femelle, âgé d'environ 15 mois. Le procédé opératoire qui a été mis en usage diffère peu de celui qui est indiqué dans les généralités de ce mémoire. Le pus a été emprunté à deux chancras indurés, siégeant l'un à la partie supérieure du prépuce, et l'autre sur le dos de la verge d'un même malade. Ce pus, très-peu abondant, a été déposé, trente heures avant l'opération, sur une des deux faces d'un bouchon de liège. Pour opérer, je l'ai préalablement délayé dans un peu d'eau tiède.

27 octobre 1844. — Les inoculations ont toutes été faites du côté gauche et vers les parties suivantes :

1° Le sourcil :

Chancre sourcilier gauche, le" jour.

2° La face externe du pavillon de l'oreille (le lieu précis n'est pas indiqué dans mes notes) :

Chancre auriculaire gauche, 1er jour.

3° La narine (sans indication d'un lieu plus précis) :

Chancre nasal gauche, 1er jour.

29 octobre. — ■ 3e jour. Trois pustules; leur rupture laisse trois chancres bien caractérisés pour moi, mais, j'en conviens, qui ne le seraient peut-être pas assez pour d'autres.

30 octobre. — 4° jour. Les chancres sont mieux caractérisés.

31 octobre. — 5e jour. Chacun des chancres est recouvert d'une croûte épaisse et élevée, la circonférence en est rouge, tendue. En soulevant les croûtes on fait sortir un pus abondant. Je me sers de ce pus pour faire trois autres inoculations : une avec chacun des pus pris sur les trois ulcérations existantes ; ces inoculations sont faites en dehors de l'orbite du même côté gauche :

Chancre orbitaire supérieur, 1er jour.

Chancre orbitaire moyen, l^jour.

Chancre orbitaire inférieur, 1»' jour.

1er novembre. — Le chancre sourcilier gauche, 6e jour, et le chancre auriculaire gauche, 6e jour, sont très-développés. J'y prends une quantité considérable de pus que je dépose sur une plaque de verre à vaccin. J'ai inoculé ce pus à des oiseaux (mes notes se bornent à indiquer quelle résultat de ces inoculations a été douteux chez les oiseaux).

Le chancre nasal gauche, 6e jour, est peu développé, mais très-caractérisé; son fond est grisâtre, ce chancre est sur les confins de l'action de la salive. Les trois inoculations orbitaires, 2e jour, sont représentées par des pustules.

2 novembre. — 7e et 3° jour. Les six chancres, à l'exception du nasal, sont bien développés; aucun d'eux ne présente de vestige d'induration.

3 novembre. — Rien dans mes notes sur la description des six chancres; j'indique seulement que j'y prends du pus pour faire six inoculations sur les parties semblables du côté opposé de façon a'avoir :

1» Chancre palpkbral droit, l«r jour.

2° Chancre auriculaire droit, 1er jour.

3° Chancre nasal droit, 1er jour.

4° Chancre orbitaire supérieur droit, 1er jour.

5° Chancre orbitaire moyen droit, le jour.

G0 Chancre orbitaire inférieur droit, l<" jour.

4 novembre. — Six chancres à gauche, 9e et 5° jour, et six pustules à droite, 2° jour* Je note seulement qu'à gauche il n'y a pas d'induration.

5 novembre. — Les chancres du côté gauche restent slationnaires, ceux du côté droit se cachent sous une croûte assez épaisse. Ils sont tous les douze de vrais types et je les montre ;'i l'Académie île médecine.

6 novembre. — Les chancres du côté gauche ont un peu diminué d'étendue, ceux du côté droit, au contraire, se sont accrus, mais ils sont peu vivares. Le chancre nasal droit est comme avorté. Je montre ranimai a la Société de chirurgie. Une discussion s'engage parmi les membres de cette compagnie savante qui conviennent généralement que les ulcérations ressemblent à des chancres. Ils constatent également qu'il n'y a dans le voisinaïe aucune trace d'induration (1). ...

7 novembre. — Chancre sourciller gauche, 12° jour. Il a 5 millimètres de diamètre. Chancre auriculaire gauche, 12e jour. Il a 4 millimètres dans son plus grand diamètre qui est vertical, car le chancre lui-même est ellipsoïde.

Chancre nasal gauche, '12° jour. Il en reste à peine de traces et je n'en parlerai plus.

Chancres orbitalres gauches. Se jour. J'indique seulement dans mes notes qu ils marchent bien et fournissent beaucoup de pus.

Chancres droite. Variablement développés à part le nasal qui est avorté. J'indique dans mes notes qu'il n'y a pas d'induration.

11 novembre. — Chancre sourciller gauche, 16e jour. Il a encore 5 millimètres de diamètre.

Chancre auriculaire gauche, 16e jour. Il n'y a pas de changements; je respecte la croûte.

Chancres orbitalres gauches, 12" jour. Statu quo.

Je me sers de leur pus pour faire deux inoculations distantes de 1 centimètre à la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille gauche : Chancre mastoïdien gauche supérieur, 1er jour. Chancre mastoïdien- gauche inférieur, 1er jour. Chancres droits, 9e jour. J'y prends du pus pour faire Les Chancres mastoïdiens supérieurs droits, 1er jour, Et le Chancre mastoïdien inférieur droit, 1er jour.

12 novembre. — Je lis seulement dans mes notes que M. Nélaton, accompagné de M. Deville, vient faire une inoculation à la paupière inférieure gauclieavec du pus pris au chancre palpébral supérieur gauche. J'ai noté plus bas qu'il y avait eu là une vésicule, puis une pustule avortée.

15 novembre. — Chancre sourcil 1er gauche, 20ejour.Il a 3 millimètres d'étendue sous une croûte. Il n'y a pas de trace d'induration.

Chancre auriculaire gauche, 20e jour. Il a 2 millimètres de diamètre sous une croûte. Il n'y a pas non plus de trace d'induration.

Chancres orbitalres gauches, 16e jour. Us se sont beaucoup rétrécis. Pas d'induration.

Chancres droits, 13e jour. Il n'en existe plus que trois (je fais abstraction des chancres mastoïdiens dont je parlerai plus loin) : le palpébral, l'auriculaire et l'orbitaire supérieur.

J'arrive aux mastoïdiens : A gauche existent seulement deux pustules avortées, à droite deux petits chancres qui s'éteignent bientôt et dont je ne parlerai plus.

16 novembre. — Chancres gauches, 21e et 17e jour. Ils sont plus rétrécis, leurs croûtes sont sèches.

Chancres droits, 14e jour. Ils sont dans le même étatquè le 15 novembre. 20 novembre. — Il n'y a plus de traces de tous ces chancres qui se sont éteints sans induration.

Depuis cette époque jusqu'au commencement du mois de janvier de l'année suivante, j'ai multiplié les expériences avec de nouveau pus ; quelquefois j'ai eu de légères pustules, de petites vésicules, et des chancres étiolés. (On voit que le singe était saturé.) Du pus pris sur un de ces chancres éphémères a aisément donné des chancres à un singe bien portant, et indemnejusque-là de l'action du virus syphilitique.

L'animal est mort, vers le 15 janvier, d'une phthisie pulmonaire dont il était déjà atteint lorsque j'ai commencé mes expériences. Les poumons, et surtout la rate, sont farcis de tubercules ; des traces de phlogose existent vers la plèvre gauche.

Cette observation est remarquable à plus d'un titre:

1° Le succès a répondu à chaque inoculation, tant à cause du perfectionnement du procédé opératoire, qu'à cause du meilleur choix du lieu sur lequel ces inoculations étaient pratiquées.

(1) Voir à la suite de ce Mémoire, DOCUMENTS A L'APPtJl, 1844-1851 j n»« 1 et 2, p. 61/

20 DE LA SYPII1LISATION

2° On suit, pour ainsi dire, pas à pas, les progrès de la syphilisation. Celle-ci est presque complète, lorsqu'à la date du 12 novembre, une inoculation est pratiquée par M. Nélaton. Je ne connaissais pas alors la cause de l'insuccès, et je n'ai pas pu par conséquent en donner à ce chirurgien une explication satisfaisante.

3° On voit que les deux chancres nasaux sont moins vivaces que les autres; c'est probalement en parLic parce qu'ils sont sur les confins du domaine de la langue.

4° Les pustules (exceplé vers la fin des expériences) se sont développées trèsrapidement, c'est-à-dire en raison de l'activité vitale de l'animal. Cette circonstance est très-favorable pour faire des inoculations diagnostiques. Il est trèsavanlageux de pouvoir obtenir un prompt résultat.

5° Les petits chancres qui sont avortés et en voie rapide de cicatrisation, n'en sont pas moins inoculables à un animal indemne de l'action du virus chancreux. Si leur pus ne s'inocule pas facilement à l'animal qui les porte, c'est parce que celui-ci est plus ou moins syphilisé.

6° Les chancres ne se sont pas indurés, bien qu'ils aient été produits par des chancres indurés. Cette circonstance est à l'appui de l'unité du virus chancreux.

7° Des chancres non indurés ont conduit à la syphilisation. 8° Enfin le pus était inoculable après avoir été gardé pendant 30 heures, puis délayé dans de l'eau (résultat antérieurement connu).

Troisième série d'expériences et d'observations.

Le sujet de ces expériences est un jeune singe dont mes notes n'indiquent ni l'âge précis ni l'espèce ; il est phthisique et tousse beaucoup. J'ai pris du pus à un cliancre ganglionnaire qui en a déjà fourni, pour faire de bonnes inoculations, consignées dans la première série ; ce pus, très-peu abondant, et dont il était très-difficile, à cause de cela, de charger la pointe d'une lancette, avait été emprunté au chancre depuis une heure environ, et déposé sur de la charpie.

16 juillet 1S44.— Plusieurs inoculations sont faites par la lancette et au moyen de piqûres assez profondes pour faire couler du sang, à la face palmaire de la main droite. Le singe, a en outre sucé et exprimé avec ses dents, pendant plusieurs minutes, la charpie im prégnée du pus contagieux.

17 juillet. — Aucun effet n'est produit.

18 juillet. — Pas d'observation.

19 juillet. — Excoriation manifeste à l'une des piqûres de la paume de la main : Chancre palmaire droit, 4e jour.

20 et 21 juillet. — Pas d'observations.

22 juillet. — Chancre palmaire droit~c jour. L'ulcération s'est un peu agrandie, elle est cachée sous une croûte. Il n'y a pas assez de pus pour qu'on puisse pratiquer une contre-inoculation.

23 juillet. — Chancre palmaire droit, 8e jour. Croûte insignifiante que je respecte.

24 juillet. — Chancre -palmaire droit, 9R jour. Ablation de la croûte, pus très-concret.

25 juillet. — Chancre palmaire droit, 10° jour. A peine trouve-t-on les traces du chancre.

2G juillet. — Je note que la pathisie marche très-rapidement.

28 juillet. — Je mets du pus blennorrhai.rique en contact avec le gland et le prépuce. (Aucun effet n'a été produit. I J'inocule par 4 piqûres un pus chancreux au sourcil et à la paupière supérieure gauche. Je frotte en outre la partie inoculée et la surface du globe oculaire avec du diachylum sur lequel a été déposé et conservé le pus.

29 juillet. — Il y a vers ls globe oculaire une espèce d'écoulement muqueux qui cesse au bout d'un jour et qui, par conséquent, peut, provenir d'une irritation mécanique.

Deux papules s'obser'-ent au sourcil.

30 juillet. — Deux chancres au SOURCIL, 3° jour.

31 juillet. — Les chancres rie paraissent pas actifs» La consomption marche rapidement. 1" août. — Idem.

2 août. — Les chancres sont petits, peu actifs, stationnaires. 5 août. — Chancres éteints ; animal moribond. 12 août. — Mort.

Autopsie. Rien à la place des piqûres; rate convertie en une masse de tubercules

suppures ; groupes tuberculeux épars dans les reins et le foie; poumons fai-cis de tubercules non suppuras, et proportionnellement moins abondants que ceux de la rate; tubercules bronchiques. Le cerveau est exempt d'altération.

J'ai rapporté cette série, parce qu'elle est la seule de son espèce; mais je conviens qu'il faut être extrêmement réservé dans les réflexions qu'elle suggère, et qui demandent à être confirmées par d'autres faits. Voici ces réflexions :

■1° Le singe peut impunément sucer des gâteaux de charpie imprégnés de pus chancreux, et avaler ce pus.

2° Les chancres sont peu vivaces dans les endroits que l'animal peut lécher. On ne peut pas objectera celte proposition l'état de phthisie, car bien des faits m'ont démontré que cet état n'a pas d'influence sur la marche des chancres.

3° Il ne paraît pas qu'il en soit de même de l'état des fonctions qui sont sur le point de s'éteindre; dans cet état, les chancres semblent être eux-mêmes dépourvus de vitalité. 11 ne faut pourtant pas oublier l'adage : testis unus, testis nullus.

4° L'innocuité du pus blennorrhagique sur les muqueuses de l'animal serait démontrée, s'il était permis de faire parler très-haut un fait négatif. 5° Je termine par deux remarques importantes, mais étrangères à mon sujet:

a. Plusieurs organes sont pris, en même temps que le poumon, de tubercules.

b. la rate en est proportionnellement plus imprégnée que tous les autres organes.

La prédilection des tubercules pour la rate et la dissémination de ce produit pathologique constituent un double phénomène que j'ai observé sur plusieurs singes, et qui prouve que certaine phthisie est une maladie générale.

Quatrième série d'expériences et d'observations.

Dès l'année 1844, on faisait peser sur mes expériences une double objection. On prétendait': 1° que les ulcérations de mes singes n'avaient rien de syphilitique; 2° qu'il était possible de produire, à l'aide de caustiques, des ulcérations ayant tous les caractères matériels du chancre syphilitique. J'ai cherché à combattre ces deux assertions connexes par les faits de la série suivante :

Le singe est adulte et bien portant. Mes notes n'indiquent pas l'espèce. Un malade, auquel j'emprunte du pus, est atteint de six chancres résultant de piqûres de sangsues qui se sont inoculées ; les six chancres occupent la région inguinale droite. Le limbe du prépuce est bordé de chancres confluents ; un autre chancre peu vivace existe à la face antérieure du scrotum. Pas d'induration, pas de pléiade inguinale, ni de ganglions cervicaux ; en un mot, aucun autre symptôme syphilitique. Le pus est recueilli sur tous ces chancre^, et déposé sur l'une des deux faces d'un bouchon de liège, où il se dessèche. L'inoculation n'est faite que le lendemain.

" juillet 184G. — Je crache sur la face du bouchon de liège où est le pus ; je laisse celui-ci se ramollir pendant quelques minutes, puis je le délaie très-exactement dans la salive. Quand le délayement est complet, je trempe la pointe d'une aiguille courbe à 'suture très-fine dans le liquide, et je profite de la docilité très-grande de l'animal pour piquer obliquement la peau du pavillon de l'oreille gauche vers la région mastoïdienne ; je réitère cinq fois cette petite opération dans le môme endroit, en écartant mes piqûres de 1 millimètre les unes des autres; puis je dépose sur toute la circonscription delà partie piquée le reste du liquide, que j'y étale. Je ne provoque dans le voisinage aucune autre espèce d'irritation.

DE LA SYPHILISATION

9 juillet. — Une des piqûres présente une vésicule que je respecte.

11 juillet — Il existe au même point une pustule -rosse comme la tête d'une épingle, et surmontée d une croûte; la peau du voisinage est animée; le pus s aperçoit sous la croule, niais ne la soulève pas assez pour la chasser.

12 juillet. — Une teinte rouge se dessine autour de la croûte, le pus soulève visiblement l'épiderme. Je trempe, à six reprises différentes, la-pointe démon aiguille dans ce

. pus, pour faire à droite six inoculations semblables à celles du côté gauche.

14 juillet. — Aucune de ces inoculations n'a été suivie de succès. Je laisse fe charger de pus le chancre auriculaire- gauche, et je renvoie au lendemain le renouvellement de l'opération. Ce chancre auriculaire gauche, dont la croûte n'a jamais été enlevée, est à son 8e jour.

15 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 9« jour. Je lui emprunte du pus pour répéter six inoculations sur la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille, du côté droit.

16 juillet, huit heures du matin. — Trois papules sont apparentes à droite.

Le chancre auriculaire gauche, 10e jour, a 4 millimètres de diamètre; son pourtour est rouge, gonflé, ridé ; des pellicules épidermiques se détachent de ce pourtour. J'enlève avec précaution la croûte : les bords du chancre sont taillés à pic, piquetés de points rouges, saignants ; le fond est grisâtre, pultacé. Je fais maintenir solidement l'animal, et avec un crayon de nitrate d'argent je cautérise profondément les bords et le fond du chancre ; immédiatement après, et à 1 centimètre au-dessous, je fais un pli à la peau, et a l'aide de ciseaux droits bien affilés, je fais une incision dont les bords écartés laissent une surface aussi large que celle du chancre ; puis je taris cette plaie saignante en la cautérisant avec mon crayon de nitrate d'argent, aussi exactement que possible, de la même manière que j'avais cautérisé le chancre, à cette différence près pourtant que j'ai appuyé pendant assez longtemps mon cylindre perpendiculairement à la surface saignante, pour augmenter la profondeur de la solution de continuité sans en augmenter la largeur:

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 1" jour.

16 juillet, à midi. — Deuxdes papules du côté droit se sont converties en vésicules; le chancre auriculaire gauche, 10e jour, et le pseudo-chancre auriculaire gauche, llejour ont une surface noirâtre à peu près semblable ; le vrai chancre parait entouré de plus d'inflammation.

17 juillet. — Trois pustules à droite, grosses comme la tête d'une épingle; une d'elles présente près du centre un point noirâtre :

Chancre auriculaire droit supérieur, 3e jour. Chancre auriculaire droit inférieur, 3e jour. Chancre auriculaire droit postérieur, 3° jour.

Le chancre auriculaire gauche, 11e jour, et le pseudo-chancre auriculaire gauche, 2e jour, n'ont pas changé d'aspect.

18 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 12e jour. Une inflammation très-vive paraît exister autour de la surface noirâtre de cautérisation : cette surface est comme soulevée ; quand on presse la partie, l'animal témoigne par son impatience de la douleur qu'on lui cause.

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 3e jour. Surface noirâtre et sèche; il se forme une sorte de croûte très-adhérente. Chancre auriculaire droit supérieur, 4e jour. Pustule, croûte, inflammation de périphérie. ,

Chancre auriculaire droit inférieur, 4* jour, et Chancre auriculaire droit postérieur, 4e jour. Leurs pustules viennent de se rompre par des mouvements qu'a faits l'animal ; il ne paraît pas qu'il y ait eu de croûtes.

19 juillet. — Pas d'observation.

20 juillet. — Chancre auriculaire- gauche, 14(- jour. Le pourtour de l'escharenoirâtre qui s'est formée est très-enflammé ; la pression fait sortir gros comme une lentille d'un pus crémeux un peu sanguinolent. Je me sers de ce pus pour faire deux inoculations, par le procédé perfectionné (excision), â la partie antérieure de l'hélix de chaque côté :

Chancre hélicien droit, l"jour.

Chancre hélicien gauche, i«'jour.

Le tiers de la croûte formée par la cautérisation s'enlève, et la surface qui reste est un peu saignante.

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 5'- jour. Il est sec sous sa croûte noirâtre. Chancre auriculaire droit supérieur, 6° jour. Rougeur, croûte, suppuration abondante.

Chancre auriculaire droit inférieur, 6° jour, et chancre auriculaire droit postérieur, 6'' jour, idem que le chancre auriculaire droit supérieur.

21 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 13e jour, Il a près de 7 millimètres de diamètre, et est caché aous sa croûte.

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 0» jour. Il y a un peu de suppuration autour de l'eschare, qui est libre d'un côté.

Les chancres auriculaires droits, 7° jour, s'ont tres-développés; je respecte leur croûte.

' Chancres héliciens, 2" jour, Il y a une papule de chaque côté.

22 juillet. — Pas d'observation.

23 juillet. Chancre auriculaire gauche, 17e jour. J'enlève sa croûte, et je le nettoie :

il est saignant; les bords sont pointillés, déchiquetés, et un peu décollés ;■ quelques parties de son fond semblent s'élever.

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 8e jour. La suppuration qui entoure l'eschare s'est un peu augmentée; l'eschare est presque complètement détachée. Je coupe avec des ciseaux ce qui est encore adhérent, de manière à la détacher complètement. La solution de continuité qui reste n'est saignante qu'à l'endroit où a porté l'action des ciseaux; les bords sont lisses, uniformes, adhérents ; le fond est régulièrement infundibuli forme.

II n'y a aucune ressemblance de surface entre le chancre et le pseudo-chancre, quoique le pseudo-chancre devienne saignant quand on le presse avec les doigts.

Chancre auriculaire droit supérieur, 9e jour. Il s'empâte un peu à la base; je romps la croûte ; je fais une inoculation à la partie externe de la paupière supérieurs droite au moyen de petits ciseaux (procédé ordinaire perfectionné) :

Chancre palpébral droit externe, 1er jour.

Chancre auriculaire droit moyen, 9e jour. L'induration paraît mieux se prononcer que vers l 'auriculaire droit supérieur. J'y prends aussi du pus pour faire une inoculation à la partie moyenne de la paupière supérieure droite :

Chancre palpébral droit moyen, 1er jour.

Chancre auriculaire droit inférieur, 9e Jour . Pas de trace d'induration; il paraît moins vivace que ses deux voisins; il fournit néanmoins assez de pus pour que je puisse faire une inoculation à la partie interne de la paupière supérieure droite :

Chancre palpébral droit interne, 1er jour.

Chancres héliciens, 4e jour. Deux pustules. Elles donnent assez de pus pour faire deux inoculations, l'une en dehors, et l'autre en dedans de la paupière supérieure gauche: Chancre palpébral supérieur gauche externe, 1er jour. Chancre palpébral supérieur gauche interne, 1er jour.

24 juillet. — Pas d'observation.

25 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 19e jour. Diminution dans sa largeur et son inflammation. Croûte que je respecte.

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 10e jour. Il s'est bien rétréci ; une croûte s'est formée, je la respecte ; il n'y a autour de lui aucun vestige d'inflammation.

Chancre auriculaire droit supérieur, 11e jour. Il diminue de largeur; je respecte la croûte. L'induration est manifeste; l'animal sent de la douleur quand on presse ce chancre à sa base.

Chancre auriculaire droit moyen, 11° jour. Portement rétréci, à peine suppurant, non induré.

Chancre hé licien droit, 6e jour. Il paraît déjà s'arrêter dans ses progrès; tout au moins il n'est pas vivace, et ne présente pas de traces d'induration.

Chancre hélicien gauche, 6e jour. Il est plus vivace que le précédent ; il ne présente pas non plus de traces d'induration.

Chancre palpébral droit externe, petite papule.

Chancre palpébral droit moyen, petite papule aussi.

Chancre palpébral droit interne, rien d'apparent.

Les chancres palpébraux gauches paraissent tous avortés.

26 et 27 juillet. — Pas d'observations.

28 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 22e jour. Il s'est beaucoup'rétréci, et se trouve un peu allongé de haut en bas. Je soulève la croûte, et il sort assez de pus ; puis je réapplique délicatement la croûte sur la solution de continuité. Ce pus, inoculé à un autre singe, donne un chancre que j'éteins par la cautérisation au fer rouge le 5° jour. (Il s'agissait d'un singe que je n'avais pas l'autorisation de sacrifier.)

Pseudo-chancre auriculaire gauche, 13 jour. La croûte est tombée, et il reste une cicatrice blanchâtre.

Chancre auriculaire droit supérieur, 14e jour. Il est petit, non suppurant, manifestement induré, et douloureux à la pression.

Chancre auriculaire droit moyen, 14° jour. Mêmes caractères qu'au chancre précédent.

Chancre hélicien droit, 9° jour. Il ne reste plus qu'une petite papule squameuse.

DE LA SYPHILISATION

Chancre hélicien gauche, 9° jour. Petit et suppurant peu, mais encore saignant • il était sous une croûte; pas d'induration.

Les chancres palpébr aux sont ou avortés ou représentés par de petites papules.

30 juillet. — Chancre auriculaire gauche, 24° jour. Ji respecte la croûte, qui e*t fort étroite.

Chancres auriculaires droits, 1G" jour. Papules indurées. Chancres héliciens, 11° jour. Papules indurées. 2 août. — L'animal meurt. L'autopsie m'échappe.

Réflexions. — 1° L'ulcération produite par le nitrate d'argent diffère du chancre. Cette ulcération n'a du reste jamais fourni assez du pus pour qu'il fût possible d'inoculer celui-ci.

2° La cautérisation du chancre auriculaire gauche n'avait laissé à sa surface aucune partie du pus qu'il avait sécrété; du nouveau pus s'est produit, et a été inoculable. »

3° Le pus d'un chancre s'est inoculé le22(î jour de la durée de ce chancre, fi 4° Le pus était à peine inoculable à l'animal qui l'avait fourni, et l'était parfaitement à un animal vierge d'inoculation syphilitique. On peut en conclure que les chancres avortés d'un individu plus ou moins sature peuvent néanmoins se reproduire Lrès-vivaces chez un autre individu qui n'est pas syphilisé.

5° Des chancres non indurés peuvent en produire d'indurés. C'est un argument que j'ai déjà produit à l'appui de la doctrine de l'unité du virus chancreux.

6° Quand on donne à un animal des chancres successifs, engendrés ou non les uns par les autres, leur durée est d'autant moins grande qu'ils sont inoculés les derniers. Cette observation est encore à l'appui de la doctrine de la syphilisation.

J'ai plusieurs fois, et dans diverses régions, cherché à simuler sur moimême des chancres par différents modes de cautérisation; je n'ai jamais réussi. On peut voir ce .que j'en dis dans ma réponse à la 9e objection.

Cinquième série d'expériences et d'observations.

La série suivante est la plus importante de ce travail. Les circonstances dans lesquelles elle a été entreprise, le dévouement de Robert de Welz, la patience de plusieurs confrères allemands, et la multiplicité des faits qu'elle met en lumière, lui donnent un Irès-grand intérêt. Je dois donc entrerdans beaucoup de détails.

Les résultats de mes expériences, que j'avais annoncés comme étant hors de doute, avaient été, de même que les années précédentes, récemment niés par un syphilographe célèbre, M. Ricord. Deux amis de la science, MM. Neuhoefer et Handschuh, me demandèrent si je consentirais à soumettre de nouvelles expériences au contrôle minutieux et sévère de plusieurs de leurs collègues de la Société des .médecins et naturalistes allemands, à Paris. J'ai reçu avec empressement celte proposition. Celle série d'expériences et d'observalions a donc été entreprise sous les yeux et la direction des médecins allemands dont les noms suivent : MM. Lindhwurm, Gerson, Baumgaertner, Diruf, Handscliuh, Berlin, Graefe, Robert de Welz, Rolh, Neuhoefer et Mezank. Qu'ils reçoivent, et particulièrement MM. Neuhoefer cl Handschuh, l'expression de ma reconnaissance.

Pour ce qui concerne M. Robert de Welz, je me borne au récit de ce qui s'est passé, c'est la meilleure manière de faire l'éloge du dévouement de noire courageux confrère. Si c'esl avec raison qu'on admire celui qui s'expose sur un

champ de bataille ou sur le théâtre d'une épidémie, bien qu'il ait de nombreuses chances d'échapper au danger, combien n'est pas plus digne d'admiration celui qui se dévoue à une contagion certaine!

5 juin 1850. — Le sujet est un singe macaque, niàle, âgé de2ans,[et bien portant. Nous l'avons gardé et observé plusieurs jours, avant les expériences, afin d'être bien sûr de l'intégrité de sa santé, et de l'habituer à nos manoeuvres. M. Robert de Welz a écrit longuement l'histoire du malade, auquel a été emprunté le pus. Pour cette série d'observations, comme pour les autres, je me bornerai à dire que le pus a été constaté inoculable au malade lui-même. Je n'en avais recueilli qu'une petite quantité, qui s'était desséchée sur le bord du goulot d'une petite fiole, lorsque quatre heures après, je fis la première inoculation ; je lus obligé de délayer ce pus dans de la salive ; j'ai fait à la partie antérieure de l'hélix droit, suivant mon procédé ordinaire, deux inoculations distantes de 2 millimètres l'une de l'autre :

Chancre helicien droit, 1<* jour.

fi juin. — Les points de l'hélix où l'inoculation a eu lieu se .montrent un peu élevés et entourés d'une auréole rouge. On croit observer que l'animal est triste.

7 juin, onze heures et demie du matin. — Chancre helicien droit, 3° jour. Vésicule à l'un des deux points : le supérieur.

7 juin, cinq heures du soir. — L'animal parait encore avoir de la tristesse. Vésicule à l'autre des deux points : l'inférieur. Le contenu de ces vésicules, d'abord clair comme de l'eau, a bientôt pris l'aspect d'un pus jaunâtre et non transparent.

8 juin, onze heures du matin. — L'animal ne paraît plus triste. Chancre helicien droit, 4e jour. Les deux petites pustules ont conflué et se sont recouvertes d'une croûte brunâtre sur les bords de laquelle on voit un liquide puriforme qui soulève l'épiderme. C'est un chancre composé de deux chancres, l'un supérieur, l'autre inférieur. Ce chancre est ellipsoïde et allongé de haut en bas; il a 4 millimètres verticalement et 2 millimètres transversalement.

9 juin. — Chancre helicien droit, 5e jour. Rougeur périphérique très-considérable; croûte soulevée par le pus qu'on voit à la circonférence. Je prends de ce pus pour l'inoculer sur la partie mastoïdienne du pavillon de l'oreille du même côté :

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 1er jour.

M. Robert de Yvelz se fait en même temps une inoculation de ce même pus (voir plus bas).

10 juin. — Chancre helicien droit, 6e jour. Plus considérable et plus enflammé à son pourtour que précédemment. La croûte étant enlevée et son fond nettoyé, tous les observateurs constatent les caractères d'un chancre.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 2° jour. Vésicule. On croit encore reconnaître de la tristesse à l'animal.

11 juin. — Chancre helicien droit, 7ejour. Statu quo.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 3U jour. Pustule crustacée, chancre sous la croûte.

M juin. — Chancre helicien droit, 10° jour. Statu quo. Croûte qu'on respecte.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, Ge jour. Circulaire, 3 millimètres d'étendue; fond grisâtre. M. Ricord y prend du pus pour faire une inoculation à M. Robert de Weltz (voir plus loin).

15 juin. — Chancre helicien droit, 11e jour. Statu quo. Se rétrécissant même un peu. Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 7e jour. Stationnaire.

17 juin. — Chancre helicien droit, 13e jour. On respecte la croûte.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 9<= jour. Idem que précédemment. J'y prends du pus pour l'aire à l'autre oreille une inoculation : Chancre mastoïdo-auriculaire (;auciie, 1« jour.

18 juin. — Chancre helicien droit, 14e jour. Moins de rougeur, affaissement et desquamation périphérique: croûte très-adhérente. On n'y touche pas.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 10« jour. La croûte s'est reformée. Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 2« jour. Élevure au centre et un' peu de rougeur à la circonférence.

1'» juin. — Chancre helicien droit, lô" jour. Idem que précédemment. Chancre mastoïdo-auriculaire droit, lie jour. Suppurant moins que précédemment Ln peu dura la base.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 3° jour. Vésicule, un peu de routeur périphérique. ° 1

20 juin. — Chanvre hélicien droit, 16<=jour. Idem que précédemment.

~° DE LA SYPIIILISATIOX

Chancre mas toïdo-aur induire droit, 12° jour. L'induration se prononce mieux.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 4» jour. Pustule crustacée; je la romps et je trouve sous elle un petit chancre peu suppurant.

21 juin. — Chancre hélicicn droit, 17° jour. Je soulève la croûte, du pus sort. Je fais une inoculation de ce pus à la partie antéro-inférieure de l'hélix aauche :

Chancre hélioeen gauche inférieur, i« jour, puis je nettoie le fond du chancre pour en montrer les caractères matériels a plusieurs personnes.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 13i jour. J'y prends du pus pour faire un : Chancre hélicien gauche supérieur, 1« jour,

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 5e jour. Idem que précédemment. Je respecte la croûte.

23 juin. — Chancre hélicien droit, 19e jour. Il est encore diminué et commence à présenter de l'induration vers la bare. Je romps la croûte du chancre; je le nettoie, et je le lais voir à un de nos conlrères, M. le Dr Langlebert.

Je considérais alors les expériences comme finies, et c'est la première fois (à l'exception de M. Ricord), que j'ai montré l'animal à une personne étrangère à la Société des médecins allemands.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 15e jour. Plus petit, moins suppurant, induration manifeste d'après moi. Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 7e jour. Peu actif, peu suppurant, petite croûte, pas d'induration.

Chancres hélieiens gauches, 3e jour. Papules légères ; avortement. Je tente de les reproduire de nouveau par le même mécanisme que le 21 juin.

2r> juin. — Chancre hélicien droit, 21" jour. J'y prends du pus dont se sert M. Robert de Welz pour s'inoculer (voir plus loin).

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 17° jour. J'y prends du pus pour faire une inoculation à la paupière supérieure tranche :

Chancre palpérral gauche, 1er jour.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 9° jour. Papuleux et non induré. Chancres hélieiens gauches, 5e jour. Le supérieur existe seul,'c'est une petite vésicule; l'inférieur est avorté.

30 juin. — Chancre hélicien droit, 6e jour. A peine du pus sous la croûte. On peut le considérer comme cicatrisé. Il présente selon moi de l'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit, 22e jour. 11 ne laisse plus qu'un noyau d'induration très manifeste pour moi.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche. Il n'en reste plus de traces.

Chancre hélicien gauche, 10" jour. Il s'éteint aussi après avoir été peu vivace et avoir peu duré.

Chancre palpébral gauche. Papules d'avorlement.

5 juillet. — Il n'y a plus que la trace de l'induration du chancre hélicien droit et la trace de l'induration du chancre mastoïdo-auriculaire droit. La première persiste encore cinq jours et la deuxième douze ou quinze jours.

Le malade qui fournit le pus d'une nouvelle inoculation a un chancre non induré sur le prépuce et un bubon fluctuant dans l'aine droite. C'est à ce chancre que j'emprunte le pus. L'inoculation est faite a la face externe du tragus gauche : Chancre tragien gauche, 1er jour.

G juillet. — Petite papule, 2° jour.

8 juillet. — Vésico-pustule et un peu d'inflammation, 4e jour.

9 juillet. — Chancre tragien, 5° jour. Idem que précédemment. Je fais une inoculation un peu plus haut avec du pus de ce chancre tragien :

Chancre hélicien, 1e* jour.

10 juillet. — Chancre tragien, 6e jour. Idem que précédemment, très-peu actif. Chancre hélicien, 2e jour. Vésicule peu marquée.

11 juillet. — Idem.

12 juillet. — Chancre tragien, 8e jour. Ils'étend peu et fournit un peu de pus. L'inoculation de ce pus faite sur un singe indemnedu virus syphilitique produit un chancre vigoureux.

Chancre hélicien, 4e jour. Pustule dont le pus est concret. 14 juillet. — Chancre tragien, 10° jour. Papule sans pus. Chancre hélicien, 6° jour. Comme le 12 juillet. l(i juillet. — Il n'y a plus aucune trace de chancres.

. J'emprunte pour une autre inoculation du pus a un nouveau malade. Ce malade a sur le prépuce un chancre non induré, lequel a inoculé des piqûres de sangsues a l'aine droite : ce sont les chancres inguinaux qui me fournissent le pus. Je fais une inoculation : Chancre mastoiuo-auriculaire droit.

17 juillet. — Papule.

19 juillet. — Vésicule.

20 juillet. — La vésicule est disparue.

21 juillet. — Je prends du pus sur un chancre de la cuisse d'un malade résultant d'une inoculation suivie de succès et je l'inocule à la l'ace mastoïdienne du pavillon de l'oreille droite.

22 juillet. — Papule.

23 juillet. — Plus rien.

24 juillet. — Je prendsdu pus sur un autre singe soumis aux mêmes expériences, lequel a des chancres très-actifs. Je tais des inoculations sur mon singe en trois endroits : 1° à la partie antérieure de l'hélix du côté droit (3 excisions) ; 2° a la lace mastoïdienne du pavillon de l'oreille du côté gauche (3 excisions); 3° à la partie moyenne du dos préalablement rasée (3 excisions).

25, 26 juillet. — Aucun résultat, tandis que les inoculât ions' faites sur le singe qui a fourni le pus ont complètement réussi. Les inoculations laites sur un chat avec le même pus ont aussi réussi.

27 juillet. — Je fais cinq inoculations en des lieux différents avec cinq pus divers, tous constatés inoculables par des inoculations préalablement faites sur l'homme ou sur les animaux.

28, 29, 30, 31 juillet. — Tous les résultats sont négatifs et je cesse momentanément les expériences. Je les reprends le 10 août.

10 août. — Le malade auquel j'emprunte du nouveau pus a sur la cuisse gauche un chancre récent d'inoculation. C'est ce chancre qui me fournit le pus. Je fais quatre inoculations, chacune par trois excisions. Voici le siège de ces quatre inoculations : deux sont faites à la face mastoïdienne du pavillon de chaque oreille; une troisième au milieu du dos et une quatrième à la queue, à 5 centimètres de la pointe,

11, 12, 13, 14 août.. — Rien, si ce n'est un peu de suintement vers la queue.

14 août. — Je prends sur un malade du pus d'ectyma secondaire. Je fais trois inoculations à la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille droite. Le pus est maintenu humide et les parties voisines de l'inoculation sont légèrement frictionnées et excitées pendant cinq minutes.

15, 16, 17, 18 août. — Pas de résultat; la piqûre faite sur la queue suppure encore.

23 août. — Je prends du pus d'accident primitif sur un malade de M.Vidal. Ce malade a un large chancre au frein de la verge (mes notes n'indiquent pas s'il est induré) et une adénopathie des deux côtés, mais principalement à droite.. Le malade s'est inoculé lui-même par mégarde son chancre du frein au scrotum. Le chancre scrotal qui est résulté de cette inoculation existe depuis sept jours. C'est à lui que j'emprunte du pus. Je fais une inoculation, par trois excisions assez distantes les unes des autres, à la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille droite. J'apporte un très-grand soin à l'exécution du procédé opératoire.

24 août. — La queue continue à suppurer. Jerespecte une croûte. Les inoculations de la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille ne présentent absolument rien.

25 août. — La queue suppure encore. Du pus emprunté à cette queue ne peut s'inoculer sur un animal qui est indemne de toute inoculation antérieure.

Les inoculations de la face mastoïdienne du pavillon de l'oreille ne présentent rien non plus.

Le singe pousse plusieurs fois dans la journée des cris de douleur; tous les voisins 1 ont remarqué (je l'ai logé dans une chambre du quatrième étage de la maison que j'habite). Il n'y a pourtant aucun signe extérieur d'affaiblissement ni de dérangement de sa santé.

26 août. — Queue. La croûte s'est reformée-

Chancres mastoido-auriculaires droits, 4e jour. Ils présentent trois vésicules.

27 août. — De même que le 26 août.

28 août. — Queue. Rien de nouveau.

Chancres mustoïdo-aurieulaires droits, 6° jour. Trois pustules. Il a donc fallu six jours pour ce qui se manifeste ordinairement en deux ou trois jours. Je respecte les trois pustules.

^ 29 août, 6 heures du matin. — Les pustules ne semblent pas avoir une grande activité l'une d'elles semble tendre a l'avortement. (Je transcris mes notes journalières.) Serait-ce une fausse vaccine Midi. — Idem qu'à six heures du matin.

30 août. — J'examine l'animal plusieurs fois dans la journée : je ne trouve aucun changement.

31 août. — Jerespectelacroûtedelaqueue.Quantauxpustulesauriculo-mnstoïdiennea,

DE LA SYPHILISATION

elles s'amoindrissent, s'étiolent : Tune, c'est la plus antérieure, est crustacée, noirâtre, un peu plissée à la base. Les deux autres, dont l'une supérieure et l'autre inférieure, sont bien aussi crustacées, mais leur pus jaune compacte forme une sorte de saillie dure.

Ier septembre. — Suppuration a la queue. Rien n'est changé. Les trois pustules auriculo-niastoïdiennes ressemblent, plus à un eclyma secondaire qu'a toute autre chose. Elles ont 3 millimètres de diamètre, 1 millimètre de hauteur, et présentent une espèce de pus blanchâtre et concret. (Je note que c'est au même endroit qu'a été faite l'inoculation d'un pus d'ectyma secondaire.)

2 septembre. — La croûte de la queue est un peu affaissée, comme si un liquide s'en était écoulé; je la respecte.

Les trois pustules auriculo-mastoïdiennes sont véritablement trois papules croùteuses.

3 septembre. — Les trois papules auriculo-mastoïdiennes sont sèches. Rien de nouveau à la queue.

4 septembre. — La papule antérieure n'est plus rien; mais les croûtes des deux autres étant enlevées, leur surface dénudée saigne : on dirait deux petits chancres avortés.

La croûte de la queue étant enlevée, on constate encore sous cette croûte de la suppuration. L'ulcération a 3 millimètres de diamètre et ressemble beaucoup à une ulcération scorbutique. Pour comparer cette ulcération de la queue à d'autres ulcérations du même organe sans intervention du pus vénérien, je fais à la queue, et avec mes petits ciseaux, trois excisions plus profondes et plus larges que l'excision d'inoculation caudale. Ces excisions sont placées du côté opposé à celui où existe l'inoculation; une au point diamétralement opposé, et les deux autres à 1 centimètre plus haut et plus bas.

5 septembre. — Les deux croûtes des papules supérieures et inférieures sont sèches. La croûte de la queue parait vive. Les trois excisions de la queue paraissent comme trois lignes transversales croùteuses.

6 septembre. — Les deux croûtes des papules supérieures et inférieures sont encore sèches. La croûte de la queue parait vive. Les trois excisions de la queue suppurent.

8 septembre. — Les deux croûtes des papules supérieures et inférieures tombent. 11 n'y a plus que de légères élévations sans suppuration. La croûte et les trois excisions de la queue sont de même que précédemment.

10 septembre. — Idem.

11 septembre. — Légères élevures aux papules. Les croûtes de la queue n'ont pas changé. 13 septembre. — Idem.

16 septembre. — Les élevures des papules sont remplacées par des taches cuivrées. Il y a à la queue trois croûtes sous lesquelles est une suppuration très-peu abondante. Cette suppuration, qui paraît vouloir ne pas se tarir, ressemble beaucoup à celle dont est habituellement le siège l'extrémité libre de la queue des singes macaques et d'autres singes.

20 septembre. — L'animal pousse quelques cris comme s'il souffrait. La santé générale parait pourtant bonne. Idem pour le reste que précédemment.

21 septembre. — L'animal ne parait plus se plaindre comme les jours précédents. Idem que précédemment pour le reste.

27 septembre. — Rien de nouveau.

Je reviens à M. Robert de Welz, que je laisse d'abord s'exprimer lui-même, les faits qu'il raconte étant conformes aux détails que j'ai consignés dans mes notes :

« Tant pour constater que l'ulcération inoculée était bien un chancre, que pour essayer la possibilité de transporter la syphilis des animaux à l'homme, je résolus de me soumettre à cette inoculation.

« Agé de 33 ans, j'ai une constitution forte, un habitus robuste, un tempérament sanguin colérique, et ai toujours eu une bonne santé, n'ayant spécialement jamais eu de maladie syphilitique.

« J'inoculai le 9 juin, à 11 heures du matin, au côté externe de mon bras droit, du pus pris à la première ulcération du singe, en introduisant si superficiellement la lancette sous mon épidémie que cela n'y produisit aucune coloration de sang.

« Les 9 et 10 juin, il me fut impossible de percevoir aucun changement appréciable à la peau, et j'eus même de la peine à trouver ce point, ayant négligé de le recouvrir d'un verre de montre. Je croyais si peu a la réussite de l'opération, que je négligeai de m'en occuper le 11 juin; mais le 12, dans l'après-midi, je remarquai avec surprise, à la place où j'avais fait l'inoculation, l'épiderme soulevé par du liquide avec un halo rouge, mais qui n'avait pas au milieu ce point noir, que M. Ricord indique comme le résultat

du dessèchement du sang de la petite piqûre. Dans la matinée du 13 juin, la vésicule éclate, et il en coule une goutte d'un pus d'un jaune verdâtre ; l'aréole rouge qui entourait ce point, s'était un peu agrandie. Je me rendis ce jour-là, avec M. Auzias, à la clinique de M. Ricord, que j'ai le plaisir de suivre depuis plus d'une année et demie, afin île montrer a ce célèbre syphilosraphe le résultat de l'inoculation. M. Ricord utilisa cette occasion pour l'aire une leçon remarquable, dans laquelle, après avoir traité de l'historique de l'inoculation, il parla de l'influence et des suites qu'une telle découverte était à même d'accomplir dans cette matière; mais il ne crut pas encore pouvoir se prononcer définitivement sur la nature des ulcérations que l'inoculation avait produites chez moi.

«Le 14 juin, la tumeur de mon bras gauche s'était recouverte d'une légère eschare, qui fut éloignée, et sons laquelle on trouva un fond gris lardacé, à bords nettement tranchés ; les tissus sous jacents commençaient à s'enflammer, à s'infiltrer, et à s'indurer.

« A ma demande, M. Ricord inocula sur mon bras gauche le même jour, à onze heures du matin, du pus pris à la seconde ulcération du singe, qui, comme je l'ai dit, avait été produite au moyen de la première. La piqûre ayant été plus profonde que la première fois, ce point fut rougi par un peu de sang qui s'échappa ; ma première ulcération, et la plaie où l'inoculation venait d'avoir lieu, lurent mises sous cloche, au moyen de verres de montre.

« Le 15 juin, dans l'après-midi, la sécrétion du pus de la première ulcération avait augmenté; les tissus environnants étaient enflammés dans une assez grande étendue, et les mouvements du bras très-flouloureux. La seconde plaie inoculée présentait déjà, ce jour-là, une vésicule qui offrait à son sommet un point noir, et un halo rouge enflammé; et M. le Dr Ricord, auquel je me montrai, reconnut la première ulcération pour un chancre, et me recommanda de la cautériser avec de la pâte de Vienne, ce que je négligeai de faire alors, faute de temps pour m'en occuper.

« Le 16 juin, agrandissement du premier chancre, et augmentation de l'inflammation des tissus ambiants. La seconde ulcération présentait une pustule remplie d'un pus verdâtre ; sans cause déterminée, je sentis ce jour un léger frisson, qui alterna avec un sentiment de chaleur, de grand abattement dans les membres, et de douleurs vagues dans les articulations. La tète était prise, je manquai d'appétit, et mes urines étaient d'un rouge foncé; le lendemain, tous ces phénomènes avaient disparu. Sans vouloir nier qu'ils puissent avoir été tout à fait indépendants de la présence des ulcérations syphilitiques, je serais persuadé, au cas où j'aurais plus tard une syphilis constitutionnelle, que c'est ce jour-là qu'elle commença.

« Le 17 juin, même état de la première ulcération ; la pustule de la seconde inoculation, avait éclaté, et l'ulcération était recouverte d'une croûte ; le tissu cellulaire ambiant commençait à s'enflammer.

« Le 18 juin, agrandissement de la première ulcération, qui, avec les parties enflammées qui l'entourent, atteint à peu près l'étendue d'une pièce d'un, sou ; augmentation de l'inflammation du tissu ambiant de la seconde. M. Pucord me présente, ce jour-là, à ses auditeurs, et comme toujours, loyal et noble, prêt à rendre hommage à la vérité, et à reconnaître les services rendus à la science par d'autres personnes, dussent les résultats être en opposition aux idées qu'il professait jusque-là, il déclara que les expériences de M. Auzias- Turenne avaient pleinement réussi, et que les deux ulcérations dont j'étais porteur étaient devrais chancres.

« Le 19 juin, dans la soirée, je cautérisai ma première ulcération avec de la pâte de Vienne afin de la détruire, après l'avoir laissée subsister pendant dix jours ; cela eut lieu tandis que j'étais soumis à l'influence du chloroforme.

« Quant au second chancre, je le laissai subsister jusqu'au soir du 24 juin, époque où je le détruisis de même, après que j'en eus été le porteur pendant dix jours aussi ; il avait alors acquis une beaucoup plus grande étendue que le premier ; le tissu cellulaire était enflammé, et induré dans une beaucoup plus grande étendue, mais on ne put déterminer si cette induration était spécifique à cause de l'inflammation qui l'accompagnait. L'état de ma santé avait été d'ailleurs satisfaisant pendant tout ce temps ; je remarquai, par hasard, le 17 juin, dans l'après-midi, une légère éruption de roséole sur ma poitrine; mais je ne voudrais pas décider si elle était ou non de nature spécifique.

« J'ai montré, pendant son existence, le second de mes chancres à plusieurs médecins entre autres à MM. Velpeau, Vidal (de Cassis), Cullerier, Lebert, de Graefe etCornaz; je le présentai également à la Société biologique, et aucune des personues qui le virent ne mit en doute que ce ne fût réellement un chancre.

« Je résolus de faire un troisième essai, et je m'inoculai encore unè fois, le 25 juin, du pus pris au premier chancre du singe, et, afin de ne laisser prise à aucun doute, je n'employais que des instruments neufs, qui n'avaient jamais servi ; je pratiquai cette inocu-

1)15 LA SYPHILISATIOX

lation comme la première, c'est-à-dire en glissant légèrement la lancette sous l'épidémie. L'ulcération se développa plus lentement encore que la première fois, et pendant les deux premiers jours, il n'y eut rien d'appréciable à la place inoculée; ce ne l'ut cpi'au troisième jour que les phénomènes se développèrent, en suivant seulement la marche régulière qus décrit si bien M. Ricord ; néanmoins il ne se manifesta pas plus cette fois que la précédente de points noirs au sommet de la vésicule. Le septième jour, l'ulcération avait atteint tout son développement, et montrait évidemment le caractère d'un chancre ; je le détruisis comme les précédents, après l'avoir laissé marcher pendant deux semaines. Après chacune des trois ulcérations, eut lieu dans le tissu cellulaire de tout le bras une violente inflammation, qui cessa au bout de vingt-quatre heures. Actuellement, les trois ulcérations sont recouvertes d'eschares noires, dont les bords sécrètent un pus très-liquide, sanguino-séreux ; je ne vis jamais se produire, chez moi, ni engorgement des ganglions axillaïres, ni aucun autre phénomène secondaire; cependant je m'engage à publier ce qui pourrait survenir en moi par la suite. »

Je joins à ce récit quelques remarques :

M. Robert de Welz a emprunté du pus au chancre hélicien droit pour l'inoculation qu'il s'est faite le 9 juin. Ce chancre datait de cinq jours, le pus a été pris au même chancre, à son vingt et unième jour, pour sa troisième inoculation, à la date du 25 juin. On a vu que le 10, le 21 et le 215, la croûte de co chancre avait été enlevée, et que son fond avait été soigneusement lavé et essuyé devant plusieurs médecins, qui désiraient en étudier la physionomie. Pour la deuxième inoculation, le pus a été pris au chancre mastoïdo- auriculaire droit; celui-ci, originaire de la même source que le premier chancre de Robert do Welz, dont il était contemporain, datait lui-môme de six jours.

Voici donc, en résumé, ce qu'étaient les chancres auxquels M. Robert de Welz a emprunté du pus pour se l'inoculer : Dans la première inoculation, le chancre était de première génération sur le singe, et datait de cinq jours; dans la deuxième inoculation, le chancre était de deuxième génération sur le singe, et datait de six jours ; enfin, dans la troisième inoculation, le chancre, qui n'était pas autre que celui de la première inoculation, était par conséquent de première génération, et datait de vingt et un jours. Il avait été trois fois nettoyé avec le plus grand soin.

J'insiste sur tous ces détails, parce qu'on a prétendu que le pus primitif de ces inoculations successives, emprunté à l'homme, s'était miraculeusement con* servé, pour se présenter, sans avoir subi d'altération, à la lancette de l'opérateur. On a avancé, en d'autres termes, que ce premier pus, dont je me suis servi, après l'avoir humecté par de la salive, avait bien pu ne pas se décomposer, et qu'il avait pu subir une sorte de dilution homœopathique, sans perdre ses propriétés. N'a-t-on pas été jusqu'à écrire que tout s'était probablement passé chez M. Robert de Welz, comme s'il s'était inoculé du pus virulent, pris chez l'homme, et conservé sous l'épiderme du singe, comme dans un tube ou entre deux plaques de verre?

J'ai emprunte plus tard à un chancre de chat, en présence de MM. Diruf et Robert de Welz, du pus, dont ce dernier s'est fait une inoculation. Cette inoculation a également réussi, et j'en parlerai plus bas. M. Robert de Welz a ainsi subi quatre inoculations de pus virulent: trois qu'il s'est faites lui-même, et une qu'a pratiquée M. Ricord. Il est remarquable qu'aucune de ces inoculations n'ait échoué.

Il y a une différence importante dans la manière d'inoculer entre M. Robert de Welz et M. Ricord. M. Robert de Welz glisse très-légèrement et très-peu profondément sous l'épiderme la pointe d'une lancette, trempée dans du pus; on a peine à voir si l'épiderme est entamé, et si le pus est réellement mis en contact avec le derme. M. Ricord enfonce bien plus la lancette, il la soulève

ensuite un peu par un mouvement de bascule ; il a soin, en outre, do faire exécuter à la peinte de l'instrument un léger mouvement de rotation dans la plaie ; ensuite, il essuie celte pointe dans l'endroit piqué et dans son voisinage. Il en résulte une petite ploie, moins superficielle, plus irritée, plus ouverte, et dans laquelle est déposée une plus grande quantité de pus virulent.

Telle est la différence des procédés opératoires; voici celle des résultats : Il faut au moins deux jours pour qu'on aperçoive quelque chose aux piqûres que M. Robert do Welz s'est faites, tandis qu'un travail se montre dès le lendemain, quand la piqûre lui a été pratiquée par M. Ricord. El pourquoi? c'est parce que dans cette dernière il y a deux éléments : 1° l'irritation produite par la piqûre, et par l'excès du pus; "2° l'aclion du pus spécifique. Dans les piqûres faites par M. Robert de Welz, au contraire, le pus agit seul, et n'agit que comme spécifique; la piqûre est trop superficielle et trop délicate, et le pus est en trop petite quantité pour que ce pus produise une autre action. Ce n'est pas que j'aie l'inlention de blâmer ici l'un ou l'autre de ces procédés; chacun d'eux a ses avantages particuliers. Celui de M. Robert de Welz est, en quelque sorte, plus précis, et celui de M. Ricord plus sûr : mais je me borne à constater les résultats, pour en tirer parti dans mes conclusions. J'insiste donc seulement sur ce point, qu'une piqûre de M. Ricord, même sans dépôt de pus virulent, serait souvent suivie, dès le lendemain, de quelque chose, tandis qu'une piqûre de M. Robert de Welz, sans dépôt de pus virulent, no serait suivie de rien du tout. La pustule de l'inoculation faite par M. Ricord est plus grosse que la pustule de l'inoculation faite par M. Robert de Welz.

Voici mes conclusions:

1° Un ou deux jours suffisent pour qu'on puisse reconnaître si l'inoculation est positive sur le singe, tandis qu'il faut un temps plus long chez l'homme; cela résulte clairement de la comparaison des inoculations que j'ai pratiquées au singe, avec celles que s'est faites M. Robert de Welz. Quant aux inoculations pratiquées par M. Ricord, elles ne doivent pas être interrogées dans les premiers jours, parce que le résultat peut en être masqué par un mouvement fluxionnaire, étranger à l'action spécifique du virus, et qui peut s'éteindre plus ou moins promptement : et puis, ne doit-on pas se méfier souvent de ces inoculations faites au malade lui-même?

2° Il ne' paraît pas que les inoculations soient d'autant plus graves qu'elles sont pratiquées plus loin de la sphère génitale. (Le temps seul pourra confirmer cette conclusion, que semble pourtant justifier, dès aujourd'hui, un accident fâcheux arrivé à M. Diday. Ce courageux confrère s'est inoculé à la verge le pus d'un chancre de chat, et n'a pas réussi dès le principe à se rendre maître du mal.)

3° Le pus syphilitique ne perd aucune de ses propriétés en passant de l'homme aux animaux, et de ceux-ci à l'homme.

4° Un chancre de singe se développe plus vite, marche plus vite, devient moins large, se rétrécit, et se cicatrise plus vite qu'un chancre d'homme.

5° Sans affirmer que le chancre a une période d'incubation, je suis sûr qu'il n'y a pas de travail local appréciable dans les deux ou trois premiers jours qui suivent l'inoculation du pus chancreux sur la peau épaisse de la face externe du bras, si cette inoculation est faite superficiellement et délicatement, et qu'en outre le sujet de l'expérience n'ait jamais eu d'affection syphilitique.

6° Le premier chancre qui est donné à un singe peut être encore inoculable à son vingt et unième jour, ou après avoir parcouru les quatre cinquièmes de sa durée.

DE I.A SYPI-III.ISATION

7° Un chancre à peine inoculable (si je puis me servir de celle expression) au singe, qui le porlail depuis vingt et un jours, s'est facilement inoculé à riionime. Le pus n'avait donc rien perdu- de ses propriétés spécifiques; mais le singe était devenu moins apte à en recevoir l'inoculation. On comprend, pur analogie, qu'un chancre puisse élre inoculé sans succès au malade, tandis que le malade pourrait communiquer le virus à une personne saine.

8° Il y a des degrés dans la sypkilisation, et probablement aussi dans la vérole constitutionnelle.

9° Les chancres qu'on donne à un animal à demi-syjihilisé sont plus lents à se produire, s'accompagnent d'une moindre inflammation, s'étendent moins, et durent moins que les autres. Ce sont les chancres semblables qu'on désigne vulgairement dans l'espèce humaine sous le nom de chancres volants.

10° Ces chancres volants ou avortés sont néanmoins inoculables, surtout à un autre animal. L'homme peut donc communiquer une infection violente, bien qu'il n'ait que des chancres volants.

•Il0 Ces chancres sont des accidents primitifs qui peuvent ne durer que quelques jours, quoi qu'on ait prétendu qu'il n'en existât pas de si éphémères.

•12° Quand un animal a plusieurs chancres successifs, le premier dure plus que le deuxième, le deuxième dure plus que le troisième, et ainsi de suite jusqu'au dernier ; le premier s'étend plus que le deuxième, celui-ci que le troisième, etc. On peut résumer dans une seule phrase toutes les propositions de ce genre : îes chancres deviennent d'autant moins vivaces qu'on les multiplie successivement davantage sur le même animal.

J'emprunte, en terminant, cette série de propositions, trois propositions à M. Robert de Welz, quoi qu'elles soient bien plus relatives à la philosophie des sciences en général, qu'à la syphilographie en particulier; leur généralité les rend d'aill.urs inoffensives :

13° « Il vaudrait souvent mieux ne pas se hâter de publier des résultats négatifs au sujet d'un fait dont on cherche à démontrer la vérité, parce qu'on peut facilement en tirer des conclusions fausses, et ralentir ou annihiler le zèle de ceux qui se livrent à des essais à ce sujet.

14° «Une seule expérience positive, bien constatée, a plus de valeur qu'une quantité innombrable de résultats négatifs.

Ib° « Cette seule expérience positive vient détruire d'un seul coup des erreurs qui duraient depuis bien des années, et se traînaient, comme une maladie héréditaire, d'une génération à l'autre. »

N. B. Je n'insiste pas sur la tristesse qu'on a cru observer chez l'animal peu de temps après les premières, et surtout la première inoculation qu'il a subie. Je la signale néanmoins, parce que plusieurs fois mon attention a été éveillée sur cette circonstance, pendant les premières inoculations que je pratiquais à d'autres singes ; ceux-ci m'ont souvent paru souffrir au commencement. Des témoins de mes expériences ont fail la même remarque. On vient de lire que, malgré sa robuste constitution et son courage, Robert de Welz lui-même n'a pas été exempt do malaises dans les premiers jours de nos expériences.

Sixième série d'expériences et d'observations.

Le sujet de ces expériences est une macaque â^ëe de 2 à 3 ans. J'ai fait toutes les inoculations du 17 au 26 juillet 1850, en présence de plusieurs témoins, chez. le D* Langlebert, auquel l'animal appartient, ainsi que le mérite de plusieurs des observations suivantes.

Le pus est pris sur un malade de M. Vidal ; ce malade a un chancre A la partie inférieure du prépuce, dont le pus s'est inoculé dans deux endroits de la face correspondante

du scrotum ; le pus est ramassé sur les trois ulcérations. Tous ces chancres, observés exactement, ne montrent aucune trace d'induration.

17 juillet lbôO. Je fais, par mon procédé, deux inoculations à la face mastoïdienne

du pavillon de l'oreille gauche â 2 centimètres de distance l'une de l'autre :

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 1er jour. Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 1er jour.

18 iuiiiet. — Ou voit à chaque inoculation une petite papule.

19 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur/^6 jour. Pustule de

2 millimètres de diamètre. L'animal en se grattant ouvre la pustule et une ulcération est mise à nu. Celle ulcération a parfaitement les caractères d'un chancre.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 3e jour. 11 y a également une pustule de 2 millimètres de diamètre. J'en romps la croûte pour prendre du pus destiné à faire une inoculation à une chatte.

Je parlerai plus bas de celte chatte dont le chancre a fourni du pus que s'est inoculé M. Robert de Welz.

20 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 4e jour. Agrandissement, du chancre sous la croûte. L'ulcération a marché si rapidement qu'on dirait d'une tendance au phagédénisme.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 4e jour. Mêmes caractères qu'au chancre précédent.

23 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 7e jour. Un flot de pus a soulevé et chassé la croûte. Le fond de l'ulcération est granulé. Les bords en sont inégaux, décollés et un peu soulevés. L'ulcération est saignante au moindre contact; l'inflammation voisine est très -considérable, et l'animal qui souffre beaucoup devient indocile et se laisse difficilement examiner.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche in férieur, 7° jour. La croûte est soulevée par du pus. L'épiderme qui entoure la croûte est également soulevé. On voit que l'ulcération déborde cette croûte.

24 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 8e jour, et Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, S°jour. Ils sont dans le même état que précédemment. Une croûte recouvre chacun d'eux. J'y puise du pus pour faire une inoculation du côté opposé :

Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 1er jour.

25 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 9e jour. Même état. Chancre mastoïdo-auriculaire gauche in férieur, 9e jour. Même état.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 2e jour. Vésicule.

26 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 10e jour. Même étal, que le 25. J'y prends du pus pour faire une inoculation du côté opposé :

Chancre mastoïdo-auriculaire droit inférieur, 1er jour.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 10e jour. Même état que le 25. Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 3e jour. Pustule.

27 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 11e jour. Statu quo. Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 11e jour. Statu quo.

Chancre mastol'do-cmripulaire droit supérieur, 4e jour. Pustule croùteuse. Chancre mastoïdo-auriculaire droit inférieur, 2e jour. Légère papule.

28 juillet. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 12<= jour. Il a 5 millimètres de largeur et se trouve éloigné de 3 millimètres de son voisin. Une croûte est soulevée par un pus abondant. Une inflammation très-vive règne à sa périphérie. Il n'y a pas de traces d'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 12e jour. Il a 6 millimètres de largeur. On voit le pus soulever l'épiderme sur les côtés d'une croûte. L'inflammation de voisinage est également très-vive. 11 n'y a pas non plus de traces d'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 5° jour. Ulcus elevatum parfaitement arrondi de la largeur de 3 millimètres.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit inférieur, 3e jour. La papule persiste.

1er août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, lG°jour. Statu quo.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche in férieur, 16e jour. Statu quo. ^ Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 9°jour. La partie indurée qui soulève le chancre augmente en consistance et en étendue.Le pus est sécrété moins abondamment.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit inférieur, 7e jour. Pustule sèche sans croûte pus jaunâtre.

5 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 20e jour. Il n'a plus que

3 millimètres d'étendue, sous une croûte. L'inflammation qui l'environne est beaucoup

DE LA SYPHILISATION

moins vive. Le pus est néanmoins sécrété assez abondamment. Il y a, d'après moi, un commencement d'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 20° jour. La base est plus manifestement indurée que celle du chancre précédent. Les autres caractères sont les mêmes.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 13« jour. 11 est presque complètement cicatrisé; Ulcus elevatum; induration manifeste.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit inférieur. Avortement. Ce chancre a duré dix jours et n'a jamais eu aucune activité.

10 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur, 25e jour et Chancre mastoïdo-auriculaire gauche inférieur, 23° jour. Ils sont presque entièrement cicatrisés. L'induratriou est très-manifeste, au supérieur surtout.

Chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, 18° jour. L'induration persiste, mais la partie indurée n'est pas plus grosse qu'une tète d'épingle.

15 août. — La cicatrice est complète des deux côtés. Une seule masse indurée trèsétroite existe à gauche. L'induration a beaucoup diminué à droite.

20 août. — Noyau d'induration à gauche; à peine vestige d'induration à droite.

22 août. — Le noyau qui est à gauche a diminué de volume.

25 août. — Ce noyau a encore diminué.

30 août. — Il n'en reste plus qu'un vestige.

Cette série offre un grand intérêt; d'abord, les expériences ont été faites publiquement à une époque où l'attention était vivement excitée sur ce sujet; ensuite, les inoculations ont été peu nombreuses et séparées par des intervalles qui permissent de faire en quelque sorte l'analyse naturelle de la maladie. Plusieurs des propositions précédemment émises se trouvent, en outre, confirmées.

Voici quelques réflexions importantes :

1° Les deux chancres de l'oreille gauche, étant de même date, sont suivis, sept jours après leur production, du chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, lequel est lui même suivi, au bout de deux jours, du chancre mastoïdoauriculaire droit inférieur; or, le premier groupe dure plus de jours que le second chancre, et celui-ci plus de jours que le troisième. On voit donc, pour ainsi dire, diminuer l'aptitude de l'animal à contracter le chancre, et on assiste, en quelque sorte, au progrès de la syphilisation ; celle-ci n'est pourtant pas devenue complète. Par conséquent, l'animal est passible de la syphilis constitutionnelle.

2° Des chancres, qui n'étaient pas indurés, et qui n'avaient aucun des caractères de l'uZcus elevatum, ont donné lieu à quatre chancres, dont deux se sont indurés (lr0 génération), un s'est élevé (2° génération), et un dernier a presque avorté (3e génération). C'est une confirmation de la loi d'unité du virus chancreux.

3° Celte série, ne suffit pas pour démontrer que Vulcus elevatum, à l'instar du chancre induré, dénote un acheminement vers la syphilisation , mais toutes lesexpériences que j'ai faites ne me laissent pas de doute à cet égard.

4° On voit que Vinduration, ou bien que le caractère d'élévation du chancre, qui constitue Vulcus elevatum, lequel estime sorte d'induration, a commencé douze jours après l'apparition du premier chancre, etsur un chancre qui n'était qu'à son cinquième jour; c'est le mastoïdo-auriculaire droit supérieur.

,H° L'induration s'est montrée le 28 juillet, sur le chancre mastoïdo-auriculaire droit supérieur, et sept ou huit jours après sur les chancres du côté gauche, qui existaient avant lui.

28 avril 18rit. — Mes prévisions relativement à la syphilis constitutionnelle se sont réalisées; ce singe a été atteint d'une ophthalmie, et a maintenant encore une syphilide cruslacée bien caractérisée. La croûte en est symétrique et circinée; elle a du reste été longtemps précédée, et est accompagnée d'un état maladif qui ne ressemble en rien aux étals morbides habituels du singe.

J'ai dit que j'étudierais plus tard la syphilis constitutionnelle des animaux et je m'en tiens là pour le moment.

Septième série d'expériences et d'observations.

Le sujet est une vieille femelle de magot; cette espèce, on lésait, est très-grosse et par conséquent la tète de notre animal est très-volumineuse; ses tissus paraissent abreuvés de fluides, mais il n'y a pas d'infiltration. Il existe sur son dos, et ailleurs des cicatrices et des croûtes, qui viennent de morsures faites par d'autres singes. La santé de ce magot est excellente; il n'a ni toux, ni diarrhée.

J'emprunte du pus à un malade du service de M. Ricord; ce malade est porteur de deux chancres non indurés de la verge, et de plusieurs chancres inguinaux qui résultent de l'inoculation accidentelle de plusieurs piqûres de sangsues. Ce sont ces derniers qui fournissent le pus ; mais celui-ci n'étant pas très-abondant, je suis obligé de le délayer dans de la salive avant l'opération.

21 juillet 1850. — Inoculation à l'hélix de l'oreille droite :

Chancre hélicien droit, 1er jour.

24 juillet. — Chancre hélicien droit, 4e jour. Il présente une pustule croûteuse de la largeur de 3 millimètres. La suppuration est peu abondante.

28 juillet. — Chancre hélicien droit, 8e jour. Croûte. Chancre sous-jacent, taillé à pic, fond grisâtre, largeur de 5 millimètres environ.

29 juillet. — Chcmcre hélicien droit, 9e jour. Idem. Je respecte la croûte. Je fais une nouvelle inoculation en empruntant du pus à un chancre de M. Robert de Welz Ce pus provient d'une inoculation que M. Robert de Welz s'est faite, le 24, du pus d'un de mes chats. Je parlerai plus tard de ce chat et de cette inoculation, mais je laisserai à M Ro bert de Welz les prémices de la description de son chancre. L'inoculation que je fais ac tuellement au singe est placée à la partie moyenne de la face mastoïdienne du pavillon de 1 oreille droite:

Chancres mastoïdo-auriculaires moyens droits, 1er jour. Cette inoculation est pratiquée par excision et en trois points distants de 5 à 6 millimètres. Ces trois points for ment un triangle avec les lignes fictives qui les unissent.

30 juillet. — Chancre hélicien droit, 10° jour. Il s'est agrandi sous sa croûte Chancres mastoïdo-auriculaires moyens droits, 2e jour. Il existe un point rou-e et

' deux papules. ' 1 °

31 juillet. — Chancre hélicien droit, lie jour. Il est stationnaire.

Chancres mastoïdo-auriculaires moyens droits, 3e jour. Il existe trois pustules 1er août. — Chancre hélicien droit, 12e j0Ur. Idem que précédemment Chancres mastoïdo-auriculaires moyens droits, 4e jour. Il y a, sous des croûtes I trois chancres très-distincts ayant 2 à 3 millimètres d'étendue. y^uies,

2 août. — Chancre hélicien droit, 13e jour. Idem que précédemment

Chancres mastoïdo-auriculaires moyens droits, 5e jour. Les trois chancres se sont • agrandis sous leurs croûtes sans se confondre. Je romps la croûte de l'un toux pour i recueillir du pus et faire une inoculation à 1 centimètre plus bas- P

Chancre mastoido-auriculaire inférieur droit, )er j0Ur.

3 août. -Chancre hélicien droit, 14e jour. n se rétrécit légèrement sans offrir ni trace c d'induration spécifique, ni trace d'induration simplement phlegmoneuse °nrirmtlace e Jïi ?" ™^toïd(>-auriculaires moyens droits, 6e jour. Les trois croûtes précédentes .son confondues en une seule. Cette croûte unique est soulevée par un pus abondant Les p parties voisines sont rouges et tuméfiées. P abondant. Les

f^S^SSS^ ClVOit' * j°Ur' 11 y a U'ie -'si-P-tule.

5 août. - Chancre hélicien droit, 16» jour. Idem que le 3 août.

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kié^ZXS^T^^ ***** dr0k' 4Ei°--- J— l-cte une croûte sous . Jliiot " CHanCre MUcien dr°U> ^ j°Ur- 11 est P'us ^tréci qu'à la précédante «.

^TeXtt^£t^tMX "T'' 50 j0Ur- Cr°Ûte <le 4 d'édu chancre .a^S:™* du 1- et «ne -culation au-dessus

DE LA SYPHILISATION

8 août. — Chancre hélioien droit, 19° jour. Croûte sèche. Il est fort rétréci. En rompant la croûte on trouve encore du pus. Fus d'induration.

Chancre mastoïdo-auricidaire moyen droit, 11e jour. Statu quo.

Chancre mastoïdo-auriculaire inférieur droit,!0 jour. La croûte s'est agrandie.

Chancre mastoï do-auriculaire supérieur droit, 3° jour. Yésieo-i>ustule.

9, 10, 11 août. — Pas d'observations.

12 août. — Chancre hélicien droit, 23e jour. Croûte sèche de 1 millimètre de largeur. Chancre mastoi do-auriculaire moyen droit, 15e jour. Il s'est un peu rétréci. Il est

circulaire et présente à peu prés G millimètres de diamètre.

Chancre mastoïdo-auriculaire inférieur droit, 11e jour. Croûte de 4 millimètres d'étendue, peu d'inflammation.

Chancre mastoïdo-auriculaire supérieur droit, 7e jour. Croûte de 3 millimètres de diamètre. J'emprunte à ce chancre du pus sanguinolent et je pratique à un bouc dont je parlerai plus loin une inoculation suivie de succès.

13 août. — Chancre hélicien droit, 24e jour. Croûte insignifiante; je l'enlève et je trouve au-dessous une cicatrice sans trace d'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire moyen droit, 16e jour. Il est resté stalionnaire. Chancre mastoïdo-auriculaire in férieur droit, 12e jour. Il est aussi stationnaire. Chancre mastoïdo-auriculaire supérieur droit, 8e jour. La croûte s'est refaite, il parait aussi stationnaire.

14, 15, 16 août. — Pas d'observations.

17 août — Chancre mastoïdo-auriculaire moyen droit, 20e jour. Il est plus rétréci que précédemment, il saigne au moindre contact, les chairs se sont élevées vers le centre et y ont pris l'aspect d'un ulcère atonique. Le chancre n'a plus sa physionomie ordinaire. Pas de rougeur, pas d'inflammation ni de desquamation périphériques; les bords ne sont ni décollés, ni relevés, ni déchiquetés, ni taillés à pic, ni pointillés. Le fond est rouge, blafard et élevé dans un endroit central comme je l'ai dit. Est-ce du par •cheminement '( Est-ce de Yindurationl Son pus sanguinolent a été inoculé sans succès à une autre partie du même animal.

Chancre mastoïdo-auriculaire inférieur droit, 1G° jour. Il a 3 millimètres de diamètre et l'aspect bien caractéristique du chancre.

Chancre mastoïdo-auriculaire supérieur droit, 12e jour, Il a 4 millimètres d'étendue.

20 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire moyen droit, 23u jour. Il n'a plus que 3 millimètres de diamètre; son fond est partout de niveau avec ses bords. Il est moins saignant et paraît velouté. C'èst une sorte d'ulcère atonique qui tend vers la cicatrisation. Il n'y a pas d'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire in férieur droit, lSe joiir. Il est stationnaire.

Chancre mastoïdo-auricidaire supérieur droit, 15e jour. Il est aussi stationnaire. J'y prends du pus que j'inocule en vain sur le même animal.

23 août. — Chancre mastoïdo-auricidaire moyen droit, 26e jour. Croûte allongée verticalement de 3 millimètres de hauteur et de 1 millimètre de dimension transversale. Le peu d'étendue transversale tient à l'application du pavillon de l'oreille contre l'apophyse mastoïde. Empâtement de la base plutôt qu'induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire inférieur droit, 22e jour. Il se rétrécit sous une croûte et reste sans induration.

Chancre mastoïdo-auriculaire supérieur droit, 18e jour. J'enlève une croûte sous laquelle il n'y a plus rien.

27 août. — Chancre mastoïdo-auricidaire moyeii droit, 30e jour. Il n'y a plus qu'un peu d'empâtement de la cicatrice. Plus rien aux autres chancres.

30 août. — Je fais, avec du pus éprouvé, deux inoculations à la partie antérieure de l'hélix des deux pavillons de l'oreille.

3 septembre. — Chancre HÉLICIEN droit, 5e jour. Une papule.

Chancre hélicien gauche, 5» jour. Rien.

Je fais encore, avec du pus éprouvé, trois groupes d'inoculations : 1° a a face mastoïdienne de chaque pavillon de l'oreille; 2° au sourcil droit.

Toutes ces inoculations (il s'agit des dernières) ont échoué; l'animal est syphilisé. Je prends le parti de l'abandonner a lui-même, pour ne pas le tourmenter.

Celte série d'expériences mcl en lumière, indépendamment de la syphilisation plusieurs circonstances importantes, parmi lesquelles je ne mentionnerai qu

celles qui suivent :

■I» Un chancre composé, c'csl-à-diro résultant de la fusion de plusieu

chancres, est plus long à se cicatriser, toutes choses étant égales d'ailleurs, qu'un chancre simple.

2° Plusieurs chancres simultanés peuvent conduire à la syphilisation, sans induration apparente.

Ce sinse est mort de vieillesse le 27 février 1881 ; ses fonctions se sont insensiblement éteintes. J'en ai fait l'autopsie minutieuse, et je n'ai rien pu découvrir d'anormal qu'une certaine quantité de sérosité arachnoïdienne. Je ne me sens pas le courage d'imposer à personne la lecture du long procès-verbal négatif que j'ai dressé de cette autopsie.

Huitième série d'expériences et d'observations.

19 juillet 1850. — Le sujet est une jeune chatte, âgée de 3 mois et bien portante. J'emprunte le pus au chancre mastoïdo-auriculaire gauche supérieur du singe de la sixième série, pour pratiquer trois inoculations espacées à la face externe du pavillon de l'oreille droite:

Chancres auriculaires externes droits, 1er jour.

20 juillet. — Chancres auriculaires externes droits, 2e jour. Rougeur et élevure vers les points inoculés.

21 juillet. — Chancres auriculaires externes droits, 3° jour. Pus sous des croûtes. Il y a plutôt de petits abcès que de véritables pustules. Le pus de l'un de ces abcès est assez abondant pour que je puisse faire une inoculation à la face externe du pavillon de l'oreille gauche :

Chancre auriculaire externe gauche, Ie.1- jour.

22 juillet. — Chancres auriculaires externes droits, 4e jour. L'inflammation et le pus sont beaucoup moins considérables que chez les singes ; mais la croûte qui recouvre les

lcérations étant enlevée on distingue parfaitement les caractères physiques ie véritables petits chancres. Ils sont étroits, saignants, pointillés, taillés à pic. Chancre auriculaire externe gauche, 2e jour. Élevure et rougeur.

23 juillet. — Chancres auriculaires externes droits, 5e jour. Ils se sont confondus en un seul.

Chancre auriculaire externe gauche, 3e jour. Il y a du pus peu abondant sous une croûte que je respecte.

24 juillet. — Chancre auriculaire externe droit, 6e jour. Il a 4 millimètres de diamètre; la croûte est très-adhérente et le pus peu abondant.

Chancre auriculaire externe gauche, 4e jour. Le chancre est étroit, il y a du pus peu abondant sous une croûte. J'enlève la croûte et je racle la surface saignante avec la pointe d'une lancette. M. Robert de Welz se sert de cette lancette plus chargée de sang que de pus pour se faire une inoculation à la. partie inféro-externe du bras gauche. Il décrira luimême plus tard le chancre qui en est résulté.

25 juillet. — Chancre auriculaire externe droit, 7e jour. Pas de changement. Chancre auriculaire externe gauche, 5e jour. La croûte s'est reformée et a 3 millimètres d'étendue.

26, 27 juillet. — Pas d'observations.

28 juillet. — Chancre auriculaire externe droit, 10e jour. Il a décru sous sa croûte et commence à s'indurer par la base. C'est comme un commencement àhdcus elevatum.

Chancre auriculaire externe gauche, 8e jour. Il a encore 3 millimètres de diamètre sous sa croûte. Il semble aussi s'indurer et se convertir en ulcus elevatum.

29, 30, 31 juillet. — Pas d'observations.

lor août. — Chancre auriculaire externe droit, 14e j0Ur. Croûte étroite, élevée, base indurée.

< "hancre auriculaire externe gauche, 12e jour. 2 millimètres de diamètre, croûte, induration très-prononcée. 2, 3 août. — Pas d'observations.

4 août. — Chancre auriculaire externe droit, 17« jour. Cicatrice, persistance d'une légère induration.

Chancre auriculaire externe gauche, 15e jour. Croûte de 1 millimètre de diamètre induration très-prononcée.

10 août. — Chancre auriculaire externe gauche, 21e jour. Encore des traces d'induration.

12 août. — Idem.

DE LA SYPHILISATION

13 août. — L'induration disparait.

14 août. — Inoculation d'un pus nouveau et éprouvé au milieu du sinciput préalablement rasé : #

Chancre crânien, l" jour.

15 août. — Léger suintement séreux.

16 août. — Chancre crânien, 3° jour. Croûte. Inoculation d'un nouveau pus à la commissure labiale droite par quatre excisions faites avec mes petits ciseaux courbes:

Chancre commissurai,, 1er jour.

17 août. — Chancre crânien, 4e jour. Croûte.

Chancre commissurai, 2e jour. Inflammation papuleuse manifeste.

18 août. — Chancre crânien, 5° jour. Idem que précédemment. Chancre commissurai, 3« jour. Vésicule dont la surface est humide.

19 août. — Chancre crânien, 6e jour. Idem que précédemment.

Chancre commissurai, 4e jour. Petites ulcérations à caractère chancreux bien tranché.

20 août. — Chancre crânien, 7e jour. Il s'est agrandi sous sa croûte. Chancre commissurai, 5° jour. Il s'est agrandi sous sa croûte.

21 août. — Idem que précédemment pour les deux chancres.

22 août. — Chancre crânien, 9e jour. Il est stationnaire. Chancre commissurai, 7° jour. Il s'est agrandi.

23 août. — Chancre crânien, 10° jour. Statu quo.

Chancre commissurai, 8° jour. Stationnaire et saignant à la moindre irritation. 24, 25 août. — Idem que précédemment.

26 août. — Chancre crânien, 13e jour. Croûte étroite, pas d'induration.

Chancre commissurai, 11° jour. Moins vif, moins saignant et un peu moins large que le 23.

27 août. — Idem que précédemment.

28 août. — Chancre crânien, 15e jour. J'enlève la croûte et je trouve une cicatrice audessous.

Chancre commissurai, 13° jour. Statu quo.

29 août. — Chancre commissurai, 14° jour. L'une des ulcérations, très-étroite, saigne encore un peu au frottement.

J'inocule, par une seule excision, le pus d'un chancre ganglionnaire à la partie antérieure de l'oreille gauche :

Chancre antéro-auriculaire gauche, 1er jour.

30 août. — Pas d'observation.

31 août. — Chancre commissurai, 16e jour. Il en reste à peine quelque trace sans induration.

Chancre antéro-auriculaire gaucJie, 3e jour. Papule de 1 millimètre de hauteur et de 3 millimètres de circonférence à sa base.

1er septembre. — Chancre antéro-auriculaire gauche, 4e jour. Il existe une espèce de papule qui a une certaine ressemblance avec la base d'un chancre induré. Cette papule est surmontée d'un petit chancre de 1 millimètre de diamètre.

2 septembre. — Chancre antéro-auriculaire gauche, 5e jour. (Je transcris textuellement une note d'observation.) Le chancre est on ne peut mieux dessiné au sommet de la papule; c'est une espèce à^ulcus elevatum. La papule est comme une partie indurée. Le chancre n'a pourtant pas plus de 2 millimètres de diamètre. La papule réunie au chancre représente une espèce d'infundibulum dont le fond est rempli de pus. Il y a assez de pus pour une inoculation. J'en pratique une sur un gros chien qui m'a échappé, mais après la constatation du succès. Les bords de l'ulcération sont parfaitement réguliers, taillés à pic, et pointillés de rouge. On dirait c'e petits vaisseaux béants dont les parois sont a moitié corrodées. On peut comparer l'aspect de ses bords au liséré du corps dentelé des olives de la moelle allongée ou du cervelet. En résumé : le chancre a beaucoup marché quoique son début ait été lent. Cette lenteur du début serait-elle reflet d'un commencement de syphilisation ?

3 septembre. — Chancre antéro-auriculaire gauche, 6e jour. Il a 3 millimètres de diamètre, sa surface est encore plus vive.

4 septembre. — Il ne paraît pas qu'il y ait de changement, mais je ne vois pas la surface du chancre parce que je respecte la croûte qui le recouvre.

5 septembre. — Idem que précédemment.

6 septembre. — Le chancre s'est rétréci sous la croûte.

7 septembre. — Idem que précédemment.

8 septembre. — Il se rétrécit, induration.

9 septembre. — Idem.

10 septembre. — La croûte tombe et laisse voir une cicatrice.

11 septembre. — On voit et on sent l'induration. Toute pression exercée sur la partie qui est le siège de cette induration fait souffrir l'animal. 20 septembre. — Induration persistante.

25 septembre. — H n'y a qu'un vestige de cette induration. 30 septembre. — Tout est disparu.

Cclto série, combinée à d'autres faits précédents, démontre, entro autres choses :

1° La transmissibilité du virus syphilitique au chat, au chien, et au bouc.

î° L'inaltérabilité du virus dans ces transmigrations. Ce virus passe de l'homme au singe, de celui-Gi au chat, du chat au chien et à l'homme; de l'homme, il passe de nouveau au singe, et puis du singe il passe au bouc. Le virus syphilitique et le chancre restent identiques à eux-mêmes, au milieu de cette longue génèse.

28 avril 1851. — Cette chatte, que j'ai fort bien nourrie, a été néanmoins mal portante jusqu'à présent ; elle a notamment éprouvé, durant tout le mois de novembre, et une partie de celui de décembre, une extinction de voix accompagnée de chute de poils, et plus tard, une ophthalmie des deux yeux. Aujourd'hui, elle porte un chancre labial, et plusieurs croûtes en forme de croissant sur le front.

Ce n'est pas la première fois que je remarque des ophthalmies et des extinctions de voix (symptomatiques sans doute d'ulcérations à la gorge) chez les animaux qui ont eu des chancres; il en est même dont les yeux se sont'totalement vidés par une sorte de fonte purulente. Je renvoie les détails à l'étude que je ferai plus tard de la vérole constitutionnelle des animaux.

La chatte en question est mère de quatre petits, dont je donnerai ailleurs l'histoire.

Neuvième série d'expériences et d'observations.

Le sujet de cette série est un bouc, auquel j'ai fait plusieurs fois des inoculations, tantôt suivies, tantôt non suivies de succès, en empruntant du pus aux ulcérations d'un singe qui était dans le même local. J'avais fait primitivement ces inoculations à la face externe du pavillon de l'oreille, dont la peau est, chez le bouc, dure, noirâtre, et peu pourvue de vitalité; c'est donc un lieu où la suppuration ne saurait être abondante. Ces inoculations étaientd'abord tentées comme essais, et je n'ai pris des notes régulières qu'à dater du 13 août 1850.

13 août 1850. — Je dénude préalablement la partie mastoïdienne du pavillon de l'oreille gauche ; puis j'y fais, avec du pus emprunté à un chancre de singe, trois inoculations très-voisines les unes des autres :

Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 1er jour.

17 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 5e jour. Il existe une croûte convexe et chagrinée. Sous cette croûte est une ulcération superficielle mais évidemment chan creuse.

20 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 8e jour. La croûte s'est agrandie. Je fais avec le pus de ce chancre, et du côté opposé, une inoculation qui n'a pas été suivie de succès.

23 août. — Chancre mastoïdo-auriculaire gauche, 11e jour. Les trois petits chancres se sont confondus. La croûte commune a 5 millimètres de diamètre. En enlevant cette croûte, on voit que le chancre commun a un peu suppuré et est saignant. Il n'y a pas d'inflammation autour de lui , mais ses bords se sont taillés à pic et sont piquetés de rouge ainsi que le fond.

27 août. — La croûte n'est pas changée et je la respecte.

30 août. — La croûte tombe. Il y a un peu de suintement à la place de l'ulcération. 5 septembre. — Cicatrice.

On voit que le bouc a reçu son chancre d'un singe; celui-ci l'avait luimême reçu d'un chat qui le tenait d'un autre singe. C'est à cause de ces trans-

40 DE LA SYPHIL1SATION

missions successives, que je publie cette série, dépourvue d'aucun autre intérêt.

Je supprime à dessein plusieurs autres observations, pour ne pas surcharger mon travail. Je demande pardon au lecteur des détails longs et fastidieux de toutes ces expériences. Personne, sans doute, ne pourra lire en entier les pages qui précèdent, mais chacun, au besoin, pourra les consulter et en contrôler les particularités.

Engorgement des ganglions lymphatiques. — 11* n'est pas fait mention, dans l.ous ces détails, de ganglions lymphatiques engorgés. Ce n'est pas qu'ils aient manqué d'une manière absolue; mais le petit volume habituel de ces organes chez les singes, la profondeur des ganglions carotidiens, dont se trouvent, en général, tributaires (car je fais abstraction des petits ganglions isolés du voisinage) les vaisseaux des régions sur lesquelles j'expérimentais, et l'indocilité des animaux, ont dû me rendre très-circonspect sous ce rapport, dans le récit de mes expériences. Je n'aurais pu d'ailleurs que très-difficilement faire contrôler mes assertions.

Induration des chancres d'animaux. — J'ai souvent parlé de l'induration des chancres de singe, sans dire en quoi elle consiste. On pourrait donc, avec quelque apparence de raison, en contester l'existence chez les animaux. J'ai pourtant éludé l'écueil dans lequel sont tombés la plupart des syphilographes ; ils n'ont pas été heureux dans les descriptions qu'ils ont données de l'induration. Il est si difficile de bien rendre des sensations par des mots! Je me suis borné, pour mon compte, à bien examiner la base des ulcérations chez les animaux; j'ai constaté souvent des parties résistantes et bien circonscrites; j'ai cru y voir un état matériel de dureté analogue, pour ne pas dire semblable, à ce qui se passe aux chancres indurés de l'homme. Cet état se produisait dans des circonstances bien définies, et je l'ai considéré comme identique à L'induration chez l'homme. Tous les faits que j'ai observés depuis m'ont confirmé dans cette conviction, et aujourd'hui je juge de cette induration aussi bien chez les animaux que chez l'homme. On ne peut m'adresser à cet égard d'autres objections que celles que je puis moi-même faire aux syphilographes.

Les parties indurées m'ont paru être douloureuses à la pression; est-ce parce que la peau de l'animal se trouve pressée entre une portion résistante et la main exploratrice? L'induration persiste dix à trente jours chez le singe; ce temps, si l'on tient compte de l'activité vitale de l'animal, n'est peut-être pas proportionnellement plus court que celui de certaines indurations chez l'homme. M'objectera-t-on le volume de la partie indurée qui est moins considérable que chez l'homme? L'objection ne serait pas fondée, puisqu'il y a chez l'homme de fort petits chancres supportés par une induration très-cLroite, et que chez le singe ce volume est en rapport avec celui de l'animal et l'étendue de ses chancres.

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